12.09.2008
Mon journal cause beau
Les journaleux s'expriment de mieux en mieux, on vous le dit.
Sur le site web de Libération, cette citation intégrale dans l'article consacré à l'incendie du tunnel sous la Manche, je cite en texte intégral: "L’incendie qui s’est déclaré hier dans le tunnel sous la Manche n’était toujours pas proscrit ce matin, avec des températures de 1.000 degrés à l’intérieur." (les italiques sont de moi).
Tant qu'il n'est ni prescrit ni circoncis, c'est un moindre mâle, comme dirait l'autre. D'un autre côté, comme il a lieu dans une voie de passage entre deux pays, il ne faudrait pas que ça devienne un incendie diplomatique!
Bien sûr, ils se sont fait allumer par un lectuer et ont finalement corrigé la headline de l'article... mais pas de la Une du site! Ci-joint le PDF qui atteste que l'on ne vous a pas menti: Libération - Toute l'actual...pdf
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01.09.2008
Journalistes et langage
Les journalistes savent de moins en moins parler et écrire, ce n'est pas nouveau. Au nombre des distorsions de langage qui semblent "faire" mode à la rentrée, la confusion nouvellement venue, chez les journaleux de France Inter, entre prolongation et prolongement.
Ce matin, au journal de 7h30 de France Inter, on apprenait ainsi que la braderie d'Abbeville, où l'on a le droit de payer ses achats en francs, avait connu un tel succès qu'il a été décidé un prolongement (sic) de l'opération. Bientôt, ils nous expliqueront que dans une vue en perspective, l'horizon se situe dans la prolongation des lignes de fuite...
Autre tic de langage que l'on relève chez un des journaleux sportifs de F.I., c'est "Rafael Nadal a disposé de Roger Federer." Ah oui, et lui a fait quoi? Dans quelle(s) position(s)? Certes, ça fait snob, de confondre des tournures de phrases anglaises et françaises, mais ça n'en est pas moins un défaut de maîtrise du langage.
A quand les cours de français pour journalistes?
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22.04.2008
Le Nain qui rit, Dieu et le reste: revue de presse
Si vous voulez voir le Nain retenir ses rictus en lisant son discours en hommage à Aimé Césaire, c'est ici: http://www.elysee.fr/webtv/index.php?intChannelId=3&i....
Sans soute ne parvenait-il pas à cacher sa satisfaction en apprenant ce que le Pape allait raconter, dans son homélie sur le champ de friches de Ground Zero, au sujet de la place de la religion dans la société américaine (cf. article du Monde). A moins qu'il ne fût en train de penser à la crise des subprimes qui continue, paraît-il, de faire rage aux States (NDLA, si Pablo [lecteur occasionnel de ce blog], qui est sur place, pouvait nous donner son avis sur le sujet? ce serait intéressant d'avoir un avis de première main plutôt que celui des journaleux français ou de ceux du NYTimes ou du Big Orange Insider...), si bien que les candidats à l'investiture démocrate ne savent plus quoi inventer pour récupérer les votes des petites gens (cf. Libération).
Il est vrai que la crise bancaire, ce n'est pas à nous que ça arriverait: on n'est pas comme ces nouilles d'Anglais, contraints d'injecter 60 milliards d'euros (rien que ça) dans les banques privées pour rattrapper leur incompétence (Lire ici). En France, on n'a que la Société Générale, "seulement" 5 milliards de pertes. Comme quoi jouer en division amateur n'a pas que des incovénients...
Ou bien est-ce un rire nerveux à l'évocation des prévisions du FMI, qui nous prédit une croissance de 1,2% en 2009 (voir ici) ? Ou encore venait-on de lui planquer dans ses chaussettes cet article subversif de Dominique Méda dans Le Monde, déniant son droit de pouvoir absolu à la dictature économique: "Deux Nobel ne font pas le bonheur", que je vous reproduis ci-dessous en intégralité avant qu'ils ne le mettent en archive payante...
Deux Nobel ne font pas le Bonheur
Dominique Méda, Le Monde, 21.04.2008
Au début de l'année, le président de la République a annoncé qu'il était urgent de réfléchir à l'élaboration de nouveaux indicateurs de croissance. Ayant défendu cette position à la fin des années 1990 dans Qu'est-ce que la richesse ? (éd. Aubier, 1999), et dans des termes quasiment identiques, puisque, comme notre président, je voyais dans ce nouvel outillage la possibilité d'étayer un nouveau projet de civilisation, je m'interroge sur ses intentions et sur sa méthode.
Sur ses intentions d'abord. De deux choses l'une : ou bien le président connaît les travaux qui ont été développés depuis quelques années en France sur ces questions par des chercheurs de toutes disciplines, avec des associations engagées dans des actions concrètes (collectifs Nouvelles Richesses de Patrick Viveret, Utopia...), et dans ce cas, il est prêt à une véritable révolution que toute la gauche appelle de ses voeux. Ou bien il s'agit d'une tentative de diversion destinée à gagner du temps et à faire oublier que les vrais problèmes ne sont pas réglés.
Laissons pour l'instant de côté cette dernière hypothèse, et revenons aux raisons pour lesquelles il nous faudrait adopter de nouveaux indicateurs de richesse. Elles tiennent aux insuffisances du produit intérieur brut. Celui-ci ne valorise pas des types d'activités ou des temps essentiels pour la vie des sociétés : "temps avec les proches", "temps des activités citoyennes et démocratiques", "temps domestique"...
Il ne s'intéresse pas davantage à la manière dont la contribution à la production, et les revenus issus de celle-ci, sont répartis entre les membres de la société ; il ne peut donc pas donner de signaux sur d'éventuels facteurs de décohésion sociale. Enfin, il ne prend pas en compte les dégâts engendrés à l'occasion de la production, les atteintes au patrimoine collectif dont est dotée une société à un moment donné, notamment les déprédations opérées sur le patrimoine naturel par l'activité industrielle et commerciale.
Si nous sommes collectivement attachés à l'inscription dans la durée de nos sociétés, il est clair que nous ne pouvons nous contenter de prendre en compte les évolutions de la seule production. Le développement d'une société ne dépend pas seulement de la valeur des biens et services produits et appropriés par des unités de consommation, mais aussi de beaucoup d'autres éléments : de la qualité de l'air et de l'eau, de l'aptitude des individus à la paix, de leur capacité à être autonomes, de leur niveau d'éducation et de santé, de la capacité de la société à maintenir ses membres dans une relative égalité des conditions.
Dès lors, un nouvel indicateur de richesse ou une nouvelle batterie d'indicateurs devront permettre de donner une image plus pertinente des évolutions de la société, sans doute plus "vitale" que celle que donne le PIB. Ces nouveaux indicateurs devront permettre d'élaborer puis d'évaluer les politiques mettant en oeuvre ce que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) appelle le développement humain.
Contrairement à ce que laissait penser la déclaration de Nicolas Sarkozy, il existe déjà, aujourd'hui, de très nombreux indicateurs alternatifs ou complémentaires au PIB, qui ont été recensés de façon exhaustive en France par Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice. Surtout, certains d'entre eux ont déjà été utilisés pour mesurer les "performances" globales des pays, et l'on peut donc comparer les classements réalisés sur la seule base du PIB et ceux réalisés sur la base d'indicateurs plus larges : je pense, ici, à l'indicateur de développement humain, mais aussi à l'indice de bien-être économique d'Osberg et Sharpe, ou encore à l'indicateur de progrès véritable et à l'empreinte écologique.
Les résultats sont édifiants : ce sont les pays qui consentent les plus gros efforts pour protéger leurs ressources naturelles, qui mettent tout en oeuvre pour maintenir une certaine égalité des conditions de vie, qui opèrent une redistribution massive des revenus et qui permettent à toute la population active d'accéder à l'emploi tout en reconnaissant la valeur du temps familial, domestique et de loisirs, qui occupent les premières places des palmarès. Les pays nordiques y caracolent en tête.
Le programme politique qui en découle est clair : il nous faut, comme l'indiquait le "Rapport mondial sur le développement humain" de 1998, opérer une redistribution entre les consommateurs à hauts et bas revenus, abandonner les produits et procédés de production polluants, favoriser les marchandises donnant une place aux producteurs pauvres, faire en sorte que la consommation ostentatoire laisse place à la satisfaction des besoins essentiels.
Le discours visant à travailler plus, produire plus, et gagner plus pour consommer plus semble en totale contradiction avec un projet de société consistant à produire, consommer, travailler mieux et tous, et à reconnaître l'importance du temps consacré aux proches et au débat démocratique. Les premières mesures du quinquennat ne semblent pas constituer la première étape d'un tel programme. D'où ma première question : notre président est-il vraiment prêt à changer ? Si c'est le cas, plus que la mise en place d'une nouvelle commission, ce sont un discours radicalement nouveau et des actes en rupture avec la politique des derniers mois qui en témoigneront.
La seconde question concerne la méthode. Le président de la République a confié à deux Prix Nobel (Amartya Sen et Joseph Stiglitz), le soin de constituer une commission chargée de concevoir de nouveaux instruments de mesure de la croissance économique. Certes, cela suppose une expertise économique pointue. Mais de nombreux débats et publications ont déjà permis aux partisans d'un indicateur synthétique de défendre leur point de vue face à ceux qui pensent qu'il faut plutôt des batteries d'indicateurs. Beaucoup a été dit sur la question de savoir si et comment il fallait pondérer les différentes dimensions d'un indicateur synthétique, s'il fallait ou non donner une valeur monétaire à ce qui n'a pas de prix... Mais l'essentiel n'est pas là.
Si de nombreux économistes - et les institutions publiques dans lesquelles ils exercent - se sont le plus souvent déclarés réticents à la mise en place de tels indicateurs, c'est parce qu'ils se heurtaient à la question de savoir qui peut décider légitimement des critères à prendre en considération pour déterminer ce qu'est une "bonne" société ou pour qualifier ses évolutions. Qu'est-ce que qu'une société riche ? Une société qui produit beaucoup, qui répartit bien ses revenus, qui donne accès à tous aux principales ressources, qui équilibre ses temps entre les tâches rémunérées et les tâches de soins ?
Qui va décider de cela ? Sommes-nous prêts à admettre que le fait même d'être en société nous importe et que la cohésion de cette société constitue un bien commun qui a une valeur ? Beaucoup d'économistes en doutent. Et s'interdisent même de parler de "la société", voyant dans cette expression une abstraction dangereuse et refusant a fortiori de qualifier la société ou ses évolutions. Or, comme le défend Axel Honneth, si nous sommes capables de désigner certaines évolutions de la société comme pathologiques, c'est bien parce que nous nous référons à des principes éthiques et à des normes, et que nous sommes capables d'expliciter les critères d'une vie réussie.
Pour nous y aider, nous avons non seulement besoin d'économistes, mais aussi de chercheurs de toutes disciplines, et surtout des citoyens eux-mêmes. Le débat démocratique et la participation de tous les citoyens constituent des éléments essentiels dans la quête de ce que sont les ingrédients et les critères d'une société qui permet à tous ses membres de devenir pleinement des sujets et des individus toujours plus civilisés.
Nous n'avons pas besoin du "dictateur bienveillant" de l'économie pour nous le dire. Dès lors, les choses paraissent claires : si la commission souhaitée par le président de la République, constituée de la fine fleur de l'élite économique mondiale, se réunit en chambre pour nous délivrer sa formule magique, gageons que celle-ci, quelle que soit sa perfection technique, ne nous sera d'aucune utilité, incapable qu'elle sera de rendre visibles les malaises de notre civilisation.
En revanche, si, réunissant des savants de toutes disciplines, elle parvient à mettre en place les conditions d'une délibération publique éclairée, et permet aux experts d'être les médiateurs du dialogue avec elle-même dont la société a aujourd'hui besoin pour concevoir les politiques publiques et les évaluer, cette commission nous aura permis de faire un grand pas dans la résolution de nos maux.
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18.03.2008
L'auberge espagnole de la pensée économique
L'UMP est devenue au fil des ans l'auberge espagnole de la pensée économique
L'UMP, union de la droite et du centre réalisée en 2002, pour former la "majorité présidentielle" n'a pas encore réussi à faire émerger une pensée économique clairement identifiable. "Nous avons un fonds commun : on croit évidemment à l'économie de marché", admet Hervé Mariton, député de la Drôme et membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale.
Aux ultralibéraux partisans de la déréglementation à tous crins, a produit une sorte de congrégation hybride. Sa principale caractéristique est que, quelle que soit la proposition formulée, il n'y a plus personne qui soit vraiment contre.Les quelques libéraux intempérants - tels les députés Olivier Dassault (Oise) et Jean-Michel Fourgous (Yvelines) - qui pourraient, par exemple, plaider pour une suppression pure et simple de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), sont très marginalisés.
Restent, plutôt que des "familles", des critères de différenciation auxquels les uns et les autres peuvent être plus ou moins sensibles. Cinq éléments majeurs entrent en ligne de compte : interventionnisme structurel (politique industrielle), volontarisme conjoncturel, discipline budgétaire, déréglementation, politique des revenus.
Ainsi, un Mariton, s'il peut se définir comme "libéral", dira plutôt non en matière d'interventionnisme et de volontarisme, et approuvera la discipline budgétaire et la déréglementation. Ce en quoi il n'est pas très éloigné des références auxquelles adhère le président de la commission des affaires sociales, le démocrate-social Pierre Méhaignerie (Ille-et-Vilaine), qui insistera néanmoins sur le curseur social et une politique active en matière de revenus.
Les orthodoxes du budget, comme Gilles Carrez (Val-de-Marne), rapporteur général de la commission des finances, unis sur la baisse des déficits, ne sont pas forcément solidaires sur la baisse des impôts.
Les volontaristes du "pouvoir d'achat", comme Jérôme Chartier (Val-d'Oise) et Frédéric Lefebvre (Hauts-de-Seine), ne sont pas sur la même longueur d'onde concernant l'interventionnisme.
En revanche, un Michel Bouvard (Savoie), vice-président de la commission des finances, ou un Patrick Ollier (Hauts-de-Seine), président de la commission des affaires économiques, qui se situent plus dans la filiation du RPR, défendront, eux, une politique plus interventionniste.
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28.02.2008
Jean-Marc Sylvestre, la catin respectueuse
L'Edgar Faure de l'économie nous en a fait une bien bonne une fois encore. Un conseil, mes amis: si vous êtes en manque d'inspiration pour votre blog, écoutez Jean-Marc Sylvestre à 7h23 sur France Inter; honnêtement, quand on a entendu ça ne serait-ce qu'une fois, on comprend la nécessité de payer sa redevance audiovisuelle.
Il y a encore deux semaines, JMS béait d'admiration devant les Etats-Unis: ah, ce dollar plus faible que l'Euro, quelle chance il représente pour ces bons Etats-Uniens. Les subprimes ne sont qu'une migraine passagère, d'ailleurs on s'attend cette année à une croissance record; la flexibilité du marché du travail permet aux USA, contrairement à la vieille Europe, d'engranger des profits et une croissance record; que ce modèle n'a-t-il pas cours chez nous, etc. etc. A chaque fois que Jean-Marc Sylvestre parlait des Etats-Unis, je m'attendais à trouver une flaque d'incontinence sous ma radio...
Or, ce matin, revirement. je cite de mémoire: "Alors que les Etats-Unis entrent en récession, l'Europe, elle, se porte plutôt bien." - "Contrairement aux Etats-Unis, où l'endettement privé atteint des sommets, le déficit de l'Union européenne provient surtout des dettes nationales, et l'endettement des particuliers et des entreprises y reste à des nivaux ultra-raisonnables." - "L'appréciation de l'Euro est une bonne chose pour le consommateur car elle fait baisser les prix des produits fabriqués dans le pays émergents qui payent en dollar". Il y a des jours où l'on regrette de ne pas avoir d'enregistreur à cassettes sur son autoradio.
Nous l'aurait-on changé? Non, bien sûr. Pour trouver l'explication de ce changement de cap, il suffisait d'écouter la suite: "bien entendu, cet Euro fort finira par nous poser quelques problèmes". Jean-Marc Sylvestre est tout simplement Sarkoziste. Tel son maître, il change chaque jour d'avis avec une sincérité totale, suivant que, sur son baromètre, c'est la donzelle à l'ombrelle chinoise ou le petit bonhomme au pébroque qui pointent leur nez dehors. Jean-Marc Sylvestre est à l'économie ce que les cours de la bourse sont à la fonction continûment dérivable: un défi permanent, un déni de réalité, un intervalle ouvert de mesure nulle. Jean-Marc Sylvestre est un visionnaire: par-delà la flexibilité du contrat de travail, loin devant la financiarisation de l'opinion, il est parvenu au stade ultime du capitalisme intellectuel: convertir son intégrité et son amour-propre en actions EuroTunnel et, pour assurer ses vieux jours, placer sa propre pensée sous la forme de stock-options.
Merci, Monsieur Sylvestre, pour ces précieux instants radiophoniques où, malgré l'interdiction des maisons closes et du raccolage passif, vous démontrez publiquement et de façon quotidienne que le plus vieux métier du monde, s'il veut survivre, doit toujours s'exercer en vitrine!
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16.11.2007
Faut-il être journaliste pour travailler au "Point" ?
Comme le montrent les "unes" ci-dessous, la réponse est "non". En revanche, si vous avez été cireur de godasses dans une vie antérieure, Le Point est une véritable opportunité de carrière.
Claude Guéant [...] L'homme le plus puissant de France - Sarkozy vu par Yasmina Reza - Enquête sur le cas Rama Yade - Cecilia et Nicolas Sarkozy: le choc d'une rupture annoncée - La solitude du président (arrêtez, je vais pleurer) - Les "amis" de Sarkozy - La polémique Rachida Dati.





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