18.08.2008
T'as pas cent balles?
On a beau être en vacances, on continue d'en apprendre tous les jours. J'en veux pour preuve cette conversation édifiante avec une collègue, membre de ce noble Institut de recherche post-colonial, dont le siège est délocalisé depuis ce 15 août à Marseille - mais je ne vous en dis pas plus, si je continuais vous risqueriez de deviner de quel organisme de recherche je veux parler...
Madagascar, vous connaissez. Classé 146ème sur 177 en matière d'indice de développement en 2005; plus de 72% de la population au-dessous du seuil de pauvreté en 2004; bref, la joie faite écorce de baobab... Un terrain tout indiqué, en tout cas, pour certains de mes collègues de labo et leurs confrères, qui appartiennent à l'Institut post-colonial en question.
Il faut savoir que, lorsqu'il s'expatrie à Mada pour une mission de longue durée, un chercheur de l'Institut en question voit son salaire multiplié par 3; sans compter les primes mensuelles attribuées par enfant scolarisé. On en connaît comme ça qui se palpent dans les 10000 euros par mois. Pour un pays où le salaire mensuel moyen doit être de 20 à 30 euros, ça fait de vous un type plutôt à l'aise. Vous comprendrez alors aisément pourquoi certains employés de grosses boîtes et d'instituts de recherche se font des missions à répétition dans de tels pays et, surtout, pourquoi, après y avoir goûté 10 à 15 ans de suite, ils sont devenus totalement inaptes au rapatriement. Après avoir eu à dispo en permanence cuisinier, femme de chambre, jardinier et chauffeur, tout ça pour 100 euros par mois seulement, comment peut-on espérer que ces types réapprennent à conduire, faire leur bouffe et torcher leurs draps tout seuls? Mission impossible, mes frères. Il est donc coutumier de laisser (au mieux) ces types errer d'affectation en affectation, ou bien (au pire) de les laisser s'enterrer sur place, au besoin en se mariant à une locale (ou en l'achetant pour quelques chèvres, selon les coutumes du lieu - ne riez pas, j'ai deux collègues voisins de couloir qui l'ont fait!)
Et la recherche, dans tout ça, me direz-vous? Ma foi... à force de me lire, vous devez bien avoir compris que la recherche, ça ne paie pas. Et j'en arrive à l'anecdote qui, présentée ce matin par ma collègue au café, m'a laissé non seulement pantois, ébahi et médusé, mais surtout avec l'impression du type qui, dans la Rubrique à Brac de Gotlib, pensait être passé dans un univers parallèle en entrant par mégarde chez son voisin. Bref, voici l'anecdote en question.
Il était une fois un expatrié professionnel, qui ne savait plus rien faire d'autre que palper ses 10000 euros par mois en n'en fichant strictement pas une rame de canot pneumatique.
Le palmé en question était, non seulement d'une fainéantise notoire, mais en plus d'une pingrerie record, qui aurait bien valu à la France quelques médailles d'or de plus aux Jeux olympiques si l'on avait daigné y ouvrir cette discipline.
Donc, non content de ne rien glander et de palper son pognon pour toute récompense, il avait installé, chez lui, un élevage de canards, qu'il revendait à la population locale (et sans doute aussi aux autres expatriés) histoire d'arrondir ses fins de mois.
Le jour où il a quitté cette terre bénie et ses volatiles dispensateurs de richesse pour une autre destination, il a fait cadeau à son boy d'un sac à patates plein de boîtes de conserve. Mordez un peu la munificence du présent: les boîtes étaient vides (l'histoire ne dit pas si elle étaient propres). A l'employé de maison qui s'étonnait de cette gratification, l'autre répondit d'un air généreux: "tu n'as qu'à les porter chez le ferblantier du coin, il t'en donnera bien quelques billets."
Et après ça, j'entrevois des aigris, des pisse-vinaigre et des gueules en biais qui prétendront que la recherche ne rend pas généreux... auquel cas, visiblement, elle rend à défaut très con.
09:52 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, université, enseignement supérieur, humour
11.08.2008
Ca arrache dans le labo: les posters (suite encore)
Les posters, je pensais que c'était fini. Outre une révélation fracassante sur le sexe des anges, le billet précédent vous éclairait sur le niveau des échanges que peuvent avoir deux profs d'université fraîchement nommés. Eh bien, ce n'est pas fini.
Je pensais que mon équipe arrivait bonne dernière dans la course aux posters. Il se trouve que, non seulement nous n'avons pas été les derniers à rendre notre copie, mais qu'une équipe n'a même pas commencé le sien (N.B. vous vous rappelez peut-être que la deadline était fixée au 31 juillet). Pour ajouter au désarroi mental, cette équipe se trouve être celle à laquelle appartenait le directeur du labo, à la tête de laquelle il a poussé ses sbires les plus fidèles. O, ingratitude humaine... En fait, ce n'est pas de l'ingratitude, c'est de la déliquescence mentale. En parlant avec quelques collègues de cette même équipe, j'ai eu accès à la reconstitution suivante:
- une personne de cette équipe a été désignée volontaire pour concevoir le poster. Elle l'a découvert en rentrant de vacances et n'a pas vraiment apprécié de devoir s'asseoir sur cette termitière, mais d'un autre côté c'était à peu près inévitable, vu que l'on savait que ce type serait le seul pégreleux de l'équipe concernée qui resterait présent au labo entre la mi-juillet et la fin août;
- le martyr d'office s'adresse illico aux membres de son équipe (laquelle, c'est important, est divisée en 2 groupuscules qui se haïssent cordialement). En signe de mépris (et également de fainéantise), les membres de la phalange opposée (dont est issu le directeur du labo) lui opposent une absence de réponse farouche;
- le pauvre gars fait donc ce qu'il peut en proposant un poster où, comme thèmes de recherche, ne figurent que ceux de son groupe. Ce n'est pas l'idéal, mais franchement, à sa place j'aurais fait pareil;
- du coup, directeur de labo pas content, car on ne voit même pas apparaître le projet ANR de ses féaux sujets. Il donne donc des directives pour que ce projet soit mentionné;
- confusion mentale subséquente du pauvre Aliboron précité, qui ne peut tout de même pas inventer le contenu du projet ANR en question. C'est là qu'à sa place, j'aurais rendu publiquement mon tablier en invoquant l'inertie informationnelle de mes collègues, mais lui choisit au contraire de s'enfermer dans une fuite en avant forcenée, en ne touchant plus au poster et en se réfugiant dans des statistiques climatiques sur une région du Sahel la plus sèche possible. Il commet en outre l'erreur de ne pas avertir la direction que rien n'avance, ce qui lui sera certainement compté lorsque les choses deviendront publiquement foireuses;
- la collègue en charge de l'agencement final du poster, qui tient à ce que les délais soient respectés, fait envoyer un email au responsable furieusement inerte du projet ANR, en lui demandant des infos sur ce projet afin de pouvoir les intégrer à la feuille de chou finale. Ah oui, je précise que le responsable en question est actuellement en mission à l'expat', ce qui rend plus difficile la tâche de lui secouer le paletot en direct;
- le chef de projet en question lui fait la réponse suivante: "Alors en fait... il me semble bien qu'on avait fait un poster sur le projet au début de l'année... Mais je ne sais plus où on l'a mis... Je ne suis pas sûr non plus qu'il ait été présenté quelque part... Demande à une telle, ça doit être elle qui a les fichiers, on pourrait peut-être le présenter sur le stand du labo?"
- pétage de plombs de la "une telle" en question: il s'agit, d'une part de présenter les activités d'une équipe au complet sur un seul poster, et non juste un projet ne regroupant que quelques individus; d'autre part, elle se souvient très bien que le chef de projet en question lui avait, au début de cette année, gonflé les meules à 3 bars de pression justement pour que ce poster soit confectionné dans des délais ultra-rapides, et qu'ensuite il l'avait rangé dans un placard! Elle répond donc au toto en question que ce poster n'est pas du tout ce qu'il lui faut, et que de plus il lui faut les textes en anglais (ce qui n'est pas le cas, bien sûr, du poster ANR);
- réponse ultime du chef de projet nase, qui se met en colère pour de bon: "je ne vois pas pourquoi il faudrait traduire ce poster en anglais. En tout cas, qu'on ne compte pas sur moi pour le faire. C'est vrai, quoi, on est en France, MERDE!!!"
Bien sûr, le fait que ce stand soit présenté dans le cadre d'un congrès international n'a qu'une importance anecdotique... Pour la petite histoire, sachez que ce message a été transmis en copie intégrale par la même collègue au directeur de labo. Je suis sûr qu'il va aimer. Le directeur est quand même l'un des trois co-chairmen du congrès.
Je promets de vous tenir informés quand on dressera la guillotine et que l'on commencera à aligner les têtes dans le panier.
08:24 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche, humour
28.07.2008
Ca arrache dans le labo: comment se rendre populaire
Je ne fais normalement pas partie du conseil de direction, mais la dernière fois, une histoire d'attribution de crédits de recherche amotivé que j'y sois invité. A l'ordre du jour notamment, les avatars de l'école doctorale à laquelle nous sommes rattachés. Il faut dire qu'avec cette ED, vu la brochette de crétins qui figure à sa direction, on pourrait organiser une session barbecue non-stop d'une semaine complète pour 200 personnes... Pour donner un exemple, lors de l'inauguration de cette ED il y a 2 ans, son directeur s'est interrompu en plein speech de présentation pour se mettre à bouder en direct parce qu'une de ses amies au premier rang avait posé une question qu'il jugeait malvenue. C'est un des directeurs adjoints qui avait dû continuer la présentation, tandis que le directeur se prenait la tête dans les mains et fixait obstinément son pupitre d'un air offensé... Il faut savoir que l'école doctorale en question regroupe plein de labo sur des thématiques extrêmement différentes par problématique et par culture (Eau-biologie-santé-géologie-agronomie, etc.) et que cela résulte en une usine à gaz extrêmement formaliste, bureaucratique et psychrigide. Comme cette ED prétend couvrir quasiment tous les domaines scientifiques, en pratique elle n'en couvre aucun et c'est le boxon total.
07:32 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour
19.06.2008
Didier Schuller: Y en a Montélimarre
L'info est tombée ce midi (c'est à dire hier midi) sur les sites du Monde et de Libération: Didier Schuller, notre escroc national, a été placé en garde à vue dans une affaire de trafic de nougats.
L'intensité de l'information justifie la birèveté de ce billet. Je pense que vous n'en lirez pas souvent des comme ça. Pour davantage de précisions sur le Grand Theft Candy de la Drôme, voir ici, ici et également ici.
07:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, actualité, humour
17.06.2008
Avenir du 4x4: au bonheur des cons
En ces temps de mutation sociale accélérée, l'abondance pétrolifère nous avait gratifiés de la naissance d'une nouvelle race de dégénérés, à savoir le Beaufus Quartus-Quartus, dont la traduction en langage ordinaire est: "le beauf au 4x4". La débilité est un exemple idéal de la déficience des lois du marché, l'illustration parfaite que les théoriciens du tout-libéral ont tort, car la loi de l'offre et de la demande ne s'applique pas à elle. En effet, bien que la connerie soit un des biens les plus répandus et les plus largement distribués sur terre, elle continue de coûter extrêmement cher et les gens en redemandent. Le 4x4 est un cas d'école.
Le Beaufus Quartus-Quartus avait parfaitement trouvé sa niche écologique. La race semblait viable. En effet, l'espace d'une seule génération avait vu l'espèce déserter les campagnes, où elle avait alors une raison d'être toute naturelle dans l'âpreté des paysages, pour investir les villes, où elle s'était transformée en un prion malsain pour infester les cervelles du peuple. La 2CV fourgonnette est devenue Porsche Cayenne. Un temps confinée au parvenu ou à la profession libérale qui aurait eu honte de s'afficher en Audi A3 (celle-ci étant réservée aux commerciaux et aux dealers, ce qui revient à peu près au même), le 4x4 a fini par muter pour envahir tous les compartiments de l'échelle sociale. Ainsi, le praticien en médecine a-t-il trouvé, dans la faune automobile, son pendant femelle en la blondasse bourge, qui conduit son Cayenne ou son Parejo pour larguer ses enfants devant l'entrée de la maternelle - bloquant ainsi la totalité de la rue pendant un bon quart d'heure - et poursuivre, levier de vitesses dans une main et téléphone portable dans l'autre, sa route vers le centre commercial et l'accomplissement de son destin.
La blondasse fringuée chic est en effet le dernier avatar de l'évolution automobile rurbaine. Elle consacre la fin d'une époque: celle où les assureurs préféraient les conductrices aux conducteurs, car elles se comportaient plus prudemment et avaient moins d'accidents. La blondasse bourge en 4x4 est l'anti-portrait radical de cette race presque éteinte: encore plus agressive que son mâle, elle vous colle au train et vous klaxonne furieusement quand, devant elle au feu orange, vous avez l'inconscience de ralentir avant que celui-ci soit passé au rouge; alors que le bon sens commanderait bien évidemment de passer malgré tout pour aller écrabouiller tout ce qui aurait l'audace de s'aventurer sur les autres voies. De temps en temps, elle gesticule même et vous insulte à travers son poare-brise. La blondasse bourge en 4x4 a dans son sac en cuir l'argument standard qu' "en 4x4, on se sent davantage en sécurité", argument communément répété par le mari de ladite blondasse pour justifier l'achat du coûteux monstre à pneus Méphisto. C'est sans nul doute ce qui explique que, l'un comme l'autre, ils s'engagent dans les ronds-points sans vérifier si quelqu'un s'y trouve déjà: contre leurs deux tonnes et demie, votre pauvre voiture ne fait pas le poids et c'est à vous de piler lorsqu'ils vous grillent la priorité, confortant ainsi leur "sentiment de sécurité"; d'ailleurs, ils ont en général sur vous la supériorité d'être extrêmement pressés, car le temps de ceux qui gagnent plein de pognon est infiniment plus précieux que celui des loqueteux: axiome de base de notre époque moderne.
Seule ombre au tableau, la politique pétrolière nous a fait doubler le prix du baril de pétrole en un an. Pour l'heure, l'or noir s'échangeant en dollars, la chute de celui-ci face à l'euro protège encore le beauf européen et sa femelle. L'Irlande ayant dit non au traité de Lisbonne, faut-il redouter une crise européenne, avec comme dommage collatéral la chute de l'euro et le renchérissement subséquent du prix à la pompe? Auquel cas, restriction de l'espace vital aidant, le Beaufus Quartus-Quartus se mettrait à dépérir? Ne craignez rien, mes frères: la race est intrinséquement résistante à la consanguinité, puisqu'elle en est le résultat direct. On croise bien les lévriers entre eux, ça ne les empêche pas de courir vite, même s'ils sont trop débiles pour s'apercevoir qu'ils sprintent après un lapin en plastique.
Et puis, même si le 4x4 devait disparaître (pour mon plus grand plaisir, notez bien), l'époque n'est point avare en signes extérieurs de beaufitude. Si ce n'est pas la voiture à gros pneus, ce sera le vélo avec plein de vitesses, la trotinette avec marchepied en diamants ou le skateboard aux roulements à bille en platine. L'important pour les prétentieux et les parvenus est de s'exhiber; au besoin par le mauvais goût, puisqu'ils ne peuvent le faire par l'esprit.
07:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société, politique, humour
09.06.2008
Mon chef organise une conf
Au nombre des choses qu'il faut avoir faites pour monter en grade, l'organisation d'une conférence figure en bonne place. Conscient de la chose, mon chef de labo s'est lancé dès 2005 dans la préparation d'une conf internationale qui va se tenir en septembre 2008. Le Congrès Mondial du Troulalaitou (nom habilement déguisé afin d'éviter toute possibilité d'identification) fait désormais partie des réalisations dont s'enorgueillit mon laboratoire.
Il y a un an et demi, lorsque l'appel à communications a été lancé, nous nous sommes tous regardés comme une horde hagarde rescapée des Enfers: rien, ou presque, dans les thèmes de la conférence, ne recoupait véritablement nos activités de recherche. Vous l'aurez compris, le Congrès Mondial du Troulalaitou n'a absolument rien de scientifique; c'est un truc fait par et pour les politiciens, je le sais pour avoir été témoin de l'organisation d'une édition précédente en 2002 lorsque j'étais en poste aux Pays-Bas (le congrès se tenait à La Haye). Dans ce genre de machin défilent tous les parasites institutionnels de l'UNESCO, du PNUD, de la Banque Mondiale, et j'en passe car ce billet ne suffirait pas à tous les énumérer.
Si je vous dis en passant que je n'irai pas à ce machin, bien qu'il se passe chez nous, vous ne serez pas surpris. Pour se rendre à la fête, encore aurait-il fallu pouvoir soumettre un papier. Pour soumettre, encore aurait-il fallu que la recherche fût en rapport. Résultat, à part un ou deux politiciens dans le labo, personne n'a rien soumis. Et personne ne s'est inscrit au congrès.
Mercredi dernier, je vois passer mes collègues Post-Coloniaux (je vous rappelle que l'Institut Post-Colonial est également la tutelle de mon chef de labo) la tête basse au moment d'aller déjeuner; tête basse, afin de mieux dissimuler un sourire sardonique. J'apprends alors que le chef a piqué sa crise. Faisant les comptes des inscriptions de ses ouailles, il s'est en effet aperçu qu'aucune d'entre elles ne s'était inscrite et n'avait donc l'intention de se rendre à ce congrès... Bref, ça a gueulé, et maintenant à ce qu'il paraît, ils sont tous inscrits. Bien entendu, ce sont leurs propres crédits de recherche qui vont payer leur inscription. Quand on vous dit que la recherche est riche.
C'est cette anecdote qui a motivé ce nouvel épisode du Starship Knowledge Enterprise que voici: 071Conference.pdf
08:20 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, enseignement supérieur, humour, université
30.05.2008
Celui qui prenait la lune pour une perle
Vous vous sentez nul? Vos publications sont rejetées, votre recherche n'avance pas, du coup votre chef d'équipe vous méprise, le directeur du labo ne vous parle plus et les conversations s'arrêtent net quand vous apparaissez au coin café?
Pas de panique: non seulement tout problème a sa solution, mais toute solution a son problème. Si vous vous sentez nul, faites de la recherche absurde, ça marche toujours. J'en veux pour illustration ce petit bijou, trouvé dans la revue Acta Astronautica (le Astronautica, apparu sous Jules César, signifie: "domaine de recherche totalement foireux, relevant de la science-fiction, qui ne peut espérer des débouchés que dans, disons, 2000 ans au mieux") alors que je cherchais des références sur un truc qui n'avait rien à voir. Il suffit de lire le titre:
"Making a Tunnel through the Moon" (Comment creuser un tunnel à travers la lune). Paru en 2002.
Vous avez bien compris: c'est un type qui propose de creuser un tunnel au travers de la Lune. Le mieux, selon lui, est d'utiliser des bombes atomiques. Comme la Lune fait quand même 1700 km de rayon, il estime que plusieurs milliers d'explosions seraient nécessaires pour arriver de l'autre côté. Conscient que ça fait beaucoup, il propose de contrôler la forme de l'onde de choc de manière à générer une onde d'implosion conique, qui rendrait le processus plus efficace - donc, moins de bombinettes pour le même résultat.
Je vous livre le PDF en fin de ce billet; le meilleur reste quand même l'introduction et la conclusion, que je vous traduis rapidement:
"Il y a quelques années, j'avais suggéré dans un magazine de creuser un tunnel au travers de la Lune. Dans cet article, je n'avançais aucune analyse du concept, ce que je trouve désormais le temps de faire, à la fin d'une carrière scientifique longue et riche..." La science, c'est comme la cuisine: quand c'est trop riche, on finit par la régurgiter.
"Comment faire pour que le tunnel soit durable. Après que les explosions nucléaires auront fragmenté la roche et que la chaleur aura été évacuée, il faudra garnir la paroi du tunnel de matériau de type céramique, puisque l'on ne dispose pas sur la Lune de l'eau nécessaire à la confection du béton. Pour que la paroi soit durable, sa température doit rester basse [...] en faisant circuler du métal liquide au travers de la roche fissurée, on devrait pouvoir assurer l'évacuation de la chaleur à un taux qui permette de garder cette température à un niveau acceptable." Vous voyez qu'il y en a qui pensent à tout.
Bon, sans rire (si possible): pourquoi propose-t-il de faire ça? La raison est donnée au 2ème paragraphe de son introduction:
"Son importance scientifique mise à part (sic), un tel tunnel pourrait être économiquement très bénéfique: en effet, il est généralement admis que les métaux lourds sont concentrés au centre des corps planétaires, où ils se sont accumulés lors de la phase liquide de la formation de ceux-ci".
Voilà: le jour où les réserves d'or et de platine seront épuisées, on saura où aller en chercher d'autres. Ca vous la coupe, hein? Vous voyez qu'Asimov, c'était un rigolo: dans une de ses histoires, il proposait seulement d'aller chercher de l'eau sous forme de glace dans les anneaux de Saturne. Franchement, aller pelleter du Titane ou de l'iridium à coup de bombes atomiques dans la Mer de la Sérénité, c'est autrement plus gratifiant! En plus, ça doit être vachement mieux payé...
Bon, allez, voilà le fichier: http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&_...
07:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, recherche, université, enseignement supérieur
23.05.2008
Du pognon, et toujours du pognon!
C'est PPDA qui nous le dévoilait, en ouverture de son journal il y a 2 ou 3 jours, d'un air à la fois triomphant et abasourdi par la bonne nouvelle: le pouvoir d'achat des Français aurait augmenté de 3,3% depuis 1 an. Annonce officielle de l'INSEE, donc certifiée conforme et de bonne foi. Message subliminal implicite: cessez de vous plaindre, manants, de votre mal-vivre, vous voyez bien que Nicolas le Petit est effectivement le Président du Pouvoir d'Achat.
C'est le Canard Enchaîné d'hier qui dévoilait les mécanismes de cette fulgurante ascension: cette statistique euphorique provient principalement de deux facteurs:
- la plus grande partie de ces 3,3% sont dûs aux personnes qui ont retrouvé un emploi (même précaire, même à temps partiel, même mal payé), passant ainsi de quasi-zéro à, disons pas grand-chose, mais ça fait toujours du bien aux stats;
- la diminution des impôts, notamment liée au paquet fiscal. Comme cette baisse n'a absolument pas bénéficié aux petits salaires (n'oublions pas que 13% des salariés le sont sur la base du SMIC), mais plutôt aux très gros, ça ne met définitivement pas de beurre dans les épinards de ceux qui bouffent des conserves et des patates.
On rappellera à ce propos cette sentence connue de tous les statisticiens: la moyenne n'est qu'un des multiples descripteurs (partiels) de la fonction de distribution d'une variable. Même le couple (moyenne, écart-type) est loin à lui seul de fournir un tableau suffisant. Ce que cette statistique faussement optimiste reflète, c'est que la distribution de revenus de la population française semble être devenue bi-, tri- ou même quadrimodale, avec un pic sur les salaires très faibles ou quasi-nuls, avec un pic plus gros sur les bas salaires (aux alentours du SMIC), un pic plus étalé et moins haut sur les salaires moyens, et un tout petit pic bien isolé, tout à droite de l'axe des abscisses (en l'occurrence, x = pognon), correspondant aux happy few. L'augmentation de la moyenne susmentionnée est donc due 1) au fait qu'une partie du pic "salaires misérables" a été transférée sur le PIC "SMIC", et 2) le pic "gros tas de pognon" a subi un delta x positif, c'est-à-dire "encore plus de pognon".
Grâce au même Canard Enchaîné, on apprenait cette semaine que Rachida Dati, mannequin chez Dior et Channel et Garde des sceaux lorsque les boutiques sont fermées, avait effectué un déplacement dans les Alpes-Maritimes; à cette occasion, elle a réclamé auprès de la Préfecture de Nice une voiture blindée pour circuler sur les routes de ce dangereux département (pas de bol, la Prèfe ne dispose pas d'un tel médicament de confort).
Je ne savais pas qu'elle avait des impayés auprès de la mafia russe...
08:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, economie, politique, humour
13.05.2008
La République du Facteur Cheval
08:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, humour, société
24.04.2008
Starship Knowledge Enterprise
09:03 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, bd, université, enseignement supérieur


