08.02.2008

Quand les chefs paniquent...

... faites-en une BD supplémentaire. Suite de l'épisode précédent, où je vous expliquais que mon directeur avait décidé qu'il fallait remanier la structure du labo. Quand on veut changer les choses mais qu'on ne sait pas comment, on ouvre une boîte à idées. Dans mon labo, on a ouvert un forum.

Le forum en question est hébergé sur le site de l'université. Premiers petits problèmes: (1) comme on est une UMR (Unité Mixte de Rercherche), les deux tiers du labo ne sont pas personnels de l'université, si bien que la moitié des permanents n'arrivent pas à se connecter à ce forum, ni pour lire les discussions, ni pour en poster, et (2) le premier à y poster quelque chose (en l'occurrence votre serviteur) a réclamé la suspension totale des opérations pour mettre au vote le fait qu'il fallait se réorganiser... Paraît que la Direction a moyennement apprécié.

En attendant des jours meilleurs, voici la deuxième livraison du Starship Knowledge Enterprise, qui illustre l'ambiance régnant dans nos couloirs. Deux épisodes supplémentaires sont d'ores et déjà dessinés, il vous faudra un peu de patience pour les découvrir.

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06.02.2008

Quand votre chef pète les plombs...

... faites-en une BD. En ce moment, dans mon labo, ça arrache grave. Le directeur a décidé qu'il fallait qu'on se réorganise parce que... il fallait qu'on se réorganise. Cette motivation offre le puissant avantage de ne pas être auto-contradictoire. Comme à peu près partout, mon labo est structuré en quelques grandes thématiques de recherche, avec deux ou trois activités transversales par rapport à ces thématiques. Eh bien, le chef a décidé qu'il fallait faire l'inverse, c'est-à-dire réorganiser les thématiques de recherche à partir des activités transversales. En gros, c'est "commencez par peindre les pointillés, ensuite on posera la route en-dessous". Comme personne n'a compris comment il fallait s'y prendre, c'est un peu la panique dans la maison, surtout qu'on nous a dit qu'il fallait que ça soit fait pour le mois de mars!

Je saisis l'occasion pour vous présenter la BD The Starship Knowledge Enterprise. Cette BD, que j'ai inaugurée en 2000, lorsque j'étais encore en poste aux Pays-Bas (d'où l'anglais), était un peu en stand-by depuis quelques années, principalement par manque de temps et d'inspiration. Heureusement, le monde du travail revient en force, avec ses élucubrations forcenées et les occasions subséquentes de rire un peu.

  • Pour comprendre d'où vient cette BD, voyez cette page.
  • Pour identifier les personnages, voir celle-ci.

Et pour la petite histoire du jour, voyez ci-dessous (cliquer pour accéder au grand format).

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18.01.2007

Les riches ne travaillent pas (2)

Les puissants non plus

A l'université, comme dans toute bureaucratie, le seul type de pouvoir est un pouvoir de nuisance. À cela, il y a deux raisons:

  1. Il est plus facile de nuire que de construire;
  2. il est de toute manière quasiment impossible de construire.

La façon la plus simple et la plus évidente d'être nuisible, c'est de ne rien faire. Si l'un de vos collègues vient à avoir une idée et que celle-ci ne vous plaît pas, ils vous suffit, pour que ladite idée ne soit pas mise en place, d'éluder son existence: vous n'en avez pas entendu parler, vous avez oublié, c'est une très bonne idée mais malheureusement dans votre cas particulier elle est inapplicable pour environ douze mille cinq cents bonnes raisons, etc. Cette tactique est la plus souvent employée car son rendement (rapport de la conséquence à l'effort fourni pour l'obtenir) est largement supérieur à un. La nuisance est un des rares domaines de la physique où l'on obtient des rendements toujours supérieurs à l'unité.

Plus les personnes recherchant le pouvoir sont nombreuses, plus il y en aura, statistiquement parlant, qui choisiront la nuisance comme moyen d'action. Par conséquent, plus il sera difficile de construire dans cet environnement, puisque toute personne essayant d'être constructive deviendra nécessairement l'occasion pour les nuisibles d'exercer leur pouvoir.

Comme la façon la plus aisée d'être puissant est d'être nuisible, et comme la façon la plus aisée d'être nuisible est d'opposer une inertie inébranlable à l'effort, la conclusion est évidente: pour devenir puissant dans une bureaucratie, il faut cesser de produire un travail constructif. C'est pourquoi les vrais créateurs se sentent si mal dans une université, un grand institut de recherche, ou un grand groupe industriel.

 

Travailler ne vous vaudra rien de bon

Par "travailler", on entend ici "fournir un travail productif". Les bureaucraties abondent en personnes qui effectuent des heures de présence en quantité considérable, mais ne sont productifs en rien. Exemples:

  1. les conseils d'administration et les conseils scientifiques des universités,
  2. les personnels de direction, la moitié des comptables et des employés de direction des grands groupes industriels (trop peu nombreux à l'Université pour compter vraiment),
  3. les neuf dixièmes des actionnaires des grands groupes,
  4. les hommes politiques,
  5. donnez-moi d'autres exemples SVP, je les ajouterai à ma liste !

Toutes les personnes listées ci-dessus ne travaillent pas réellement au sens donné plus haut. Ce sont pourtant les plus puissantes dans l'entreprise ou l'administration, ceux qui fournissent le vrai travail étant en général au bas de l'échelle.

En fournissant un travail véritable, vous vous couperez définitivement de la possibilité d'accéder au pouvoir. En effet, le temps que vous passerez à travailler sera autant de temps que vous ne passerez pas dans les cénacles où gravitent les catégories 1 à 5 ci-dessus. Vous perdrez ainsi l'occasion de prendre langue avec eux, de vous en faire connaître et ainsi de vous en faire apprécier. La première tâche de qui veut progresser dans l'entreprise ou la bureaucratie doit être de trouver un supérieur à qui parler.

Le reste ne sert absolument à rien: ni le travail, ni la probité. Ah si, peut-être: à conserver l'estime de vous-même au moment où, le soir, vous vous regardez dans la glace. Décidément, vous êtes un drôle de type (ou de bonne femme).

 

17.01.2007

Les riches ne travaillent pas (1)

Théorème Universel : Le travail est sans valeur

Quel que soit le système social (communisme, capitalisme), le corps de métier (fonctionnaires, salariés du privé, cadres, etc.), le travail est l'activité humaine la moins bien payée.

 

Plus on est payé, moins on produit de richesses tangibles

Exemple: le PDG de ce grand groupe automobile français gagne 350 fois plus par mois qu'un de ses ouvriers à la chaîne. Pourtant, le PDG ne travaille pas 350 fois plus que l'ouvrier; de plus, il ne produit aucun bien réel de ses mains. Alors se débrouille-t-il, non seulement pour mériter ce salaire, mais en outre pour se voter des augmentations de 40% d'une année sur l'autre, tout en refusant 1% à ses salariés ? Et ce, sans provoquer la mise à feu et à sang de Boulogne-Billancourt ou de la ville de Sochaux ?

Réponse ci-dessous.

 

Plus on est payé, moins on a le droit de produire de richesses tangibles

Quand vous prenez de l'avancement dans votre boîte, on vous interdit de "produire". Ceci parce que, passant dans des catégories d'encadrement, votre temps est facturé beaucoup plus cher. Par conséquent, il est hors de question de "vendre" votre temps sur un projet, car vous mettriez celui-ci en faillitte immédiate.

Puisque l'on ne "vend" plus votre temps directement sur les projets, comment se fait-il que la boîte ne fasse pas faillite? Parce qu'enfin, pour rester à flot, il faut bien que les recettes engrangées par les projets soient égales aux dépenses (dont votre salaire fait partie). Réponse au paragraphe suivant.

 

Alors comment paie-t-on ceux qui coûtent cher et ne produisent rien? 

C'est simple: en montant en grade, vous avez rejoint ce que l'on appelle l' "overhead", c'est-à-dire que votre salaire est compris dans le tarif auquel on "vend" le travail de ceux qui produisent.

Ainsi, quand un ingénieur touche un salaire horaire brut de 20 euros, il est "vendu" par sa boîte environ 50 euros de l'heure. Où va la différence? 10 euros vont en cotisations patronales; 10 euros vont en frais divers (téléphone & consommables, payer le loyer des bureaux, le matériel informatique, etc. Le reste, c'est en gros pour payer les improductifs (directeurs, chefs des ressources humaines, chefs de département, etc.), ceux dont on ne peut pas "vendre" le temps car ils coûtent trop cher.

 

Que faire pour faire des économies dans une entreprise ?

A la lumière de ce qui précède, la réponse est évidente: produire davantage avec le même nombre de personnes. Ainsi, ces personnes pourront continuer à financer les salaires élevés de ceux qui ne produisent rien. C'est pour cela que les entreprisent délocalisent toujours leur production et jamais leur encadrement ni leur direction !

Si vous faites partie des naïfs qui pensent que baisser les salaires des postes les plus élevés serait plus économique, vous n'avez vraiment rien compris au système ! Si en plus vous prenez l'initiative de diffuser vos idées bizarres autour de vous, style altermondialiste illuminé, je vous conseille de vous brancher tout de suite sur le site de l'ANPE.

Les cadres, faites pas les andouilles, pour vous c'est l'APEC.