22.05.2009
Méfiez-vous des messieurs à la sortie des écoles...
On ne cesse de le répéter, l'école n'est pas assez à l'écoute des gamins. C'est pourquoi, quand un enseignant file une mornifle à un fils de gendarme qui le traite de connard, il est mis en garde à vue pour "violences aggravées" (ici, par exemple, mais je pense que vous vous en souvenez).
Par contre, quand deux morveux de 10 et 6 ans se font accuser de vol de bicyclette, ni une ni deux: la maréchaussée se pointe et les embarque à la sortie (Le Monde d'hier).
Incohérence, dites-vous? Pas du tout, ces deux événements sont reliés par une seule et même moralité:
"Méfiez-vous, les enfants, des messieurs en estafette qui vous attendent à la sortie de l'école avec une matraque dans la poche". D'ailleurs, ceux qui ont lu Mystic River savent très bien qu'il ne faut surtout pas monter dans la voiture avec les messieurs à l'air louche.
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24.10.2008
Qui faut-il croire?
Parmi les guérisseurs de tout poil qui se pressent au chevet de la finance mondiale - plans de "recapitalisation" (c'est pour ne pas prononcer le gros mot "nationalisation"; c'est comme quand on dit qu'un aveugle est non-voyant ou qu'un sourd est malentendant), "injection massive de liquidités", les incantations ne manquent pas dans le petit univers des spécialistes. De l'autre côté, les banquiers (surtout français) vous expliquent inlassablement qu'il n'y a pas de problème, juste avant d'avouer que l'Ecureuil a perdu ses noisettes et laisse la Caisse d'Epargne avec un trou de 700 millions d'euros... Bref, qui croire? Ceux qui disent que tout va bien, ou ceux qui prétendent que le malade est malade, et que la guérison sera lente et douloureuse? Un petit exemple, tiré de la vie de tous les jours.
Il y a 2 semaines, je trouve dans ma boîte à lettres le prospectus suivant:
Vous avez lu vous-mêmes: résultats garantis, fiabilité totale, on fait des miracles, etc. Voilà de quoi, a priori, garantir à l'impétrant un marché, sinon juteux, du moins captif, auprès d'une clientèle très spécialisée.
Or voilà-t-il pas que, quelques jours plus tard, la concurrence passe à l'offensive et qu'un nouveau mage propose ses se(r)vices, sur un format environ deux fois plus grand:
En vérité je vous le dis, le premier a de quoi s'inquiéter, car le second est "très fort" et "compétant" (ça change tout). Alors que le précédent se contentait du passé, présent et avenir, le second garantit une protection définitive (est-ce bien malin, d'ailleurs? les clients ne reviendront plus!)
Malheureusement, j'ai déjà le permis; j'ai passé à peu près tous les concours et examens auxquels je pouvais prétendre et je n'ai pas de mauvais blocage. Je n'aurai donc pas recours aux services du monsieur et serai donc dans l'incapacité de vous dire s'il est effectivement "très fort" ou pas.
Par contre, j'ai jeté un coup d'oeil à la notice d'un médicament qui traînait dans un tiroir (seule une face est reproduite), avouez que ce n'est pas la même chose:
Si on traduit: attention, c'est dangereux, n'en prenez pas trop, vous risquez d'attraper des boutons, ou pire un oedème, ou d'avoir l'air d'un tuberculeux, alors faites bien gaffe.
Comme pour les clients des banques, mettez-vous à la place du gogo moyen: qui a-t-on envie de croire: celui qui vous dit que tout se passera bien et que vous êtes un type super, ou bien celui qui prend sa calculette et commence à vous aligner des pourcentages en faisant la moue?
Il semble que les traders du système financier mondial, eux, avaient fait leur choix.
07:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, société, humour
12.09.2008
Mon journal cause beau
Les journaleux s'expriment de mieux en mieux, on vous le dit.
Sur le site web de Libération, cette citation intégrale dans l'article consacré à l'incendie du tunnel sous la Manche, je cite en texte intégral: "L’incendie qui s’est déclaré hier dans le tunnel sous la Manche n’était toujours pas proscrit ce matin, avec des températures de 1.000 degrés à l’intérieur." (les italiques sont de moi).
Tant qu'il n'est ni prescrit ni circoncis, c'est un moindre mâle, comme dirait l'autre. D'un autre côté, comme il a lieu dans une voie de passage entre deux pays, il ne faudrait pas que ça devienne un incendie diplomatique!
Bien sûr, ils se sont fait allumer par un lectuer et ont finalement corrigé la headline de l'article... mais pas de la Une du site! Ci-joint le PDF qui atteste que l'on ne vous a pas menti: Libération - Toute l'actual...pdf
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11.09.2008
Ma radio cause la France
Les journaleux parlent de mieux en mieux français, puisqu'on vous le dit... Hier après-midi, flash infos sur France Inter. Au menu, le ralliement de Rocard à Delanoë et, avec lui, d'un certain nombre de personnalités du PS. La journaliste s'est à ce sujet livrée à un raccourci de langage ma foi assez savoureux: "Quand on épluche les signataires..."
Elle voulait, bien entendu, parler d'éplucher la liste des signataires; et d'ailleurs, c'est dommage. Je suis sûr que Rocard aimerait bien se faire éplucher par la journaliste... Quant à éplucher Delanoë, ma foi, c'est une autre paire de manches (de pioche). Il fut une époque où la TSF parlait moins, certes, mais mieux. Finalement, la radio, c'est un peu comme la télé: le passage à la couleur ne lui a pas réussi.
11:17 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, actualité, société, humour
28.08.2008
Comment occuper ses collègues pour la journée
Euphrasie, cette collègue de labo parano, prend des vessies de porc pour des lanternes japonaises. Il est également très facile de lui faire prendre des graffitis anonymes pour des messages divins. C'est précisément ce que j'ai fait, il y a de cela quelques années, après que l'on m'a eu raconté l'épisode d'"Antoine a appelé". En effet, j'avais du mal à croire que le spécimen fût aussi crédule; d'un autre côté, dans l'hypothèse où elle l'aurait été, il aurait fallu être vraiment crétin pour laisser passer l'occasion et ne pas s'amuser un peu avec.
Euphrasie travaille avec mon pseudo-chef, le Grison d'Arcadie, dont les démêlés avec la Pieuvre vous ont été narrés dans bon nombre de billets précédents. Ce DR par défaut d'un institut de recherche post-colonial bien connu fait travailler Euphrasie depuis bientôt 10 ans sur un logiciel hydrologique dont on a bien du mal à savoir ce qu'il sait faire exactement; il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de doc, et quand il y en a, elle est mauvaise; la gestion des stagiaires successifs ayant travaillé sur ce logiciel a été tellement désastreuse qu'en général, à chaque fois qu'un stage est terminé, tout le travail effectué est perdu car les deux rigolos oublient systématiquement d'en sauvegarder les résultats. Le boulot principal d'Euphrasie est donc, en gros, de se retaper les développements effectués par les stagiaires et que son chef a égarés sur son disque dur...
Loin d'en vouloir au Grison d'Arcadie, elle lui voue une fidélité sans faille, au point que s'il part en vacances, elle s'arrête de travailler, car il est pour elle impensable de bosser sans un regard d'espion par-dessus son épaule. Il lui procure à ce sujet une stabilité mentale méritoire depuis de nombreuses années, puisqu'il n'y a pas encore si longtemps, il la fliquait au sujet de ses horaires de travail (il a dû arrêter car lui-même ne restait pas au boulot assez longtemps pour pouvoir exercer une surveillance efficace). Bref, au-dessus il y a un Dieu grisonnant, et en dessous, petite mouche affairée à la surface de la Terre, il y a Euphrasie, qui fait tout ce qu'on lui dit.
Le labo reçoit périodiquement des catalogues de fournisseurs, style matériel informatique, de bureau ou de terrain. Je ne saurais vous dire pourquoi, mais en tombant un jour sur un catalogue Eijelkamp (fournitures de labo, style béchers, pipettes et autres fioles graduées), une idée me vient. Aussi sec, je prends un post-it et, prenant soin de déguiser mon écriture (malheureusement un peu trop reconnaissable au naturel), j'y écris: "Pour action. Voir ce qu'il faut faire." Puis je le colle sur le catalogue et largue celui-ci dans la case courrier d'Euphrasie.
Euphrasie est informaticienne, autant dire qu'elle s'y connaît à peu près aussi bien en matériel de labo que moi en biologie moléculaire. Elle n'a cependant pas douté un instant que l'instruction lui vînt d'en haut; il fallait la voir tourner dans le labo avec son catalogue à la main... Plusieurs fois, je l'ai croisée dans le couloir, allant, la trogne crispée, demander à son chef ce qu'il voulait d'elle exactement; pas de bol, ce jour-là le toto en question était très occupé, avec des visiteurs et des stagiaires en quasi-permanence dans son bureau. Quand je suis revenu de prendre mon courrier vers 14 heures, Euphrasie attendait d'un air catastrophé dans l'embrasure que le visiteur la précédant libérât sa place pour pouvoir, enfin, accéder au Chef et lui soumettre sans doute son choix de pipettes...
Je ne sais pas exactement ce qui s'est dit entre les deux, mais tout le reste de la semaine, elle n'a pas été bien. Nous si, car 4 ans après, on en rigole encore.
08:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour
26.08.2008
Mes bibliothécaires
Aujourd'hui, j'ai choisi de continuer dans la série "anecdotes de fin de vacances" pour vous en raconter une bien bonne, survenue il y a 6 ans au moment de mon arrivée dans le labo. Je sais que vous attendez impatiemment l'épisode 2 des aventures de certaine collègue parano, mais tout vient à point à qui sait attendre.
Notre bâtiment est nanti d'une grande salle commune, au mobilier moderne et clair que l'on dirait sorti tout droit d'Ikea, où il arrive parfois que se croisent deux voyageurs égarés. Cet espace désolé aux quatre coins battus par le vent est dénommé pompeusement "Documentation". On y trouve en effet quelques ouvrages, sentinelles solitaires de grandes étagères vides, attendant comme dans le Désert des Tartares que les saisisse la main d'un Godot improbable; on peut également, à condition toutefois de faire preuve d'une patience acharnée de chasseur d'images des hautes plaines, y apercevoir la faune naturelle (et pour l'instant épargnée par les atteintes de la civilisation) du lieu, à savoir deux bibliothécaires.
Les deux spécimens en question n'ont de bibliothécaires que l'étiquette sur la porte. Elles n'en ont ni la compétence, ni l'occasion (vu le peu de bouquins à chaperonner). Résultat, elles passent davantage de temps à bronzer en buvant le café sur l'arrière du bâtiment (l'arrière de la Doc' donne en effet sur une agréable pinède) et à faire leurs courses par Internet qu'à épousseter des reliures de bouquin. La quiétude de ces paisibles gazelles fut, toutefois, troublée il y a 6 ans, par un éclat fiché depuis dans toutes les mémoires.
Une après-midi, en effet, l'une des deux découvre qu'un bouquin a disparu. De nombreuses heures de recherche plus tard (il faut préciser qu'aujourd'hui encore, les deux spécimens ont refusé de s'informatiser; lorsque quelqu'un emprunte un ouvrage, les références complètes de celui-ci sont consignées dans un grand cahier, où il faut ensuite le rechercher "à la main" et le rayer de la liste le jour où son emprunteur le rapporte à la Doc), elle parvient à la conclusion que son dernier lecteur répertorié ne l'a pas rendu. Contacté, celui-ci prétend que si, mais que la bibliothécaire a oublié de le rayer de la liste. Le ton monte, les noms d'oiseaux aussi; l'ensemble du labo reçoit quelques minutes plus tard, un email ainsi rédigé:
"Je me mets en grève à partir de maintenant car monsieur Walid [1] m'a traitée de salope."
La réponse ne tarde pas. Monsieur Walid se fend à son tour d'un message à "tous":
"Ceci est totalement faux. Je ne l'ai pas traitée de salope, mais de connasse; ce qui n'est pas du tout la même chose [2]."
Figure également cette précision fort utile à la reconstitution archéologique du conflit:
"Je ne l'ai traitée de connasse que parce qu'elle m'a traité de voleur."
Les choses n'ont pas eu besoin d'aller au-delà, puisqu'entre temps l'ouvrage a été retrouvé, par un autre emprunteur, ce qui a mis fin au conflit.
Ceci a toutefois marqué le début d'une période d'austérité documentaire, puisque la Doc a, à dater de ce jour mémorable, refusé d'établir de nouvelles cartes de bibliothèques. Ceci pour des "raisons de sécurité". Je vous explique: les bibliothécaires trônent derrière une banque, dont elles accusent le rebord d'être trop haut. Aussi, lorsqu'elles se penchent pour remplir une nouvelle carte de bibliothèque (puisqu'elles font tout à la main), sont-elles dans l'incapacité de voir par-dessus la banque en question; par conséquent, il leur est impossible de voir si quelqu'un sort en douce avec un bouquin...
Après 6 mois, on a pu faire venir un technicien de la fac qui a rabaissé la banque en question, et la Doc a repris un fonctionnement normal. En fait, pendant ces 6 mois, personne ne s'était aperçu de la différence.
[1] Ceci n'est bien entendu pas le vrai nom de la personne; mais il n'est pas anodin de préciser que la bibliothécaire en question nourrit des sentiments plutôt mitigés envers la population arabe, et que le Walid en question l'est...
[2] Et c'est vrai, les experts sont formels sur ce point.
11:15 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour
22.08.2008
Comment s'amuser avec ses collègues
Parmi les collègues qui m'ont reproché ma gestion énergique de la confection du fameux poster (cf. billets précédents), il est une collègue dont je ne vous avais pas parlé. Et c'est dommage, car dans son genre, c'est elle aussi un personnage. Pour les besoins de la cause, nous l'appellerons Euphrasie, ce qui est à cent lieu de son nom véritable, et tant mieux pour elle. Euphrasie a un gros problème: elle est parano. En triant mes emails hier soir, je suis tombé sur un de ses messages, qui récriminait sur ma façon comminatoire de m'adresser à mes collègues au sujet du poster d'équipe. Elle n'était pas concernée par la confection du poster en question, mais, étant parano, elle a tout pris pour elle. Ceci m'a rappelé une anecdote qui s'est produite il y a de nombreuses années - je n'étais pas encore dans ce labo, mais on m'a raconté. Et vu la saveur particulière de l'anecdote en question, je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager. Les anthropologues appelleront peut-être ça une illustration de la théorie de l'investissement affectif; en tout cas, moi je l'aime bien.
Euphrasie est parano de longue date. Il y a une dizaine d'années, elle partageait pour son malheur le bureau des deux plus ignobles farceurs de son service. Faisant beaucoup d'informatique, elle n'était à l'époque pas souvent dans ce bureau, occupée presque à plein temps ar la gestion d'un réseau de stations de travail et de serveurs, situés dans des salles faites exprès pour ça. Un jour, les deux rigolos ont eu une idée de génie: pendant son absence, ils inscrivent sur le tableau blanc où elle fait l'inventaire de ses tâches:
"Antoine a appelé."
Bien entendu, aucun Antoine n'a appelé, d'ailleurs ils ne connaissent aucun Antoine et elle non plus; d'où sa stupeur et sa perplexité lorsque, entrant dans le bureau, elle découvre l'inscription: "Antoine, mais qui c'est?
- Je ne sais pas, moi, répond négligemment un des deux rigolos, apparemment très occupé par une anomalie dans la base de données et trop soucieux pour lever les yeux de son écran; mais il a dit que tu avais son numéro..."
Euphrasie fronce les sourcils, préoccupée: elle ne connaît pas d'Antoine et elle n'attendait pas de coup de fil: "Vous êtes sûrs que c'est à moi qu'il voulait parler?
- Oui oui, il a même dit qu'il te rappellerait."
Le lendemain, rebelote. Euphrasie trouve, en rentrant de sa salle info, l'inscription suivante:
"Antoine a appelé. Demande que tu le rappelles."
"Mais je ne connais pas cet Antoine, se lamente Euphrasie, inquiète. Comment est-ce que je pourrais rappeler quelqu'un que je ne connais pas? demande-t-elle à la cantonnade.
- Ah ben ça..." répondent perplexes ses deux co-turnes en écartant les bras.
Le surlendemain, un pas supplémentaire est franchi dans la gradation de l'imminence. L'inscription dit: "Antoine a appelé. Le rappeler d'urgence!"
"Ah là là (ton paniqué), et je ne peux pas savoir qui c'est, puisqu'il appelle à chaque fois quand je ne suis pas là!
- Alors oui, ça, c'est ballot!" répliquent les deux plaisantins en se retenant d'éclater de rire.
Ca a paraît-il continué comme ça pendant une bonne dizaine de jours. A la fin, les deux tortionnaires ont paraît-il eu pitié, car Euphrasie commençait à donner des signes inquiétants d'instabilité mentale. Je dis paraît-il, car connaissant les oiseaux, j'ai du mal à imaginer une quelconque pitié de leur part dans ce genre d'affaire. Bref, ils ont fini par révéler à Euphrasie que tout cela n'était qu'une farce et qu'il n'y avait pas, n'y avait jamais eu d'Antoine, pas plus que de coups de fil.
C'est alors qu'Euphrasie les a gratifiés d'un sourire narquois: "Ahaha, vous essayez de me faire marcher.
- Depuis dix jours, oui. Mais maintenant, non. Tout ça était une blague, il n'y a jamais eu d'Antoine-qui-a-appelé.
- Non non, ça ne prend pas. Il finira bien par rappeler quand je serai là, et alors je saurai qui c'est."
Je ne me suis jamais risqué à lui poser la question, mais il paraîtrait qu'aujourd'hui encore elle est persuadé qu'Antoine a véritablement cherché à la joindre pendant 10 jours. Bien sûr, n'ayant pas été témoin de la chose, je ne peux pas vous certifier à 100% que cette anecdote soit véridique; mais ayant personnellement eu l'occasion de tester la paranoïa d'Euphrasie en lui montant un canular dont je suis ma foi assez content (et que je vous conterai une fois prochaine), tout ce que je peux vous certifier, c'est qu'elle est 200% plausible.
A une prochaine pour d'autres aventures...
08:36 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour
18.08.2008
T'as pas cent balles?
On a beau être en vacances, on continue d'en apprendre tous les jours. J'en veux pour preuve cette conversation édifiante avec une collègue, membre de ce noble Institut de recherche post-colonial, dont le siège est délocalisé depuis ce 15 août à Marseille - mais je ne vous en dis pas plus, si je continuais vous risqueriez de deviner de quel organisme de recherche je veux parler...
Madagascar, vous connaissez. Classé 146ème sur 177 en matière d'indice de développement en 2005; plus de 72% de la population au-dessous du seuil de pauvreté en 2004; bref, la joie faite écorce de baobab... Un terrain tout indiqué, en tout cas, pour certains de mes collègues de labo et leurs confrères, qui appartiennent à l'Institut post-colonial en question.
Il faut savoir que, lorsqu'il s'expatrie à Mada pour une mission de longue durée, un chercheur de l'Institut en question voit son salaire multiplié par 3; sans compter les primes mensuelles attribuées par enfant scolarisé. On en connaît comme ça qui se palpent dans les 10000 euros par mois. Pour un pays où le salaire mensuel moyen doit être de 20 à 30 euros, ça fait de vous un type plutôt à l'aise. Vous comprendrez alors aisément pourquoi certains employés de grosses boîtes et d'instituts de recherche se font des missions à répétition dans de tels pays et, surtout, pourquoi, après y avoir goûté 10 à 15 ans de suite, ils sont devenus totalement inaptes au rapatriement. Après avoir eu à dispo en permanence cuisinier, femme de chambre, jardinier et chauffeur, tout ça pour 100 euros par mois seulement, comment peut-on espérer que ces types réapprennent à conduire, faire leur bouffe et torcher leurs draps tout seuls? Mission impossible, mes frères. Il est donc coutumier de laisser (au mieux) ces types errer d'affectation en affectation, ou bien (au pire) de les laisser s'enterrer sur place, au besoin en se mariant à une locale (ou en l'achetant pour quelques chèvres, selon les coutumes du lieu - ne riez pas, j'ai deux collègues voisins de couloir qui l'ont fait!)
Et la recherche, dans tout ça, me direz-vous? Ma foi... à force de me lire, vous devez bien avoir compris que la recherche, ça ne paie pas. Et j'en arrive à l'anecdote qui, présentée ce matin par ma collègue au café, m'a laissé non seulement pantois, ébahi et médusé, mais surtout avec l'impression du type qui, dans la Rubrique à Brac de Gotlib, pensait être passé dans un univers parallèle en entrant par mégarde chez son voisin. Bref, voici l'anecdote en question.
Il était une fois un expatrié professionnel, qui ne savait plus rien faire d'autre que palper ses 10000 euros par mois en n'en fichant strictement pas une rame de canot pneumatique.
Le palmé en question était, non seulement d'une fainéantise notoire, mais en plus d'une pingrerie record, qui aurait bien valu à la France quelques médailles d'or de plus aux Jeux olympiques si l'on avait daigné y ouvrir cette discipline.
Donc, non content de ne rien glander et de palper son pognon pour toute récompense, il avait installé, chez lui, un élevage de canards, qu'il revendait à la population locale (et sans doute aussi aux autres expatriés) histoire d'arrondir ses fins de mois.
Le jour où il a quitté cette terre bénie et ses volatiles dispensateurs de richesse pour une autre destination, il a fait cadeau à son boy d'un sac à patates plein de boîtes de conserve. Mordez un peu la munificence du présent: les boîtes étaient vides (l'histoire ne dit pas si elle étaient propres). A l'employé de maison qui s'étonnait de cette gratification, l'autre répondit d'un air généreux: "tu n'as qu'à les porter chez le ferblantier du coin, il t'en donnera bien quelques billets."
Et après ça, j'entrevois des aigris, des pisse-vinaigre et des gueules en biais qui prétendront que la recherche ne rend pas généreux... auquel cas, visiblement, elle rend à défaut très con.
09:52 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, université, enseignement supérieur, humour
11.08.2008
Ca arrache dans le labo: les posters (suite encore)
Les posters, je pensais que c'était fini. Outre une révélation fracassante sur le sexe des anges, le billet précédent vous éclairait sur le niveau des échanges que peuvent avoir deux profs d'université fraîchement nommés. Eh bien, ce n'est pas fini.
Je pensais que mon équipe arrivait bonne dernière dans la course aux posters. Il se trouve que, non seulement nous n'avons pas été les derniers à rendre notre copie, mais qu'une équipe n'a même pas commencé le sien (N.B. vous vous rappelez peut-être que la deadline était fixée au 31 juillet). Pour ajouter au désarroi mental, cette équipe se trouve être celle à laquelle appartenait le directeur du labo, à la tête de laquelle il a poussé ses sbires les plus fidèles. O, ingratitude humaine... En fait, ce n'est pas de l'ingratitude, c'est de la déliquescence mentale. En parlant avec quelques collègues de cette même équipe, j'ai eu accès à la reconstitution suivante:
- une personne de cette équipe a été désignée volontaire pour concevoir le poster. Elle l'a découvert en rentrant de vacances et n'a pas vraiment apprécié de devoir s'asseoir sur cette termitière, mais d'un autre côté c'était à peu près inévitable, vu que l'on savait que ce type serait le seul pégreleux de l'équipe concernée qui resterait présent au labo entre la mi-juillet et la fin août;
- le martyr d'office s'adresse illico aux membres de son équipe (laquelle, c'est important, est divisée en 2 groupuscules qui se haïssent cordialement). En signe de mépris (et également de fainéantise), les membres de la phalange opposée (dont est issu le directeur du labo) lui opposent une absence de réponse farouche;
- le pauvre gars fait donc ce qu'il peut en proposant un poster où, comme thèmes de recherche, ne figurent que ceux de son groupe. Ce n'est pas l'idéal, mais franchement, à sa place j'aurais fait pareil;
- du coup, directeur de labo pas content, car on ne voit même pas apparaître le projet ANR de ses féaux sujets. Il donne donc des directives pour que ce projet soit mentionné;
- confusion mentale subséquente du pauvre Aliboron précité, qui ne peut tout de même pas inventer le contenu du projet ANR en question. C'est là qu'à sa place, j'aurais rendu publiquement mon tablier en invoquant l'inertie informationnelle de mes collègues, mais lui choisit au contraire de s'enfermer dans une fuite en avant forcenée, en ne touchant plus au poster et en se réfugiant dans des statistiques climatiques sur une région du Sahel la plus sèche possible. Il commet en outre l'erreur de ne pas avertir la direction que rien n'avance, ce qui lui sera certainement compté lorsque les choses deviendront publiquement foireuses;
- la collègue en charge de l'agencement final du poster, qui tient à ce que les délais soient respectés, fait envoyer un email au responsable furieusement inerte du projet ANR, en lui demandant des infos sur ce projet afin de pouvoir les intégrer à la feuille de chou finale. Ah oui, je précise que le responsable en question est actuellement en mission à l'expat', ce qui rend plus difficile la tâche de lui secouer le paletot en direct;
- le chef de projet en question lui fait la réponse suivante: "Alors en fait... il me semble bien qu'on avait fait un poster sur le projet au début de l'année... Mais je ne sais plus où on l'a mis... Je ne suis pas sûr non plus qu'il ait été présenté quelque part... Demande à une telle, ça doit être elle qui a les fichiers, on pourrait peut-être le présenter sur le stand du labo?"
- pétage de plombs de la "une telle" en question: il s'agit, d'une part de présenter les activités d'une équipe au complet sur un seul poster, et non juste un projet ne regroupant que quelques individus; d'autre part, elle se souvient très bien que le chef de projet en question lui avait, au début de cette année, gonflé les meules à 3 bars de pression justement pour que ce poster soit confectionné dans des délais ultra-rapides, et qu'ensuite il l'avait rangé dans un placard! Elle répond donc au toto en question que ce poster n'est pas du tout ce qu'il lui faut, et que de plus il lui faut les textes en anglais (ce qui n'est pas le cas, bien sûr, du poster ANR);
- réponse ultime du chef de projet nase, qui se met en colère pour de bon: "je ne vois pas pourquoi il faudrait traduire ce poster en anglais. En tout cas, qu'on ne compte pas sur moi pour le faire. C'est vrai, quoi, on est en France, MERDE!!!"
Bien sûr, le fait que ce stand soit présenté dans le cadre d'un congrès international n'a qu'une importance anecdotique... Pour la petite histoire, sachez que ce message a été transmis en copie intégrale par la même collègue au directeur de labo. Je suis sûr qu'il va aimer. Le directeur est quand même l'un des trois co-chairmen du congrès.
Je promets de vous tenir informés quand on dressera la guillotine et que l'on commencera à aligner les têtes dans le panier.
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28.07.2008
Ca arrache dans le labo: comment se rendre populaire
Je ne fais normalement pas partie du conseil de direction, mais la dernière fois, une histoire d'attribution de crédits de recherche amotivé que j'y sois invité. A l'ordre du jour notamment, les avatars de l'école doctorale à laquelle nous sommes rattachés. Il faut dire qu'avec cette ED, vu la brochette de crétins qui figure à sa direction, on pourrait organiser une session barbecue non-stop d'une semaine complète pour 200 personnes... Pour donner un exemple, lors de l'inauguration de cette ED il y a 2 ans, son directeur s'est interrompu en plein speech de présentation pour se mettre à bouder en direct parce qu'une de ses amies au premier rang avait posé une question qu'il jugeait malvenue. C'est un des directeurs adjoints qui avait dû continuer la présentation, tandis que le directeur se prenait la tête dans les mains et fixait obstinément son pupitre d'un air offensé... Il faut savoir que l'école doctorale en question regroupe plein de labo sur des thématiques extrêmement différentes par problématique et par culture (Eau-biologie-santé-géologie-agronomie, etc.) et que cela résulte en une usine à gaz extrêmement formaliste, bureaucratique et psychrigide. Comme cette ED prétend couvrir quasiment tous les domaines scientifiques, en pratique elle n'en couvre aucun et c'est le boxon total.
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