26.10.2007

Retraites, télé et démocratie

Petit moment convenu hier soir sur France 2, où la falote Arlette Chabot avait ma foi un peu de mal à canaliser le débat sur la réforme des retraites. Sur les bancs des habitués, on trouvait Bernard Thibault et Xavier Bertrand, chacun dans leur rôle de "je veux bien négocier, mais à mes conditions". Ces deux-là représentent des appareils tellement lourds qu'ils étaient forcés de se cantonner à des considérations trop générales pour être concrètes; également François Chérèque, qui continue de bouder son orthophoniste et ses cours de diction, si bien qu'on avait du mal à savoir ce qu'il voulait dire; un autre scandalophile professionnel, François de Closests, dans son rôle de "Je dénonce tout"; passons sur Bernard Attali, notre prophète du moment en solde à Monoprix, qui résout tous les problèmes dans son prochain bouquin et grâce à sa commission expresse sur "libérons tout, même la connerie".
Deux moments de fraîcheur cependant, qui m'ont un peu réveillé:
  • un jeune cheminot a tout de même mentionné que, s'il partait à la retraite avant les autres, il devrait pour cela cotiser 13% de plus; il en a profité pour demander à Xavier Bertrand si celui-ci le rembourserait de ses 13% de cotisations lorsqu'il le forcerait à prendre sa retraite plus tard;
  • la mention que les Français sont parmi ceux qui gagnent le plus en espérance de vie sur l'ensemble de la population mondiale. Cet argument était annoncé pour justifier le fait que l'on sera obligés de partir en retraite plus tard.
Dommage que l'on n'ait pas ajouté, à propos de ces deux points, les arguments suivants:
  • pour le premier: les députés, qui eux aussi ont droit à un régime spécial bien plus avantageux que celui des cheminots (les 10 premières années de cotisation comptent double, les 10 suivantes comptent à 150% !), ne semblent pas pressés de s'appliquer à eux-mêmes cette réforme des régimes spéciaux. Le député Benoist Apparu, qui a proposé dans une des récentes séances de l'Assemblée nationale que les députés s'appliquent cette réforme des régimes spéciaux à eux-mêmes, s'est fait huer par ses collègues (cf. le Canard Enchaîné de cette semaine);
  • pour le deuxième argument: on a peut-être oublié que, si les français gagnaient le plus en espérance de vie, c'était peut-être précisément parce que ceux qui, auparavant, mouraient les plus jeunes (les ouvriers et les employés exposés à des conditions de travail pénibles), partaient désormais en retraite avant que leur travail les ait irrémédiablement abîmés.
On concluera en remarquant que ce débat constituait un exposé assez clair de ce qu'est notre système politique:
  • la réforme des retraites, qui fera partir plus tard des gens exposés à des conditions de travail pénibles, est votée par des députés et des sénateurs dont le travail essentiel consiste à rester assis, à lire des textes et à voter pour eux, que ce soit dans leur bureau ou sur les bancs d'une assemblée;
  • ces gens, qui exercent de fait un "métier" peu fatigant, cumulent en général les mandats et ne s'arrêtent souvent de les exercer qu'à leur mort, ou peu s'en faut. Ces phalènes du pouvoir ne conçoivent en général pas la notion de "retraite", car leur métier peu physique n'est pas là pour les fatiguer de son exercice;
  • c'est donc en effet un bon exemple que de voir ces gens-là voter un texte de réforme qui s'appliquera aux autres, mais surtout pas à eux-mêmes.
C'était donc un grand moment de démocratie, à condition bien sûr de savoir lire entre les lignes. Merci Madame Chabot pour cet instant informatif; ce n'est pas vous qui nous ferez réfléchir, mais ce n'est pas non plus ce qu'on vous demande, n'est-ce pas?