04.01.2008

"La Globalisation de la surveillance"

Dans La globalisation de la surveillance, Armand Mattelart dresse une généalogie des pratiques de fichage (que ce soit sous forme papier ou de mise en base de données) des individus, depuis le "bertillonnage" (fiche anthropométrique introduite au 19ème siècle) et les empreintes digitales jusqu'aux techniques modernes (analyse ADN, photographie de l'iris de l'oeil, etc.) On y apprend par exemple que le numéro de sécurité sociale a été introduit au départ par l'administration pétainiste, afin de faciliter la gestion du rationnement et le repérage des étrangers...

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Armand Mattlart, La globalisation de la surveillance, éditions La Découverte, 2007, lien: http://ww2.editionsladecouverte.fr/webcc/sog_dec/notice_r....

Un point commun derrière toutes ces pratiques: la réduction de l'individu à une série de paramètres quantitatifs, donc mesurables, qui laisse peu de (sinon aucune) place à l'exception et érige la "norme" en seul état acceptable, en laissant de côté celles et ceux qui ne rentrent pas dans le moule (Ex. les personnes handicapées).

Cet ouvrage va plus loin que la simple description des méthodes de surveillance, en examinant également comment, dans des contextes historiques et politiques divers, elles ont été mises en place. A la lumière de cet examen, on constate des facteurs de convergence très intéressants, entre autres:

  • la convergence entre les intérêts du marché - donc de la société civile - et les obsessions sécuritaires du monde militaire, qui ont conduit à développer des technologies offrant les mêmes possibilités, même si au départ les objectifs étaient différents (le traçage des troupes et de l'ennemi pour les uns, le traçage du consommateur et la traçabilité des produits pour les autres);
  • la convergence entre les outils d'analyse (psychologie des foules, méthodes de propagande et de déstabilisation politique pour les militaires, marketing et publicité de l'autre) et d'action sur l'opinion;
  • l'évolution de la société libérale, qui a conduit à "militariser" la société en la transformant en champ de bataille économique permanent, avec pour seul but et outil la conquête du marché.

La réduction de la liberté individuelle, la disparition de la vie privée, la "normalisation" forcée des comportements, sont autant de dangers potentiels évoqués dans cet ouvrage extrêmement instructif, dont one ne peut que conseiller la lecture à une époque où l'on nous parle de "vêtements intelligents" qui comporteront des puces permettant de localiser n'importe où ceux qui les portent, où les passeports biométriques font fureur, et où l'on envisage de transformer les téléphones portables en cartes de crédit qui pourront renseigner sur nos moindres achats...

09.10.2007

Les scoops de France Inter

Rions un peu... La radio, média réactif (?) par excellence, nous a gâtés ce matin, avec deux nouvelles d'importance.

BHL (mon auteur préféré, comme chacun sait), sort un nouveau bouquin. Ce grand cadavre à la renverse, ça s'appelle. Le cadavre en question, c'est la gauche. Phrase du journaliste de France Inter, qui annonce la nouvelle comme il le ferait d'une résurection de messie: "[...] la campagne de Ségolène Royal, dans laquelle il a joué un rôle important". Ah ben voilà, maintenant on comprend tout...

Au-delà de son rôle quasi messianique dans cette campagne (et qui, ma foi, explique bien des choses sur le succès que l'on connaît à cette dernière), BHL fait planer deux questions: (1) tout comme pour Ségolène Royal, la cote de la littérature française remonterait-elle si BHL cessait de lui prêter ses forces, (2) pourquoi continue-t-on d'appeler cela de la littérature ?

La nouvelle loi sur l'immigration, nous apprend également France Inter, fait des mécontents au sein du gouvernement même. Et de nous passer comme un scoop une déclaration de Fadela Amara, se déclarant choquée par les tests ADN. C'est vrai, cette déclaration a été un scoop... le 16 septembre, c'est-à-dire il y a environ 3 semaines. On trouve ce scoop sur le site du Figaro, du Journal du Dimanche, du Nouvel Observateur, du Monde... Bon allez, ça va, j'arrête.

Autre scoop sur Inter, la sortie du nouvel album de Radiohead, qui ne sera pas distribué comme un album ordinaire mais téléchargeable à un prix que les acheteurs fixeront eux-mêmes. Cela ne fait jamais que deux semaines que tout le monde est au courant.

Allez, les petits gars d'Inter, j'en ai un pour vous, de scoop: aujourd'hui on est le 9 octobre 2007 et c'est la Ste Sibille. Mais c'est aussi la St Abraham d'Ur, la St Andronic d'Alexandrie, la Ste Austregilde (un bath nom pour votre fille, ça), ou encore la Ste Eleuthère (pas mal non plus pour votre gamin dans une cour d'école primaire)... faites votre choix.

19.09.2007

Perpétuation des élites: Polytechnique

Bruno Belhoste  a écrit un ouvrage intitulé: "La formation d'une technocratie. L'Ecole Polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second empire". On trouvera une recension de cet ouvrage par J.L. Chappey à l'URL suivante:  http://ahrf.revues.org/document1564.html.

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B. Belhoste. La formation d'une technocratie. L'Ecole Polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second empire. Belin, 2003, 512 pp. Voir site http://www.editions-belin.com

 

Quelques extraits de la recension:

  • "L'auteur souligne ainsi que loin d'être un simple lieu d'enseignement, l'Ecole Polytechnique est un espace de recrutement et de formation où se construit un type social, une culture du service de l'Etat avec ses codes, ses pratiques et ses modes de distinction."
  • "B. Belhoste montre que cette place privilégiée accordée aux mathématiques dans le cursus scolaire des Polytechniciens tient moins à un rôle strictement pédagogique qu'à des impératifs de production sociale [...]"
  • "[...] la formation pédgogique et l'organisation des savoirs participent [...] d'un système de règles et de normes régissant un univers social qui est transposé dans le système éducatif et le plan de formation"
  • "En un mot, l'Ecole n'est pas seulement un espace de construction et de diffusion des connaissances techniques, mais plus encore garantit les fondements d'un univers social dont elle assure la conservation".

Et bien d'autres encore, que vous tirerez profit à lire dans cette recension.

Ca donne envie de le lire, non?

17.08.2007

La culture du nouveau capitalisme (R. Sennett)

Richard Sennett, enseignant à la London school of economics et à l'université de New York, a publié un certain nombre d'essais sur la sociologie du travail.

La culture du nouveau capitalisme, paru en 2006, présente les règles de management en vigueur dans les entreprises dites "cutting edge" (= à la pointe) d'aujourd'hui. Dans ces nouvelles entreprises, qui privilégient la rentabilité à court terme, il n'est pas important d'être comptétent; il faut avant tout être réactif. La compétence devient d'ailleurs un handicap, dans la mesure où elle est vue comme un frein potentiel à l'adaptabilité des individus. En effet, plus ceux-ci ont d'expérience, plus ils tendent à remettre en question les décisions arbitraires de l'entreprise. 

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Eclatement des compétences et isolement des individus, ces mécanismes en vigueur au sein des grands groupes industriels qui se veulent en pointe du marché sont analysés et expliqués dans cet ouvrage de 157 pages, qui se lit facilement.

R. Sennett présente principalement des exemples du monde anglo-saxon, mais les mécanismes sont transposables à la France également. Cette nouvelle culture du dilettantisme expliquerait-elle en partie les cursus "à la carte" enseignés dans certaines grandes écoles françaises (Ex.: Polytechnique, etc.), dont on peut sortir diplômé sans savoir faire un véritable métier, et qui préparent pourtant aux plus hautes responsabilités, tant dans les corps d'Etat que dans certains grands groupes industriels?