15.05.2009
Neoliberalism and water providers
Et pourtant, ce n'est pas faute de nous avoir répété que la libéralisation, c'était mieux pour la performance...
http://www.ihe.nl/About/News/Neo-liberalism-makes-water-p...
11:35 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, economie
23.01.2009
La finance et ses esclaves
Du débat sur la responsabilité des traders dans le boxon actuel. Ce n'est pas tant l'article qui importe que l'échange de réactions qui le suit. Il y a des arguments provenant des deux camps: ceux qui ont foutu la merde et ceux qui les accusent de l'avoir foutue, et tous ne sont pas totalement indéfendables.
A lire, on n'a pas besoin d'être d'accord sur tout, mais c'est instructif: http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/01/der...
09:55 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, économie, finance
13.11.2008
Orwell, le retour
La créature d'Orwell n'existe pas, c'est ce qu'on nous répète. Eh bien les crânes mous du ministère de l'éducation l'ont faite. Ils ont, il y a une semaine (mais peut-être plus que ça, voir la fin du billet), lancé un appel d'offres sur la "veille d'opinion" parmi les agents de l'Education nationale. Derrière ce terme élégant et a priori sans signification bien claire, il s'agit ni plus ni moins que d'identifier les "leaders d'opinion" parmi les enseignants qui ont ouvert des blogs et des forums sur Internet. Autrement dit, de déterminer qui tente de foutre la merde, qui y parvient et avec quelle ampleur. Classiquement, cela s'appelle du flicage.
Cet appel d'offres très sérieux est consultable sur le Journal Officiel du 4 novembre 2008.
Ce qui est assez comique, c'est la justification officielle donnée par le ministère (Cf.France Soir - c'est bien la première fois que je mets un lien vers cette décoction de journalisme) : c'est tout simplement que "l'opinion des enseignants compte beaucoup pour le ministre" - c'est pour ça qu'on ne les écoute jamais et qu'on veut faire élaborer les programmes scolaires par l'Assemblée nationale ou par le Nain, plutôt que de demander leur avis à ceux qui enseignent.
Encore plus rigolo: apparemment, cet appel d'offres "était renouvelé chaque année depuis 2006", comme indiqué par la cellule communication du ministère, ainsi que le rapporte France Soir. Si ça se trouve, l'augmentation récente des visites sur ce blog est simplement due au surfage répété des détectives privés embauchés par le ministère; alors là, je suis déçu!
Il ne reste qu'à citer ces quelques mots de Jean Ferrat:
Hou, hou, méfions-nous,
Les flics sont partout.
07:08 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, école, politique, société
24.10.2008
Qui faut-il croire?
Parmi les guérisseurs de tout poil qui se pressent au chevet de la finance mondiale - plans de "recapitalisation" (c'est pour ne pas prononcer le gros mot "nationalisation"; c'est comme quand on dit qu'un aveugle est non-voyant ou qu'un sourd est malentendant), "injection massive de liquidités", les incantations ne manquent pas dans le petit univers des spécialistes. De l'autre côté, les banquiers (surtout français) vous expliquent inlassablement qu'il n'y a pas de problème, juste avant d'avouer que l'Ecureuil a perdu ses noisettes et laisse la Caisse d'Epargne avec un trou de 700 millions d'euros... Bref, qui croire? Ceux qui disent que tout va bien, ou ceux qui prétendent que le malade est malade, et que la guérison sera lente et douloureuse? Un petit exemple, tiré de la vie de tous les jours.
Il y a 2 semaines, je trouve dans ma boîte à lettres le prospectus suivant:
Vous avez lu vous-mêmes: résultats garantis, fiabilité totale, on fait des miracles, etc. Voilà de quoi, a priori, garantir à l'impétrant un marché, sinon juteux, du moins captif, auprès d'une clientèle très spécialisée.
Or voilà-t-il pas que, quelques jours plus tard, la concurrence passe à l'offensive et qu'un nouveau mage propose ses se(r)vices, sur un format environ deux fois plus grand:
En vérité je vous le dis, le premier a de quoi s'inquiéter, car le second est "très fort" et "compétant" (ça change tout). Alors que le précédent se contentait du passé, présent et avenir, le second garantit une protection définitive (est-ce bien malin, d'ailleurs? les clients ne reviendront plus!)
Malheureusement, j'ai déjà le permis; j'ai passé à peu près tous les concours et examens auxquels je pouvais prétendre et je n'ai pas de mauvais blocage. Je n'aurai donc pas recours aux services du monsieur et serai donc dans l'incapacité de vous dire s'il est effectivement "très fort" ou pas.
Par contre, j'ai jeté un coup d'oeil à la notice d'un médicament qui traînait dans un tiroir (seule une face est reproduite), avouez que ce n'est pas la même chose:
Si on traduit: attention, c'est dangereux, n'en prenez pas trop, vous risquez d'attraper des boutons, ou pire un oedème, ou d'avoir l'air d'un tuberculeux, alors faites bien gaffe.
Comme pour les clients des banques, mettez-vous à la place du gogo moyen: qui a-t-on envie de croire: celui qui vous dit que tout se passera bien et que vous êtes un type super, ou bien celui qui prend sa calculette et commence à vous aligner des pourcentages en faisant la moue?
Il semble que les traders du système financier mondial, eux, avaient fait leur choix.
07:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, société, humour
22.10.2008
Voilà un type malin
Pour une fois qu'un type se sert du système au lieu de l'inverse, cela mérite d'être signalé. Voir cet article du Monde au sujet de la dernière initiative d'Yves Bertrand, cet ex-patron des RG mis en cause dans l'affaire Clearstream (à laquelle j'avoue humblement n'avoir jamais rien compris).
En tout cas, il met tous les autres dans un beau caca.
10:21 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, société
08.10.2008
Avec toutes mes excuses (suite)
Rendons à Cesar ce qui est à Cesar. Je reproduis en fin de ce billet un texte transmis par B., contributeur régulier de ce blog, qu'il serait je pense dommage de laisser en commentaire d'un billet , car même si la plupart des gens qui passent ici doivent aussi lire les commentaires, on ne sait jamais. Le voici donc in extenso, ci-dessous, avec les liens qui l'accompagnent.
Dans le même ordre d'idée, je me souviens très bien de ce petit journal carrément subversif, intitulé La Décroissance (site ici), dont j'avais acheté un exemplaire il y a plus d'un an. Le journal publiait l'interview d'un expert, qui souhaitait rester anonyme -et on le comprend- travaillant pour un certain nombre d'organismes financiers internationaux, dont la Banque centrale européenne par exemple. Il y a déjà plus de 12 mois, cet expert annonçait assez précisément ce qui est en train de se passer: système financier utilisant des produits "virtuels" totalement délirants, banques jouant avec de l'argent qu'elles n'avaient pas (je crois que récemment, les prêts à court terme étaient passés d'un rapport emprunt/garantie initialement égal à de 10 à plus de 30 !), etc. Ce type prédisait (et à combien juste titre) que ça allait péter, et salement.
Dans ces conditions, que l'on ne nous dise pas que personne ne savait. Bien sûr, que le risque était connu. Mais, comme dans les catastrophes du style navette spatiale, où un pauvre petit joint en caoutchouc gelé dans un booster ou un bloc de mousse qui heurte une aile finit par dégénérer en désastre parce que les responsables ont choisi d'ignorer les avertissements de leurs employés, ces risques ont été (sciemment ou non) sous-estimés, faussant la perception du danger et se traduisant par le boxon planétaire que l'on sait. Pour les gens qui ont un peu traîné leurs guêtres dans les instances de type Bruxelles (je me souviens du temps où j'allais montrer mon cul à la Commission pour faire le tapin et récolter un peu de pognon sur les projets du PCRD), il apparaît assez évident que tous ces experts et hauts fonctionnaires ne vivent pas sur la même planète que nous et n'ont pas du tout la même perception de ce qui est bénéfique ou nuisible, sans parler d'être utopique ou au contraire réalisable.
Armons-nous donc de patience pour supporter la débilité ambiante et ses conséquences sur nos portefeuilles; en attendant, je vous livre le texte du billet.
"Voici les elements qui je pensent peuvent eclairer tes lecteurs qui comprennent l'anglais (j'ai toujours un probleme avec les journalistes francais qui ne comprennent jamais tout le probleme).
en premier lieu, le reportage de 60 minutes qui eclaire enfin pourquoi les gens qui font des produits derives ne veulent pas appeler leur contrats des assurances:
http://www.crooksandliars.com/nicole-belle/60-minutes-wal...
Reponse: parceque une assurance c'est regule, c.a.d on demande aux assureurs d'avoir l'argent qui garantit le contrat, on ne demande rien a un secteur qui n'est pas reguler, d'ou la possiblite de ces firmes d'emettre plein de contrats qui a terme pese 50 a 70 fois l'argent de leur propre entreprises. Les solutions de black-sholes ne peuvent etre applique que dans un regime stationnaires et donc cette formulation est ideal quand on pense que certaines stats sont tres basses (voir plus bas)
Alors maintenant on entend aussi parler de ces putains pauvres qui ont pris tout ces credits pour acheter des maisons qu'ils ne pouvaient pas se payer. En comprenant ce qui se passe, il faut voir deux choses:
* la premiere est que si l'argent du bail out etait donne a ces personnes qui ont pris des credits, tout le probleme disparaitrait car on aurait plus ces histoires d'assurance demultipliees qui se mettent en action! Mais non, on a decider avec le bail-out de payer les contrats que nous savons au moins pour l'allemagne etre egal a 80% du produit interieur brut du pays.
* dans un marche montant, les plus mauvais payeurs pouvaient revendre leurs maisons sans faire defaut, les stats sur les defauts sont devenues tellement ridiculement basse que tout le monde a penser que l'economie allait bien c.a.d que l'on pouvait prendre plus de rsique, et donc de penser que ces contrats pouvaient etre augmenter en nombre. ( http://meganmcardle.theatlantic.com/archives/2008/10/how_... , http://www.marginalrevolution.com/marginalrevolution/2008... )
A la fin, une baisse de 10% de la valeur de ces actifs fait sauter toutes ces banques a cause de la demultiplication.
autres articles a lire:
http://www.nakedcapitalism.com/2008/10/soros-he-foresaw-e...
http://gregmankiw.blogspot.com/2008/10/do-you-take-models...
Ce qui m'etonnera toujours c'est la facilite avec lesquelles les banques francaises ou europeennes sont capables d'acheter des produits comme ceux -la alors que ces produits financiers seraient totalement interdit en France. On parle de faire avec moins de fonctionnaires en france, mais peut-etre qu'il serait utile d'avoir des fonctionnaires bien formes qui puissent reellement comprendre ces produits et estimer leur niveau de toxicite. "
10:19 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, economie, politique
07.10.2008
Avec toutes mes excuses
Des excuses, je vous en dois. Vous vous souvenez de ces billets où je me moquais - malheureux inconscient que j'étais! - de ces marchés qui nous font tant de bien [Lien 1, Lien 2, Lien 3]. Cette série, qu'avait initié un facteur a priori sans rapport avec la choucroute - à savoir un énervement chronique envers les conducteurs de 4x4 [Lien 4] - m'avait valu les foudres de quelques spécialistes de l'économie. On s'était un peu frittés, d'un côté les gens qui savent de quoi ils parlent et de l'autre les ignorants qui racontent n'importe quoi (ça, c'est moi!)
Eh bien, ils avaient raison, et j'avais tort: en fait, ça se passe plutôt bien. Il n'y a qu'à voir ici, ici et là.
Bon, c'est vrai: tirer sur les ambulances, ça ne se fait pas. Mais on a peut-être le droit de tirer sur les corbillards?
08:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, économie, politique
30.09.2008
Volume d'une pyramide (7)
La série des Volume d'une pyramide ne tire certes pas à sa fin. Je n'en ai pas fini de tester l'amnésie de mes étudiants - je vous narrerai un autre jour le TD de lundi et les résultats du contrôle continu de ce mardi. Ce billet a plutôt pour objet de faire le point sur les réactions des lecteurs à la série de la semaine dernière. Et notamment, vu les commentaires postés, sur le billet précédent, de tenter de répondre à la question: "quand est-ce que ça a merdé?"
Comme l'ont fait remarquer certains d'entre vous, il ressort de la soutenance de stage relatée ici que le manque d'esprit critique et de professionnalisme ne date pas d'aujourd'hui, puisque des gens classés comme "jeunes seniors" peuvent faire la preuve cruelle de ce genre de défaut; témoin la maître de stage dont il était question dans le billet. Ce manque d'esprit critique n'est pas une nouveauté; il est la conséquence quasi mécanique d'une mutation survenue dans la pratique quotidienne du métier d'ingénieur au début des années 1990.
Le début des années 1990, ceux qui ont obtenu un diplôme d'ingénieur vers cette époque s'en souviennent peut-être, a débuté par une période de dégraissage massif dans le monde des cadres; les ingénieurs, des "rois de la technique" fort bien payés qu'ils étaient dans les années 1980, ont fait rapidement l'objet d'une chasse aux coûts qui s'est traduite par de nombreux licenciements; au nombre des victimes, par exemple, ceux qui n'ont pas vu venir la mutation informatique. Pour revenir à la remarque d'Aisling et Tom sur le billet précédent, les types qui savaient encore se servir d'une règle à calcul - et rien que de ça - avaient vécu...
Bien entendu, en tant que jeunes fraîchement diplômés, nous ne percevions pas tout ça. Pour nous, le côté visible a été qu'en l'espace de 6 mois, l'école qui nous avait diplômés était passée d'un excédent d'offres à une pénurie totale d'emplois; certains de mes collègues de promo ont recherché un travail pendant plus d'un an et demi., alors qu'avant cette mini-crise, il fallait compter sur 3 mois maximum. Et ce qu'ils ont trouvé (dû accepter) pour en dénicher un n'avait plus rien à voir avec ce que l'on leur aurait offert 3 ans auparavant.
Ceci pour dire que les ingénieurs se sont vus obligés, en l'espace de quelques années, de travailler de plus en plus vite, en sous-traitant au maximum les tâches dont la valeur ajoutée était faible; dans le même temps, la diversité de celles qu'ils avaient à accomplir augmentait. L'arrivée de l'e-mail a par exemple marqué une diminution considérable du courrier papier et, avec lui, le traitement et le filtrage de l'information par les secrétaires; sans s'en apercevoir, le cadre a insensiblement "récupéré" une partie du travail auparavant dévolue à d'autres. La proximité avec le client (et ses lubies), l'obligation d'être joignable à tout moment, l'obsession des directions de boîte de tout maîtriser, la multiplication des réunions... Tout cela fait que le temps de travail d'un ingénieur (plus généralement d'un cadre) aujourd'hui est extrêmement fragmenté. Ca ne laisse pas vraiment de place pour la réflexion et pour l'esprit critique. Sans compter que, pour rogner sur les coûts d'une étude, on rogne en priorité sur le temps passé, donc forcément sur la qualité. Une anecdote pour illustrer cela - mais ce n'est pas la seule dont je dispose, je pourrais vous en conter tellement d'autres...
J'ai fait ma thèse en entreprise, de fin 1992 à mi-1995 (2 ans et demi pour faire la thèse, pas trop le choix vu le financement qu'il y avait. Ne vous étonnez pas d'apprendre qu'elle était pourrie, mais c'est encore une autre histoire). Le bureau d'études où je travaillais était une filiale d'Alcatel, qui à l'époque possédait encore une branche ingénierie. Cette boîte n'était pas grosse (15 personnes en tout), mais n'employait en majorité que des gens qui avaient un doctorat, car il s'agissait de faire de la modélisation numérique en hydraulique, un truc qui au début des années 1990 n'était pas donné à tout le monde, vu les puissances de calcul requises (on bossait sur d'énormes stations de travail sous Unix) et le prix de l'équipement informatique - le processeur Pentium n'était pas encore passé par là.
Appartenant au groupe Alcatel, le directeur de la boîte était tenu d'aller suivre périodiquement des "formations aux techniques de direction", le formattage classique que les grands groupes aiment à appliquer à leurs employés. Notre comptable disait plus familèrement: "Tiens, Machin va à Paris pour suivre son stage de tueur..." De fait, il en revenait toujours un peu changé, avec à la clé des idées bizarres; avec le temps, il revenait à la normale, mais alors venait le stage suivant et on était repartis pour un an. Ces méthodes de management dites modernes ont, fatalement, fini par lui porter au cerveau. Témoin l'échange que nous avons eu un jour lors de mon entretien annuel (étant considéré comme un personnel de la boîte, j'avais droit à ce que les anglo-saxons appelleraient désormais un annual performance review). J'avais commencé à l'époque ma thèse depuis 9 mois, pas mal de choses merdaient (en gros, on me demandait d'appliquer un modèle sur un type de bassin versant où, vu la structure du bassin en question, ça ne pouvait pas donner de bon résultats), et j'avais pris l'habitude de passer tous mes week-ends sur le modèle. Je pensais n'avoir pas grand chose à me reprocher côté boulot. Comme je me trompais!
"Ton profil ne 'va' pas du tout, attaque le directeur; ta 'rose des vents des compétences' est totalement déséquilibrée."
La rose des vents des compétences, pour ceux qui n'ont pas vécu cet outil de la gestion du personnel, c'est un truc qui ressemble effectivement à une rose des vents, avec 8 axes partant d'un même point; chacun de ces 8 axes représente une qualité particulière: compétence technique, relationnel, capacité à la gestion de projet, etc. Lors de votre entretien annuel, votre chef décide avec vous de la "note" qu'il vous attribue sur chacun de ces axes, ce qui donne un point à positionner sur chacun d'entre eux. En reliant ces points, on obtient un truc qui, selon les individus, peut ressembler à une betterave, une pomme de terre ou une aubergine (sans préjuger de l'orientation avec laquelle on va se l'enfoncer...) Or, la théorie du manager, c'est qu'il faut quelque chose de circulaire: tout le monde moyen partout, mais surtout à la même valeur sur chacun des axes. Un mec trop bon techniquement, c'est dangereux, car la pomme se transforme en poire: toute déséquilibrée d'un côté, et ça c'est pas bon, mais alors pas bon du tout. Bref, le directeur continue de me faire la leçon:
"Il faut que tu prennes moins l'habitude de faire les choses par toi-même. Par exemple, j'ai appris que pour ta thèse tu avais recherché toi-même les articles dans le Journal of Hydraulic Engineering alors que tu aurais pu les faire rechercher par la documentaliste. Il faut que tu gères mieux ton 'périmètre d'autonomie'.
Le périmètre d'autonomie, en langage de gestion des ressources humaines Alcatel, ça voulait dire être capable d'identifier les tâches que l'on pouvait faire soi-même avec le maximum d'efficacité - et les remplir -, tout en sous-traitant toutes les autres à d'autres gens, mieux doués que soi pour les effectuer - et qui coûteront moins cher.
Après avoir en vain essayé d'expliquer au directeur que faire chercher un article par d'autres, c'est bien quand on sait exactement ce qu'on cherche, mais quand on ne sait pas, on est bien forcé de se taper la lecture des sommaires du journal en question (eh oui, les journaux en ligne étaient encrore loin d'exister - pour ceux qui n'ont pas connu cela, ça peut paraître archaïque, mais à l'époque , pas de recherche par mot-clé sur Science Direct ou Interscience: il fallait tout se taper à la main), bref, après un quart d'heure d'argumentation (il n'avait probablement que ça à faire lui aussi), je finis par abandonner après m'être vu asséner l'argument suivant:
"Tu fais une thèse, certes, mais tu ne dois pas nécessairement apprendre à faire les choses."
Que répondre à cela? Il m'est venu spontanément une réplique, que j'aurais probablement dû garder pour moi, vu les ennuis que ça m'a valu par la suite. J'ai déclaré la chose suivante:
"Cette philosophie de la sous-traitance du savoir est très efficace, à une seule condition: qu'il reste, dans la boîte, au moins une personne qui sache réellement travailler. Alors, elle finira par faire le travail de tous les autres. Mais si elle fiche le camp ou si on fait la connerie de la virer, toute la boîte est foutue."
Il n'a pas aimé, mais alors pas du tout; l'entretien annuel s'est terminé très vite. Après cette conversation, je n'ai plus du tout été considéré du même oeil dans la boîte. Il m'a fallu un certain temps (et notamment un changement de directeur, ainsi qu'une personne bien placée dans la boîte, qui pensait que je n'étais pas trop débile et qui m'a donné l'occasion de le montrer) pour être à nouveau bien considéré - et, notamment, être embauché à l'issue de ma thèse. Tout ça pour dire que moi, le volume d'une pyramide, ily alongtemps qu'on a exigé de moi que je l'oublie... Devinez pourquoi j'ai quitté le privé?
Mis à part la satisfaction d'avoir désormais quitté le monde de l'ingénierie et d'avoir moins souvent l'obligation de subir ce genre de conversation (encore que... voir les commentaires de B., Tom et Aisling sur le dernier billet, je suis franchement d'accord avec eux), qu'est-ce que cette anecdote m'apporte? La certitude qu'effectivement, décourager l'acquisition de savoir-faire et de la maîtrise technique n'est pas une nouveauté; c'est un processus qui a commencé à se mettre en place il y a une vingtaine d'années, initié par des gestionnaires qui y voyaient l'occasion d'économies faciles. Et pour parler de temps en temps à mes anciens collègues ou pour continuer à travailler épisodiquement avec des bureaux d'études, je confirme: désormais, il n'y a plus beaucoup de temps pour la réflexion, et les gens se servent bien souvent d'outils dont la compexité les dépasse. Mais personne ne s'en plaint, car, clients comme employeurs, tout le monde est devenu incompétent. Donc a priori, je ne devrais pas me plaindre de mes étudiants, qui, vu leur mode d'éducation actuel, vont tout à fait trouver leur place dans un monde où l'important n'est pas de faire les choses bien, mais simplement d'avoir l'air de les avoir faites...
Donc, logiquement, je ne devrais pas me tourmenter au sujet de mes étudiants, car il n'y a pas de problème... En fait, si. La grosse différence avec la situation d'il y a 20 ans, c'est qu'il y a 20 ans, il restait dans mon ex-bureau d'études des gens qui avaient développé les moteurs de calcul des logiciels qu'on utilise maintenant en hydraulique fluviale ou industrielle, ou qui les utilisaient depuis 20 ans; ces gens avaient du métier, ils savaient exactement dans quelles circonstances tel ou tel logiciel allait raconter n'importe quoi, pour quelle raison, et comment y remédier. Et même si le dirlo donnait pour consigne à l'ingénieur débutant d'optimiser son périmètre d'autonomie en oubliant le plus vite possible ses compétences techniques, les "gens qui savaient" étaient là en garde-fou, en cas de coup dur. Désormais, non seulement les étudiants sortent d'école avec un niveau moindre, qui ne leur permettrait pas de comprendre ce que ces "seniors" leur raconteraient, mais en plus les "seniors" en question ne sont plus là: ils sont partis en retraite depuis une dizaine d'années.
Pour résumer, la différence de la situation présente avec celle qui prévalait il y a encore 15 ans, c'est que désormais des ignorants apprennent leur métier dans des boîtes amnésiques.
Mon expérience industrielle se limite bien sûr au monde de l'hydraulique et de la mécanique des fluides environnementale. Mais pour avoir traîné il y a quelques années dans des "boîtes à cerveaux" (i.e. des usines à thésards et à post-docs) qui travaillent pour l'industrie aéronautique et aérospatiale, j'ai le pressentiment que la mécanique des fluides pure et dure est en train de suivre le même chemin. Et je ne vois pas pourquoi d'autres corps de métier y échapperaient.
D'ailleurs, notre petit monde de chercheurs a-t-il échappé à cette philosophie? J'abonde dans le sens du commentaire de Tom sur le billet précédent. Outre le "bullshitage" lié aux effets de mode, je pense pouvoir compter, dans mon labo, sur les doigts d'une main les chercheurs et les directeurs de recherche qui seraient effectivement capables de faire leur recherche eux-mêmes, sans devoir exploiter la main d'oeuvre bon marché que sont stagiaires de Master, thésards et post-docs; la gestion du périmètre d'autonomie, en recherche, ça fait longtemps qu'on pratique; comment alors s'étonner de voir nous imiter des étudiants qui ont toujours eu nos bonnes pratiques sous les yeux?
Ah oui, au fait: nouveau contrôle continu en fin de matinée; je les ai prévenus hier que je leur redemanderais l'équation de droite...
08:29 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, société
19.09.2008
Le bal des faux-culs (n-ème)
Il est prêt: après même pas quatre jours de "concertation" éclair [Lien 1], le décret remanié de création du fichier Edvige serait prêt à sortir, selon Le Monde [Lien 2]. En réalité, une version remaniée était probablement déjà prête avant même que ces "consultations" commencent [Lien 3].
Dans la longue file d'attente des faux-culs qui se pressent au portillon, on trouve François Fillon, qui, bien après Hervé Morin et Rama Yade, vient de s'apercevoir qu'il fallait remanier ce décret. Aperçu rétrospectif: le 15, les "consultations" démarrent; le 17, Fillon demande à Alliot-Marie de lui préparer un décret remanié; date limite pour ce faire: le 18 [Lien 4]. Si avec ça, on n'a pas compris que la deuxième mouture du machin était déjà prête...
Dans la classe politique, les ravis de la crèche se félicitent [Lien 5]: le nouveau décret abandonnerait la plupart des points qui faisaient problème. Léger détail toutefois, le fichage des mineurs à partir de 13 ans serait maintenu; on ne sait pas encore à quel mometn le "droit à l'oubli" - s'il est effectivement introduit - jouerait. De plus, le droit fait aux préfectures de constituer leurs propres fichiers [Lien 6, fin de l'article] n'est pas spécialement de nature à rassurer.
Pour clore le recensement du bal des faux-culs, on consultera utilement ce petit florilège de ceux qui ont retourné leur veste, sur Rue89.com.
09:05 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, edvige, société
18.09.2008
Mes Bernard me portent chance
Les Bernard, décidément, ont un destin particulier auprès de ce gouvernement... Après Bernard Tapie, que l'innocence et une bonne étoile font bénéficier d'un arbitrage financier inespéré, c'est Bernard Laporte - un autre ami du Nain - qui fait parler de lui.
On apprend en effet ce mercredi 17 au soir que, dans le cadre de l'enquête sur les conditions louches dans lesquelles le Laporte en question a fricoté dans les affaires de casinos, les flics ont fait une descente dans leur propre ministère [Lien 1]. Bon, d'accord, c'est une façon un peu exagérée de présenter les choses: les flics ont perquisitonné au ministère de l'Intérieur, qui n'est jamais que leur ministère de tutelle. On peut parier que l'issue des démêlés sera bientôt connue sur Wikipedia, qui consacre déjà un paragraphe "Liaisons dangereuses" (ici: Bernard Laporte - Wikipédia.pdf) aux activités casinotières de l'impétrant... On notera hélas que sur le site du gouvernement, (pourtant jamais en mal d'annonces sensationnelles), la page "actualités Bernard Laporte" ne permet pas de se faire une idée précise de l'état judiciaire du sous-ministre [Lien 2], puisque cet aspect n'est hélas pas abordé en ces lieux. Quel dommage. Déjà que Laporte est sur Wikipedia, on va devoir le rentrer dans Edvige!
Pendant ce temps, le Nain met en place une commission pour étudier la privatisation de La Poste [Lien 3]. Comme il a déjà utilisé Rocard, Attali, Kouchner et quelques autres pour torcher ses ouatères, il est peut-être temps désormais de faire appel à Claude Allègre (je le vois bien sortir un: "Ma vérité sur la Poste" - le travail d'édition serait minimal, il y a juste quelques lettres à changer au titre de son précédent opuscule), qui n'a probablement rien de mieux à faire. En plus, ça lui permettrait de gloser en public sur ces branleurs de fonctionnaires - une habitude populo-poujadiste qu'il avait prise quand il était ministre de l'Education et qui doit bien lui manquer.
A moins que le Nain ne confie au gros-nase-qui-a-des-avis-sur-tout le redécoupage électoral? Lequel, sans qu'on en parle trop, se met en branle [Lien 4], [Lien 5]. Non non, ne vous inquiétez pas, Allègre ne viendra pas nous imposer sa "Vérité sur les circonsriptions", il y a déjà quelqu'un sur le coup. Le préposé à l'opération, un dénommé Alain Marleix, est un spécialiste de la question. Comme le révélait le Canard Enchaîné dans un portrait qu'il lui consacrait pendant l'été, l'affidé en question officiait déjà sous Pasqua-Pandraud, c'est dire si vos affaires sont entre les mains d'un spécialiste...
07:58 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, société, laporte
