02.07.2008

Les dernières réalisations du Nain

Le Nain rêvait naguère de dépister les pré-délinquants dès l'école maternelle; nous sommes en bonne voie, puisque la nouvelle mouture des Renseignements Généraux (les Renseignements Maréchaux?) a célébré sa propre naissance en inaugurant un nouveau fichier, celui des "mineurs de moins de 13 susceptibles de porter atteinte à l'ordre public" [Ref 1]. Si vous n'y croyez pas, allez voir le décret original. On y lit notamment:

  • que ce fichier est suceptible de s'intéresser "aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif". Je tremble pour les membres du Medef: ils correspondent à au moins trois des critères...
  • "Le traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées à l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Celles de ces données autres que celles relatives aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à l'appartenance syndicale ne peuvent être enregistrées au titre de la finalité du 1 de l'article 1er que de manière exceptionnelle." Exceptionnel, certes, mais ce sera malgré tout possible. Pour infio, la loi de 1978 en question, c'est la loi informatique et libertés.
  • "Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations." Super. En revanche, à partir de ces seules informations plus une ou deux autres qui n'auront aucune influence sur le résultat de la requête...
  • un autre objectif: "centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui [...] sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Quand on aura défini ce qu'est l'ordre public et à partir de quel seuil on identifie le "susceptible de porter atteinte", on se sentira déjà mieux.

Il importe de savoir que la CNIL a émis un avis assez réservé sur ce fichier, mais que personne n'en a rien à battre.

Mais ceci n'est qu'un détail. Le Nain a en ce moment un oeil fixé sur la ligne bleue des Balkans (t-est-ce qu'on mange?) et l'autre sur la ligne verte de la Méditerranée. Pour son premier jour à la présidence de l'UE, il aura eu la bonne surprise de découvrir cet entretien accordé par Peter Mandelson à BBC News. Le commissaire européen au commerce accuse en effet le Nabot de semer la pagaille et, partant, d'affaiblir la position européenne face à l'OMC dans les négociations en cours. Un autre article sur le site de BBC News rappelle à l'occasion le peu d'enthousiasme des pays européens envers l'Union méditerranéenne, que le Rase-bitume s'obstine à vouloir lancer le 13 juillet (avant d'accueillir le président Syrien dans les tribunes du défilé le 14 juillet).

Enfin, notre Nain présidentiel reste une star mondiale, puisque, comme nous l'apprend le même site, sa scène d'énervement dans les locaux de France 3 avant sa récente interview est en train de devenir un must du visionnage sur la toile.

Ne pleurez plus braves gens, il n'y a pas que le Dalaï-Lama qui se réincarne. Louis de Funès est à nouveau parmi nous.

01.07.2008

Lise pas bonne du tout

La nouvelle du jour, c'est bien entendu l'annonce, au premier jour de la présidence Française de l'Union européenne, que la Pologne (plus exactement, son Président) n'a pas vraiment l'intention de ratifier le traité concocté par le Nain (cf. article du Monde, de L'Express), estimant qu'il est devenu sans objet après le refus de l'Irlande.

Il est un peu tôt pour se livrer à une analyse sérieuse de ce que tout cela va impliquer en termes de communication. A l'heure où les spots publicitaires vantant les mesures gouvernementales pour le pouvoir d'achat défilent sur nos écrans de télé en prime time [Lien] (la campagne a coûté 4,33 millions d'euros d'après Les Echos) et où la fête au village consiste à faire frapper une série spéciale de pièces de 2 euros pour célébrer la prise de présidence (annonce officielle), on se demande jusqu'où va aller l'offensive Médiato-Sarkozienne. Une série spéciale de nougats de Montélimar avec cette maxime gravée sur la pâte: "Les Polonais sont des cons"? Un grand cru bordelais (cuvée Alain Juppé) étiqueté "Les Irlandais craignent à mort"? Ou tout simplement, une nouvelle série de spots de pub: "Vous trouvez que l'Europe n'avance pas assez vite? Nous aussi!"

A tous ces problèmes, une seule solution: une nouvelle commission Attali pour la libération des consciences. Je vois d'ici les conclusions de Maître Jacques: "pour que les peuples ratifient les traités européens, une seule solution: n'imprimer que des bulletins Oui."

30.06.2008

Marchés = gros nuls (suite)

Je savais que ce billet sur le libéralisme n'allait pas faire que des heureux. Comme mon but dans la vie n'est pas de plaire au plus grand nombre, je m'y attendais un peu... J'espérais à vrai dire des réactions, et elles n'ont pas tardé. Mathieu P., qui avait par ailleurs contribué à l'échange sur les 4x4 (ceux-là aussi, il va falloir que j'y revienne, car il y a eu d'autres réponses depuis), a posté le texte cité ci-dessous en italiques. Comme je serais attristé que l'on me comprenne mal, son texte mérite une réponse détaillée point par point - que voici.

"C'est étrange comme en France, le mot libéralisme a l'air de faire partir en vrille même les gens les plus intelligents."

Si c'est un compliment, merci. D'un autre côté, je décèle une petite déception... Dieu sait que je suis loin d'être satisfait de la mentalité française, à laquelle je prête de nombreux défauts, notamment l'étroitesse de vues et une certaine idée de sa propre valeur... Mais, même si cette mentalité me paraît par de nombreux aspects imparfaite, je lui prête une très grande qualité: contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, le Français n'a pas peur de l'anti-conformisme; s'il râle souvent sans raison ou en avançant des arguments biaisés, il est également beaucoup moins enclin à admettre sans preuve les arguments tout faits que l'on lui présente à la télé ou dans les magazines, en particulier pour tout ce qui touche aux aspects sociaux et économiques - surtout quand il fait partie de ceux qui se font enfler.

 En l'occurrence, la présentation en trois points de la situation est d'une part grossièrement fausse (l'économie de la seconde révolution industrielle a été bâtie sur le pétrole *avant* qu'on prenne conscience que la ressource était dramatiquement limitée, et non après ainsi que le laisse entendre cette présentation)"

Que Mathieu me permette d'être en total désaccord avec son argumentation, pour les raisons suivantes.

  • Premièrement, la première ressource énergétique de la révolution industrielle n'est pas le pétrole, mais le charbon. Encore une ressource fossile, d'ailleurs. Le pétrole n'est arrivé qu'après le charbon, et même longtemps après. Je conseille à Mathieu la lecture du petit livre très intéressant L'histoire secrète du plomb. On y apprend notamment qu'avant la "géniale" trouvaille de l'utilisation du plomb en tant qu'anti-détonnant, le pétrole était un carburant ma foi assez capricieux, car un peu trop explosif, ce qui faisait que l'on n'aimait pas trop l'utiliser dans les moteurs. Jusque dans les années 1930, de nombreuses automobiles - notamment aux States - possédaient un commutateur qui leur permettait de faire fonctionner le moteur, au choix au pétrole, ou à d'autres carburants tels que les alcools végétaux.
  • Mais à la rigueur, cet argument n'est qu'un détail. Quand je parle de bâtir toute une économie sur le pétrole, je me réfère surtout à l'aveuglement des 50 dernières années. J'invite ainsi le lecteur à se rendre sur le site de toute bonne compagnie pétrolière qui se respecte (Ex., le site de BP, www.bp.com). Comme désormais, la mode est à la transparence et que les pétroliers veulent la jouer "communicationnellement correct" vis-à-vis des écolos, ils mettent en ligne plein de données. On peut ainsi télécharger à la page "Reports and Publications" de BP un certain nombre de feuilles Excel sur l'évolution de la demande énergétique depuis plus de 40 ans. J'ai tiré de ces feuilles Excel les graphiques ci-dessous.
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    • Le graphique de gauche présente l'évolution de la consommation depuis le milieu des années 60, le graphique du milieu illustre l'évolution du volume de réserves connues depuis 1980. Le triosième graphique est une synthèse des deux premiers: en divisant le volume de réserves par la consommation annuelle, on obtient l'autonomie énergétique mondiale, c'est-à-dire la durée qu'il nous reste avant que les réserves connues soient épuisées - en supposant que nous continuions de consommer au même rythme. Que nous disent ces graphiques?
    • La première chose, c'est que l'on peut s'estimer heureux qu'il y ait eu deux chocs pétroliers dans les années 1970. Si la dérivée de la courbe de gauche était restée identique à ce qu'elle était dans les années 1960, la consommation annuelle de pétrole en serait probablement à 50 ou 60 milliards de barils de pétrole de nos jours, contre une trentaine en réalité.
    • L'autonomie énergétique est actuellement estimée à une quarantaine d'années, contre une trentaine au début des années 1980. L'accroissement de l'autonomie provient de la découverte de gros gisements à la fin des années 1980 (cf. graphique du milieu). Si l'on avait continué à consommer selon la tendance des années 1960 et 1970, cette autonomie ne serait plus aujourd'hui que de 20 ans.
    • Quoi qu'il en soit, 30 ou 40 ans d'autonomie, c'est la borne supérieure de l'intervalle. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque BP affiche le volume total des réserves disponibles, la compagnie ne mentionne pas à quel coût d'extraction. Si, sur les 1200 milliards de barils disponibles actuellement, seulement 600 ou 800 sont extractibles à des coûts économiquement viables (c'est-à-dire que les coûts d'extraction restent suffisammment faibles pour que celle-ci vaille la peine d'être réalisée), l'autonomie chute à 25 ou même 20 ans...
    • Face à ce genre de considération, l'argument standard du partisan de la théorie des marchés est que, le prix du pétrole augmentant avec sa rareté, la production et la consommation s'auto-réguleront d'elles-mêmes. Certes, cela est vrai, je ne le conteste pas. Mais que les marchés soient capables d'ajuster le coût d'une ressource en fonction de la demande et des capacités de production n'a rien d'une nouveauté, c'est même une tautologie, puisque c'est comme ça que les marchés fonctionnent. Ca n'implique en rien que les marchés aient raison de le faire, ou même que c'est une bonne chose qu'ils le fassent - mais j'y reviens plus loin. 
    • Revenons au pétrole: depuis deux à trois ans, le monde entier semble se réveiller et découvrir soudain sa rareté . Alors là, je dis halte aux bobards. Que l'on cesse de nous prendre pour des crétins, et surtout que l'on ne prétende pas que le problème du caractère périssable de la civilisation du pétrole date d'aujourd'hui, puisque l'on pouvait déjà l'inférer des chiffres d'il y a 30 ou peut-être même 40 ans. En gros, cela fait 30 ou 40 ans que l'industrie du pétrole - et avec elle une bonne partie de l'économie occidentale - vit dans la plus grande insouciance, avec un avenir estimé à 30 ou 40 ans. N'oublions pas que, depuis les années 1970 et 1980, pour ne citer que le cas de la France, les politiques vont délibérément dans le sens d'un affaiblissement des services publics de transport en commun tels que le rail (qu'ils soient de passagers ou de marchandises), pour favoriser le transport routier individuel - particulièrement énergivore - au détriment du rail ou du fluvial.
    • Donc oui, je maintiens, la récente prise de conscience des financiers de la finitude de l'économie du pétrole ne peut qu'éveiller un sentiment de compassion apitoyée que l'on ressent face à une stupidité sans fond.

"mais aussi un non-sequitur avec l'argument qu'elle prétend réfuter. Ce dernier est en effet de souligner que l'adaptation au pétrole cher est déjà en cours, ce que contestait le billet auquel de répondait (qui postulait, à tort, une augmentation des ventes de SUV, alors qu'elle sont en diminution)."

Je conteste, sur quatre fronts:

  • dans le billet original sur les 4x4, je plaisantais sur le fait que les marchés ne fonctionnaient pas, car la connerie, qui coûte portant très cher, est reste un des biens que les gens s'arrachent au prix fort. Que ce genre de boutade ne soit pas du goût de tout le monde, je le conçois aisément... Mais ça vous arrive de plaisanter de temps en temps?
  • plus sérieusement, le fait que "l'adaptation [soit] déjà en cours" ne change rien au fait que (1) cette adaptation est extrêmement récente, tout en (2) faisant suite à, combien? 10 ans, 15 ans d'augmentation continuelle des ventes de 4x4, alors que (3) la finitude du pétrole est un fait acquis depuis plus de 30 ans. Alors, vous m'excuserez, mais en fait d'adaptation, la loi du marché n'a vraiment pas de leçon à donner;
  • selon certains (et pas des moindres, Joseph Stiglitz vous excuserez la référence!) cette augmentation intervient pour des raisons tout à fait extérieures aux préoccupations environnementales [Ref 1]. Si les marchés sont arrivés à un effet bénéfique pour l'environnement et pour l'avenir de l'humanité, c'est tout à fait par accident;
  • enfin, il ne faut pas oublier que l'augmentation du prix du pétrole a pour conséquence une spéculation accrue sur les biocraburants, donc sur l'agroalimentaire, avec pour conséquences des problèmes de production autocthone dont se passeraient bien un certain nombre de pays les plus pauvres. On a donc seulement remplacé un problème par un autre, qui n'est pas moins grave.

" Après, il est certes possible de s'interroger sur la vitesse de réaction du marché par rapport à ce qui serait idéal du point de vue de toutes les générations concernées. "

C'est bien, ça, de penser qu'on pourrait s'interroger. Pourquoi ne pas le faire, alors? Trois choses me gênent beaucoup dans les raisonnements des partisans de la logique de marché:

  • la première, c'est que ces gens s'amusent souvent à faire des bilans sur des systèmes "ouverts", c'est-à-dire qu'ils ne comptabilisent pas toutes les entrées et toutes les sorties; ce qui leur permet ensuite de tenir des raisonnements en mettant en avant les arguments qui les arragent et en oubliant les autres. Ainsi, quand le système boursier et la stupidité associés amènent les banques à faire des profits en spéculant honteusement sur des produits financiers aberrants, ça ne pose de problème à personne, le pognon rentre et va nourrir les actionnaires. Mais quand tout commence à se planter (Ex. subprimes, bulle Internet et autres amusements du même genre), ce sont les Etats qui, tétanisés par la peur de la récession massive, mettent la main à la poche pour soutenir les banques défaillantes. Autrement dit, bénéfices pour le spéculateur, dettes pour le contribuable. Avec de tels dispositifs pour pomper le pognon, on serait vraiment un pauvre couillon de ne pas spéculer!
  • quand par hasard le marché arrive à faire quelque chose de bien, ce n'est pas pour des raisons structurelles, et encore moins morales. Ainsi, la hausse du prix du pétrole au sujet de laquelle nous sommes en désaccord n'intervient pas parce qu'il est souhaitable que l'économie mondiale apprenne à se passer du pétrole; elle n'intervient pas parce que les marchés sont visionnaires et qu'ils ont compris que tout cela aurait une fin: elle intervient de façon mécanique, parce que la ressource commence à manquer (ou du moins , la ressource bon marché). Et elle intervient peut-être trop tard, car avec tout le CO2 que l'économie du pétrole nous a amenés à rejeter dans l'atmosphère, on a peut-être déjà programmé une hausse moyenne de 5 degrés sur la température du globe pour les générations futures. Mais, reconnaissez-le, si l'on découvrait soudain un gisement pétrolifère énorme qui ferait tripler l'autonomie énergétique de l'humanité, les prix baisseraient à nouveau et on serait repartis pour 50 ans, avec des émissions de CO2 à la hausse.
  • la troisième chose - et la plus grave à mon sens - c'est que les obsédés de l'économie théorique ont tendance à considérer le marché et les processus financiers comme des fins en soi, en oubliant que derrière les chiffres du CAC 40, du Dow Jones et les indices de chômage, il y a des gens. La croissance, le taux d'endettement, tout ça c'est bien joli, mais lorque l'on convertit cela en réalité humaine, ce n'est plus la même musique. Votre phrase m'évoque la question suivante: supposons que je vous dise: "ce serait bien qu'il y ait une rupture de barrage sur une zone urbanisée. Comme ça, on pourrait faire des mesures et ça me permettrait de valider mes techniques de simulation numérique"; qu'en penseriez-vous? Certes, une telle expérience ferait peut-être de moi un scientifique renommé, mais également un crétin fini. Même si vous ne connaissez rien à la mécanique des fluides et que vous n'avez aucune idée de ce que peut être un schéma aux volumes finis à capture de choc, vous auriez le droit de me dire que je suis un nase. Et vous auriez raison. Votre "interrogation possible" sur la vitesse de réaction des marchés me navre autant que pourrait vous navrer l'hypothétique expérience ci-dessus.

" Je dois dire que je regrette beaucoup de lire sur ce blog que j'apprécie un anti-économisme aussi primaire. "

Encore une fois, vous m'avez mal lu. Je ne suis certes pas un expert en économie, je ne prétends pas tout y comprendre. Il n'empêche que j'ai lu quelques petites choses - dont le savoureux Les trous noirs de la science économique, de Jacques Sapir; ou quelques bouquins de Joseph Stiglitz (Ca doit vous dire quelque chose, non?) et que je me suis forgé une petite idée du problème. Pour résumer, mon opinion tient en deux points:

  • l'économie de marché peut - mais elle n'est peut-être pas le seul instrument possible pour cela - être un instrument d'optimisation très efficace. Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale. En effet, entre autres choses, elle ignore délibérément, dans ses bilans, les coûts sociaux produits par ses avatars, ces coûts étant le plus souvent payés par d'autres [Exemple ici]. On ne peut donc pas lui faire confiance en tant que mécanisme principal de régulation de la société, il faut d'autres mécanismes au-dessus d'elle pour la contrôler. Elle doit demeurer un simple outil et surtout ne pas devenir une fin en soi;
  • les thuriféraires de l'économie de marché ont souvent tendance à insister sur les bienfaits de leur bébé - et à les présenter comme des bienfaits intrinsèques - alors que ses échecs sont présentés, somme toute, comme des dommages collatéraux et incidentels ("on pourrait s'interroger"... sous-entendu, ce n'est pas le plus important). Là aussi, c'est bien pratique de raisonner en bilan sur un système ouvert, en ignorant des flux... sauf que lorsque l'on fait ça, le bilan est faux! A toutes les âneries que l'on entend à la radio sur la nécessité de la croissance, etc., aucune justification n'est jamais donnée. A entendre tous ces types bêler la même chose, j'ai vraiment l'impression de me retrouver à la fin de la chanson de Renaud [1], où des étudiants studieux et certifiés conformes s'en vont diriger le monde "en traînant dans leur cartable la connerie de leurs aînés".

Pour conclure:c'est quoi, déjà, le titre de ce blog? Et son sous-titre? Je ne suis pas anti-économistes, je suis anti-cons (Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'est la même chose, j'espère?

 

[1] Renaud. "Etudiant, poil aux dents", in Le retour de Gérard Lambert.

27.06.2008

Libéralisme, piège à cons

A l'heure où l'Irlande vient de dire non au traité de Lisbonne, et où elle se fait taxer d'ingratitude par la moitié des pays de l'Europe, on apprend qu'elle va entrer en récession [Ref1, Ref2]. On peut peut-être y voir une relation de cause à effet?

Au même moment, on apprend qu'un des autres petits pays miracles, en l'occurrence l'Estonie, connaît elle aussi quelques problèmes économiques: après de nombreuses années de croissance supérieure à 5%, la voici qui à son tour tombe dans le marasme [Ref3].

Coïncidence ou pas? Les banques elles aussi ont mal quand elles s'assoient. Ainsi Wall Street s'est mis à dégraisser (Le Monde vient de retirer l'article en question de son site, je ne peux donc plus vous faire passer le lien).

Ces événements, que l'on peut a priori penser sans lien mutuel, ont en réalité un point commun. En ce qui concerne l'Irlande, ou l'Estonie et tous les autres ex-petits pays miraculeux, que l'on nous présentait il y a quelques mois encore comme des exemples - voire des prototypes de ce qu'il faudrait faire pour que la France aille mieux, ou comme les preuves par 9 que le libéralisme forcené peut générer le bonheur - les commentateurs se la jouent vieux sages a posteriori. Les commentaires sont unanimes, en gros: "on savait bien que ça [les croissances à 8 ou 10%, NDLA] ne pourrait pas continuer comme ça éternellement". Sans blague?

En ce qui concerne Wall Street, dans l'article du Monde, un commentateur s'autorise cette réflexion: "Les banques n'avaient jamais gagné autant d'argent sur des produits financiers qui n'étaient pas du ressort de leur compétence principale. Il va falloir s'habituer à ce qu'elles soient désormais moins rentables." Pas possible?

Le point commun, le voici: l'absence totale de sens moral, critique et prévisionnel.

Pourtant, les avertissements aux crétins n'ont pas manqué. Par exemple, il y a 2 ans, le bureau de prévisions économiques avait prévu le coup de frein actuel sur l'immobilier [Ref4]. A l'époque, l'annonce avait fait scandale. Maintenant, on voit le résultat.

Et puis pas besoin d'aller aussi loin dans la réflexion, il suffit d'avoir recours à la bonne vieille logique. Je reviens sur le commentaire laissé par Mathieu P. sur la note "Avenir du 4x4...". Mathieu prétend que la chute d'un quart à un tiers des ventes de SUV aux States (du fait de la montée du prix du pétrole) est un signe de bon fonctionnement des marchés. Non seulement je ne suis pas certain que ce soit un signe de bon fonctionnement des marchés, mais je suis en fait de l'avis contraire: c'est le signe que le marché n'a rien dans la tronche. Parce que enfin, soyons logiques: (1) on vous annonce qu'une ressource énergétique, disponible pour l'instant à bas prix, n'est disponible qu'en quantité limitée, (2) qu'elle est non renouvelable car le pétrole met des centaines de milliers d'années à se former à partir de résidus végétaux dans les couches géologiques, et pourtant (3) vous bâtissez toute une économie là-dessus. Et quand les choses se mettent à foirer, on se dit que c'est un signe de bonne santé car on ne pourra pas continuer à être aussi débiles très longtemps.

Finalement, les raisonnements sur le caractère auto-régulateur des marchés (qui, mis à part la spéculation fondatrice et que personne n'a jamais vérifiée sur la fameuse "main invisible") me font un peu penser à ceci: que penseriez-vous d'un médecin qui vous dirait la chose suivante: "finalement, la cirrhose du foie est une bonne maladie, car elle empêche les alcooliques de vivre trop vieux."

Je conclurai avec ce petit QCM.

"Je suis persuadé que l'on peut transformer la merde en or; que le haut est en bas et que le bas est en haut; que pour qu'une chose devienne vraie, il suffit qu'un nombre suffisant de gens habillés comme moi le pensent; que s'il est plus rentable que tu sois un lapin blanc, alors tu es un lapin blanc. Qui suis-je ?"

Réponse A: un alchimiste

Réponse B: un philosophe post-moderne

Réponse C: un rebouteux

Réponse D: un trader ou un économiste néo-libéral

Fautes votre choix...

19.06.2008

Didier Schuller: Y en a Montélimarre

L'info est tombée ce midi (c'est à dire hier midi) sur les sites du Monde et de Libération: Didier Schuller, notre escroc national, a été placé en garde à vue dans une affaire de trafic de nougats.

L'intensité de l'information justifie la birèveté de ce billet. Je pense que vous n'en lirez pas souvent des comme ça. Pour davantage de précisions sur le Grand Theft Candy de la Drôme, voir ici, ici et également ici.

18.06.2008

Du pain et des jeux

A l'heure où l'équipe de France ne sait plus se défendre contre les méchants agresseurs Roumains, Hollandais ou Italiens, le Nain nous présente, tout droit sorti du mess des officiers, le petit livre blanc. Il est question, vous l'aurez compris, du livre blanc sur la Défense, que l'on peut se procurer en 3 tomes ici. Un aperçu ci-dessous de la tronche de l'opuscule, qui évoque un ours blanc ou un grizzli qui se serait peint la tronche en bleu-blanc-rouge pour aller voir perdre la France hier soir. 
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Couverture du machin. Ils ont pensé à ne pas la faire totalement blanche, afin que les mots "et Sécurité" puis "Le Livre blanc" soient visibles. Une démonstration supplémentaire de la maîtrise qu'ont nos vaillantes troupes de l'art du camouflage.

 Ce livre a été élaboré par un certain nombre de personnes/personnalités, dont on trouve la liste en fin du tome 1, partie 2 (pages 321-323). On notera la présence, dans cette commission, de personnes intéressantes telles que Thierry de Montbrial, directeur du très spécial Institut Français de Relations Internationales, dont on a du mal à savoir s'il se prend pour un clone de Sciences Po ou une succursalle de la DST. Ce qui est certain, c'est que c'est l'IFRI lui-même qui a écrit sa page sur Wikipedia, sans doute parce qu'il est le seul à savoir ce qui se passe réellement dans son sein.
On y trouve également des personnels de la très rassurante Fondation pour la Recherche Stratégique, cf. sa page "Latest News" sur les armes de destruction massive avec lien vers le discours de John McCain...
Toute cette bande de rigolos était surveillée par quelques avocats ainsi qu'un représentant du ministère du budget, parce que la guerre des étoiles, c'est bien beau, mais si on se met à réclamer des jouet coûteux alors que les caisses sont vides (c'est le Nain qui l'a dit)...
D'ailleurs, l'IFRI et la FRS ont réussi à faire passer le message: le lobbying paie, puisque en résolution finale n°16, l'établissement d'une politique de recherche stratégique est mise en avant. La parano est à l'honneur, puisque l'on parle également de sensibiliser aux questions de défense les élèves de l'ENA, de l'Ecole nationale de la magistrature et de Sciences Po. Vu toutes les choses intéressantes que ces gens-là apprennent à l'école, il serait dommage qu'ils les divulguent à des oreilles ennemies.
Plus sérieusement, notons au passage que le Nain a finalement obtenu de concrétiser son rêve, à savoir imiter les Etats-Unis et leur National Security Council: on va avoir le même (résolution 14)! L'alignement sur l'OTAN est également à l'ordre du jour (résolution 9).
Et puis, rassurons les militaires: le budget défense ne baissera pas (résolution 12).

Autre signe des temps - et ne pas y voir une volonté d'imitation des States serait bizarre - la notion de sécurité intérieure (Homeland security) fait une apparition en force, se taillant ainsi une part dans le gâteau autrefois réservé à la Défense. Ce pas en avant consacre un peu plus la "convergence" entre surveillance civile et militaire, intérieure et extérieure.

Ceux à qui ça ne plaît pas, ce sont les militaires bon teint: on leur annonce un peu plus de 50000 suppressions de postes à terme, sur un effectif de 320000; ça fait mal. C'est d'aillleurs faire peu de cas de la souffrance des militaires, qui sont des animaux comme les autres. D'ailleurs, comme l'a dit le Nain, dans un discours rapporté par le Canard enchaîné d'aujourd'hui: "On ne doit pas laisser les gens mourir comme des bêtes! D'ailleurs, les bêtes sont des êtres humains."

Cette brillantissime déclaration avait échappé à mon système de surveillance. C'est bien la preuve que mes procédés de homeland intelligence laissent à désirer et qu'il va falloir d'urgence faire un upgrade de mon OS...

17.06.2008

Avenir du 4x4: au bonheur des cons

En ces temps de mutation sociale accélérée, l'abondance pétrolifère nous avait gratifiés de la naissance d'une nouvelle race de dégénérés, à savoir le Beaufus Quartus-Quartus, dont la traduction en langage ordinaire est: "le beauf au 4x4". La débilité est un exemple idéal de la déficience des lois du marché, l'illustration parfaite que les théoriciens du tout-libéral ont tort, car la loi de l'offre et de la demande ne s'applique pas à elle. En effet, bien que la connerie soit un des biens les plus répandus et les plus largement distribués sur terre, elle continue de coûter extrêmement cher et les gens en redemandent. Le 4x4 est un cas d'école.

Le Beaufus Quartus-Quartus avait parfaitement trouvé sa niche écologique. La race semblait viable. En effet, l'espace d'une seule génération avait vu l'espèce déserter les campagnes, où elle avait alors une raison d'être toute naturelle dans l'âpreté des paysages, pour investir les villes, où elle s'était transformée en un prion malsain pour infester les cervelles du peuple. La 2CV fourgonnette est devenue Porsche Cayenne. Un temps confinée au parvenu ou à la profession libérale qui aurait eu honte de s'afficher en Audi A3 (celle-ci étant réservée aux commerciaux et aux dealers, ce qui revient à peu près au même), le 4x4 a fini par muter pour envahir tous les compartiments de l'échelle sociale. Ainsi, le praticien en médecine a-t-il trouvé, dans la faune automobile, son pendant femelle en la blondasse bourge, qui conduit son Cayenne ou son Parejo pour larguer ses enfants devant l'entrée de la maternelle - bloquant ainsi la totalité de la rue pendant un bon quart d'heure - et poursuivre, levier de vitesses dans une main et téléphone portable dans l'autre, sa route vers le centre commercial et l'accomplissement de son destin.

La blondasse fringuée chic est en effet le dernier avatar de l'évolution automobile rurbaine. Elle consacre la fin d'une époque: celle où les assureurs préféraient les conductrices aux conducteurs, car elles se comportaient plus prudemment et avaient moins d'accidents. La blondasse bourge en 4x4 est l'anti-portrait radical de cette race presque éteinte: encore plus agressive que son mâle, elle vous colle au train et vous klaxonne furieusement quand, devant elle au feu orange, vous avez l'inconscience de ralentir avant que celui-ci soit passé au rouge; alors que le bon sens commanderait bien évidemment de passer malgré tout pour aller écrabouiller tout ce qui aurait l'audace de s'aventurer sur les autres voies. De temps en temps, elle gesticule même et vous insulte à travers son poare-brise. La blondasse bourge en 4x4 a dans son sac en cuir l'argument standard qu' "en 4x4, on se sent davantage en sécurité", argument communément répété par le mari de ladite blondasse pour justifier l'achat du coûteux monstre à pneus Méphisto. C'est sans nul doute ce qui explique que, l'un comme l'autre, ils s'engagent dans les ronds-points sans vérifier si quelqu'un s'y trouve déjà: contre leurs deux tonnes et demie, votre pauvre voiture ne fait pas le poids et c'est à vous de piler lorsqu'ils vous grillent la priorité, confortant ainsi leur "sentiment de sécurité"; d'ailleurs, ils ont en général sur vous la supériorité d'être extrêmement pressés, car le temps de ceux qui gagnent plein de pognon est infiniment plus précieux que celui des loqueteux: axiome de base de notre époque moderne.

Seule ombre au tableau, la politique pétrolière nous a fait doubler le prix du baril de pétrole en un an. Pour l'heure, l'or noir s'échangeant en dollars, la chute de celui-ci face à l'euro protège encore le beauf européen et sa femelle. L'Irlande ayant dit non au traité de Lisbonne, faut-il redouter une crise européenne, avec comme dommage collatéral la chute de l'euro et le renchérissement subséquent du prix à la pompe? Auquel cas, restriction de l'espace vital aidant, le Beaufus Quartus-Quartus se mettrait à dépérir? Ne craignez rien, mes frères: la race est intrinséquement résistante à la consanguinité, puisqu'elle en est le résultat direct. On croise bien les lévriers entre eux, ça ne les empêche pas de courir vite, même s'ils sont trop débiles pour s'apercevoir qu'ils sprintent après un lapin en plastique.

Et puis, même si le 4x4 devait disparaître (pour mon plus grand plaisir, notez bien), l'époque n'est point avare en signes extérieurs de beaufitude. Si ce n'est pas la voiture à gros pneus, ce sera le vélo avec plein de vitesses, la trotinette avec marchepied en diamants ou le skateboard aux roulements à bille en platine. L'important pour les prétentieux et les parvenus est de s'exhiber; au besoin par le mauvais goût, puisqu'ils ne peuvent le faire par l'esprit.

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13.06.2008

Irlande, référendum et choucroute

L'Europe est paraît-il suspendue aux résultats du vote irlandais. Ce n'est pas que les résultats de ce dernier aient une grande importance: on commence à murmurer du côté de Bruxelles que si les celtes furieux disent non au traité simplifié du Nain, on les refera voter jusqu'à ce qu'ils disent oui. Non, si tout le monde piaffe, c'est tout simplement que les résultats du scrutin ne seront connus qu'ajourd'hui et qu'il n'a été procédé à aucun sondage en sortie des urnes... Mon Dieu, comment la presse a-t-elle pu laisser passer ça? Je ne serais pas étonné qu'après PPDA, on en vire quelques autres pour incompétence... Pour l'instant, on sait juste que le taux de participation aurait été de 42% [Ref 1].
      
A peu près toute la presse semble vouloir se scandaliser de ce "non" potentiel de l'Irlande; quelle ingratitude, nous dit Le Monde, alors que ce pays est un de ceux qui ont le plus massivement bénéficié du soutien financier européen dans les années passées - d'ailleurs, un certain nombre de citoyens Irlandais en sont conscients [Ref 2]. Face au potentiel redoutable du "Non", les partisans du "Oui" ont leurs arguments tout prêts: pour certains, les opposants ne comprennent pas tout et mélangent tout [Ref 3] (N.B. Ca ne vous rappelle pas les arguments des partisans de certaine constitution européenne rejetée en mai 2005?). Pour d'autres, ce sont des salauds d'égoïstes, comme l'a dit Cohn-Bendit dans une déclaration reprise par Le Monde [Ref 4]. Et Cohn-Bendit sait de quoi il parle: sans l'Europe, il aurait été dans l'incapacité totale de mener sa double carrière, à la fois en Allemagne et en France, le meilleur moyen d'avoir le cul entre deux chaises sans se le voir reprocher étant de jouer les inutiles au parlement de Strasbourg... Ce type est probalement le premier travailleur frontalier de l'histoire politique française, laissez donc parler les experts!
        
A l'heure où tout le monde semble se mettre d'accord pour reprocher à l'Irlande son ingratitude, personne ne semble se poser la question suivante: si l'Irlande a beaucoup tiré de l'Europe, peut-être l'Europe a-t-elle beaucoup tiré de l'Irlande également? Il suffit de lire ce petit article de Libération [Ref 5] pour apprendre que les finaciers espèrent beaucoup d'un espace européen de l'économie; de plus, quel camouflet pour les dirigeants européens après le rejet de la constitution par la France et les Pays-Bas en 2005. Ce serait une véritable catastrophe, nous dit Barroso [Ref 6], mais après tout, il est payé pour dire ça.  En plus, nous dit-on, il n'y a pas de "plan B".
Pas de plan B, vraiment? Dans un article de Libération [Ref 7], on peut lire que les dirigeants européens ont déjà pensé à 3 solutions: soit on met l'Irlande dehors (n'ayons pas peur des actes, puisque nous avons peur des mots), soit on les force à revoter jusqu'à ce qu'ils disent oui (on leur avait déjà fait le coup sur le traité de Nice), soit on jette Lisbonne, ce qui, au moment où le Nain prend la présidence de l'union européenne, donnerait à voir des étincelles au bon peuple...
Le véritable scandale, s'idingnaient des éditorialistes, c'est qu'un pays de 4 millons d'habitants décide du sort d'un traité qui en concerne 400 millions d'autres. Oui, certes... Mais il ne faut pas oublier qu'aux 400 millions d'autres, on n'avait pas eu l'idée de leur demander leur avis...

04.06.2008

Le Nain - nième

Très court billet demain mercredi, pour cause de mission. Je prendrai le train trop tôt pour pouvoir m'acheter le Canard Enchaîné avant de monter dans la rame, mais je vous livre deux élucubrations du Nain glanées dans le numéro de la semaine dernière.
  • Pour expliquer que les dockers français sont des jean-foutre, il a expliqué qu'ils ne travaillaient "que" 2000 heures par an, alors que les espagnols en travaillent 4000. A 50 semaines par an (je leur compte royalement 2 semaines de congés payés), ça laisse quand même la semaine de travail à 80 heures... Ca doit être Balkany qui lui a fourni les chiffres, il est champion pour faire travailler ses employés de mairie en double file.
  • Il a aussi mentionné que "sur trois containers qui entrent sur le territoire français, il y en a deux qui viennent de l'étranger". D'où vient celui qui reste? Probablement de Monaco ou d'Andorre, qui, comme chacun sait, ne sont pas tout à fait la France mais pas tout à fait un autre pays non plus. Ou alors, c'est un container sans papiers, entré en fraude planqué à l'intérieur d'un autre container...
Vu comme il sait bien compter, on comprend finalement son souhait de repousser à Bac+5 le recrutement des instits et des profs de collège. Pour être président de la république et maîtriser sa table du 3, il faudra alors probablement Bac+20 et pour être contrôleur des impôts, Bac+30. Quant aux dockers, si on veut qu'ils puissent compter leurs heures correctement, ils n'auront pas eu le temps de finir leurs études d'arithmétique qu'il faudra déjà les mettre à la retraite. Et je ne vous dis pas combien d'années il leur faudra cotiser pour rembourser toutes ces études...
 
En vérité je vous le dis, il en a du pain sur la planche, le Xavier Bertrand! 

28.05.2008

Economie et finance: le bal des gros nuls

Encore un grand moment de Jean-Marc Sylvestre ce matin sur France Inter. Aujourd'hui, la girouette économique du PAF nous la jouait dans le registre vieux sage sentencieux.

Selon le thuriféraire des fonds de pension, la marge de manoeuvre économique du gouvernement en ce qui concerne le malaise économique et social dans le royaume de France est extrêmement réduite, et ce pour trois raisons:

  1. il ya de forts risques de contagion. Il a raison: quand les pêcheurs se mettent à gueuler sur le prix de l'essence, les taxis, agriculteurs et chauffeurs routiers ne sont pas loin;
  2. l'augmentation de l'essence, qui commence à faire descendre du monde dans la rue, s'inscrit dans un mouvement général et durable d'inflation des matières premières, car les pays émergents tels que la Chine et l'Inde en demandent de plus en plus alors que les ressources naturelles s'épuisent;
  3. la hausse du pétrole est pour l'instant tempérée par le fait que le prix du baril se négocie en dollars; si jamais celui-ci se remettait à s'apprécier face à l'Euro, ce serait pire. On notera au passage que JMS vient de jeter à la poubelle son ancien Dieu, puisqu'il a cessé de prétendre avec le Nain que l'Euro fort, c'était nul...

Selon JMS, les propositions du gouvernement sur une baisse de TVA ont toutes les chances d'être refusées par Bruxelles (surtout à la veille de prendre la présidence de l'Union européenne!) Bien entendu, l'autre solution serait de baisser la TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers), mais comme on se fait déjà traiter de nases par le même Bruxelles pour ne pas arriver à maîtriser notre déficit budgétaire, on voit mal le Nabot en rajouter une couche. En plus, si on se met à aider les professionnels par une telle astuce comptable, les particuliers vont en demander aussi!

Heureusement, Jean-Marc Sylvestre tient la recette miracle, et il nous la livre céans: il faut "adapter l'offre à la demande" - parole d'économiste. En pratique, ça veut dire quoi? Le vieux sage nous l'explique: il faut s'adapter, trouver de nouvelles énergies - dont les renouvelables - changer nos habitudes de dévoreurs énergétiques, bref, vivre autrement. Hélas, soupire notre donneur de leçons professionnel, cela prend du temps et demande de la créativité. Citons cette phrase: "comme le disent les économistes, 'la hausse des prix rend intelligent.' Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain..."

Merci, Monsieur Sylvestre, pour cette pensée profonde. Quand on pense qu'il y a presque 40 ans, les premiers écolos se faisaient traiter de crétins en prédisant qu'un jour les réserves de pétrole s'épuiseraient et qu'il fallait commencer à passer aux énergies renouvelables; qu'il y a 10 ans Albert Jacquard passait pour un illuminé avec son Equation du nénuphar, une parabole simple qui démontrait l'illusion d'une croissance infinie. Bien sûr, les professionnels du jargon étaient là, et en 2000, Fabius nous balançait dans la tronche une notion depuis vite enterrée, la "stabcroissance" (cf. Lien - N.B. c'est tout de même un document du FMI!). Comme toutes les nullités patentées, la notion a bien vite démontré son inutilité pratique et son abscence cruelle en ces temps troublés.

Bref, quand on pense que depuis 40 ans, l'issue était non seulement prévisible mais surtout intrinsèquement inévitable, et que tous ces braves gens au FMI, à la Banque mondiale, aux ministères de finances de tous les pays du monde n'ont rien vu venir, on ne peut guère que proposer ce contrepoint à la citation de Jean-Marc Sylvestre:

"La hausse des prix rend intelligent. Mais c'est uniquement parce que la science économique rend très con."