18.01.2007

Les riches ne travaillent pas (2)

Les puissants non plus

A l'université, comme dans toute bureaucratie, le seul type de pouvoir est un pouvoir de nuisance. À cela, il y a deux raisons:

  1. Il est plus facile de nuire que de construire;
  2. il est de toute manière quasiment impossible de construire.

La façon la plus simple et la plus évidente d'être nuisible, c'est de ne rien faire. Si l'un de vos collègues vient à avoir une idée et que celle-ci ne vous plaît pas, ils vous suffit, pour que ladite idée ne soit pas mise en place, d'éluder son existence: vous n'en avez pas entendu parler, vous avez oublié, c'est une très bonne idée mais malheureusement dans votre cas particulier elle est inapplicable pour environ douze mille cinq cents bonnes raisons, etc. Cette tactique est la plus souvent employée car son rendement (rapport de la conséquence à l'effort fourni pour l'obtenir) est largement supérieur à un. La nuisance est un des rares domaines de la physique où l'on obtient des rendements toujours supérieurs à l'unité.

Plus les personnes recherchant le pouvoir sont nombreuses, plus il y en aura, statistiquement parlant, qui choisiront la nuisance comme moyen d'action. Par conséquent, plus il sera difficile de construire dans cet environnement, puisque toute personne essayant d'être constructive deviendra nécessairement l'occasion pour les nuisibles d'exercer leur pouvoir.

Comme la façon la plus aisée d'être puissant est d'être nuisible, et comme la façon la plus aisée d'être nuisible est d'opposer une inertie inébranlable à l'effort, la conclusion est évidente: pour devenir puissant dans une bureaucratie, il faut cesser de produire un travail constructif. C'est pourquoi les vrais créateurs se sentent si mal dans une université, un grand institut de recherche, ou un grand groupe industriel.

 

Travailler ne vous vaudra rien de bon

Par "travailler", on entend ici "fournir un travail productif". Les bureaucraties abondent en personnes qui effectuent des heures de présence en quantité considérable, mais ne sont productifs en rien. Exemples:

  1. les conseils d'administration et les conseils scientifiques des universités,
  2. les personnels de direction, la moitié des comptables et des employés de direction des grands groupes industriels (trop peu nombreux à l'Université pour compter vraiment),
  3. les neuf dixièmes des actionnaires des grands groupes,
  4. les hommes politiques,
  5. donnez-moi d'autres exemples SVP, je les ajouterai à ma liste !

Toutes les personnes listées ci-dessus ne travaillent pas réellement au sens donné plus haut. Ce sont pourtant les plus puissantes dans l'entreprise ou l'administration, ceux qui fournissent le vrai travail étant en général au bas de l'échelle.

En fournissant un travail véritable, vous vous couperez définitivement de la possibilité d'accéder au pouvoir. En effet, le temps que vous passerez à travailler sera autant de temps que vous ne passerez pas dans les cénacles où gravitent les catégories 1 à 5 ci-dessus. Vous perdrez ainsi l'occasion de prendre langue avec eux, de vous en faire connaître et ainsi de vous en faire apprécier. La première tâche de qui veut progresser dans l'entreprise ou la bureaucratie doit être de trouver un supérieur à qui parler.

Le reste ne sert absolument à rien: ni le travail, ni la probité. Ah si, peut-être: à conserver l'estime de vous-même au moment où, le soir, vous vous regardez dans la glace. Décidément, vous êtes un drôle de type (ou de bonne femme).