18.08.2008

T'as pas cent balles?

On a beau être en vacances, on continue d'en apprendre tous les jours. J'en veux pour preuve cette conversation édifiante avec une collègue, membre de ce noble Institut de recherche post-colonial, dont le siège est délocalisé depuis ce 15 août à Marseille - mais je ne vous en dis pas plus, si je continuais vous risqueriez de deviner de quel organisme de recherche je veux parler...

Madagascar, vous connaissez. Classé 146ème sur 177 en matière d'indice de développement en 2005; plus de 72% de la population au-dessous du seuil de pauvreté en 2004; bref, la joie faite écorce de baobab... Un terrain tout indiqué, en tout cas, pour certains de mes collègues de labo et leurs confrères, qui appartiennent à l'Institut post-colonial en question.

Il faut savoir que, lorsqu'il s'expatrie à Mada pour une mission de longue durée, un chercheur de l'Institut en question voit son salaire multiplié par 3; sans compter les primes mensuelles attribuées par enfant scolarisé. On en connaît comme ça qui se palpent dans les 10000 euros par mois. Pour un pays où le salaire mensuel moyen doit être de 20 à 30 euros, ça fait de vous un type plutôt à l'aise. Vous comprendrez alors aisément pourquoi certains employés de grosses boîtes et d'instituts de recherche se font des missions à répétition dans de tels pays et, surtout, pourquoi, après y avoir goûté 10 à 15 ans de suite, ils sont devenus totalement inaptes au rapatriement. Après avoir eu à dispo en permanence cuisinier, femme de chambre, jardinier et chauffeur, tout ça pour 100 euros par mois seulement, comment peut-on espérer que ces types réapprennent à conduire, faire leur bouffe et torcher leurs draps tout seuls? Mission impossible, mes frères. Il est donc coutumier de laisser (au mieux) ces types errer d'affectation en affectation, ou bien (au pire) de les laisser s'enterrer sur place, au besoin en se mariant à une locale (ou en l'achetant pour quelques chèvres, selon les coutumes du lieu - ne riez pas, j'ai deux collègues voisins de couloir qui l'ont fait!)

Et la recherche, dans tout ça, me direz-vous? Ma foi... à force de me lire, vous devez bien avoir compris que la recherche, ça ne paie pas. Et j'en arrive à l'anecdote qui, présentée ce matin par ma collègue au café, m'a laissé non seulement pantois, ébahi et médusé, mais surtout avec l'impression du type qui, dans la Rubrique à Brac de Gotlib, pensait être passé dans un univers parallèle en entrant par mégarde chez son voisin. Bref, voici l'anecdote en question.

Il était une fois un expatrié professionnel, qui ne savait plus rien faire d'autre que palper ses 10000 euros par mois en n'en fichant strictement pas une rame de canot pneumatique.

Le palmé en question était, non seulement d'une fainéantise notoire, mais en plus d'une pingrerie record, qui aurait bien valu à la France quelques médailles d'or de plus aux Jeux olympiques si l'on avait daigné y ouvrir cette discipline.

Donc, non content de ne rien glander et de palper son pognon pour toute récompense, il avait installé, chez lui, un élevage de canards, qu'il revendait à la population locale (et sans doute aussi aux autres expatriés) histoire d'arrondir ses fins de mois.

Le jour où il a quitté cette terre bénie et ses volatiles dispensateurs de richesse pour une autre destination, il a fait cadeau à son boy d'un sac à patates plein de boîtes de conserve. Mordez un peu la munificence du présent: les boîtes étaient vides (l'histoire ne dit pas si elle étaient propres). A l'employé de maison qui s'étonnait de cette gratification, l'autre répondit d'un air généreux: "tu n'as qu'à les porter chez le ferblantier du coin, il t'en donnera bien quelques billets."

Et après ça, j'entrevois des aigris, des pisse-vinaigre et des gueules en biais qui prétendront que la recherche ne rend pas généreux... auquel cas, visiblement, elle rend à défaut très con.

11.08.2008

Ca arrache dans le labo: les posters (suite encore)

Les posters, je pensais que c'était fini. Outre une révélation fracassante sur le sexe des anges, le billet précédent vous éclairait sur le niveau des échanges que peuvent avoir deux profs d'université fraîchement nommés. Eh bien, ce n'est pas fini.

Je pensais que mon équipe arrivait bonne dernière dans la course aux posters. Il se trouve que, non seulement nous n'avons pas été les derniers à rendre notre copie, mais qu'une équipe n'a même pas commencé le sien (N.B. vous vous rappelez peut-être que la deadline était fixée au 31 juillet). Pour ajouter au désarroi mental, cette équipe se trouve être celle à laquelle appartenait le directeur du labo, à la tête de laquelle il a poussé ses sbires les plus fidèles. O, ingratitude humaine... En fait, ce n'est pas de l'ingratitude, c'est de la déliquescence mentale. En parlant avec quelques collègues de cette même équipe, j'ai eu accès à la reconstitution suivante:

  • une personne de cette équipe a été désignée volontaire pour concevoir le poster. Elle l'a découvert en rentrant de vacances et n'a pas vraiment apprécié de devoir s'asseoir sur cette termitière, mais d'un autre côté c'était à peu près inévitable, vu que l'on savait que ce type serait le seul pégreleux de l'équipe concernée qui resterait présent au labo entre la mi-juillet et la fin août;
  • le martyr d'office s'adresse illico aux membres de son équipe (laquelle, c'est important, est divisée en 2 groupuscules qui se haïssent cordialement). En signe de mépris (et également de fainéantise), les membres de la phalange opposée (dont est issu le directeur du labo) lui opposent une absence de réponse farouche;
  • le pauvre gars fait donc ce qu'il peut en proposant un poster où, comme thèmes de recherche, ne figurent que ceux de son groupe. Ce n'est pas l'idéal, mais franchement, à sa place j'aurais fait pareil;
  • du coup, directeur de labo pas content, car on ne voit même pas apparaître le projet ANR de ses féaux sujets. Il donne donc des directives pour que ce projet soit mentionné;
  • confusion mentale subséquente du pauvre Aliboron précité, qui ne peut tout de même pas inventer le contenu du projet ANR en question. C'est là qu'à sa place, j'aurais rendu publiquement mon tablier en invoquant l'inertie informationnelle de mes collègues, mais lui choisit au contraire de s'enfermer dans une fuite en avant forcenée, en ne touchant plus au poster et en se réfugiant dans des statistiques climatiques sur une région du Sahel la plus sèche possible. Il commet en outre l'erreur de ne pas avertir la direction que rien n'avance, ce qui lui sera certainement compté lorsque les choses deviendront publiquement foireuses;
  • la collègue en charge de l'agencement final du poster, qui tient à ce que les délais soient respectés, fait envoyer un email au responsable furieusement inerte du projet ANR, en lui demandant des infos sur ce projet afin de pouvoir les intégrer à la feuille de chou finale. Ah oui, je précise que le responsable en question est actuellement en mission à l'expat', ce qui rend plus difficile la tâche de lui secouer le paletot en direct;
  • le chef de projet en question lui fait la réponse suivante: "Alors en fait... il me semble bien qu'on avait fait un poster sur le projet au début de l'année... Mais je ne sais plus où on l'a mis... Je ne suis pas sûr non plus qu'il ait été présenté quelque part... Demande à une telle, ça doit être elle qui a les fichiers, on pourrait peut-être le présenter sur le stand du labo?"
  • pétage de plombs de la "une telle" en question: il s'agit, d'une part de présenter les activités d'une équipe au complet sur un seul poster, et non juste un projet ne regroupant que quelques individus; d'autre part, elle se souvient très bien que le chef de projet en question lui avait, au début de cette année, gonflé les meules à 3 bars de pression justement pour que ce poster soit confectionné dans des délais ultra-rapides, et qu'ensuite il l'avait rangé dans un placard! Elle répond donc au toto en question que ce poster n'est pas du tout ce qu'il lui faut, et que de plus il lui faut les textes en anglais (ce qui n'est pas le cas, bien sûr, du poster ANR);
  • réponse ultime du chef de projet nase, qui se met en colère pour de bon: "je ne vois pas pourquoi il faudrait traduire ce poster en anglais. En tout cas, qu'on ne compte pas sur moi pour le faire. C'est vrai, quoi, on est en France, MERDE!!!"

Bien sûr, le fait que ce stand soit présenté dans le cadre d'un congrès international n'a qu'une importance anecdotique... Pour la petite histoire, sachez que ce message a été transmis en copie intégrale par la même collègue au directeur de labo. Je suis sûr qu'il va aimer. Le directeur est quand même l'un des trois co-chairmen du congrès.

Je promets de vous tenir informés quand on dressera la guillotine et que l'on commencera à aligner les têtes dans le panier.

08.08.2008

Ca arrache dans le labo: le poster (suite)

Je pensais que l'épisode du poster narré précédemment [Lien] allait être le dernier. Pauvre naïf! Une des caractéristiques du milieu universitaire, c'est que ses représentants ont une infinité de temps à perdre, sans le moindre remords, et sans considération aucune de  hiérarchie ou d'importance des enjeux. C'est ainsi qu'à l'occasion de la confection d'un poster minable, une petite pissotière de caniveau s'est enflée jusqu'à atteindre les proportions d'un Fleuve Jaune en crue. Pour savoir ce qui a provoqué, dans mon labo, une catastrophe naturelle digne de Katerina s'abattant sur la Louisiane, un résumé des épisodes antérieurs...

  • le labo doit préparer une série de posters à afficher dans un stand qu'il a loué pour une semaine sur les lieux d'un congrès international;
  • dans chaque équipe, des volontaires ont été désignés pour se fader la coordination desdits posters;
  • le coordinateur de mon équipe est parti en vacances;
  • les membres de l'équipe lui ont fourni des graphiques et des textes à chier;
  • si bien qu'il a fallu se retaper une partie du boulot en son absence, et devinez qui a dû faire le boulot (ben oui, il y a toujours des couillons pour rester bosser alors que tous les autres sont partis!)

En somme, c'était presque bon, nous avions fini par produire un poster aux normes, avec juste assez de texte mais pas trop, et des figures à peu près à la bonne taille.

Hormis toutefois les figures produites par le groupuscule conduit par le Céphalopode, ce collègue récemment passé prof à l'ancienneté, grâce à l'élimination, par des snipers judicieusement placés, des autres candidats. Ah, JFK, si tu tétais présenté sur ce poste de prof... Bref. L'action se décompose ensuite de la façon suivante:

  • il se révèle vite à l'examen que les figures de la Pieuvre sont à chier. Par exemple, une carte a été fournie où le bassin versant est à l'échelle 1/5000 et où la rivière qui le traverse est au 1/2000. Résultat, c'est un peu comme si on dessinait une carte de France avec la Seine qui prend sa source à Athènes pour se jeter dans l'Atlantique au niveau de Brest. Vous me direz que ça fait un genre, mais ça n'était pas celui voulu;
  • j'en informe donc le Poulpe, en lui signalant en outre que le tracé du contour de son bassin n'est pas connexe (une portion du contour a été, de façon mystérieuse, décalée vers le sud-est et stagne, orpheline, en marge du reste du dessin). Bien entendu, je n'obtiens pas de réponse - et je n'en attendais pas. En effet, (1) le Céphalopode n'est probablement pas l'auteur de la carte, vraisemblablement extraite (et mal!) d'un SIG qu'il ne sait pas manier, et (2) ce serait devoir se rendre compte qu'il a fait une erreur, ce que sa structure mentale lui interdit d'admettre;
  • enfin, et pour un poster en anglais c'est comique, les titres des thèses soutenues dans le labo sont en français! je demande donc à tous les membres de l'équipe de bien vouloir fournir la traduction anglaise (c'est d'autant plus facile que toutes les thèses soutenues à l'unviersité doivent êtres fourni avec un résumé et un titre en anglais!) Là encore, pas de réponse;
  • entretemps, la deadline pour la remise de la version définitive du poster est allègrement franchie. Je ne m'en formalise pas outre mesure, puisque depuis 10 jours je passe la plupart de mes journées et mes nuits au CHU, où quelqu'un de ma famille est hospitalisé, et que le poster revêt en effet une importance plutôt minorée. Je prends néanmoins le temps de me fendre d'un email à l'ensemble de l'équipe, où je rappelle la nécessité de terminer rapidement. Je précise au passage: "Pas de titre en anglais ==> la thèse ne figurera pas dans la liste".

C'est cette dernière phrase, écrite en style télégraphique, qui a déclenché l'ouragan. C'est vrai, je n'ai pas fait dans la finesse; il faut dire qu'après une journée plutôt chargée, j'étais en retard pour me rendre à l'hôpital et que je n'ai pas pris la peine de leur tourner un machin à la Balzac. Or, que découvré-je, en rentrant chez moi après ma visite au CHU (il est alors 22h30)? Un email, envoyé par la Pieuvre, avec copie à tous (dont le directeur du labo, que ce genre de chose doit effectivement passionner), où elle me précise les règles du savoir-vivre. Je vous en livre ci-dessous l'extrait le plus significatif

"PEUT-ETRE … MAIS PASSER DEVANT UN BUREAU EN DISANT : « EH DIS DONC, TU PENSES AU POSTER, [Nom d'une collègue] N’ATTENDS QUE TOI POUR POUVOIR FINIR ! », C’EST TELLEMENT PLUS CONVIVIAL ET TOUT AUSSI EFFICACE ! EN TOUS CAS C’EST LA METHODE QUE JE PREFERE …"

Plus quelques autres lignes, toujours écrites en majuscules, dont l'objectif est de me démontrer que je ne suis qu'une merde, sans aucune connaissace des usages et du respect des collègues, et qu'au lieu de lui envoyer un mail pour ensuite aller glander à l'hosto, j'aurais mieux fait d'attendre toute la journée devant le bureau du Poulpe, dans l'espoir où par extraordinaire il aurait décidé de venir travailler (c'est pas souvent). D'où ma réponse (également en copie à tous):

"Chère [Pieuvre (1)];

Attention, tu as un problème de clavier: il reste bloqué en touches majuscules. Je te conseille celui-ci en vente chez SAB:http://www.sabmegastore.com/fiche-logitech-4113.html. J'ai le même à la maison et depuis 3 ans il n'a pas eu une seule fois ce genre de problème. Bonnes vacances à toi aussi, et bonne rentrée si tu parviens à t'en procurer un (clavier)."

C'est bizarre, je n'ai pas eu de réponse. Coïncidence, les quelques rares collègues que je croise encore dans les couloirs me disent bonjour avec un petit sourire amusé. Comme quoi la popularité, dans notre milieu, ne tient vraiment pas à grand chose.

 

(1) Eh oui, le Céphalopode est une femelle. Depuis tout ce temps, vous ne l'aviez pas deviné, avouez?

28.07.2008

Ca arrache dans le labo: comment se rendre populaire

Pour que ce lundi commence bien, à l'heure où la plupart de mes collègues sont en vacances, cette petite anecdote tirée du dernier conseil de direction de mon labo.
Je ne fais normalement pas partie du conseil de direction, mais la dernière fois, une histoire d'attribution de crédits de recherche amotivé que j'y sois invité. A l'ordre du jour notamment, les avatars de l'école doctorale à laquelle nous sommes rattachés. Il faut dire qu'avec cette ED, vu la brochette de crétins qui figure à sa direction, on pourrait organiser une session barbecue non-stop d'une semaine complète pour 200 personnes... Pour donner un exemple, lors de l'inauguration de cette ED il y a 2 ans, son directeur s'est interrompu en plein speech de présentation pour se mettre à bouder en direct parce qu'une de ses amies au premier rang avait posé une question qu'il jugeait malvenue. C'est un des directeurs adjoints qui avait dû continuer la présentation, tandis que le directeur se prenait la tête dans les mains et fixait obstinément son pupitre d'un air offensé... Il faut savoir que l'école doctorale en question regroupe plein de labo sur des thématiques extrêmement différentes par problématique et par culture (Eau-biologie-santé-géologie-agronomie, etc.) et que cela résulte en une usine à gaz extrêmement formaliste, bureaucratique et psychrigide. Comme cette ED prétend couvrir quasiment tous les domaines scientifiques, en pratique elle n'en couvre aucun et c'est le boxon total.
Bref, mon directeur de labo pestait cette fois-ci contre cette école doctorale en raison de l'attribution des bourses MRT, qui nous a été extrêmement défavorable cette année. Alors que les sciences du vivant (paraît-il sur-représentées au conseil de l'ED) raflaient leplus gros de la galette, les sciences de la terre et de l'univers se sont fait rouler dans la farine; ainsi mon labo n'a-t-il eu droit qu'à une seule bourse MRT, alors qu'au temps de l'ancienne école doctorale, il pouvait tabler sur presque deux tous les ans. 
Et tout le monde de se lamenter autour de cette nouvelle tragique. Quelqu'un a pourtant trouvé le moyen de briser l'unanimité de ce lamento, qui consacrait pour une fois l'unité de nos préoccupations scientifiques. Au milieu du concert de gémissements, une voix s'est élevée:
"Finalement, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose?"
L'assistance s'est arrêtée net de geindre et l'on a fixé l'iconoclaste d'un air outragé. Celui-ci a poursuivi:
"Ben oui; s'ils n'ont plus de bourse de thèse, les gens vont peut-être finir par se remettre à travailler eux-mêmes au lieu de faire marner leurs thésards à leur place?"
Inutile de préciser qui avait balancé cette saloperie, vous l'avez devine; il s'agissait bien entendu de votre serviteur qui, pour cette invitation exceptionnelle, avait encore jugé bon de se distinguer. Alors qu'un DR commençait à dire:"Mais, je ne sais pas travailler sans thésard, moi.", le profanateur a continué sur sa lancée:
"De toute façon, si les chercheurs ne font faire leur recherche que par des stagiaires et des thésards, ça en dit long sur le niveau de la recherche en question..."
Tout le monde a ri jaune, allez savoir pourquoi. De manière tout à fait coïncidente, le lamento sur la stupidité de l'école doctorale n'a pas eu de prolongement et nous sommes passés au point suivant.
C'est peut-être en raison de cette efficacité que j'ai reçu, quelques jours plus tard, la proposition de mon directeur de labo d'être désormais présent à toutes les réunions du conseil de direction?  
 

23.07.2008

Ca arrache dans le labo: le poster du chef (2)

Suite de l'épisode précédent: dans mon labo, nous étions tous, on s'en souvient, fort marris à l'idée que mon Chef d'équipe voulût présenter, pour le congrès que nous co-organisons, un poster qui ne ressemblait à rien; tout ça pour pouvoir placer 3 images sur sa recherche - qui en fait ne décrivent pas sa recherche, mais j'y reviens plus loin. De plus, le chef a foutu le camp en vacances et ne reviendra que dans 4 semaines, quand la deadline pour le poster sera largement passée...
  • Nous nous sommes réunis hier (heureusement, pas que pour parler de ce poster) et il a été décidé que nous reviendrions au schéma initial de 3 thèmes par poster. S'offraient à nous deux possibilités:
    • utiliser directement la 1ère version fournie par mon collègue, celle qui comportait les 3 thèmes spécifiés par la charte graphique initiale, et dont les 3 images du chef étaient absentes (non, non, pas "cruellement" absentes...);
    • redéfinir un peu cette version initiale en éparpillant un peu les images du chef sur tout le poster - pas n'importe comment, bien entendu: on avait tout de même l'intention de disposer ces images en regard de thèmes qui leur corespondaient à peu près.
  • Afin de limiter la probabilité d'une interprétation du type "réglement de comptes", nous avons opté pour la 2ème solution. Bien entendu, le collègue qui s'était occupé des versions précédentes étant parti en vacances, devinez qui s'est tapé le boulot? Il faut bien que les couillons fervents servent à quelque chose.
  • Toujours par souci d'objectivité (je reconnais que ça aurait été moi, j'aurais viré aussi sec ces 3 images moches du poster), je demande à un collègue de bien vouloir m'assister dans la délicate opération de chirurgie qui consiste à faire du "graphic scattering", c'est-à-dire à éparpiller les éléments constitutifs du texte du chef sur le sous-espace borné à deux dimensions d'une feuille format A0 déjà incomplètement pavée par des motifs bidimensionnels, colorés certes mais fortement irréguliers, ce qui ne simplifie pas la tâche.
  • Or, en lisant un peu mieux les 2 bouts de texte proposés par le chef, nous nous apercevons vite qu'en réalité ce texte ne présente aucun résultat (c'est pourtant ce qui était demandé au départ), mais juste des intentions de recherche et des affirmations gratuites (dont une rapide revue biblio permet de montrer qu'elles ne sont pas vraiment fondées, mais c'est une autre histoire).
  • Les figures ne sont pas mieux: elles ne montrent rien. En gros, nous disposons
    • d'une vue en coupe d'un sol avec plein de lignes d'isovaleur; les ouleurs sont certes chatoyantes et contrastées, mais comme il n'y a ni légende ni échelle, on en saura jamais ce que c'est;
    • d'une vue en perspective d'un Modèle Numérique de Terrain (MNT); mais ce n'est pas un vrai MNT. C'est en fait un dessin fait à la main d'un MNT "fil de fer" hypothétique. En gros, ça ressemble à une bagnole japonaise des années 80, avec plein d'angles vifs partout et un coefficient de traînée à peu près équivalent;
    • d'une photo d'un équipement étrange, probablement destiné à mesurer la teneur en eau d'un sol. Mais comme la photo a été agrandie à partir d'une image vraisemblablement trouvée sur le web, ça pixellise tellement qu'on ne parvient même pas à voir de quoi il s'agit;
    • d'une courbe montrant l'évolution d'une variable en ordonnée en fonction d'une variable en abscisse. Comme ni les abscisses ni les ordonnées n'étaient explicitées, on pouvait penser qu'il s'agissait d'un débit simulé en fonction du temps, ou bien des statistiques nationales du chômage de 1969 à nos jours, ou encore d'une fonction exponentielle qui s'était fait rouler sur la queue par un 38 tonnes.
  • Comme j'avais déjà dans ma partie de poster de jolies cartes avec plein de lignes d'isovaleurs chatoyantes, j'ai récupéré la vue en coupe du sol et la partie de texte du chef qui lui correspondait pour les intégrer tant bien que mal à mes propres graphiques. Mon collègue a fait pareil avec le MNT en forme de bagnole japonaise. Ca a été plus dur pour lui, car il n'avait pas de bagnole japonaise dans ses graphiques, mais il a admis que "à la rigueur, le MNT aurait pu être utilisé dans une certaine mesure pour ses opérations de recherche à lui, dans l'hypothèse où il voudrait s'y prendre totalement autrement que comme il a fait";
  • par acquit de conscience, j'ai quand même relu le reste du poster. Le troisième thème concernait mon ami le Céphalopode, que vous connaissez désormais bien. Pas grand chose à redire, mais à part que l'on avait deux cartes du même bassin versant, que les deux cartes avaient strictement la même taille, mais que l'échelle de géographe qui indiquait "3 km" était deux fois plus grande sur la carte de droite que sur celle de gauche. Comme quoi les bassins versants sont également soumis aux lois de la relativité restreinte et subissent, eux aussi, un phénomène de contraction des distances quand ils se déplacent suffisamment vite;
  • enfin, j'allais oublier: le poster est en anglais (c'est quand même une conf internationale), mais tout le monde avait fourni les titres des mémoires de ses doctorants en français. Intelligent, non? Surtout que notre école doctorale exige désormais (comme à peu près toutes les écoles doctorales) la traduction anglaise du titre et du résumé des mémoires de thèse en 4ème de couverture... Ils n'ont pas dû y penser.

Pour résumer, le résultat est bancal, mais comme le matériau de départ l'était aussi, nous n'avons pas tellement de regrets.

Une prochaine fois, je vous raconterai ma visite aux Relations Internationales de mon école d'ingés, où je suis allé quémander des plaquettes en anglais, toujours en vue de cette même conf... Vous verrez, c'est marrant aussi. 

22.07.2008

Ca arrache dans le labo: le poster du chef

La dernière ligne droite avant le départ en vacances de mes chefs ne pouvait s'accomplir qu'en donnant lieu à un épisode de réunionnite (en gros, tout ce qu'on a laissé filer jusqu'à présent doit être réglé maintenant et immédiatement, parce qu'après il sera trop tard). Il est en particulier un point préoccupant à l'ordre du jour, c'est celui d'un congrès d'envergure mondiale (il porte d'ailleurs cet adjectif) à l'organisation duquel mon labo participe fortement, et qui va avoir lieu en septembre. Nous en sommes à soigner notre pub et à faire en sorte que les labos organisateurs ne passent pas totalement inaperçus parmi la foule des exposants qui viendront ériger un stand dans le centre des congrès. L'intention en soi est louable, voyons plutôt comment elle s'organise dans la pratique.

  • Mon labo est organisé en 4 équipes de recherche, ayant chacune un directeur, dont le rôle est actuellement plus proche du moniteur de colonies de vacances que du leader charismatique. En gros, il s'agit de réunir plus ou moins les gens une à deux fois par an pour leur raconter des salades, le reste du temps étant dévolu à une torpeur tranquille - car, il faut bien le dire, les équipes, tout le monde s'en tape, puisque aussi bien elles ne font pas grand chose au quotidien pour le bonheur de ceux qui travaillent.
  • L'équipe à laquelle j'appartiens est "dirigée" (je n'ose même pas dire "animée", car on est plus proche de la momie avant résurrection que  de la marionnette de Pinocchio avant l'intervention de la bonne Fée) par ce fameux DR si mauvais à qui l'on doit la promotion de mon collègue PR si mauvais... Je ne vais pas vous refaire l'histoire, il vous suffit de consulter les nombreux billets "Recrutements maîtres de conf etc." sur ce blog. L'important pour ce DR (surnommé le Grison d'Arcadie en hommage à son pelage) est que la supervision de l'équipe lui donne accès à certains crédits, normalement mutualisés, qu'il s'emploie à dépenser pour ses opérations de recherche propre, sans en toucher mot à quiconque.
  • Revenons à nos moutons: pour ce congrès d'envergure mondiale, mon équipe, comme les 3 autres, doit préparer un poster présentant ses activités de recherche. Afin d'harmoniser la présentation, il a été décidé d'un commun accord que le poster de chaque équipe serait séparé en 3 zones, présentant chacune une thématique de l'équipe en question.
  • Pour chaque équipe, la Direction a désigné, il y a 2 semaines, un responsable du poster, chargé de collecter les informations et de les refiler à notre infographiste pour conception définitive. Comme on me demandait mon avis sur la personne à désigner dans mon équipe, j'ai suggéré le nom d'un collègue dont je savais qu'il partait en vacances le 17: c'était le meilleur moyen pour qu'il y ait une deadline non négociable et que les choses ne traînent pas en longueur, sinon je voyais venir le coup qu'à la veille du congrès on en serait encore à attendre les fichiers...
  • Ce collègue a pris les choses en main et a fait appel publiquement à tous les membres de l'équipe pour une contribution illustrée. Comme certains ont l'habitude d'envoyer leurs contributions en faisant "réponse à tous", et d'autres seulement à l'expéditeur du message, il n'était pas possible de suivre en temps réel l'évolution des propositions.
  • C'est ainsi que nous nous sommes aperçus, 3 jours plus tard, que le poster pouvait d'ores et déjà être réalisé, car 3 contributions décrivant les principales opérations de recherche avaient été reçues.
  • Mais il y en a un qui a dû avoir une attaque, c'est le Grison d'Arcadie, autrement dit le chef, puisque n'ayant pas jugé digne de se presser, il n'avait envoyé aucun matériau et par conséquent, il était la seule personne de l'équipe à ne pas être mentionnée sur le poster! Bon, d'un autre côté, comme il n'a pas de résultats à montrer, la perte n'est pas bien grande.
  • Question d'honneur, ça ne pouvait pas se passer comme ça. Ca aurait été un peu comme si le Président de la république française faisait passer une réforme constitutionnelle avec une seule voix de majorité, si vous voyez ce que je veux dire... Le collègue responsable du poster a donc été sommé, la veille de son départ en vacances, de proposer un nouveau poster, en 4 parties, afin que la contribution du chef (mal foutue et avec des couleurs moches, je vous l'accorde, mais contribution tout de même) puisse y figurer.
  • A la vue du machin, gueulante de la responsable de l'infographie, car ce poster jure visuellement avec les 3 autres - les autres équipes ayant été assez raisonnables pour faire le tri dans leurs affaires et ne présenter que 3 thématiques. Elle a donc clamé publiquement qu'elle se réservait le droit de procéder à la décapitation arbitraire de telle ou telle thématique dans les figures. Comme elle a sous la main une première version où le nombre fatidique de 3 thèmes est respecté, je me doute bien de ce qu'elle fera. De plus, la popularité du chef étant ce qu'elle est, je suis sûr que mes camarades d'équipes vont se marrer.
Bref, nous avons réunion entre midi et deux aujourd'hui pour statuer (entre autres problèmes) sur le devenir de ces vivantes iconographies de la recherche hydrologique moderne. Je promets de vous tenir informés.

09.07.2008

Recrutements maîtres de conf: suite de la suite

S'il me fallait encore une preuve que je travaille avec des nases, la réunion d'hier soir aurait achevé de me la fournir. Quand je vous disais que ça ne serait pas triste... Pour ceux qui prendraient le train en route, je rappelle que:

  • un collègue MCF (mauvais) est passé PR en bénéficiant de l'indulgence d'un DR (mauvais) qui a accepté l'année dernière de modifier le profil de poste pour lui permettre de candidater;
  • en échange de quoi le désormais PR se sent plus ou moins obligé de renvoyer l'ascenseur au DR, en faisant définir le profil recherche du poste MCF tel que le DR avait établi à l'origine pour le poste de PR;
  • un rigolo (moi) a foutu la merde en postulant que, contrairement aux bonnes vieilles habitudes de la maison, le profil recherche du maître de conf ne devait pas être rédigé par deux pégreleux sur un coin de table mais devait faire l'objet d'une discussion par le conseil du labo. Après tout, c'est quand même de l'avenir du labo qu'il est question! Bien entendu, le Grison d'Arcadie (le DR mauvais) et le Céphalopode (le PR mauvais) étaient furieux de voir cet os leur échapper.

Sachant que rien ne se passerait si personne n'initiait le processus, il a été décidé que l'on écrirait un embryon de profil recherche, que l'on ferait passer à l'ensemble des membres du conseil, en leur demandant de transmettre leurs remarques, suggestions de modification du profil, etc. Ce qui fut fait il y a un peu plus de 10 jours. Hier après-midi, date et heure du fameux conseil, aucune remarque ne nous était parvenue, ce qui rend la suite d'autant plus savoureuse.

On commence donc la réunion par un tour de table. Une personne, deux personnes, font des remarques sur l'argumentaire et quelques points de détail. Vient alors le tour du Grison, qui pique un coup de sang. Pour résumer ses propos:

"Oui, alors ce profil de poste, il est ce qu'il est, mais avant d'en parler - ce que je vais faire - je voudrais émettre une remarque sur la façon dont il a été présenté. On nous a fait passer un texte qui a été écrit sans qu'on nous demande notre avis et ça ne va pas du tout.

- C'est précisément pourquoi nous avons cette réunion: pour que tu donnes ton avis, lui répond le directeur du labo; de plus, tu avais 10 jours pour transmettre tes remarques et tu ne l'as pas fait.

- C'est vrai, je ne l'ai pas fait, car on ne m'a pas laissé le loisir de le faire.

- On avait quand même expressément demandé aux gens dans le texte de l'email de faire parvenir leurs remarques, suggestions, propositions de modification.

- Eh bien ce n'ai pas ce que j'ai lu, s'obstine le DR - à l'étonnement général d'ailleurs, car les autres membres de l'assemblée avaient bien lu le message en question et avaient tout à fait compris qu'on leur demandait leur avis...

- Bon, eh bien on ne va pas disserter la dessus ad vitam, soupire le directeur; quelles sont les fameuses remarques de fond dont tu parlais tout à l'heure?

- Euh... Ma remarque de fond est que le profil est très bien comme il est, mais je tiens à souligner que je ne suis pas d'accord avec la manière dont les choses ont été faites."

Alors là, explosion nucléaire. Si vous n'avez jamais vu un type se faire atomiser en direct, eh bien c'est tant pis pour vous: il fallait être hier dans la salle de réunion de mon labo. Et vu ce que ça a donné, il n'est pas sûr qu'on retrouve de sitôt des volontaires pour répéter l'expérience. Le directeur, à la pensée de l'autre nase qui venait de lui faire perdre 10 minutes pour rien, a commencé à le pourrir d'importance, et, ce qui ne gâte rien, devant 15 personnes. Pour résumer la teneur du discours, celui-ci était que les gros nuls qui ne foutent rien n'ont pas grand chose à dire, ou alors en silence, plus tard et ailleurs. Il a fallu quelques minutes pour que les mouches se remettent à voler au-dessus de la poussière enfin retombée...

C'est sans doute le bruit de la mer qui empêche les poissons de dormir [1]; vers la fin de la réunion, le Céphalopode s'est réveillé. Il a commencé par nous expliquer qu'un profil comme celui-là ne serait jamais pourvu, car on ne trouverait jamais de candidat. Il faut donc "le modifier complètement" en le récrivant "complètement dans l'autre sens". Renseignement pris, cela signifie qu'il faut intervertir l'ordre de 2 paragraphes; et accessoirement ajouter un paragraphe d'introduction pour décrire les activités du labo. Je pense que vous avez compris désormais à quoi se résume, pour mes collègues, l'esprit d'innovation: c'est un peu comme les dominos, on mélange tout et on assemble les petits carrés dans un autre ordre.

Bilan de l'opération: 15 personnes réunies pendant une heure et quart, pour une discussion dont environ 35 minutes ont été productives (donc 40 ne l'ont pas été). Ca nous fait 2/3x15 = 10 heures gaspillées, c'est-à-dire, au coût environné moyen de l'enseignant/chercheur, environ 800 euros. D'où cette question essentielle: devant de tels débordements de l'esprit d'innovation, et dans un souci d'économie des deniers publics, n'aurions-nous pas intérêt, à l'avenir, à confier la rédaction de nos profils de poste à des générateurs aléatoires couplés à des algorithmes génétiques? Avec un peu de chance, ça tiendrait plus debout que ce qu'on décide en réunion.

 

[1] Cette expression n'est pas de moi. On la trouve dans tous les bons San-Antonio (i.e. période antérieure à 1970). 

08.07.2008

Recrutement MCF etc.

Comme signalé dans un précédent billet, suite à la promotion d'un collègue de MCF à PR (les habitués savent que le feuilleton a commencé il y a de longs mois), nous allons disposer d'un recrutement en cascade sur un poste de MCF.

La coutume féodale en usage dans nos murs voulait que le promu définît le profil enseignement et recherche de son "successeur". Le collègue passé PR aurait donc dû le faire. C'était d'autant plus vital cette année que, je le rappelle, le collègue en question n'a été promu que de justesse, et a dû cette faveur à l'élargissement (qu'il a réclamé haut et fort) du profil recherche; en effet, le profil initial ne correspondant pas vraiment à ce qu'il savait faire, il a fallu y ajouter quelques phrases de manière à ce qu'il puisse candidater dessus. Le deal était que le DR qui avait défini le profil recherche pour ses besoins propres acceptait de "passer son tour" et bénéficiait ensuite d'un retour d'ascenseur sur le poste MCF en cascade. Il était donc essentiel pour le calamar géant d'avoir la main sur ce profil, pour garantir le retour d'ascenseur en question.

Or, votre serviteur a foutu la merde. Puisque la recherche concerne le labo dans son ensemble, j'ai proposé que le profil recherche du nouveau MCF soit examiné et avalisé par le labo, réuni en conseil. Cette pratique, pour démocratique qu'elle soit, n'a pas eu l'heur de plaire à tout le monde (devinez qui). Le manque d'habitude, sans doute?

Fidèle à son habitude, le calamar géant a déjà mis les pieds dans le bureau du directeur du labo pour faire valoir ses arguments personnels (ce n'est en effet pas le genre à étaler ses arguments en public: l'habitude est de toujours tout faire en sous-main, afin de bypasser le plus de monde possible). Lequel directeur, après l'avoir écouté avec attention, l'a remercié de sa contribution et prié de l'exposer cet après-midi en réunion. En effet, la réunion du conseil a lieu cet après-midi.

Comme il y a des chances que l'on s'y marre un peu, je promets de vous tenir au courant.

03.07.2008

Commission de spécialistes

Il y a 15 jours, nous avons eu une réunion de la commission de spécialistes dont je suis membre suppléant. Suppléant, c'est très bien pour commencer, car on y apprend le métier en quelque sorte "à blanc" (expression née à Carcassone, comme chacun sait), sans endosser de véritable responsabilité ni courir le risque de commettre des erreurs au détriment de ses collègues. L'avantage à être prof, c'est qu'on assiste à l'intégralité des débats, c'est-à-dire les délibérations au sujet des maîtres de conf et des profs.
Ceci dit, la dernière fois, j'ai peut-être ruiné à tout jamais ma crédibilité aux yeux de cette noble assemblée. On discutait en effet d'un certain nombre de promotions (passage prof de 1ère classe, maître de conf en classe exceptionnelle, etc.) En conformité avec mon statut de suppléant, j'ai joué le rôle de la potiche.
Sauf qu'à la fin, comme je n'avais rien dit de toute la réunion (nous n'étions plus que 6, car il ne restait que les profs), il y en a un qui s'est senti obligé de me demander mon avis. En gros, la question était: "Mais alors, toi tu n'as rien dit. Qu'est-ce que tu penses de toute ça?" Réponse prudente, pour tâter le terrain: "N'étant que suppléant, je n'ai rien à dire". Mon vis-à-vis s'échauffe: "Allons, ne sois pas hypocrite, tu penses forcément quelque chose! Tu peux te le permettre, maintenant que tu fais partie du cercle du pouvoir!" Bon, alors mon gars, si tu me cherches... Je n'ai pas pu retenir cette réponse: "Eh bien mon avis, c'est que dans notre milieu le pouvoir le plus souvent assumé est un pouvoir de nuisance."
Un silence assez lourd est descendu sur notre petite assemblée. Ils se sont tous regardés, l'air de dire "mais qui nous a fichu un type pareil?", puis personne n'a plus rien dit; on est sortis de la salle en silence, et tout le monde s'en est allé ma foi assez rapidement vers son petit destin.
Honnêtement les gars, si vous avez des collègues chiants qui ne savent jamais comment conclure une réunion, invitez-moi, je vous montrerai comment faire...

24.06.2008

Recrutements maîtres de conf, etc. Vous croyiez vraiment que c'était fini?

Légèrement paralysé du clavier à cause de ce qui ressemble fort à un RSI (Repetitive Stain Injury - en gros, j'ai chopé un mouse elbow: la maladie qu'auraient les footeux de l'équipe de France s'ils jouaient à la souris au lieu de jouer aux culs-de-jatte), je ne vais pas vous la faire très longue aujourd'hui. Sachez simplement qu'au rayon recrutement, faire le ménage consiste davantage à pousser les cartons sur l'étagère qu'à faire véritablement la poussière.
 
Résumé des épisodes précédents:
 
  • Un de mes collègues (pas bon et magouilleur, mais s'il n'y avait que des bons honnêtes à la fac, ça se saurait) a été promu prof ;
  • ce même collègue - ci-devant surnommé le céphalopode, désormais sacré calamar géant - a essayé de torpiller l'embauche d'un maître de conf qui, pendant sa période d'essai comme ATER, avait donné toute satisfaction sur le plan de l'enseignement et de la recherche. Dans des billets précédents, je vous narrais comment nous avons réussi à empêcher cette petite manifestation d'injustice (pour une fois qu'on arrive à embaucher quelqu'un de valable...).
Les naïfs croiront que tout se termine avec ce match nul. Eh bien non, à la fac ce n'est jamais fini. Car maintenant, il va falloir recruter un maître de conf sur le poste libéré par le céphalopode. Et pour recruter, il faut définir un profil. Petit résumé de la lutte d'influence qui se livre à cette occasion.
  • Au moment même où nous terminions l'audition des candidats maîtres de conf, j'allais voir le directeur du labo. En effet, nous venions d'apprendre que mon collègue à 8 tentacules était classé 1er sur le poste de prof, ce qui voulait dire poste de MCF en cascade à la clé; il allait donc falloir s'atteler à la définition du profil. Les profils recherche en particulier doivent être prêts pour la mi-juillet afin de "passer" en CS de la fac.
  • Mon idée était de faire exception: au lieu de définir le profil tout seul dans mon coin comme m'y aurait autorisé mon statut de seul prof "actif" de mon département d'enseignement en place dans le labo, je trouvais logique (et novateur!) d'y associer les diverses composantes de ce dernier. En effet, il faut savoir que ça ne se passe pas toujours de façon toute rose entre le directeur du labo et celui de mon département d'enseignement. Je voyais là une occasion d'aplanir les angles en démontrant publiquement la bonne volonté des enseignants vis-à-vis du labo. Et puis, si j'ai assez gueulé dans le temps qu'on ne nous demandait jamais notre avis, ce n'est pas pour tomber dans le même travers maintenant que je suis dans la place.
  • Le directeur du labo était d'accord, bien entendu. Après consultation d'un certain nombre de personnes, nous avons rédigé puis soumis un premier jet du profil recherche du futur maître de conf en conseil de labo (une première! ça ne s'était jamais vu. Les gens n'en revenaient pas qu'on leur demande leur avis). Et là, le calamar géant a piqué une crise. En effet, il s'agissait de son poste (enfin, son ex), il était donc de son seul privilège de le définir, etc. Tout ça énoncé de façon très soft, certes, car le calamar ne fait de sortie violente que s'il est sûr à 100% de gagner ou d'être soutenu. J'ai cru que le directeur du labo allait lui balancer une chaise dans la tronche... Finalement, le calamar a boudé de façon ostensible et n'a plus rien dit de toute la réunion.
  • Ce faisant, il a partiellement atteint son but: la bouderie a en effet empêché (temporairement) la progression de la discussion. Nous avons clos la réunion sans réussir à nous mettre d'accord sur la marche à suivre. Si bien que la définition du profil recherche reste bloquée.
La démonstration étant faite que le plus grand pouvoir est un pouvoir de nuisance, j'attends avec impatience la suite des événements. Si jamais nous parvenons à imposer un profil qui ne lui convient pas, le calamar va-t-il tenter de le faire modifier en douce (c'était déjà arrivé sur son poste)? La suite au prochain numéro...