03.07.2008
Commission de spécialistes
08:12 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche
24.06.2008
Recrutements maîtres de conf, etc. Vous croyiez vraiment que c'était fini?
- Un de mes collègues (pas bon et magouilleur, mais s'il n'y avait que des bons honnêtes à la fac, ça se saurait) a été promu prof ;
- ce même collègue - ci-devant surnommé le céphalopode, désormais sacré calamar géant - a essayé de torpiller l'embauche d'un maître de conf qui, pendant sa période d'essai comme ATER, avait donné toute satisfaction sur le plan de l'enseignement et de la recherche. Dans des billets précédents, je vous narrais comment nous avons réussi à empêcher cette petite manifestation d'injustice (pour une fois qu'on arrive à embaucher quelqu'un de valable...).
- Au moment même où nous terminions l'audition des candidats maîtres de conf, j'allais voir le directeur du labo. En effet, nous venions d'apprendre que mon collègue à 8 tentacules était classé 1er sur le poste de prof, ce qui voulait dire poste de MCF en cascade à la clé; il allait donc falloir s'atteler à la définition du profil. Les profils recherche en particulier doivent être prêts pour la mi-juillet afin de "passer" en CS de la fac.
- Mon idée était de faire exception: au lieu de définir le profil tout seul dans mon coin comme m'y aurait autorisé mon statut de seul prof "actif" de mon département d'enseignement en place dans le labo, je trouvais logique (et novateur!) d'y associer les diverses composantes de ce dernier. En effet, il faut savoir que ça ne se passe pas toujours de façon toute rose entre le directeur du labo et celui de mon département d'enseignement. Je voyais là une occasion d'aplanir les angles en démontrant publiquement la bonne volonté des enseignants vis-à-vis du labo. Et puis, si j'ai assez gueulé dans le temps qu'on ne nous demandait jamais notre avis, ce n'est pas pour tomber dans le même travers maintenant que je suis dans la place.
- Le directeur du labo était d'accord, bien entendu. Après consultation d'un certain nombre de personnes, nous avons rédigé puis soumis un premier jet du profil recherche du futur maître de conf en conseil de labo (une première! ça ne s'était jamais vu. Les gens n'en revenaient pas qu'on leur demande leur avis). Et là, le calamar géant a piqué une crise. En effet, il s'agissait de son poste (enfin, son ex), il était donc de son seul privilège de le définir, etc. Tout ça énoncé de façon très soft, certes, car le calamar ne fait de sortie violente que s'il est sûr à 100% de gagner ou d'être soutenu. J'ai cru que le directeur du labo allait lui balancer une chaise dans la tronche... Finalement, le calamar a boudé de façon ostensible et n'a plus rien dit de toute la réunion.
- Ce faisant, il a partiellement atteint son but: la bouderie a en effet empêché (temporairement) la progression de la discussion. Nous avons clos la réunion sans réussir à nous mettre d'accord sur la marche à suivre. Si bien que la définition du profil recherche reste bloquée.
07:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enseignement supérieur, université, recherche
16.06.2008
Recrutement maîtres de conf ect: le débat continue
Suite du débat qui nous occupe depuis déjà un certain temps sur le recrutement des maîtres de conf et autres profs. Igor (Lien vers son blog) a à nouveau réagi, je vous engage à aller lire son commentaire à la fin du billet en question, car il donne un certain nombre d'infos que je ne reprends pas ici. Morceaux choisis, avec quelques réponses.
- "Tu remarqueras que j'ai aussi evoque le fait que le nouveau candidat est en general choisit si il n'y a pas de connection avec les recherches effectuees dans le meme departement (ce qui exclurait ton candidat d'une certaine maniere). " Exact. A ma connaissance, les sections de Maths (au moins maths applis, la section CNU 26) ont pour tradition de procéder ainsi: jamais de recrutement en local. Il est vrai qu'à première vue, ça peut paraître plus sain. En réalité, ça ne l'est pas forcément: il existe en général des arrangements tacites entre labos d'universités d'ifférentes, style prends-moi mon thésard, je prendrai le tien, et dans 5 ans, à l'occasion de la prochaine mutation, on échange... De plus, je sais de source sûre que certains matheux se sont mordu les doigts d'avoir appliqué aveuglément cette règle, car ils ont dû se séparer de très bons candidats pour récupérer des autistes dont personne ne voulait!
- "Mon impression est que tu cherches un post-doc et non un collegue." Je n'a i pas bien compris pourquoi, mais bon... C'est peut-être que la vieille Europe est tellement nase et que les States lui sont tellement supérieurs qu'un titre de post-doc aux US est équivalent à un poste de maître de conf en France? Je reviendrai sur la prétendue excellence du système universitaire américain peu plus loin.
- "Si j'etais dans ta situation, je serais en train de collaborer avec quelqu'un dans une autre universite qui est bon a faire ces calculs dont tu n'est pas le specialiste." Merci du conseil; je précise au passage que je ne suis pas totalement débile, et que je n'ai pas attendu ce message pour le faire; il y a déjà 7 ans que j'ai noué des collaborations... hors de France! En outre, le spécialiste des calculs, c'est précisément moi; et c'est plutôt moi que les autres viennent chercher quand ils ont des problèmes à ce sujet. C'est exactement la raison pour laquelle j'ai obtenu le droit d'embaucher quelqu'un: j'ai été en quelaque sorte dépassé par mon propre succès et j'ai beaucoup plus de travail que je ne peux en fournir... Je tiens cependant à préciser que je suis un farouche adversaire du principe qui consiste à aller faire faire par les autres les choses qu'on ne sait pas faire soi-même. C'est précisément le mal dont souffre la recherche française (et pas que la recherche...): l'avenir semble appartenir à ceux qui l'ouvrent bien grand en faisant travailler les autres et en co-signant la publi. Je suis au contraire partisan du principe qui fait que si une technique, un savoir-faire ou des équipements sont essentiels pour ma recherche, je dois les apprendre et les maîtriser moi-même. Pour l'instant, ça ne m'a pas trop mal réussi... Voir également à la fin du billet ce que je pense des soi-disant critères d'évaluation de la recherche.
- "Ce que j'entends de ton propos c'est qu'il semble difficile en france d'avoir de telles alliance pour des raisons que je ne comprends pas. ]" Il ne me semble pas avoir dit cela où que ce soit... En fait, ce qui ne m'était pas possible, c'était d'embaucher quelqu'un avec le profil dont j'avais vraiment besoin. Il me fallait quelqu'un avec un profil de mathématicien appliqué; or, vu la division de la fac en sections disciplinaires (j'appartiens à la 60ème), il aurait été impossible de recruter quelqu'un venant d'une discipline différente (en l'occurrence, les maths applis sont en 26ème section). Je ne suis pas certain que la nouvelle loi sur l'autonomie des universités amène un changement de ce côté. D'un autre côté, j'ai réussi à contourner un peu cette difficulté en recrutant le candidat que je voulais, et qui avait un profil connoté maths applis - une preuve de plus que tout système est contournable dans une certaine mesure, mais c'est très difficile.
- "Enfin, au bout des cinq ou six ans d'epreuve, ou les gens t'on vu," N.B. c'est précisément pourquoi je tenais à embaucher cet ATER, que j'avais eu le temps de tester et que je savais fiable. N.N.B., c'est aussi ce qu'on a fait pour moi quand je suis allé aux Pays-Bas: j'ai d'abord eu droit à un CDD de 2 ans, histoire de faire mes preuves. Et je remercie franchement les Hollandais d'avoir fait ça pour moi, car au vu de mon CV sans aucune publi à l'époque, ce n'est pas en France que l'on aurait fait ça.
- "ils prennent une decision, qui elle meme peut-etre contredite par l'administration de l'universite. Dans les universite d'etat cela veut dire que les politiques ont un mot a dire a la nomination finale des candidats." Eh bien dans ce cas, merci beaucoup; c'est sans moi. Je ne vois vraiment pas ce qu'un tel droit d'ingérence a de vraiment enviable. Dans la série d'anecdotes que j'ai rapportées sur le recrutement de ce candidat, une des choses sur lesquelles je me suis battu était de ne pas laisser aux crétins et aux incompétents le droit de juger à ma place de choses qu'ils ne comprenaient pas. Je te laisse donc le soin de deviner ce que je pense de l'ingérence politique dans la nomination des personnels universitaires. Tant qu'on y est (et vu comme les States ont l'air de tourner), on n'a plus qu'à aller demander son avis sur le candidat au prêtre méthodiste du coin... D'ailleurs, je me demande comment on fait à l'Université Brigham Young... On fait peut-être passer un examen de religion mormone aux thésards en physique quantique?
- "Pour terminer, je vois aussi beaucoup de francais qui ne comprennent pas le systeme americain car ils n'y ont ete qu'etudiants, post-docs ou chercheur de passage." On est d'accord. Personnellement, je n'ai pas fait de séjour de plusieurs années aux States, je ne connais le système que pour avoir des relations de collaboration avec des profs d'universités américaines, et je ne les envie absolument pas. Au point que j'ai refusé depuis 5 ans les propositions d'embauche que m'ont faites des facs américaines pourtant assez réputées dans le domaine du génie civil.
Maintenant que j'ai répondu aux questions spécifiques de ton commentaire, quelques considérations générales. Tu me diras si je me trompe, mais les différences majeures entre la recherche aux States et en France me semblent être les suivantes:
- le lien étroit entre recherche et industrie; en France, on n'est pas bons du tout de ce côté-là; mais je tiens à préciser que la faute n'en revient pas forcément aux chercheurs. Le Français est quelqu'un qui se croit toujours plus malin que les autres: il voudrait tout avoir et rien payer. Ainsi, les patrons français répugnent très fortement à investir dans la recherche et développement; la recherche française en paye d'ailleurs maintenant le prix;
- le contraste considérable entre les moyens alloués aux facs sur les deux continents. Mais tu sais probablement que chez nous, les droits d'inscription à l'université ne coûtent quasiment rien. Quand j'entends parler de ce que demandent la plupart des universités américaines en droits d'inscription, je me dis que finalement, en proportion des moyens alloués, le système d'enseignement supérieur Français n'est pas si mauvais que ça (la France dépense plus pour un lycéen ou un collégien que pour un étudiant d'université!): il est juste insupportablement féodal;
- enfin, si la recherche aux Etats-Unis est si florissante, c'est aussi parce que ces mêmes Etats-Unis n'ont pas à supporter tous les coûts d'investissement que cette recherche leur rapporte. Je m'explique: dans mon domaine de recherche, la quasi-totalité des papiers qui sortent dans les journaux les plus renommés sont publiés par des labos américains... mais les auteurs sont des étrangers! Autrement dit, les labos et les universités US peuvent se permettre d'embaucher à grands frais des chercheurs... qu'ils n'ont pas eu à former! Ces gens ont fait leur Master, leur PhD dans d'autres pays, et sont récupérés par les labos Etats-Uniens alors que le principal investissement (éducation primaire, secondaire et même supérieure jusqu'au Master et au PhD) a été réalisé par des pays étrangers. Donc l'excellence du système US n'est absolument pas démontrée, puisqu'il est impossible de faire un bilan fiable sur un système ouvert dont on ne connaît pas toutes les entrées.
Enfin, soyons clairs: la mesure de la qualité scientifique par la publication n'est qu'une vaste farce. Je ne parle même pas du critère du nombre de contrats ou du montant de ces contrats... Les balivernes style indice de citation, facteur d'impact - et, plus débile encore, le facteur H - sont le plus souvent pincipalement une indication des qualités de marketing et/ou de lobbying d'un labo ou d'une équipe, ainsi que de la fainéantise intellectuelle et de l'absence d'esprit critique de ceux qui les évaluent. Quelques arguments:
- Mes deux papiers les plus fréquemment cités sont ceux que je considère comme les plus nuls scientifiquement. Il s'agissait simplement d'utiliser des recettes de cuisine mises au point par d'autres et de les appliquer à un cas concret. Au niveau du principe, rien d'innovant; au niveau des résultats, rien de fracassant; au niveau de la compréhension des phénomènes physiques, rien de neuf, il suffisait juste de réfléchir un peu, on pouvait deviner les résultats sans faire les calculs (d'ailleurs, nous avions écrit le papier avant d'avoir tous les résultats, car nous savions d'avance ce qui allait se passer). Eh bien, ce sont ces merdes qui sont citées les plus fréquemment;
- prenons un autre exemple, un vrai celui-là: à l'autre bout de l'échelle de la qualité scientifique (par rapport à moi), il y a le double prix Nobel d'Albert Einstein; il tient, si ma mémoire est bonne, en 3 articles, pour un total de 27 pages, publiés en 1905, sur l'électrodynamique et la relativité. En gros, le mec a eu ses 2 Nobel avec un fateur H égal à 3... Alors les croque-morts de la publi peuvent remballer leur mètre à ruban et leurs boîtes en sapin capitonnées, ce ne sont pas les mensurations qui font le gros costaud. C'est la faculté de s'intéresser aux bons problèmes, de pouvoir les résoudre... et d'être là au bon moment (il y a aussi de la chance quelque part)!
La morale de cette histoire, et de nos expériences très diverses sur le recrutement des enseignants-chercheurs, reste à mon avis ce que je disais dans le billet précédent: recrutement à la publi, à l'adaptabilité, sur la foi des réseaux de connaissances et des relations professionnelles, audition d'une demi-heure ou période d'essai de 3 fois 3 ans avant d'avoir la tenure... Quelle importance? Il ne faut pas oublier que derrière les dossiers, il y a des gens, avec des sentiments et une personnalité. La plus grosse des fautes que l'on puisse faire n'est pas de prendre tel ou tel candidat par rapport à un autre qui, peut-être, l'aurait -un peu mieux? - mérité. Le plus important est que les termes du contrat soient clairs, et que le candidat sache ce que l'on attend de lui. Ce que je constate malheureusement, c'est que très souvent, on ne dit pas la vérité aux candidats sur ce que l'on attend d'eux; on les laisse essayer de deviner des règles dont la plupart ne sont pas écrites et que seuls les "initiés" connaissent vraiment. Après, si le système ne plaît pas... Chacun est libre de le quitter et d'aller voir ailleurs.
08:01 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
12.06.2008
Mes collègues soumettent un projet
Quand on vous dit qu'en recherche, l'enfer est pavé de bonnes intentions; j'en veux pour exemple un psychodrame édifiant, qui se déroule en ce moment même dans mon labo. L'affaire n'est probablement pas à sa conclusion, mais comme j'ai un peu contribué à allumer l'incendie, la moindre des choses est de vous en livrer une contribution aussi détaillée que possible en l'état actuel des choses.
- Deux collègues de labo actuellement expatriés (donc touchant triple paye nette d'impôts, ce qui leur fait à peu près 10000 euros par mois chacun), officiant en tant que CR (chargés de recherche) d'un institut post-colonial que je ne nommerai pas, me contactent il y a environ un mois pour me dire que, tout bien réfléchi, mes thématiques de recherche leur paraissent intéressantes et qu'il pourrait être bien que nous travaillions ensemble. Je pousse une exclamation de surprise joyeuse, car ça ne faisait jamais que 18 mois que je leur serinais que mes développement pourraient les intéresser. N.B. en même temps, je ne les ai pas attendus pour pousser mes recherches plus avant et leur proposition de collaboration me fait désormais l'effet d'une idée d'arrière-garde. Comme nous n'en sommes encore pas stade des amabilités, je réserve ce commentaire à une étape ultérieure. Je me contente alors de répondre qu'en effet, il serait bien de commencer à envisager la possibilité du démarrage de l'exploration de l'éventualité de recherches communes. Il n'en fallait pas plus pour les faire déborder d'une joie incontinente...
- Enivrés par la correspondance précédente, ils m'envoient, il y a 6 jours, une proposition de sujet de Master Recherche 2ème année à laquelle ils souhaiteraient me voir collaborer avec un autre collègue. La proposition faisant environ 6 lignes, je calcule rapidement que chaque ligne leur a pris 4 jours de rédaction, ce qui est a priori un gage de maturité de la réflexion scientifique. La lecture révèle cependant a posteriori une vacuité assez terrifiante de la part de deux chargés de recherche de 1ère classe, dont l'un a tout de même passé son habilitation à diriger des recherches il y a déjà 2 ans. En gros, le pauvre stagiaire de M2 sera censé passer 6 mois à faire une espèce de revue bibliographique sans intérêt... A l'heure où les bourses de thèse se négocient à la dague enduite de curare avec les écoles doctorales et où, pour avoir ensuite un poste de MCF ou de CR, il faut avoir publié plus qu'un journaleux de la rubrique nécrologique à Nice-Matin, je n'envisage franchement pas de rendre ce mauvais service à un étudiant. Nous décidons donc, avec mon collègue, de ne pas donner suite; nous espérons, en particulier, que le post-colonial expatrié aura le bon goût de comprendre que notre silence vaut refus.
- Il faut dire qu'en même temps, j'ai accepté de participer à un autre projet, proposé par un ingénieur d'études du labo. Il m'a demandé un service sur un point particulier de ses recherches, il se trouve que ça ne va pas me coûter un grand effort mais que ça peut lui rapporter beaucoup à lui; en outre, ce type fait l'effort de préparer une thèse en heures sup; enfin, il est le seul de son équipe à avoir des idées et à vouloir travailler pour les concrétiser, ce qui lui vaut tout mon respect.
- Cet ingénieur d'études a la malchance de travailler dans l'équipe des deux expatriés, qui depuis 3 ans qu'il est arrivé au labo le snobent de façon outrancière, tout ça parce qu'il n'a pas encore de doctorat alors qu'eux ont une thèse - voire une habilitation pour le plus grand des deux, que l'on a surnommé Averell pas uniquement pour sa difficulté à passer par les portes. Une des raisons supplémentaires pour ne pas répondre immédiatement à Averell était que la deadline de soumission du projet de mon collègue IE tombait lundi 9. Je ne voulais pas qu'Averell et son compère l'apprennent, ce qui aurait pu leur donner l'idée de s'"inviter" sur son projet.
- Ne voyant pas venir de réponse, Averell me renvoie un email le 9 au matin, car la deadline pour la soumission des sujets de M2 est le 11 (aujourd'hui...) Il commence donc à y avoir urgence. Pour les raisons évoquées ci-dessus, je fais le mort jusqu'au lendemain.
- Mardi 10, je me fends d'un email à Averell, en lui expliquant les choses suivantes:
- son sujet est nase (je ne l'ai pas dit exactement comme ça, mais brut de sémantique, c'est ce que ça donne);
- je ne prends de M2 recherche que si je suis certain de pouvoir m'en occuper sérieusement, donc si j'ai le temps, ce qui n'est pas le cas - en effet, j'ai accepté de travailler pour son collègue ingénieur d'études qu'il méprise tant;
- ma politique est de ne prendre des stagiaires de Master que si j'ai identifié un thème de recherche qu'ils puissent exploiter rapidement, et surtout qui puisse déboucher sur une publi à brève échéance. A l'heure où la plupart des écoles doctorales se mettent à exiger que les thésards aient au moins une publi dans les tuyaux au moment de soutenir, je n'envisage pas de prendre des stagiaires "juste pour voir ce que ça donne", ce serait littéralement criminel;
- comme je suis conscient que mon refus le plonge dans l'embarras, je lui propose de s'adresser à un autre collègue post-colonial. Celui-ci n'est autre que le DR, responsable d'équipe et totalement mauvais évoqué dans nombre de billets précédents (voir ici), qui s'est fait spolier jusqu'à la définition du profil de poste de prof récemment renouvelé dans mon labo. Je sais que ce n'est pas bien de se moquer, mais avec un peu de chance, ils ne comprendront l'ironie ni l'un ni l'autre.
-
- Aujourd'hui mercredi 12, outre l'édition hebdomadaire du Canard Enchaîné, je découvre dans ma boîte mail un message laconique d'Averell: "merci pour les informations." Pas signé. Je pense qu'il a mal pris quelque chose dans ce que j'ai écrit...
- Et, pour mon plus grand plaisir, je me trouve en copie d'un autre email qu'Averell a adressé au DR nase. Je ne peux résister au plaisir de vous citer le machin, car ouvrez grand vos mirettes les petits, ceci est une leçon magistrale de diplomatie pure. Ca dit en substance: "Je m'adresse à toi car Untel [NDLA: ça c'ext moi] n'est pas intéressé, vu qu'il pense que le sujet de recherche n'est pas assez bon." Comment se faire des amis...
- La suite est pas mal non plus, traduit de l'Averell ça dit en gros: "En même temps, il n'a pas tort, j'ai donc travaillé dans ce sens en modifiant le titre du sujet de stage." C'est sûr qu'avec un autre titre, le sujet de Master sera vachement meilleur.
Voilà. Si vous n'avez toujours pas compris comment, en une seule phrase, vous faire des potes pour la vie et rendre absolument génial un sujet de Master recherche précédemment totalement pourri, franchement, je ne vois pas jusqu'où je pourrais pousser dans la pédagogie!
Sachez enfin que l'IE qui a soumis le projet a reçu un email de la part d'Averell. Celui-ci demandait: "peut-on en savoir plus sur le projet que vous avez soumis?" Je lui ai conseillé de répondre simplement: "Oui, on peut." Quant à savoir s'il osera...
07:35 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : uniersité, recherche, enseignement supérieur
10.06.2008
Mon président d'université...
... est une présidente. Ca y est, ils ont finis tous par se mettre d'accord. Du coup, le CA de la fac a voté, la candidate d'une des deux listes à 50%-50% est passée par 13 voix contre 8 à l'électron libre dont personne n'avait rien à faire. Le chef de file de l'autre liste à 50%-50% est enrôlé comme vice-président, ce qui semble contenter à peu près tout le monde. Il a envoyé ce matin un long email aux personnels de la fac, dans lequel il expliquait que non, tout ceci n'était pas une magouille, mais que le manque de transparence dans le processus d'élection résultait de l'impossibilité d'être transparent lorsque l'on est pressé par le temps... Comme personne ne lui avait rien demandé, ça semble une démarche logique.
Enfin, le principal, c'est qu'il y ait un pilote dans l'avion...
15:05 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
09.06.2008
Mon chef organise une conf
Au nombre des choses qu'il faut avoir faites pour monter en grade, l'organisation d'une conférence figure en bonne place. Conscient de la chose, mon chef de labo s'est lancé dès 2005 dans la préparation d'une conf internationale qui va se tenir en septembre 2008. Le Congrès Mondial du Troulalaitou (nom habilement déguisé afin d'éviter toute possibilité d'identification) fait désormais partie des réalisations dont s'enorgueillit mon laboratoire.
Il y a un an et demi, lorsque l'appel à communications a été lancé, nous nous sommes tous regardés comme une horde hagarde rescapée des Enfers: rien, ou presque, dans les thèmes de la conférence, ne recoupait véritablement nos activités de recherche. Vous l'aurez compris, le Congrès Mondial du Troulalaitou n'a absolument rien de scientifique; c'est un truc fait par et pour les politiciens, je le sais pour avoir été témoin de l'organisation d'une édition précédente en 2002 lorsque j'étais en poste aux Pays-Bas (le congrès se tenait à La Haye). Dans ce genre de machin défilent tous les parasites institutionnels de l'UNESCO, du PNUD, de la Banque Mondiale, et j'en passe car ce billet ne suffirait pas à tous les énumérer.
Si je vous dis en passant que je n'irai pas à ce machin, bien qu'il se passe chez nous, vous ne serez pas surpris. Pour se rendre à la fête, encore aurait-il fallu pouvoir soumettre un papier. Pour soumettre, encore aurait-il fallu que la recherche fût en rapport. Résultat, à part un ou deux politiciens dans le labo, personne n'a rien soumis. Et personne ne s'est inscrit au congrès.
Mercredi dernier, je vois passer mes collègues Post-Coloniaux (je vous rappelle que l'Institut Post-Colonial est également la tutelle de mon chef de labo) la tête basse au moment d'aller déjeuner; tête basse, afin de mieux dissimuler un sourire sardonique. J'apprends alors que le chef a piqué sa crise. Faisant les comptes des inscriptions de ses ouailles, il s'est en effet aperçu qu'aucune d'entre elles ne s'était inscrite et n'avait donc l'intention de se rendre à ce congrès... Bref, ça a gueulé, et maintenant à ce qu'il paraît, ils sont tous inscrits. Bien entendu, ce sont leurs propres crédits de recherche qui vont payer leur inscription. Quand on vous dit que la recherche est riche.
C'est cette anecdote qui a motivé ce nouvel épisode du Starship Knowledge Enterprise que voici: 071Conference.pdf
08:20 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, enseignement supérieur, humour, université
06.06.2008
Mon président d'université
06:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche
03.06.2008
Mon président d'université
- Je vous le narrais dans un billet antérieur, les élections des 3 conseils de la fac ont été l'occasion de mettre à jour la galerie de portraits des inutiles, des magouilleurs, des jean-foutre et des politiciens (ce dernier ensemble incluant les 3 sous-ensembles précédents de la liste) de tout poil qui gravitent dans l'université.
- A savoir que le président n'avait pas jugé bon de se présenter sur une liste (alors que pourtant une de ces listes était ouvertement formée par ses affidés), alors que tout le monde savait pertinemment qu'il souhaitait poursuivre son mandat. De cette attitude un peu étrange, diverses interprétations ont été données, non mutuellement exclusives:
- en ne faisant pas officiellement partie d'une liste, il pouvait apparaître comme quelqu'un de neutre (mon oeil), ce qui aurait renforcé sa légitimité en tant que président;
- au cas où le résultats du scrutin serait serré (et cela a été le cas: les collèges B ont voté majoritairement pour lui, les collèges A ont voté majoritairement pour l'autre liste, et ce sont les ITA/IATOSS qui font les arbitres!), ça faisait toujours une voix de plus pour sa liste.
- Effectivement, bien que 4 ou 5 listes aient été présentées, 2 listes principales se partagent le Conseil d'Administration (CA): celle des amis du président (majoritaire sur les collèges MCF/CR) et celle emmenée par des chercheurs (majoritaire sur les collèges PR/DR); sur les collèges C (ingénieurs, techniciens, administratifs, ouvriers de service), on est à peu près à 50/50. D'où un conseil d'administration extrêmement peu gouvernable.
- Dans ces conditions, il semblait que personne n'eût envie de se torcher la tâche délicate qui consistait à trouver les personnalités extérieures à nommer au CA (on rappelle que c'est une des nouveautés de la nouvelle loi: des personnalités extérieures à l'université sont nommées par le président pour faire partie du CA. C'est d'ailleurs un des points qui a provoqué le rejet de la version initiale de la loi par le Sénat, car dans cette 1ère mouture, les personnalités nommées par le président avaient le roit... d'élire le président- mais oui, bien sûr!)
- Le CA a donc accepté de reconduire le président actuel pour se coltiner la corvée de chiottes. Jusque là, tout le monde était content: lui parce qu'il avait sauvé sa place, les gens de l'autre liste parce qu'ils n'avaient pas à se fader le sale boulot.
- Là où ça a foiré, c'est que la liste des personnes qu'il a proposées a été loin de faire l'unanimité. Pour tout dire, elle a été rejetée par le CA. Les gens de "sa" liste ont a l'occasion commencé à le lâcher, en le sommant à l'unanimité (et publiquement!) de revoir sa copie et de proposer une liste d'extérieurs qui fasse consensus auprès du conseil d'administration.
08:54 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
02.06.2008
Recrutement maîtres de conf: les questions fondamentales (et quelques réponses)
Suite au billet du 29 mai sur le recrutement des maîtres de conf dans mon université, un certain nombre de lecteurs(trices) ont fait part de leurs réactions - et tant mieux, c'était fait pour!
Au sujet des enjeux de pouvoir qui se révèlent au travers des nominations, c'est probablement Mirza qui a le mieux résumé la situation: "le plus dur, c'est d'arriver à faire avec... et de ne pas en tenir compte, même quand ça nous concerne". C'était précisément le but de cette série de billets: arriver à montrer aux prétendants à la fonction (dont j'ai fait partie il n'y a pas si longtemps) que les règles de fonctionnement finalement très autistes des commissions de recrutement (quelles qu'elles soient - je ne suis pas sûr que les processus soient moins objectifs ou plus purs quand on fait partie d'une commission de recrutement au CNRS, à l'IRD, à l'INRA, l'INSERM, etc.) et les décisions qu'elles prennent à leur endroit ne doivent surtout pas être prises pour des jugements de valeur sur leur personne et leurs qualités propres.
Que, comme Emmeline (collectif bicéphale) cela puisse conduire à s'interroger sur l'intérêt de faire une thèse (je suppose tout de même que c'était une boutade), ma foi, ce n'est pas forcément inutile. Ceci dit, c'est le moment ou jamais, car en ces périodes de départs massifs à la retraite (s'ils sont jamais remplacés, ce qui est une autre histoire) des chercheurs embauchés dans les années 80, les condition sont beaucoup plus favorables qu'il y a, par exemple, 10 ou 15 ans (époque à laquelle j'ai été amené à m'expatrier pour cause d'avenir bouché en France). Désormais, dans ma section CNU on a en moyenne 20 candidats pour un poste; il y a 10 ans, c'était plutôt 60 à 80... Nous sommes au creux de la sinusoïde, avec la coïncidence d'un nombre de postes au recrutement (relativement) important et une démographie de candidats (relativement) peu fournie.
Igor a posé les questions les plus nombreuses, et elles valent la peine qu'on s'y attarde.
- "pensez-vous qu'il est normal de rester dans sa spécialisation?" Non. C'est précisément parce que je voulais quelqu'un de différent cela que je n'étais pas particulièrement enthousiaste à l'idée de recruter quelqu'un qui ait exactement la même formation que moi! l'ATER que nous avions en poste (et que j'ai fini par faire recruter) était, sur cet aspect aussi, beaucoup plus intéressant que monsieur "guerre des étoiles", car il a à la base une formation d'ingénierie mathématique; ce qui le rend particulièrement "mobile" mentalement et adaptable à beaucoup de choses. Il l'a d'ailleurs prouvé en se mettant, en 6 mois, à un domaine de recherche auquel il n'avait jamais "touché" auparavant, et en nous permettant de soumettre très rapidement 2 publis qui, sans lui, auraient sans doute traîné encore 6 mois...
- "pensez vous qu'il est normal de recruter sur ses faiblesses ou de soi-meme changer un peu de focus ?" Oui; une raison supplémentaire en faveur du candidat que j'ai recruté car, dans sa thèse, il a travaillé sur un domaine totalement différent - appliqué certes à des problèmes physiques et très concrets (un peu comme vous d'après ce que je vois de votre page web). En gros, je voulais quelqu'un qui puisse m'apprendre des choses sur les sujets que j'ai besoin de développer.
- "Plus precisement, pensez-vous que ce domaine de meca des flu soit si "mort" que cela et qu'il vous suffit simplement de prendre un ingenieur pour faire avancer les choses dans votre domaine?" Le domaine de méca flu dans lequel travaillait le post-doc qui m'intéressait moins n'est pas mort du tout. Au contraire, il draine des quantités de pognon assez considérables. Simplement, ce n'est pas du tout celui dans lequel je travaille, ce n'était pas le profil dont le labo avait besoin, et ses compétences n'auraient pas servi à grand chose. Au sujet de l'"ingénieur", cf. plus loin.
- "Mon experience est que bien qu'elle ne soit pas de meme nature, ces complexites sont de meme ordre [...] Le operateurs de moyennage sont differents, mais une fois qu'ils sont compris on n'y pense plus." Je suis d'accord... et en même temps, pas totalement. Dans le domaine dont je m'occupe, il suffit de moyenner une équation sur la verticale ou dans le temps pour tomber sur un type d'équation totalement différent, que l'on ne peut pas résoudre en emplyant les mêmes techniques. Mais développer ce point en détail prendrait trop de temps et lasserait la plupart des gens, même si le sujet est intéressant.
- "qu'il vous suffit simplement de prendre un ingenieur pour faire avancer les choses dans votre domaine?" Je suis un peu choqué par cette remarque; c'est faire peu de cas de ce qu'est - ou en tout cas devrait être, ou bien était, dans le temps - un ingénieur (un bon ingénieur, j'entends). C'est peut-être aussi se faire une idée exagérée de ce qu'est la recherche aujourd'hui. Soyons honnêtes: la majorité des chercheurs en sciences de l'ingénierie aujourd'hui font un boulot d'ingénieur. Quelques petits exemples.
- Quand je remplis 10 pages de calcul pour mettre au point une nouvelle méthode de reconstruction des variables dans un schéma de type Godunov, ou quand je mets au point une procédure de détection de choc, je ne fais pas de la recherche en maths: j'utilise au mieux des notions de géométrie différentielle, d'algèbre linéaire et de calcul différentiel que l'on connaît depuis, je dirais, 150 ans. Les gens qui font de la vraie recherche en mathématiques, je suis incapable de les comprendre. Donc oui, je fais de l'ingénierie.
- L'ingénierie est extrêmement utile. Elle permet de mettre en pratique ce qui autrement n'existerait qu'en théorie ou à l'état de "possibilité". Je sais que les théoriciens ont l'habitude de déféquer copieusement sur tout ce qui est "bassement pratique", mais il arrive un moment où il faut délaisser les cas théoriques et les géométries idéales avec leurs symétries élégantes et lisses pour arriver et effectivement à se colleter avec la réalité moche, asymétrique et rugueuse. Je suis d'accord que sans Einstein et la relativité, les GPS seraient nettement moins précis (voire pas du tout), mais sans Tsiolkovski, Korolev ou Von Braun (le V2, la fléchette téléguidée supersonique de l'Allemagne Nazie, c'est lui) ils n'auraient simplement pas existé.
- si la moitié seulement des gens dans mon labo avaient une mentalité d'ingénieurs, avec la volonté de fabriquer des choses qui fonctionnent réellement, et la capacité d'écrire correctement leur nom sur un ordre de mission, la vie serait bien plus facile pour beaucoup de monde... Y compris parce que ce qui décide l'attribution des crédits de recherche, la visibilité des équipes et l'affichage extérieur des lignes de recherche dans un labo, ce sont les problématiques de recherche de la majorité... qui dépendent de la vision que cette majorité a de sa propre activité et de son utilité sociale.
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- "Il est tres important [...] de comprendre que le recrutement n'est en general [...] pas simplement une question de capacite [...] dans le public francais on fait exactement la meme chose." On est d'accord.
- "il serait naif de penser que seuls les criteres supposes objectifs sont la partie essentielle d'une acceptation dans le groupe. Parceque a la fin, c'est un pari sur l'avenir que fait ce groupe." C'est exactement ça. De ce point de vue, le processus ne diffère effectivement pas de ce que l'on rencontre dans le privé. La grosse différence avec le privé, c'est que chez nous, une fois embauché, le maître de conf n'est plus virable et il est là à vie; dans le privé, on peut virer les gens qui ne conviennent pas. Ceci dit, ne nous leurrons pas, le privé permet également la survie des médiocres et l'ascension des conformistes, surtout dans les grand groupes (c'est un ancien salarié du groupe Alcatel qui vous parle!)
Et pour la fin, Igor nous pose la question qui tue: "Etant donne l'etat de fait que vous decrivez, que faudrait-il au systeme pour qu'il soit juste et qu'il remplisse sa mission de facon la moins inefficace possible ?"
Comme disait l'autre: mort aux cons... vaste programme! Pour être honnête, je ne suis pas certain qu'il existe un système juste, ni que celui que nous avons en France soit fondamentalement injuste. Simplement, tout système peut être détourné et utilisé de façon perverse par les incompétents et/ou les malhonnêtes. En particulier, comme la France est un pays essentiellement d'habitudes féodales, ces mauvais habitudes se retrouvent jusques et y compris dans le recrutement des enseignants-chercheurs. Au nombre des mauvaises habitudes, qu'il serait à mon avis intéressant de faire disparaître (liste non exhaustive):
- être clairs sur les objectifs et les critères. N'oublions pas que la série de billets portait sur le recrutement des maîtres de conf. Or, pour l'instant (et c'est assez symptomatique), nous n'avons parlé que de recherche. Rappelons tout de même qu'un MCF, c'est un enseignant-chercheur. Il est tout de même censé passer la moitié de son temps à préparer des cours, corriger les exams et, éventuellement, coordonner des enseignements. On constate néanmoins deux choses:
- un bon enseignant qui est "simplement" un bon enseignant ne sera jamais promu pour cette seule qualité. Le critère le plus souvent officiellement donné (par les sections CNU par exemple pour la qualif aux postes de prof) est l'excellence et la cohérence de l'effort de recherche;
- en réalité, au-delà des critères officiels, il existe des "critères cachés", que, comme trop souvent dans notre beau système français, on ne découvre qu'après coup, c'est-à-dire après s'être fait planter! ces critères cachés tournent souvent autour de l'administration des enseignements, de l'appartenance à des instances administratives telles que les commissions de spécialistes, les conseils scientifiques, les CA, etc.; beaucoup d'instances où l'on entre principalement par cooptation - donc souvent sur des critères de copinage et non de valeur;
- reconnaissaons enfin que si la promotion pour récompense de l'investissement administratif est si répandue, c'est qu'elle arrange beaucoup de monde: contrairement à la recherche, l'administration ne demande pas de bonnes idées, elle ne requiert que du temps de présence; si votre recherche est nulle, vous vous ferez doubler par de meilleurs que vous; si vous faites de l'administration, il vous suffit de ne jamais laisser votre place pour faire barrage à tous les autres. C'est le système de verrouillage à l'ancienneté le plus efficace qui soit, car il requiert uniquement d'être le premier à s'asseoir dansle fauteuil.
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- Reconnaître la valeur du travail (je veux dire, le vrai travail).
- Un tournant que je constate depuis quelques années avec l'irruption d'une nouvelle génération de maîtres de conf et de chercheurs dans quelques labos de ma connaissance (dont le mien), c'est que les nouveaux venus prennent très rapidement de mauvaises habitudes, à savoir essayer de faire faire au maximum leur travail par les autres. C'est en particulier le cas de deux nouvelles venues dans mon labo. Elles sont sincèrement persuadées que faire de la recherche, c'est prendre des stagiaires de Master 1 ou 2 pour leur faire faire compiler des données qu'elles entreront dans des modèles dont elles n'auront plus qu'à presser les boutons. Lorsqu'on leur parle de développer leurs propres codes, elles se barrent en courant.
- On peut certes le regretter, mais comment s'en étonner lorsque, pendant toute la durée de leur thèse ou de leur post-doc, ces gens ont eu pour directeurs, ont vu passer leur habilitation ou être promus PR ou DR des gens dont le seul titre de gloire avait été de signer officiellement les formulaires d'encadrement de thèse, ce qui leur donnait le droit féodal de cosigner toutes les publis - le seul moyen qui leur était offert de publier, puisqu'ils avaient arrêté toute recherche propre depuis longtemps. La fainéantise intellectuelle devient non seulement une mauvaise habitude, mais un mode de vie établi, voire un modèle de carrière.
- Il est d'ailleurs à peu près universellement admis qu'un DR ou un PR a principalement un rôle d'encadrement de la recherche, un rôle d'autant plus volontiers rempli par nombre de mes chers collègues qu'il fait partie des plus confortables intellectuellement parlant. Pour la plupart des cadres A de ma connaissance, l'encadrement de la recherche se limite à du "Y a qu'à, faut qu'on", sans jamais mettre la main à la pâte (sauf bien sûr au moment de rédiger une partie de la proposition ANR, qui consiste principalement à promettre des choses de façon suffisamment vague pour ne pas avoir d'ennuis si on n'arrive pas à obtenir les résultats escomptés), le gros du boulot étant fait par le thésard/post-doc et le maître de conf qui co-encadre (i.e. qui encadre réellement) le travail.
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- Abandonner l'habitude typiquement française basée sur l'élimination et la croyance dans le diplôme.
- Il est symptomatique de voir que, pour pouvoir faire "passer" le candidat qui me convenait, j'aie été obligé (nous ayons été), auprès de la commission de spécialistes, de démolir l'autre candidat. C'est là aussi un travers assez typique de notre pays. De l'enseignement secondaire à la Grande Ecole, en passant par les classes prépa et le choix du bac, tout est basé sur la soi-disant sélection; malheureusement, celle-ci est au mieux un aveu d'impuissance, au plus probable une inconscience pédagogique, et au pire un mode de perpétuation cynique des élites. Quelle que soit la manière dont on voit les choses, le système reste majoritairement fait pour ceux qui ont la chance de parvenir à suivre, il n'est pas fait pour ceux qui ont des difficultés.
- La découverte la plus agréable lorsque j'ai été embauché dans un institut universitaire aux Pays-Bas il y a 10 ans était qu'on se fichait totalement du nom de l'école d'ingénieurs que j'avais suivie, de son classement au concours des prépas ou du nombre de prix Nobel que l'université avait engendrés. La seule chose qui comptait, c'était que j'étais à l'époque chef de projet dans une boîte qui développait du logiciel scientifique, que j'avais l'expérience du métier et que je savais ce qu'il fallait enseigner à des élèves-ingénieurs en cours post-grade international. Je n'ai pas passé comme en France une audition de 15 minutes: mon entretien de recrutement véritable a été une présentation de deux heures sur nos logiciels que j'ai donnée en anglais à une promotion de ces élèves qui faisait de notre boîte une des étapes de leur voyage d'études. Et il a fallu répondre à toutes les questions vicieuses que posaient les étudiants... Les types voulaient recruter un enseignant, ils ont testé l'enseignant!
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Aux Pays-Bas (le seul pays étranger dont je puisse vraiment prétendre le mode de fonctionnement, puisque j'y suis resté 5 ans), le va-et-vient entre industrie et recherche est continuel. On trouve de nombreuses personnes employées à temps partiel dans des bureaux d'études et à l'université. Même si cela ne débouche pas toujours sur une recherche de qualité transcendante, cela a au moins trois avantages: (1) les enseignants en ingénierie savent de quoi ils parlent, puisqu'ils sont issus (et souvent toujours en contact avec) milieu professionnel; (2) les thésards travaillent sur des sujets très appliqués, souvent financés par l'industrie et, (3) leur diplôme obtenu, ils n'ont pas de mal à trouver un boulot, car, contrairement à la France, les employeurs néerlandais ont compris l'utilité d'avoir des gens bien formés, autonomes et compétents dans leur travail.
En arrêtant là la liste pour ne pas lasser le lecteur, je conclurai en disant que, parmi mes 20 et quelque collègues enseignants en école d'ingénieurs, je suis le seul à avoir effectivement fait ce métier avant de rentrer dans le cursus universitaire (N.B. l'ATER que j'ai réussi à recruter a également une expérience, brève certes, du métier; ce n'est pas un hasard si j'y tenais...) A l'heure du Master pro, de la formation continue et par apprentissage, est-ce bien normal?
08:04 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, université, enseignement supérieur, education
30.05.2008
Celui qui prenait la lune pour une perle
Vous vous sentez nul? Vos publications sont rejetées, votre recherche n'avance pas, du coup votre chef d'équipe vous méprise, le directeur du labo ne vous parle plus et les conversations s'arrêtent net quand vous apparaissez au coin café?
Pas de panique: non seulement tout problème a sa solution, mais toute solution a son problème. Si vous vous sentez nul, faites de la recherche absurde, ça marche toujours. J'en veux pour illustration ce petit bijou, trouvé dans la revue Acta Astronautica (le Astronautica, apparu sous Jules César, signifie: "domaine de recherche totalement foireux, relevant de la science-fiction, qui ne peut espérer des débouchés que dans, disons, 2000 ans au mieux") alors que je cherchais des références sur un truc qui n'avait rien à voir. Il suffit de lire le titre:
"Making a Tunnel through the Moon" (Comment creuser un tunnel à travers la lune). Paru en 2002.
Vous avez bien compris: c'est un type qui propose de creuser un tunnel au travers de la Lune. Le mieux, selon lui, est d'utiliser des bombes atomiques. Comme la Lune fait quand même 1700 km de rayon, il estime que plusieurs milliers d'explosions seraient nécessaires pour arriver de l'autre côté. Conscient que ça fait beaucoup, il propose de contrôler la forme de l'onde de choc de manière à générer une onde d'implosion conique, qui rendrait le processus plus efficace - donc, moins de bombinettes pour le même résultat.
Je vous livre le PDF en fin de ce billet; le meilleur reste quand même l'introduction et la conclusion, que je vous traduis rapidement:
"Il y a quelques années, j'avais suggéré dans un magazine de creuser un tunnel au travers de la Lune. Dans cet article, je n'avançais aucune analyse du concept, ce que je trouve désormais le temps de faire, à la fin d'une carrière scientifique longue et riche..." La science, c'est comme la cuisine: quand c'est trop riche, on finit par la régurgiter.
"Comment faire pour que le tunnel soit durable. Après que les explosions nucléaires auront fragmenté la roche et que la chaleur aura été évacuée, il faudra garnir la paroi du tunnel de matériau de type céramique, puisque l'on ne dispose pas sur la Lune de l'eau nécessaire à la confection du béton. Pour que la paroi soit durable, sa température doit rester basse [...] en faisant circuler du métal liquide au travers de la roche fissurée, on devrait pouvoir assurer l'évacuation de la chaleur à un taux qui permette de garder cette température à un niveau acceptable." Vous voyez qu'il y en a qui pensent à tout.
Bon, sans rire (si possible): pourquoi propose-t-il de faire ça? La raison est donnée au 2ème paragraphe de son introduction:
"Son importance scientifique mise à part (sic), un tel tunnel pourrait être économiquement très bénéfique: en effet, il est généralement admis que les métaux lourds sont concentrés au centre des corps planétaires, où ils se sont accumulés lors de la phase liquide de la formation de ceux-ci".
Voilà: le jour où les réserves d'or et de platine seront épuisées, on saura où aller en chercher d'autres. Ca vous la coupe, hein? Vous voyez qu'Asimov, c'était un rigolo: dans une de ses histoires, il proposait seulement d'aller chercher de l'eau sous forme de glace dans les anneaux de Saturne. Franchement, aller pelleter du Titane ou de l'iridium à coup de bombes atomiques dans la Mer de la Sérénité, c'est autrement plus gratifiant! En plus, ça doit être vachement mieux payé...
Bon, allez, voilà le fichier: http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&_...
07:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, recherche, université, enseignement supérieur
