12.09.2008

Mon journal cause beau

Les journaleux s'expriment de mieux en mieux, on vous le dit.

Sur le site web de Libération, cette citation intégrale dans l'article consacré à l'incendie du tunnel sous la Manche, je cite en texte intégral: "L’incendie qui s’est déclaré hier dans le tunnel sous la Manche n’était toujours pas proscrit ce matin, avec des températures de 1.000 degrés à l’intérieur." (les italiques sont de moi).

Tant qu'il n'est ni prescrit ni circoncis, c'est un moindre mâle, comme dirait l'autre. D'un autre côté, comme il a lieu dans une voie de passage entre deux pays, il ne faudrait pas que ça devienne un incendie diplomatique!

Bien sûr, ils se sont fait allumer par un lectuer et ont finalement corrigé la headline de l'article... mais pas de la Une du site! Ci-joint le PDF qui atteste que l'on ne vous a pas menti: Libération - Toute l'actual...pdf

 

11.09.2008

Ma radio cause la France

Les journaleux parlent de mieux en mieux français, puisqu'on vous le dit... Hier après-midi, flash infos sur France Inter. Au menu, le ralliement de Rocard à Delanoë et, avec lui, d'un certain nombre de personnalités du PS. La journaliste s'est à ce sujet livrée à un raccourci de langage ma foi assez savoureux: "Quand on épluche les signataires..."

Elle voulait, bien entendu, parler d'éplucher la liste des signataires; et d'ailleurs, c'est dommage. Je suis sûr que Rocard aimerait bien se faire éplucher par la journaliste... Quant à éplucher Delanoë, ma foi, c'est une autre paire de manches (de pioche). Il fut une époque où la TSF parlait moins, certes, mais mieux. Finalement, la radio, c'est un peu comme la télé: le passage à la couleur ne lui a pas réussi.

23.04.2008

Privé/public: la lutte à mort continue

Après TF1 qui assassine en sous-main les employés du ministère de la Culture (cf. note précédente), un nouvel épisode de la lutte à mort privé/public vient de se dérouler sous nos yeux.
Jean-Pierre Elkabbach a en effet tenté d'assassiner médiatiquement Pascal Sevran (Article du Monde, Article de Libération), en imposant à ses journalistes de faire passer à l'antenne, sans autre confirmation que sa propre parole, la nouvelle du décès de celui-ci. On était tenté d'y voir un acte idéologique, dirigé contre cet excellent animateur du service public, dont les émissions de qualité s'arrachent paraît-il à un prix fou sur les chaînes du câble de Neptune. Les Vénusiens sont d'ailleurs super vexés, car ils ont raté l'appel d'offres pour 6 saisons complètes de La chance aux chansons de seulement 3 millions de rubis Mercuriens...
Heureusement, cet assassinat était entropiquement correct, c'est-à-dire réversible: quelques minutes plus tard, la nouvelle a été démentie, non sans causer l'embarras de la sphère médiatique tout entière, qui s'était empressée de relayer la nouvelle sans vérification (cf. Libé). Jean-Pierre Elkabbach, concepteur de ce cycle de Carnot de l'information des plus innovants, a ensuite tenté de faire porter le chapeau à l'ensemble de la rédaction d'Europe 1 - laquelle ne s'est pas vraiment laissé faire...
Mais c'est la mode de faire porter le chapeau aux lampistes: on apprend en effet que, contrairement à ce qu'elle avait prétendu, la Société Générale était parfaitement au courant des faits et gestes de son Trader d'exception, le désormais célèbre Jérôme Kerviel (Article de Libération, Article du Monde).
Après tout, l'important n'est pas de gagner, c'est de participer. Donc au grand jeu des lampistes et de porte-chapeau, l'important c'est d'essayer... 

21.04.2008

TF1, la télé où tout est possible

On savait que TF1, depuis les déclarations de son PDG en ce sens, excellait dans le temps de cerveau disponible; on savait moins avec quoi le vide ainsi créé devait être rempli. Depuis samedi dernier, on a la recette. Le corps d'un employé du ministère de la Culture, dont les cavités nasales avaient été comblées avec un léger excès de cocaïne et d'acide gamma-hydro-butyrique, a ainsi été retrouvé au domicile de Patrick Binet, un responsable de TF1 International (article du Monde). Soit le nez de l'impétrant était trop creux, soit il avait trop de place libre sous la voûte cranienne; toujours est-il que les quantités qu'il a réussi à y caser lui ont été fatales.

On savait certes que TF1 avait décidé d'éradiquer toute trace culturelle de ses programmes, mais de là à utiliser des méthodes aussi radicales... Rassurez-vous, renseignement pris, la préméditation semble écartée. Il paraît que le fonctionnaire culturel se trouvait dans l'appartement de son plein gré et que nul ne l'aurait forcé à ingurgiter les substances néfastes.

Ce fait divers n'est-il que le prélude à la révélation de la double vie des employés du ministère de la Culture? Tout comme Batman - homme d'affaires le jour et chauve-souris à réacteurs la nuit - ou l'Araignée - étudiant timide en horaires diurnes et arachnide bariolée lorsque les lampadaires s'allument - allons-nous découvrir que les hauts fonctionnaires du ministère de la Culture, las de servir l'ouverture gratuite des musées au bon peuple et les journées nationales du patrimoine, sont enfin entrés dans la résistance et vont, ombres furtives cachées par les cols relevés de grands manteaux sombres luisant sous la bruine nocture, écrire à minuit sonné les épisodes manquants de la série "Les experts Miami" ou "Walker Texas Ranger"?

Si l'un de ces héros méconnus de la lutte souterraine contre l'intelligence populaire parfois succombe, victime d'un mélange d'amphétamines trop fort pour son corps surmené, il ne faut y voir que le sacrifice d'une âme combattante, désireuse d'aller jusqu'au bout de ses forces, au service du Camembert Président (et vice versa) et de Coca-Cola France. Ne pleure pas, téléspectateur, ce soldat de la grisaille avait déjà donné sa vie pour toi. La chanson l'affirme: si un ami tombe, un autre ami sort de l'ombre et pred sa place... Les Feux de l'amour te seront livrés, à l'heure dite et en version complète, sans que ton doigt ait à penser une seconde changer de chaîne sur la télécommande.

La direction de TF1 refusait, ce week-end, de commenter l'événement. Que nul ne s'en scandalise. Il n'y a pas que les grandes douleurs qui soient muettes; les grandes armées le sont aussi.

31.03.2008

La télé des gros beaufs

 Regarder TF1, c'est toujours un régal. Aujourd'hui, jai cliqué par hasard sur Walker, Texas Ranger. Que Chuck Norris fût un acteur de série double Z, on le savait. Que les producteurs de la série fussent de gros réacs plus qu'à moitié fachos, on le savait aussi. Dans ces conditions, écouter les dialogues se révèle du pur jus d'élixir de délices de cliché.

Dans l'épisode que je regarde en ce moment, un ami du héros se fait attaquer et envoyer à l'hosto par un méchant armé d'un couteau.

  • Gros plan sur l'hôpital: bâtiment surmonté d'une croix lumineuse, au fronton estampillé "Methodist". Il est bien connu que les athées font de très mauvais médecins.
  • Les amis du massacré (dont Chuck le valeureux) s'informent auprès du médecin. Paroles de celui-ci: "Il a besoin de repos et... de vos prières." C'est vrai que si la médecine est trop nulle... On devrait les virer, tous ces docteurs qui ne servent à rien.
  • Ami de l'agressé: "Il faut trouver celui qui a fait ça." - Chuck le Valeureux (air neutre, qui cache mal une colère décidée et plein de sang froid): "On le trouvera."
  • Paroles de l'ami à la victime inconsciente: "Tu vas te battre. N'abandonnepas la partie. Tu m'entends?"
  • Puis, abattu par l'état de son ami, il sort de la chambre et défonce le plâtre du mur d'un coup de poing: "C'est pas vrai! s'écrie-t-il. Chuck Norris survient et, tout en le félicitant sur son coup droit, lui sort l'invitable couplet moralisateur: "ben maintenant, t'as plus qu'à réparer le trou." C'est vrai que ce n'est pas à ce bon vieux Walker que ça pourrait arriver, de perdre son sang-froid comme ça.

Ensuite, je n'ai pas insisté. Mais si c'est ce que j'ai vu en l'espace de 3 minutes, j'ai désormais une petite idée de ce que vos mouflets ingurgitent de façon quotidienne, ainsi que les pépés et les mémés qui s'emmerdent devant le petit écran à longueur de journée.

Comme il se trouve que ce sont les pépés et les mémés qui ont largement contribué à la victoire du Nain à la présidentielle en mai dernier, on peut être tenté d'y voir une relation de cause à effet. Finalement, si la France vote Sarkozy, c'est uniquement parce que Robert Poujade est mort et que voter Le Pen, ça n'a aucun résultat.

14.03.2008

Faut-il enfermer Jean-Marc Sylvestre?

Quand je vous disais que ça valait le coup d'écouter Jean-Marc Sylvestre sur France Inter à 7h23... Ce matin encore, il a récidivé. Je n'ai toujours pas de magnéto-cassette sur mon autoradio, je regrette donc une fois de plus de n'avoir pas l'occasion d'enregistrer le démon à l'oeuvre dans ses incantations. Ne possédant pas de mémoire auditive absolue, je ne suis pas en mesure de vous restituer l'allocution dans l'authenticité de sa splendeur (et vice versa!). Veuillez trouver ci-dessous quelques extraits, dont j'essaie de préserver le sens premier:

  • pour nous expliquer que l'on avait eu tort, il y a quelques années, de dénigrer les fonds d'investissement: "Ces fonds d'investissement qui, hier encore, faisaient si peur à la vieille Europe, révèlent aujourd'hui toute leur fragilité" C'est justement pour ça qu'on en avait peur, hé, abruti!
  • conseil d'un libéral averti: "Le second remède de cheval, ce sera de re-nationaliser les banques lorsque leurs déficits sont trop importants."
  • Pire encore, le ci-devant vilipendeur de l'interventionnisme étatique se renie avec une violence rare: "Il faut abandonner l'idée selon laquelle la Finance n'est pas l'affaire du Politique".

Les fonds d'investissement, des trucs absurdes et ridicules? Nationaliser la propriété privée? Autoriser les Etats et le Politique à intervenir dans l'entreprise et l'initiative privée? Serait-il devenu complètement frappadingue? Ce n'est plus lui, on nous l'a changé! Finalement, quand on entend ça, on comprend mieux la Loi Dati sur la rétention de sûreté!

Eh bien en fait non, derrière la diatribe humaniste se cachent les dessins obscurs du Malin, que seule une écoute attentive permet de percer à jour:

"Seuls les Etats pourront permettre de combler les déficits accumulés par le secteur privé"

Finalement, Jean-Marc Sylvestre n'est pas fou. Vous l'avez compris, le bougre (au sens Rabelaisien du terme?): son rêve, c'est de faire financer les erreurs des banquiers par nos impôts. Bref, dans son rêve, ces braves joueurs en bourse du Crédit Lyonais, de la Société Générale et des fonds de pension/investissement peuvent se permettre de tout perdre à la roulette, vu que l'idée c'est qu'au final, comme disait Coluche, "C'est nous qui paye"...

28.02.2008

Jean-Marc Sylvestre, la catin respectueuse

L'Edgar Faure de l'économie nous en a fait une bien bonne une fois encore. Un conseil, mes amis: si vous êtes en manque d'inspiration pour votre blog, écoutez Jean-Marc Sylvestre à 7h23 sur France Inter; honnêtement, quand on a entendu ça ne serait-ce qu'une fois, on comprend la nécessité de payer sa redevance audiovisuelle.

Il y a encore deux semaines, JMS béait d'admiration devant les Etats-Unis: ah, ce dollar plus faible que l'Euro, quelle chance il représente pour ces bons Etats-Uniens. Les subprimes ne sont qu'une migraine passagère, d'ailleurs on s'attend cette année à une croissance record; la flexibilité du marché du travail permet aux USA, contrairement à la vieille Europe, d'engranger des profits et une croissance record; que ce modèle n'a-t-il pas cours chez nous, etc. etc. A chaque fois que Jean-Marc Sylvestre parlait des Etats-Unis, je m'attendais à trouver une flaque d'incontinence sous ma radio...

Or, ce matin, revirement. je cite de mémoire: "Alors que les Etats-Unis entrent en récession, l'Europe, elle, se porte plutôt bien." -  "Contrairement aux Etats-Unis, où l'endettement privé atteint des sommets, le déficit de l'Union européenne provient surtout des dettes nationales, et l'endettement des particuliers et des entreprises y reste à des nivaux ultra-raisonnables." - "L'appréciation de l'Euro est une bonne chose pour le consommateur car elle fait baisser les prix des produits fabriqués dans le pays émergents qui payent en dollar". Il y a des jours où l'on regrette de ne pas avoir d'enregistreur à cassettes sur son autoradio.

Nous l'aurait-on changé? Non, bien sûr. Pour trouver l'explication de ce changement de cap, il suffisait d'écouter la suite: "bien entendu, cet Euro fort finira par nous poser quelques problèmes". Jean-Marc Sylvestre est tout simplement Sarkoziste. Tel son maître, il change chaque jour d'avis avec une sincérité totale, suivant que, sur son baromètre, c'est la donzelle à l'ombrelle chinoise ou le petit bonhomme au pébroque qui pointent leur nez dehors. Jean-Marc Sylvestre est à l'économie ce que les cours de la bourse sont à la fonction continûment dérivable: un défi permanent, un déni de réalité, un intervalle ouvert de mesure nulle. Jean-Marc Sylvestre est un visionnaire: par-delà la flexibilité du contrat de travail, loin devant la financiarisation de l'opinion, il est parvenu au stade ultime du capitalisme intellectuel: convertir son intégrité et son amour-propre en actions EuroTunnel et, pour assurer ses vieux jours, placer sa propre pensée sous la forme de stock-options.

Merci, Monsieur Sylvestre, pour ces précieux instants radiophoniques où, malgré l'interdiction des maisons closes et du raccolage passif, vous démontrez publiquement et de façon quotidienne que le plus vieux métier du monde, s'il veut survivre, doit toujours s'exercer en vitrine!

27.02.2008

Télé,radio: l'inquiétant glissement de la réalité

Janvier 2008. Jo Wilfrid Tsonga, joueur de tennis quasi-inconnu quelques jours auparavant, parvient en demi-finale de l'Open d'Australie. Le soir même  du jour où sa victoire est conue, PPDA l'interviewe "en direct" dans le 20 heures de TF1. Questions, réponses (avec un petit décalage; normal, nous dit-on, c'est la distance et la retransmission par satellite). Il faut attendre la fin de l'interview pour que PPDA mentionne en passant: "merci de nous avoir accordé cette interview, enregistrée tôt ce matin".
Vendredi matin dernier, sur France Inter. Au cours de la tranche du 7/9 matinal, Nicolas Demorand repasse, comme presque chaque jour, un extrait du sketch de Didier Porte, prononcé la veille dans l'émission "Le fou du roi". Annonce de N.D. avant que le sketch démarre: "Bonjour, Didier Porte, comment allez-vous?" 

Aujourd'hui dans Le Parisien. Nicolas Sarkozy admet, dans une interview au journal, qu'il aurait mieux fait de ne pas répondre au quidam qu'il a traité de "pauvre con" au salon de l'Agriculture. Un peu plus tard dans la journée, on apprend que le commentaire a été rajouté après coup par les services de l'Elysée [Lien] et que, par conséquent, il ne faisait pas réellement partie de l'interview.
Ce soir, sur TF1 (N.B. j'écris ces lignes le 26 au soir). Harry Roselmack fait une interview de Léopold Heymans, le spationaute français qui tourne  en ce moment  à 400 kilomètres au-dessus de  nos têtes.  Commentaire du journaliste: "Ce n'est pas tous les jours que l'on a la chance d'interviewer un spationaute en direct de la station spatiale". Jeu de questions-réponses, certes convenues mais pleines de bonnes intentions, entre l'homme de télé et l'homme de l'espace. Fin de l'interview et mention en passant du journaliste: "interview réalisée cet après-midi".
Les anecdotes peuvent faire sourire. On se souvient qu'en 1991, PPDA avait tenté de nous faire avaler une pseudo-interview de Fidel Castro, qui n'était en réalité qu'un jeu de questions enregistrées a posteriori sur des réponses de Fidel à un autre journaliste. A l'époque, la tentative avait fait scandale. Désormais, apparemment, tout le monde peut travestir la réalité sans que cela ne fasse tiquer personne. Arguments communément invoqués: "tout le monde le fait"; "ce n'est pas si grave"; "ce n'est pas du vrai direct, mais ça pourrait en être, car le journaliste a réellement posé ces questions." etc.
Si l'on comprend bien, on a le droit de nous présenter les choses, non pas comme elles sont, mais comme elles ont failli être. Ou comme elles auraient pu; ou comme elles étaient presque. On a le droit de ne pas nous dire la vérité, puisque l'esprit, ou l'intention - à défaut de la lettre -y étaient.
On a le droit de nous édulcorer la réalité, parce que... parce que quoi, au fait? Edulcorer, agrémenter, enjoliver, embellir, modifier la réalité, cela s'appelle mentir. Tout bêtement. C'est faire la preuve, au mieux, d'un défaut de professionnalisme, au pire, d'une absence d'honnêteté. Après les glissements juridiques de nos hommes politiques (vouloir passer par-dessus le Conseil constitutionnel pour passer en force une loi qu'il a partiellement retoquée), voici venus ceux des professionnels de l'information.
Ca commence comme ça. La question que l'on peut se poser est: où cela finit-il ?

16.11.2007

Faut-il être journaliste pour travailler au "Point" ?

Comme le montrent les "unes" ci-dessous, la réponse est "non". En revanche, si vous avez été cireur de godasses dans une vie antérieure, Le Point est une véritable opportunité de carrière.

Claude Guéant [...] L'homme le plus puissant de France - Sarkozy vu par Yasmina Reza - Enquête sur le cas Rama Yade - Cecilia et Nicolas Sarkozy: le choc d'une rupture annoncée - La solitude du président (arrêtez, je vais pleurer) - Les "amis" de Sarkozy - La polémique Rachida Dati.

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26.10.2007

Retraites, télé et démocratie

Petit moment convenu hier soir sur France 2, où la falote Arlette Chabot avait ma foi un peu de mal à canaliser le débat sur la réforme des retraites. Sur les bancs des habitués, on trouvait Bernard Thibault et Xavier Bertrand, chacun dans leur rôle de "je veux bien négocier, mais à mes conditions". Ces deux-là représentent des appareils tellement lourds qu'ils étaient forcés de se cantonner à des considérations trop générales pour être concrètes; également François Chérèque, qui continue de bouder son orthophoniste et ses cours de diction, si bien qu'on avait du mal à savoir ce qu'il voulait dire; un autre scandalophile professionnel, François de Closests, dans son rôle de "Je dénonce tout"; passons sur Bernard Attali, notre prophète du moment en solde à Monoprix, qui résout tous les problèmes dans son prochain bouquin et grâce à sa commission expresse sur "libérons tout, même la connerie".
Deux moments de fraîcheur cependant, qui m'ont un peu réveillé:
  • un jeune cheminot a tout de même mentionné que, s'il partait à la retraite avant les autres, il devrait pour cela cotiser 13% de plus; il en a profité pour demander à Xavier Bertrand si celui-ci le rembourserait de ses 13% de cotisations lorsqu'il le forcerait à prendre sa retraite plus tard;
  • la mention que les Français sont parmi ceux qui gagnent le plus en espérance de vie sur l'ensemble de la population mondiale. Cet argument était annoncé pour justifier le fait que l'on sera obligés de partir en retraite plus tard.
Dommage que l'on n'ait pas ajouté, à propos de ces deux points, les arguments suivants:
  • pour le premier: les députés, qui eux aussi ont droit à un régime spécial bien plus avantageux que celui des cheminots (les 10 premières années de cotisation comptent double, les 10 suivantes comptent à 150% !), ne semblent pas pressés de s'appliquer à eux-mêmes cette réforme des régimes spéciaux. Le député Benoist Apparu, qui a proposé dans une des récentes séances de l'Assemblée nationale que les députés s'appliquent cette réforme des régimes spéciaux à eux-mêmes, s'est fait huer par ses collègues (cf. le Canard Enchaîné de cette semaine);
  • pour le deuxième argument: on a peut-être oublié que, si les français gagnaient le plus en espérance de vie, c'était peut-être précisément parce que ceux qui, auparavant, mouraient les plus jeunes (les ouvriers et les employés exposés à des conditions de travail pénibles), partaient désormais en retraite avant que leur travail les ait irrémédiablement abîmés.
On concluera en remarquant que ce débat constituait un exposé assez clair de ce qu'est notre système politique:
  • la réforme des retraites, qui fera partir plus tard des gens exposés à des conditions de travail pénibles, est votée par des députés et des sénateurs dont le travail essentiel consiste à rester assis, à lire des textes et à voter pour eux, que ce soit dans leur bureau ou sur les bancs d'une assemblée;
  • ces gens, qui exercent de fait un "métier" peu fatigant, cumulent en général les mandats et ne s'arrêtent souvent de les exercer qu'à leur mort, ou peu s'en faut. Ces phalènes du pouvoir ne conçoivent en général pas la notion de "retraite", car leur métier peu physique n'est pas là pour les fatiguer de son exercice;
  • c'est donc en effet un bon exemple que de voir ces gens-là voter un texte de réforme qui s'appliquera aux autres, mais surtout pas à eux-mêmes.
C'était donc un grand moment de démocratie, à condition bien sûr de savoir lire entre les lignes. Merci Madame Chabot pour cet instant informatif; ce n'est pas vous qui nous ferez réfléchir, mais ce n'est pas non plus ce qu'on vous demande, n'est-ce pas?