14.05.2008

Nouveaux programmes scolaires

Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:

  • lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
  • "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
  • oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
  • enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
  • et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".

Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).

Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.

Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...

Nouveaux programmes scolaires

Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:

  • lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
  • "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
  • oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
  • enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
  • et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".

Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).

Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.

Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...

13.03.2008

Echec scolaire: les faits et les réactions

Un article intéressant sur le site de Libération, qui relate une tentative pour diminuer l'échec scolaire. Le titre, "Une piste contre l'échec scolaire: la fin des mauvaises notes", dénature d'ailleurs le propos exposé dans le texte. 
Le principe de la méthode explorée: être plus clair, vis-à-vis des étudiants, sur les termes du contrat - en particulier en les avertissant des objectifs. Une meilleure préparation aux examens et une assiduité au travail plus élevée seraient atteintes en avertissant les étudiants du programme couvert à l'examen et en donnant davantage de place, dans les cours, à la préparation de celui-ci.
L'article et l'exposé de la méthode sont intéressants (mais je suis de parti pris, cf. mes tentatives avec mes étudiants, Note 1, Note 2). Ce qui l'est tout autant, c'est le détail des réactions des lecteurs: je cite les sceptiques:
  • mieux encore.... On pourrait même leur donner les réponses aux questions... C'est le nivellement par le bas qui se poursuit..
  • Pensée magique. Ne notez plus les élèves et ils seront tous excellents !
  • fumisterie. très franchement, quel crédit accorder à une étude réalisée par un chercheur qui n'a sans doute jamais enseigné de sa vie,
  • rire. est-ce que ce brave spécialiste s'st demandé à quoi il servait?? a pas grand chose visiblement...alors qu'il continue a nous présenter des idées ridicules...tant quil nous fait rire...un conseil, qu'il ne mettes jamais les pieds dans un salle de classe, il risquerait de découvrir le monde reel...
Mais aussi d'autres, qui se sont peut-être posé un peu plus de questions:
  • Réaction aux réactions. Moi je trouve cette idée super intéressante. Je suis animateur pour ados et je fais du soutien scolaire. Alors je sais de quoi je parle. Je voudrais simplement demander à tous ceux qui ont eus des réactions contre cette idée. Qu'es-tce qui est le plus important ? Ce que vaut l'enfant ou ce qu'il a compris des cours ?
  • deja a la maternelle. mon fils de 3 ans a deja droit a un systeme de notation sur son travail fait en classe un visage qui se decompose au fur et a mesure que le travail demande est "mal fait"et une correction au stylo rouge s'il a "deborde" alors pour la suite de sa scolarite je m'ennuie deja..........
  • Notes ou pas notes. Le problème n'est pas qu'il y'ait notes ou pas notes [...] Est-ce qu'il y a eu une étude sérieuse pour nous dire que les enseignants qui ont adopté la méthode Antibi ont réussi à avoir moins d'élèves en échec ? Quand est-ce qu'on va comprendre que faire travailler les élèves (surtout ceux en difficulté) dans des petites structures est un excellent moyen de les arrimer aux autres ? Quand est- ce qu'on va comprendre que l'école n'est que le reflet des inégalités de la société ? Qui a des mauvaises notes ? c'est ça la question qu'il faut se poser.
 Ce qui m'inquiète, c'est que (cela transpire d'un certain nombre de commentaires), les réponses les plus lapidaires et les plus dogmatiques sont le fait d'enseignants...

26.02.2008

Rétention de sûreté et empêchement présidentiel

Le président de la Cour de cassation a rejeté la demande du Président de la république d'amender la décision du Conseil constitutionnel. Cette décision, portant sur la loi Dati de rétention de sûreté, n'a pas autorisé son application immédiate à des détenus déjà jugés, car cela l'aurait, de fait, rendue rétroactive. Or, la rétroactivité dans une loi est anticonstitutionnelle. Rappelons que c'est pour le même motif que l'une des premières mesures du gouvernement prises juste après l'élection de mai 2007 avait été rejetée: il s'agissait, souvenons-nous, d'étendre une mesure sur les prêts immobiliers à une date antérieure à sa promulgation.
Au-delà de l'anecdote et du spectacle intéressant que nous offre la cour grouillante et justificatrice des fayots présidentiels [Lien 1, Lien 2, Lien 3], on peut avoir deux réactions:
  • le soulagement; soulagement, parce que la Justice est restée indépendante (pour combien de temps encore) face à l'exécutif;
  • l'inquiétude; parce qu'il faut bien en convenir, la presse, pour ne citer qu'elle, est restée étrangement amorphe face à une requête, au mieux inusuelle, au pire despotisante (néologix vous l'offre).
Comment, en effet, ne pas trouver inquiétante la demande d'un membre de l'Exécutif de passer par-dessus la Constitution, c'est-à-dire de s'affranchir des textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement des Institutions? La question principale qui se pose au vu des actes et déclarations présidentiels récents est: le Nain est jaune, certes, mais est-il également fou? 
Jean-François Kahn avait, en son temps, répondu à cette question. Dans une interview à "arrêts sur images", il réitère (extraits ici). J'avoue ne pas aimer du tout Jean-François Kahn et ses attitudes de donner de leçons, qui me fait penser à l'autre infatué de la politique à grand spectacle, j'ai nommé Daniel Cohn-Bendit. N'empêche qu'en repensant à ce qu'il avait dit il y a neuf mois, je me suis aussi rappelé qu'à l'époque je m'étais dit: "Kahn déjante; le Nain est trop calculateur pour être stupide". Aujourd'hui, je me pose des questions; on peut être calculateur, très intelligent, et complètement déjanté.
Au cas où l'hypothèse se révèlerait exacte, que faire? Faut-il, de façon plus ou moins immédiate, se mettre à envisager une possible procédure d'empêchement?
La question est loin d'être anodine et ne laisse pas indifférent: Libération a publié sur son site un article intitulé "Fonction présidentielle: est-il à la hauteur?" Cet article a été mis en ligne le 23 février 2008. Un jour et demi plus tard (j'écris ces lignes le 25 dans l'après-midi), il y a 2036 réactions sur le site. La question commence à être posée sur un certain nombre de blogs, voir par exemple celui-ci.
La réaction journalistique peut paraître saine, je la trouve inquiétante. En effet, le motif principalement invoqué par l'article de Libération pour mettre en cause la capacité de N. Sarkozy à exercer ses fonctions est son écart de comportement lors du salon de l'agriculture. Mais, pour être franc, on se tape de ce que le Nain a pu sortir à un quidam alors qu'à son exaspération croissante il se trouvait coincé entre les barbiches des chèvres et les culs des vaches. Ce qui pose véritablement problème, c'est la collusion manifeste d'un chef de l'exécutif avec des industriels qui passent des marchés avec l'Etat; c'est son intimité avouée avec de grands industriels propriétaires de groupes de presse et de médias; c'est, surtout, la volonté permanente de s'affranchir des principes de Droit élémentaires en voulant forcer le passage de lois inconstitutionnelles. Et cela, Libération l'oublie pour lancer un article à succès sur "casse-toi pauvre con"...
Bref, ce qui est surtout inquiétant dans l'actualité récente, c'est que la réflexion ait majoritairement déserté les salles de rédaction des grands quotidiens et se trouve désormais davantage représentée sur les sites des internautes qu'à la une des journaux. 

19.02.2008

Les idées du Nain: un édito qui a du poids

Pas la peine, dimanche 17 février, de regarder l'émission de Serge Moati, le sémaphore journalistique de la Cinq qui s'efforce d'imiter Michel Polack dans le registre du débat désorganisé et cacophonique. "Ripostes" ne sera jamais "Droit de réponse", même s'il tend à se rapprocher de son idéal de bordel pseudo-journalistique. Saluons au passage la prestation droite, honnête et documentée de Vincent Peillon, qui remonte un peu dans mon estime après son baroud avec le NPS. Mentionnons simplement au passage que l'émission était consacrée à la déclaration du Nain au dîner du CRIF.

Au lieu de la télé, un peu de lecture. Au sujet (et surtout au-dessus, loin au-dessus) des élucubrations religio-fantaisistes du Nain hyperactif, ci-dessous le texte intégral d'un édito écrit par Claude Lanzmann et paru dans Le Monde, Lien ici. Ci-dessous, le texte intégral au cas où le journal rendrait payant l'accès à l'article.

Le mort saisit le vif, par Claude Lanzmann 

Je ne suis pas de ceux qui se conduisent comme si la campagne présidentielle n'était pas terminée et tiennent le président de la République pour un usurpateur. Je me sens d'autant plus libre pour m'interroger sur l'étrange proposition qu'il a avancée dans son discours au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Nul doute que Nicolas Sarkozy, s'adressant aux juifs, ne soit animé par la sympathie et les bonnes intentions, comme il le fut à Rome, lorsqu'on le fit chanoine, ou à Riyad devant les membres du Majliss As-shoura. Mais l'enfer, on le sait, en est pavé, les contre-finalités et les effets pervers sont engendrés par des prémisses qui le sont également.

Le président de la République pensait sûrement que les juifs allaient lui être reconnaissants de son formidable "cadeau", théâtralement décrété : la prise de relais d'un enfant assassiné il y a soixante-cinq ans, dans les chambres à gaz d'Auschwitz ou de Treblinka, par un autre du même âge aujourd'hui, mais bien vivant, élève de CM2, à qui seront confiés le nom, l'histoire, les photographies du petit mort et qui aura le mandat, sinon de le ressusciter, du moins d'en perpétuer le souvenir.

 

Au Holocaust Memorial Museum de Washington, on épingle au revers de la veste de chaque visiteur un badge avec le nom d'un juif exterminé dans la Shoah. Le visiteur perd son nom et prend celui d'un mort pendant les deux ou trois heures que dure le parcours. Les communicateurs du musée prétendent que l'identification joue à plein, permettant à l'émotion de se donner libre carrière : le mort saisit le vif.

Le président, lui, a parlé dans son discours "d'éclats de mémoire", onze mille éclats donc, individualisés, subjectivés. L'enfant vivant de CM2 devient le correspondant de l'enfant juif, comme nous avions autrefois, en classe d'anglais, des correspondants britanniques, canadiens ou australiens. La différence est que nous étions tous vivants. Les prisonniers condamnés à de longues peines ont eux aussi des correspondantes, les soldats sans famille aussi. Rien de neuf dans tout cela, c'est une vieille idée de la charité chrétienne et, aux Etats-Unis, mormone.

J'entends bien, à la lecture des déclarations des inspirateurs ou inspiratrices du président, qu'on prétend lutter contre le racisme, dont la Shoah est le paradigme - ce qui fait pour une part son unicité. Mais la mémoire de la Shoah est autrement plus complexe que ces simplifications mêlées et brouillonnes, qui témoignent d'un activisme de néophytes, semblant faire table rase de cinquante ans d'historicisation acharnée.

La Shoah n'est pas une terra incognita et son histoire n'est pas une tabula rasa : des dizaines de milliers de livres ont été écrits dans le monde entier, des films, des oeuvres, des témoignages, etc. Des hommes et des femmes, des éducateurs, des enseignants travaillent et réfléchissent chaque jour à la transmission de l'événement central du XXe siècle. Plus que tous, les juifs ont contribué à cette transmission et, soyons-en sûrs, le feront dans les siècles des siècles. Cela ne s'arrêtera pas.

C'est une mode surprenante aujourd'hui que d'entendre un peu partout : "Les derniers survivants disparaissent, après eux, il n'y aura plus rien." Cette crainte est une prémisse doublement erronée : pour commencer, et c'est heureux, des survivants ont encore bon pied bon oeil ; croit-on par ailleurs que la mort du dernier centenaire de la guerre de 1914 va brutalement rejeter celle-ci au néant, la frapper du sceau de l'oubli ? Voilà longtemps que la pédagogie et l'enseignement de la Shoah sont à l'ordre du jour et que la Fondation pour la mémoire de la Shoah s'affronte sans trêve à ces questionnements. Je ne discute pas ici des effets traumatisants que le relais des enfants morts pourrait avoir sur les petits relayeurs. Si c'est trop lourd pour eux ou mal accompagné, ils oublieront. Les choses, nous avons appris cela, doivent venir à leur heure.

Je n'ai jamais ni demandé ni imposé à mon fils âgé de 14 ans et demi de voir mon film Shoah. Cela a été sa décision, de son seul ressort. Il l'a fait quand il l'a voulu, comme il l'a voulu, je ne lui ai posé aucune question. Il m'en a parlé de lui-même au bout de six mois. Le film avait fait son chemin en lui. Quel chemin ! C'était l'intelligence, l'émotion instruite par l'intelligence, le contraire de l'identification facile ou forcée, qui parlaient par sa bouche.

J'en profite pour dire au passage que la transmission s'effectue au premier chef par la culture et les oeuvres d'art. Deux ministres de l'éducation nationale, Jack Lang et François Fillon, l'avaient profondément compris. Le premier initia un DVD de trois heures d'extraits de Shoah pour les lycéens et collégiens de France, à partir de 13 ans, qui fut adressé à tous les établissements du pays. Quant à François Fillon, il m'accompagna dans plusieurs lycées, dont certains réputés difficiles, et peut témoigner de l'impact extraordinaire des séquences choisies de Shoah sur les élèves, majoritairement maghrébins ou noirs. Le premier ministre s'en souvient sûrement encore.

Quoi qu'il en soit, gardons-nous de l'activisme mémoriel qui semble, à chacune de ses éruptions, redécouvrir à neuf ce qui est su depuis si longtemps, et, incapable de regarder en face l'immensité de la perte, s'ingénie à ouvrir des chemins secondaires qui instituent l'oubli plus que la mémoire.

Claude Lanzmann est directeur des "Temps modernes", cinéaste.

15.02.2008

Les gros nases renvoyés dans leurs cordes

La réaction de Simone Veil à la proposition débile du Nain: Le Monde, L'Express.

Sans commentaire. Elle, au moins, sait de quoi elle parle.

Qui n'a pas son petit Juif ?

Grand moment de bêtise ce soir à la télé (vous lisez ce billet le lendemain du jour où je l'écris). Sur France 2, Rachida Dati l'excitée et Xavier Bertrand aux dents qui rayent le plancher, s'étripent sous le regard impuissant de l'insipide Arlette Chabot avec Pierre Moscovici et Emmanuel Valls. On se croirait dans une émission du dimanche chez Serge Moati le sémaphore: ça s'interrompt, ça parle tous en même temps, c'est totalement incompréhensible. Quand la mère Dati se met à prétendre que le texte de loi qu'elle vient de faire passer il y a 4 mois fait baisser les chiffres de la délinquance de façon spectaculaire, son ingnorance des statistiques et de ce qu'est un échantillon représentatif apparaît tellement crasse que je n'en parlerai pas davantage. Puisque nous sommes dans la mouvance nanotechnologique, continuons sur les dernières inventions du Nain.

On trouve sur le site de l'Elysée une vidéo de l'intervention de Nabot-Léon au conseil du CRIF. Sa dernière invention, commentée entre autres par Le Monde et Libération: "confier à chaque élève de CM2 la mémoire" d'un des 11000 enfants juifs de France victimes du nazisme pendant la seonde guerre mondiale.

Au-delà de l'effet d'annonce creuse (ça va marcher comment? on affecte les noms d'enfants par ordre alphabétique? on apprend par coeur l'état-civil du disparu? on se procure sa correspondance familiale et on rend une rédaction dessus à la fin de l'année? on contacte ses proches et on fait une veillée aux flambeaux chez eux tous les trimestres?), la vacuité, l'inculture reflétée et l'amateurisme du propos effraient.

Si je comprends bien, on va "distribuer" en classe de la mémoire d'enfant juif comme on distribue les images ou les bons points. J'imagine la maîtresse demandant à sa classe de CM2: qui n'a pas son petit déporté?

Et puis, pourquoi se limiter aux Juifs? Puisque l'on a décidé de donner dans le massacre religieux, il apparaît logique de ne pas faire de jaloux et de confier à chaque gosse la mémoire d'une victime du génocide Arménien; puis, d'une victime de la Saint Barthélémy; et, pourquoi pas, d'un des premiers chrétiens que, sous l'empire romain, l'on faisait jeter aux lions.

L'excité de l'Elysée aime les symboles. Il semble également penser que, pour être gaulliste (mais sait-il véritablement ce que cela signifie?), il faut nécessairement sanctifier la Résistance. A preuve, la lecture de la lettre de Guy Mocquet lors de sa prise de fonctions, avec ordre de la faire lire dans les écoles; la mission, donnée à Christine Albanel dans la lettre de cadrage qu'il lui a adressée en septembre 2007 [1]; aujourd'hui, la mémoire de martyr à choisir dans le bottin du petit déporté. Il faut dire que sa nouvelle conquête semble aussi obsédée que lui par la Shoah, puisqu'elle osait, dans une récent interview, comparer les révélations de la presse people à son endroit, à la persécution des Juifs... Ce n'est pas possible, ces deux-là doivent passer leurs soirées à se faire des interrogations surprises réciproques sur les Mémoires d'Anne Franck... Ou bien le Nain cherche-t-il à faire oublier qu'il était, il n'y pas si longtemps, allé faire des salamalecs au Pape ? - l'église Romaie ayant, on le sait, encore un peu de travail de mortification à faire au sujet de sa complaisance de l'époque envers le nazisme.

Le plus inquiétant dans tout ceci, c'est que, comme à l'occasion d'autres déclarations du même tonneau (et parfois plus scandaleuses, cf. le discours de Dakar), l'amateur national débite des énormités, avec cependant la ferme conviction que celles-ci vont tout changer. Quand cela concerne des déclarations sur "l'homme Africain incapable de s'inscrire dans le mouvement de l'histoire" ou la "mémoire d'enfant juif", si douloureux que soient les événements auxquels ces déclarations renvoient, cela reste du domaine de la parole. Lorsque l'on pense qu'un individu sans culture, sans recul et au mauvais goût exagéré et amateur du grandiloquent détient les codes de l'arme nucléaire, ça fait plonger dans d'autres abîmes de réflexion...

Chirac avait dissous l'Assemblée. Est-ce que par hasard, on ne pourrait pas dissoudre l'Elysée?

 

[1] " [...] en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural."

04.01.2008

Un an de plus, un blog de moins

A signaler la disparition du blog "Léa, prof de lettres en colère" (vers lequel pointe d'ailleurs un lien - désormais caduc - de ce blog), qui nous renseignait assez utilement sur l'absurdité et le décalage existant entre système d'enseignement et élèves dans certaines filières. Dommage qu'elle ait décidé d'arrêter.

Bon, je dis ça, mais je ne sais pas depuis combien de temps elle l'a fermé. Si j'y étais allé plus souvent, j'aurais peut-être été au courant...

Si jamais elle décide de faire renaître ce blog sous une autre forme, ce sera avec plaisir que j'actualiserai le lien...

04.12.2007

On n'est jamais à l'abri d'une réussite totale

"Les élèves français tout juste dans la moyenne. La France peut mieux faire pour ses élèves, qui reculent encore dans le classement de l'enquête internationale sur les savoirs acquis en sciences, en maths et en compréhension de l'écrit."

Voici ce que l'on peut lire sur le site de Libération (voir l'article), qui cite l'étude "Pisa" menée par l'OCDE. Cette étude est effectuée à intervalles réguliers sur les élèves de 15 ans. De cette étude, il ressort que la France est 19ème sur 30 pour les sciences en général et 17ème sur 30 en mathématiques (mais les mathématiques sont-elles une science ? Je ne débattrai pas sur ce sujet dans cette note!)

Cette enquête est décrite sur le site de l'OCDE, http://www.oecd.org/document/31/0,3343,fr_2649_201185_397.... L'OCDE n'étant pas une association à but humanitaire, si vous voulez le rapport original, il faut payer.

Ben oui, nous l'avons bien cherché: à force de procéder à des réformes débiles sans queue ni tête, à force de faire inspecter les instits et les profs par des inspecteurs qui n'ont pas mis les pieds dans une salle de classe depuis 10 ans, à force de faire rédiger les programmes de physique de 5ème par des types sortis de Normale Sup, pour qui le monde tangible n'est que la manifestation émergente du principe d'exclusion de Fermi-Dirac et qui ont sans doute les plus grandes peines du monde à utiliser la fonction d'onde de Schrödinger pour faire tourner la clé dans la porte de leur appartement, nous y sommes arrivés.

Ce résultat dont la France n'a pas vraiment à être fière a été obtenu de haute lutte, par le biais d'un processus de sélection et de discrimination sociales terriblement efficace:

  • les élites françaises ont fait des sciences (et plus particulièrement des mathématiques) un instrument de sélection sociale, en faisant un filtre extrêment efficace du pouvoir via l'accès aux grandes écoles; il suffit de prendre pour exemple l'Ecole Polytechnique, qui mène à tout, sous la seule condition qu'on en sorte, mais à la politique et aux hautes fonctions de direction principalement. Claude Allègre, le Georges Frêche de l'Education nationale, râlait récemment qu'aucun élève de Polytechnique n'avait voulu embrasser de carrière scientifique lors de la sortie de la dernière promotion. Dis donc, Toto, tu es hypocrite ou demeuré?
  • dans un même temps, on nous a expliqué, pendant plus de 20 ans, que celui qui travaillait de ses mains (Ex. le plombier, le boulanger, etc.) n'avait rien à espérer dans la vie et que la condition sine qua non de la réussite était la sacro-sainte première S et le sacro-saint bac C (le Graal des années 80), qui seules pouvaient mener à une carrière de gloire et de lumière;
  • les mêmes qui nous expliquaient cela (et qui avaient eux-mêmes suivi ces filières) se pervertissaient dans l'intervalle à la direction des grands groupes industriels, dans la politique ou la finance, montrant à l'occasion leur virtuosité dans le traficotage de listing informatique, mais passons;
  • en parallèle, tout au long des années 80, la même gauche qui avait, en temps et heure, milité pour l'instruction des masses laborieuses, tendait son arrière-train à des ruffians de grand chemin comme l'inimitable (et inimité) Bernard Tapie, devenu ministre d'un gouvernement (soi-disant) socialiste en achetant un club de foot, et avec lui une ville tout entière, grâce à l'argent qu'il avait gagné en rachetant des entreprises en diffulté et en lourdant ses ouvriers;
  • et maintenant, les jeunes, que l'aridité des matières scientifiques et le caractère hautain de ceux qui les enseignent a fini par dégoûter, préfèrent les études de gestion ou d'économie, persuadés qu'ils sont de gagner bientôt 3000 euros par mois en travaillant 6 heures par jour dans une banque. De nos jours, travailler est devenu honteux, la seule vertu étant de faire du pognon.

Maintenant, ces jeunes, je les récupère en école d'ingénieur, à Bac + 3. Ils ne savent plus faire une règle de trois. Ils ne savent plus calculer l'aire d'un triangle ou d'un trapèze, parfois même pas celle d'un cercle. Avant, on savait ça après la 5ème. Maintenant, je dois le leur apprendre quand ils ont 21 ans. Pourtant, je continue de les "vendre" aux employeurs comme les meilleurs de leur génération. Et le pire, c'est que c'est presque vrai. Ce sont ces étudiants, qui ne savent pas calculer le volume d'un cylindre, qui vont faire les calculs de conception des réseaux d'eau potable, des réseaux d'assainissement, des stations d'épuration de vos villes. J'ai plein d'anciens élèves qui travaillent chez Veolia, Saur, Degrémont...

Ils ne savent plus rien faire? Ce n'est pas grave, prétendent la moitié de mes collègues: leur boulot ne sera pas de faire les choses, mais de les faire faire aux autres. Eux, ils aligneront les chiffres dans une feuille Excel pour estimer le coût des projets et passeront un jour directeurs de filiale. Comme me le disent mes collègues, "tu crois que leurs chefs comprennent mieux qu'eux comment coule la flotte" ? Merci les gars, sacrée consolation.

Vous avez peur? Moi aussi.

19.09.2007

Perpétuation des élites: Polytechnique

Bruno Belhoste  a écrit un ouvrage intitulé: "La formation d'une technocratie. L'Ecole Polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second empire". On trouvera une recension de cet ouvrage par J.L. Chappey à l'URL suivante:  http://ahrf.revues.org/document1564.html.

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B. Belhoste. La formation d'une technocratie. L'Ecole Polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second empire. Belin, 2003, 512 pp. Voir site http://www.editions-belin.com

 

Quelques extraits de la recension:

  • "L'auteur souligne ainsi que loin d'être un simple lieu d'enseignement, l'Ecole Polytechnique est un espace de recrutement et de formation où se construit un type social, une culture du service de l'Etat avec ses codes, ses pratiques et ses modes de distinction."
  • "B. Belhoste montre que cette place privilégiée accordée aux mathématiques dans le cursus scolaire des Polytechniciens tient moins à un rôle strictement pédagogique qu'à des impératifs de production sociale [...]"
  • "[...] la formation pédgogique et l'organisation des savoirs participent [...] d'un système de règles et de normes régissant un univers social qui est transposé dans le système éducatif et le plan de formation"
  • "En un mot, l'Ecole n'est pas seulement un espace de construction et de diffusion des connaissances techniques, mais plus encore garantit les fondements d'un univers social dont elle assure la conservation".

Et bien d'autres encore, que vous tirerez profit à lire dans cette recension.

Ca donne envie de le lire, non?