05.05.2009
Emploi du temps d'avril
A l'heure où les Nains trouvent que les enseignants-chercheurs sont de gros nuls improductifs, il apparaît juste d'abonder dans leur sens en offrant à la cointemplation publique la nature des activités d'un prof d'université récemment promu (bientôt 2 ans... Ou comme disait une célèbre marionnette en latex: "Putain... deux ans!").
Au menu donc pour le mois d'avril 2009:
Total travaillé: 199,5 h, dont production: 124,5 h qui se décomposent comme suit:
- Enseignement: 48h, dont:
- présentiel: 20,25 h
- préparation & correction: 27,75 h
- Projets & contrats: 2h
- Recherche: 74,5 h, dont:
- 27,5 h d'encadrement (thèses)
- 45,5 h de production perso (chapitres de bouquin dont je vois, enfin, le bout!)
- 1,5 h d'activités éditoriales (je suis désormais éditeur associé d'un journal)
Heures non productives (administratif): 75h, dont
- Gestion quotidienne: 30,5 h (courrier, paperasserie diverse, etc.)
- Gestion labo: 7 h (je fais partie de l'équipe de direction + du conseil scientifique + de l'équipe communication de mon labo)
- Administration des enseignements: 3 h
- Recrutement du prochain maître de conf: 34,5 h(je suis malheureusement président du comité de sélection!)
- dont 24,5 h passées à l'organisation matérielle et adminsitrative du concours (avec la nouvelle loi, les procéduriers devraient être satisfaits; ou alors, il leur faut une machine à voyager dans le temps qui les transporte à l'époque de la bureaucratie soviétique);
- 10 h seulement à examiner les dossiers des candidats et à auditionner en séminaire de recherche ceux qui ont proposé de passer au labo.
Au vu du dernier point, on pourrait effectivement nous reprocher notre légèreté vis-à-vis du recrutement des enseignants-chercheurs (mine de rien, il s'agit quand même d'embaucher quelqu'un pour, allez, 45 ans...) Je suis assez d'accord. Il s'est tout simplement produit que notre université découvrait avec nous (et parfois après) le nouveau règlement, qu'elle a multiplié les réunions inutiles et contradictoires, envoyé des formulaires erronés qu'il a fallu remplir malgré tout pour ensuite devoir remplir les formulaires corrects, demandé des modifications injustifiées des comités de sélection (la plupart du temps inutiles, car les membres que notre CA a imposés ne pouvaient en définitive pas assister aux réunions...), et qu'à force de répondre aux emails comminatoires et aux injonctions diverses, nous n'avions plus le temps de faire le vrai boulot.
Bref, j'attends avec impatience le moment où la machine va finir par s'effondrer sous son propre poids.
Le seul problème, c'est que quand elle tombera, nous serons probablement en dessous!
07:20 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ensignement supérieur, université, education, recherche
30.04.2009
Esprit de défense
On trouve de tout aux Galeries Lafayette... C'est ce que disait la pub.
Certains sites gouvernementaux ne sont pas mal non plus. A l'occasion d'un message collectif envoyé par le fonctionnaire sécurité-défense du CNRS (fallait encore savoir que ça existait, ce machin-là), j'ai cliqué sur un lien qui m'a amené ici. Et là, on en découvre, des trucs. Je ne fais que vous citer des extraits du texte:
"L'esprit de Défense [...] doit [...] faire surgir une culture de défense et de sécurité."
"Bien avant la suspension du service national, le ministère de l'éducation nationale et le ministère de la défense se sont rapprochés en signant des protocoles. Ils ont pour but, entre autres, de favoriser une meilleure connaissance mutuelle entre les communautés militaires et enseignantes [...] L'une des dispositions des protocoles prévoit qu'une formation à l'esprit de défense sera donnée aux personnels de l'Éducation nationale [...] en application du protocole est créée l'organisation des trinômes académiques."
"les trinômes sont placés sous l'autorité des recteurs. Ils ont pour charge de dispenser [...] un enseignement de Défense sous forme de conférences, séminaires, débats et visites d'installations de Défense. La convention signée en 2004 prévoit des financements pour développer l'action des trinômes."
Alors bon... Je ne sais pas si vous les avez vus, ces trinômes... Personnellement, je n'ai pas vu le début du commencement de l'ombre de l'embryon de la queue d'un seul. Je pose donc la question: est-ce que c'est encore une de ces brillantes idées de technocrates débiles qui est tombée à l'eau dans un fracas silencieux, ou bien est-ce que notre pognon continue de passer dans l'organisation de comités pseudo-secrets paranoïaques - qui, en plus d'être complètement neuneus, passeraient leur temps à rien foutre, puisqu'on ne les a jamais vus nulle part?
Braves gens, ceci est un appel à témoins: si jamais vous avez vu, allez, je n'exige même pas un trinôme, un tiers de trinôme (c'est à dire un tout seul) fera l'affaire - bref, si vous avez jamais vu un seul de ces machins-là à l'oeuvre, je veux bien que vous me racontiez!
09:28 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecole, enseignement, éducation
10.02.2009
Ceci est une histoire vraie
Il y a des jours où la vie vous emmerde et où on se demande si ça valait le coup d'être né. Et puis, heureusement, il en est d'autres où on se dit que franchement, on a bien fait de se lever ce matin. Hier était un de ces jours-là.
Vous retrouverez sa trace dans un billet posté il y a un an et demi ou deux ans, notre labo abrite une secrétaire dont la caractéristique principale est de n'être là qu'un jour sur dix en moyenne; et ça vaut mieux. Car lorsque par hasard? coïncidence? malchance? elle s'avise de passer la porte de son lieu de travail (?), cette personne a pour activité principale d'empêcher les autres de travailler.
En effet, une fois arrivée au labo, l'occupation première de cette dame est de trouver un bureau dont la porte est ouverte et où quelqu'un est en train de bosser; alors elle y entre, s'asseoit et passe environ deux heures à expliquer au locataire de l'édicule qu'elle est débordée de travail, au point qu'elle se demande si elle ne va pas faire une dépression. Après cent vingt minutes de ce régime, soit son auditeur est mort d'ennui, soit il l'a virée du bureau, ou bien il s'est pendu de désespoir, ou alors (c'est ce qui se produit le plus fréquemment) il s'est trouvé une occupation urgente ailleurs, rien que pour ne plus avoir à l'écouter. Elle repart alors à l'aventure, se cherchant un autre lieu où passer la seconde moitié de la journée (1 journée = 4 heures les jours de grand stress).
Dans un labo où le secrétariat est en sous-effectif chronique (4 secrétaires pour 100 personnes environ), c'est vous dire si cette dame est appréciée. Illustration de sa popularité: un jour vers 10 heures, nous prenions le café (nous sommes alors au boulot depuis 2 à 3 heures), Mademoiselle Froufrou est arrivée pour débuter sa journée. Nous voyant attablés autour de nos tasses, elle nous aborde avec une grande franchise: "Est-ce que vous m'invitez pour le café?". Je précise que ce café ne sort pas d'un distributeur mais d'une cafetière, pour laquelle nous nous cotisons. Il s'agissait donc de se faire payer un café gratos. L'un de nous se tourne alors vers elle et, avec un sourire jusqu'aux oreilles, lui répond d'un ton enjoué: "Non." Une collègue en rajoute: "Ou alors, c'est 2 euros." Le premier collègue surechérit: "Juste parce que c'est vous." Vous voyez comme on l'aime.
Hier, Mademoiselle Froufrou avait pour mission de la journée de photocopier une page unique à 50 exemplaires. C'était épuisant. Comme elle le dit elle-même, elle ne se sert pas assez souvent de la photocopieuse pour se rappeler comment elle marche. Elle est donc allé trouver une secrétaire pour lui demander des explications. L'autre la met devant la machine, lui montre tous les boutons, le chargeur automatique de documents, etc. Pour lui éviter des soucis, elle lui précise que, si elle a plus d'une trentaine de pages à copier, il vaut mieux surveiller le chargeur automatique de documents, qui a tendance à coincer les feuilles; puis elle s'en va.
Mademoiselle Froufrou a bien retenu la leçon: elle a placé sa feuille unique sur le chargeur et a appuyé sur le bouton. La feuille est passée dans le chargeur, a été copiée, puis est ressortie de l'autre côté. Mademoiselle Froufrou l'a reprise, l'a replacée dans le chargeur et a appuyé de nouveau sur le bouton. 50 fois comme ça.
A une maître de conf qui passait par là, elle a fini par se plaindre: "Tout de même, cette photocopieuse, ce qu'elle est lente."
07:58 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement, education
13.11.2008
Orwell, le retour
La créature d'Orwell n'existe pas, c'est ce qu'on nous répète. Eh bien les crânes mous du ministère de l'éducation l'ont faite. Ils ont, il y a une semaine (mais peut-être plus que ça, voir la fin du billet), lancé un appel d'offres sur la "veille d'opinion" parmi les agents de l'Education nationale. Derrière ce terme élégant et a priori sans signification bien claire, il s'agit ni plus ni moins que d'identifier les "leaders d'opinion" parmi les enseignants qui ont ouvert des blogs et des forums sur Internet. Autrement dit, de déterminer qui tente de foutre la merde, qui y parvient et avec quelle ampleur. Classiquement, cela s'appelle du flicage.
Cet appel d'offres très sérieux est consultable sur le Journal Officiel du 4 novembre 2008.
Ce qui est assez comique, c'est la justification officielle donnée par le ministère (Cf.France Soir - c'est bien la première fois que je mets un lien vers cette décoction de journalisme) : c'est tout simplement que "l'opinion des enseignants compte beaucoup pour le ministre" - c'est pour ça qu'on ne les écoute jamais et qu'on veut faire élaborer les programmes scolaires par l'Assemblée nationale ou par le Nain, plutôt que de demander leur avis à ceux qui enseignent.
Encore plus rigolo: apparemment, cet appel d'offres "était renouvelé chaque année depuis 2006", comme indiqué par la cellule communication du ministère, ainsi que le rapporte France Soir. Si ça se trouve, l'augmentation récente des visites sur ce blog est simplement due au surfage répété des détectives privés embauchés par le ministère; alors là, je suis déçu!
Il ne reste qu'à citer ces quelques mots de Jean Ferrat:
Hou, hou, méfions-nous,
Les flics sont partout.
07:08 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, école, politique, société
09.10.2008
Volume d'une pyramide (10)
Ce matin, j'ai eu ma première demande de séance de soutien par les étudiants de ma filière d'ingés. Vous me direz, il était temps... De fait, nous en sommes à la 7ème séance de cours (sur un total de 16), et on aurait pu penser que cette requête viendrait plus tôt. Ceci dit, l'année dernière, les étudiants s'étaient décidés à peu près au bout du même nombre de séances; le temps sans doute d'espérer tout d'abord s'en sortir seuls, puisde comprendre qu'ils auraient besoin d'aide.
A la fin du dernier TD, j'ai eu des questions sur les exercices que je donne en fin de chapitre dans mes polycopiés. Demande standard: "est-ce que vous donnez les solutions?" Réponse standard: "surtout pas!" Devant les mines scandalisées, j'ai été obligé de me fendre d'une explication: l'expérience montre que si l'on donne les solutions des exos, les gens les survolent en disant: "ah oui, ça je sais faire" et n'en retiennent au final rien. Le refus de donner la solution par écrit les force à faire l'exercice, puis à venir me voir pour vérifier qu'ils ont bien compris. Ca me prend plus de temps, à eux aussi, mais le but est que cette vérité fondamentale finisse par rentrer dans leurs tronches: on n'apprend pas sans effort.
Il existe en effet une mythologie étudiante, entretenue principalement par nos "clients" originaires de prépa, qui veut que les gens "vraiment bons" n'aient pas besoin de travailler pour apprendre, chez les types vraiment doués, ça doit rentrer tout seul. Le résultat déplorable est que parmi les étudiants qui plantent le plus gravement leur premier semestre de première année, on trouve souvent des prépas, qui n'ont pas compris que nos enseignements étaient tellement divers que personne ne peut espérer les assimiler en vivant simplement sur ses acquis, et qui n'ont pas bossé une minute.
Ah oui, lors du dernier TD, on a eu une petit moment de flottement. Il fallait intégrer un profil de pression linéaire, le problème s'est donc transformé en: calcul de la surface d'un trapèze. Heureusement que mon petit aide-mémoirede maths était là... Du coup, je les ai prévenus: au prochain contrôle (lundi), surface du trapèze.
Si ça continue, je vais devoir changer le titre de cette série de billets!
07:56 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, education
06.10.2008
Volume d'une pyramide (9)
Cet après-midi, 3ème TD consacré à l'hydrostatique. Un champ de pression dans un fluide immobile, ce n'est pas bien méchant, n'est-ce pas? Surtout si le champ de pression peut être considéré comme homogène à l'échelle du problème considéré...
Eh bien, ce n'est pas gagné. La semaine dernière, nous devions calculer la force exercée par la pression atmosphérique sur deux hémisphères de 30cm de diamètre à l'intérieur desquels on avait fait le vide après les avoir assemblés. C'est l'expérience de la sphère de Magdebourg, dont on trouve facilement l'illustration - sur Wiki par exemple. La question que je leur posais était la suivante: est-il réaliste d'avoir eu besoin de 16 chevaux (8 de chaque côté) pour séparer les deux hémisphères, comme le dit la petite histoire?
Il y avait plusieurs façons de calculer la chose:
- la solution du taupin bourrin: faire l'intégrale de la force de pression sur un hémisphère en décomposant celui-ci en éléments de surface infinitésimaux en coordonnées sphériques et en projetant le vecteur normal sur l'axe des x (la plupart des gens avaient noté la symétrie). Il y en a bien eu un ou deux pour suggérer la méthode, mais aucun n'était capable de l'appliquer;
- la solution du taupin moyen: remarquer que le produit d'un élément de surface infinitésimale et de la composante en x du vecteur normal est égale à la projection parallèlement à x de la surface élémentaire: ça simplifiait beaucoup les calculs;
- enfin, la "méthode globale", autrement plyus astucieuse: considérer le système formé par la portion d'atmosphère entre la paroi extérieure de l'hémisphère et sa projection horizontale (circulaire, donc) sur un plan. Il était alors évident, vu le principe fondamental de la statique, que la force exercée sur une surface était égale à l'opposé de l'autre...
Sauf que... La troisième solution a donné lieu à des maux de tête inattendus, car elle ne permet que de calculer la force exercée par la paroi de l'hémisphère sur l'atmosphère! Pour en déduire la force exercée par l'atmosphère sur l'hémisphère, il fallait utiliser le principe de l'action et de la réaction... Donc changer de système. Autrement dit, au départ, il fallait bien avoir identifié le système sur lequel on travaillait.
Beaucoup ont certes admis que c'était bien pratique. Il y en a eu pourtant un grand nombre pour se révolter et refuser d'admettre que la force exercée par l'atmosphère sur l'hémisphère était égale à l'opposé de la force exercée par l'hémisphère sur l'atmosphère. Après une petite séance de discussion avec l'un des groupes de TD, j'en suis arrivé à la conclusion que si les autres ne disaient rien, c'était uniquement parce qu'ils en avaient marre et qu'ils avaient hâte que ça se termine; mais je ne suis pas certain que beaucoup aient véritablement intégré le principe de l'action et de la réaction.
Si je me souviens bien, cette notion était abordée en classe de seconde. Voici donc une notion de plus, prétendument élémentaire - et que pour cette raison on ne se donne plus la peine de revoir ensuite - que nous pouvons ajouter à la liste des notions oubliées, ou en tout cas mal maîtrisées.
Comme aujourd'hui le TD portera sur l'étude de stabilité d'un barrage, et qu'en plus de la somme des forces il va falloir calculer celle des moments s'exerçant sur le barrage en question, vous avez toutes les raisons d'espérer que jamais, mais alors jamais, aucun de mes étudiants ne soit embauché EDF pour faire les plans de leur prochain barrage!
07:00 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, education
02.10.2008
Le temps du bilan
Quand on parle au citoyen lambda de son métier d'enseignant-chercheur, la réaction est à peu près toujours la même:
"Ah, tu travailles à la fac; c'est cool comme place, il n'y a pas beaucoup de boulot, vos étudiants sont en vacances la moitié de l'année!"
Cette réaction, j'y ai eu droit un nombre de fois incalculable, y compris parfois dans mon entourage proche, de la part souvent d'enseignants - du secondaire, certes - qui n'ont pas vraiment idée de la teneur de notre boulot. Ayant conservé les habitudes saines d'hygiène mentale que l'on m'a inculquées lors de ma vie antérieure dans le privé, j'ai l'habitude de compter mes heures. Afin d'éclairer le profane, voici le résultat du décompte de septembre.
- Heures totales pointées: 200 (attention, ce n'est pas mon temps de présence au labo, qui est plus élevé: je ne compte pas les pauses repas, le temps passé à discuter au café ou dans un couloir, ou le temps passé à transiter de mon labo aux locaux d'enseignement (nous ne sommes en effet pas situés sur le campus de la fac de sciences). Ce sont les heures que l'on peut imputer à une "activité" professionnelle "active".
- Heures "non productives": 44 (réunions de conseil de labo, de conseil de direction, de conseil scientifique, correspondance, & archivage des emails, administration des enseignements, etc.). Ce sont les heures "d'intérêt général", que l'on ne peut pas affecter à une activité d'enseignement ou de recherche bien précise, et qui ne débouchent pas sur des réalisations concrètes comme un cours, un polycopié, ou une publi.
- Heures produites: 156 (il suffit de faire la soustraction...), dont:
- Enseignement: 47,5h. Parmi celles-ci:
- 16,5 h de présentiel (temps passé à donner les cours + TD)
- 18 h de préparation et correction (préparation des polycopiés, des énoncés de TD, correction des contrôles continus, séances de soutien bénévole, etc.)
- 13 h de correction des rapports, présence aux soutenances de stage, jurys de rattrapage, conseil de département et autres apparentés.
- Recherche:77,5 h (révision d'un gros article qui a été re-soumis à la revue, simulations et finalisation d'un autre papier de revue A qui sera soumis dans une ou deux semaines).
- Projet, consultance/expertise pour bureau d'études: 5,5 h (mais ça va augmenter le mois prochain)
- Rédaction d'un ouvrage pédagogique: 24h (mon 4ème bouquin; heureusement, cette fois-ci je ne suis pas auteur unique mais co-auteur!)
- Encadrement doctoral, jurys de thèse: 1,5 h (mes thésards ont pris leurs vacances en septembre)
- Enseignement: 47,5h. Parmi celles-ci:
Ce total n'étonnera pas un certain nombre de lecteurs de ce blog, qui sont du métier. J'espère qu'il éclairera ceux qui pensent que les enseignants-chercheurs ne font qu'enseigner 192 heures par an et glandent le reste du temps.
Avec une productivité de 78%, je m'estime heureux: beaucoup de mes collègues n'atteignent pas ce pourcentage. D'un autre côté, si j'avais fait comme eux et passé "seulement" 35h par semaine au boulot, comme septembre comptait 22 jours ouvrables, je n'aurais pointé que 154 heures. Les 44 heures d'administratif étant en pratique incompressibles, le nombre d'heures productives n'aurait été que de 111 sur 154, soit une productivité de 72%. Sur ces 111 heures, il n'en serait resté que 32,5 pour les activités de recherche. J'aurais peut-être pu terminer la révision de l'article précédent, mais je n'aurais certainement pas pu avancer sur celui que l'on va soumettre.
Maintenant, imaginez que, comme certains collègues, on m'ait collé sur le dos quelques responsabilités administratives, genre gestion des stages, ou suivi des étudiants de césure ou en 3ème année à l'étranger, ou bien gestion des emplois du temps... Vu la complexité de notre administration, vous pouvez compter aisément 20 heures par mois pour ce genre de plaisanterie (et je suis parcimonieux). Alors, il ne serait resté que 12 heures pour la recherche. Ca fait une demi-heure par jour ouvrable, vous pouvez oublier, on ne fait rien de sérieux à ce rythme-là.
C'est ce qui explique que la seule possibilité, pour un enseignant-chercheur nanti de responsabilités administratives, de préserver un peu ses activités de recherche, soit de travailler typiquement 200 heures par mois, c'est-à-dire entre 45 et 50 heures par semaine. Je ne parle pas de 45 à 50 heures par semaine de présence au labo, mais de 45 à 50 heures de travail. En prenant en compte les pauses café et repas, ça doit faire entre 50 et 60 heures de présentiel, selon la position du curseur entre "autiste" et "rigolo de la bande".
C'est aussi ce qui explique que certains d'entre nous fassent périodiquement la gueule quand, suite aux mouvements du type "sauvons la recherche", nous lisons dans les forums de Libération ou du Monde des commentaires de lecteurs du type: "Ah, ces branleurs de fonctionnaires, déjà qu'ils sont payés à rien foutre avec en plus la sécurité de l'emploi..."
07:48 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche, education
01.10.2008
Volume d'une pyramide (8)
On a refait le test de l'équation de droite hier. Notez bien, j'avais prévenu mes étudiants une semaine à l'avance qu'un contrôle continu aurait lieu, et j'avais glissé de manière répétée dans mon discours de lourdes allusions à la nécessité de savoir exprimer les coefficients d'une fonction affine.
Le contrôle continu a duré 15 minutes. Je posais les questions suivantes:
- équation sous la forme y = ax + b du profil de pression p(x) qui évolue linéairement entre p1 pour x1 et p2 pour x2. Réussite moyenne: 90%; 37 étudiants sur 46 présents savent faire complètement; 8 se plantent dans au moins un coefficient (l'ordonnée à l'origine sans exception) et une a fait n'importe quoi sur les 2 coefficients;
- 2 questions de cours sur l'unité de la pression et de la hauteur d'eau équivalant à une pression donnée.
La moyenne de la promo est de 16,1 sur 20; 19 étudiants ont 20/20, 38 étudiants ont 15/20 ou plus. Voilà qui devrait remotiver un peu tout ce beau monde, en lui enseignant par la preuve que l'on peut obtenir des notes correctes en mécanique des fluides... A noter cependant que les étudiants ont disposé de 3 minutes de plus par rapport au précédent contrôle continu. Et que même en consacrant 5 minutes à répondre à 2 questions de cours, 10 minutes pour retrouver (ou pas!) une équation de droite, ça continue de faire beaucoup.
Lors de la séance de TD de lundi, j'ai précisé aux deux demi-promos que, pour ceux qui ont des problèmes avec les maths ou les bases de la physique, j'avais fait acheter exprès par le département les bouquins de maths et physique de la seconde à la terminale S (et même le bouquin de maths de 3ème); et que c'était fait pour s'en servir si besoin. Cette information a failli provoquer un tollé, car beaucoup se sont sentis insultés. Ils se sont calmés en réalisant à mon intonation et à mes propos que je ne disais pas ça pour me payer leur fiole, mais pour fournir une aide à ceux qui en ont réellement besoin.
Le premier des deux exams est dans 2 semaines et demie...
08:15 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, éducation, école
29.09.2008
Volume d'une pyramide (6)
L'équation de droite vous a émus. Il suffit de consulter les statistiques d'accès à ce blog pour constater une recrudescence des visites la semaine dernière; à lire les commentaires postés sur les derniers billets en date [1, 2, 3, 4, 5], on comprend que le sujet ne laisse pas indifférent. Remarquez, il y a de quoi.
On pourrait en effet, comme b. dans son commentaire au dernier billet, se poser la question de savoir si le titre était bien choisi - vu que les étudiants ont su (exceptionnellement) donner la formule du volume de la pyramide. On peut aussi se poser la question de savoir si la révélation du niveau nase des élèves-ingénieurs de ce pays pourrait entraîner une crise nationale dans le petit monde des écoles d'ingénieurs. Je vous rassure (ou pas...), le titre aurait pu être n'importe quoi d'autre; et on peut hurler à la connerie tant qu'on veut, dans son école ou sur le net, par oral ou par écrit, ça ne change pas grand chose. Une petite illustration par l'exemple.
Je vous avais promis la narration d'une soutenance de stage de dernière année, que je pressentais croquignolette. Mes attentes n'ont pas été déçues. Mis à part le fait que les soutenances ont été interrompues pendant vingt minutes à cause d'un exercice d'alerte incendie (mes félicitations au passage à l'étudiant qui était en train de faire sa présentation à ce moment-là, car il a repris, après l'interruption, son exposé où il en était, en respectant son timing à la minute près!)
Comme je vous le disais, certains passages du rapport de l'étudiant dont j'avais été désigné tuteur m'avaient paru étranges. J'ai eu l'immense plaisir d'approfondir la question, non seulement avec l'étudiant lui-même, mais avec son maître de stage, qui s'était déplacé pour l'occasion (c'est de plus en plus rare). Je précise au passage que ce maître de stage a eu son diplôme d'ingé quelques années après moi seulement (1995 contre 1990), donc à une époque où l'on peut espérer que les gens étaient à peu près corrects au niveau maths et physique. Sous la férule de cette personne, qui "fait" dans le plan de prévention des risques d'inondation depuis bientôt 15 ans, mon étudiant a effectué 3 études d'inondation, sur des cas réels, qui ont été vendues à des collectivités. Voyons avec quel brio...
- Ca commençait avec la première formule que l'on trouvait dans le rapport. Pour des calculs de débit de pointe en crue, on avait besoin de calculer une pente moyenne sur un bassin versant; il existe pour cela plusieurs formules possibles, selon les hypothèses que l'on fait sur le régime d'écoulement: on peut pondérer la pente par les longueurs des cours d'eau, ou par leur racine carrée, ou bien considérer que ;le carré de la pente moyenne est égal à la moyenne pondérée des carrés des pentes "partielles", bref, ça n'en reste pas moins une formule de moyenne très classique. Or, voilà-t-il pas que je dégauchis, dans le rapport, la formule suivante:
- Pente = Moyenne(1/racine(Pentes partielles))
- Vous conviendrez, je l'espère, que ça pose des problèmes, ne serait-ce que d'homogénéité. J'en fais la remarque à l'étudiant, en lui reprochant de ne pas s'être relu, et surtout pour savoir quelle est la formule véritablement utilisée dans l'étude. Je m'aperçois que l'étudiant en question ne comprend absolument pas pourquoi je lui pose cette question. Je me tourne alors vers le tuteur pour lui demander s'il est d'accord, pour le découvrir les sourcils froncés, penché sur la formule... Lui aussi essayait de comprendre. Je fais assaut de pédagogie: "Imaginez qu'il n'y ait qu'un seul bief; alors, vous trouvez Pente = 1/racine(Pente). Ca ne vous paraît pas bizarre?" Ah oui, en effet, réalise le maître de stage... Pour autant incapable de me dire quelle est la formule qu'il faudrait utiliser dans ce cas particulier. J'ai pitié et ne m'acharne pas.
- Point suivant: la présentation du logiciel et des équations qu'il résout. Là aussi, il y en a une qui est foireuse. Est-ce une faute de copie de la part de l'étudiant (ce que je soupçonne) à partir du manuel de référence du logiciel? Toujours est-il qu'il y a dans l'équation de la dynamique deux fautes grossières qui feraient planter n'importe quel modèle, car elles équivalent à dire que le frottement crée de l'énergie... Les mecs, on a enfin trouvé le moteur à mouvement perpétuel: la flotte va désormais couler de bas en haut et remonter la pente!
- Là encore, l'étudiant ne comprend pas ce que je lui raconte (en gros, deux termes qu'il eût convenu de placer de l'autre côté du signe = dans l'équation de quantité de mouvement); le maître de stage a l'air de piger un peu mieux cette fois, mais sans être capable de dire non plus ce qui se passe réellement dans le logiciel (bonne ou mauvais équation discrétisée). Il me délivre cependant l'argument qui tue (un peu de poujadisme numérique ne fait pas de mal): "les équations ne doivent pas être trop fausses, sinon on s'en serait déjà aperçus..." Bien entendu, comme pour la pente moyenne par exemple?
- Enfin, il restait un point assez obscur dans le rapport: comme il faut bien effectuer les simulations à partir d'une condition initiale plausible, on initialise la simulation en injectant en amont du modèle un débit continu de quelques mètres cubes par seconde, qui correspond au débit moyen observé dans le cours d'eau. Jusque là, c'est normal, ça correspond à une pratique standard dans le métier. Ce qui est plus curieux toutefois, c'est que même après 8 heures, les quelques mètres cubes en question ne sortent toujours pas à l'aval du modèle. Or, celui-ci ne fait que 2 kilomètres de long. Sachant que la vitesse typique de propagation d'une onde en rivière est de l'ordre de quelques mètres par seconde, le signal de débit aurait dû sortir à l'aval après dix minutes à une demi-heure environ. Or là, c'est le contraire qui se produit: le débit à l'aval chute à zéro; huit heures plus tard, on a l'impression qu'il commence à remonter, mais on ne le saura jamais, car c'est à ce moment-là que l'étudiant fait "passer" une crue éclair, qui recouvre tout le signal initial. Donc on ne saura pas ce qui merde dans le modèle.
- Abandonnant l'espoir que l'étudiant pigera quoi que ce soit au problème, je m'adresse directement à son maître de stage: "Où est passée la flotte?" Il me confirme que celle-ci n'a normalement pas pu être stockée à l'intérieur du modèle, qui dans son état initial n'était pas censé déborder - toute l'eau devait rester dans le lit mineur. Je renouvelle donc ma question: où est passée l'eau? Nul ne le sait. Mais, dit-il afin de minimiser la portée du problème, ce n'est pas très grave: il ne s'agit "que" de 5 mètres cubes par seconde, alors que le débit de crue en fait 50 - soit 10 fois plus. J'ai beau essayer de lui expliquer que 5 m3/s d'erreur pendant 8 heures, ça fait 144 mille mètres cubes, soit à peu près l'équivalent de 10 centimètres de flotte sur les 1,5 kilomètres carrés de plaine inondable. Si jamais ces 10 centimètres se sont retrouvés "piégés" par erreur à l'intérieur du modèle, vous allez voir la tronche de la carte de risque d'inondation! J'essaie également d'expliquer que ces 144 mille mètres cubes représentent presque la moitié du volume qui passe pendant les 2 heures de la crue, et que par conséquent ça n'a rien de négligeable, je ne suis pas mieux compris.
Au maître de stage qui commençait par se demander où j'avais bien pu trouver toutes ces questions tordues, je finis par expliquer qu'avant d'être enseignant, je faisais le même métier que lui, dans un bureau d'études concurrent, et que des modèles de plaine d'inondation, j'en ai eu fait; et que j'y ai pris l'habitude de me méfier des logiciels, qui restent fragiles et toujours bien disposés quand il s'agit de raconter n'importe quoi. Du coup, comme je suis "du métier", le maître de stage se lâche et me confie qu'il a bien fallu, dans le modèle, prendre quelques libertés avec la géométrie réelle, car il y avait une portion de la plaine d'inondation où l'eau tournait littéralement en rond en oscillant, ce qui normalement n'est pas permis vu les équations résolues par le logiciel... J'aurais pu lui expliquer en trois coups de cuiller à pot qu'il s'agissait certainement d'un problème d'instabilité numérique, mais pour confirmer cela il aurait fallu connaître les paramètres hydrauliques utilisés. "Oh, me répond-il... Pour ces choses-là, on garde toujours les valeurs par défaut du logiciel." Me voilà rassuré!
Nous nous sommes séparés meilleurs amis du monde, sur l'affirmation du maître de stage que l'étudiant "aurait pu faire preuve d'un peu plus de sens critique vis-à-vis du modèle" - parole d'expert! Ce maître de stage a pratiquement le même âge que moi, ce qui d'un point de vue expérience et rémunération en fait un ingénieur senior, et travaille dans un bureau d'études qui a pignon sur rue; un gros truc, bien connu dans toute la France. Cela peut vous donner une idée du genre d'expert qui traîne dans les plus petites boîtes, qui remportent souvent des marchés en cassant les prix par rapport à ces gros bureaux, tout simplement parce qu'elles font faire le modèle, en moitié moins de temps, non pas par des ingénieurs, mais par des techniciens payés au lance-pierres, dont l'hydraulique fluviale n'est en plus pas toujours le métier de base.
Comme vous vous en doutez, l'étude sur laquelle a bossé cet étudiant a été vendue et les cartes de risque ont été remises au client. On peut espérer que les simulations de crue ont été répétées et contrôlées depuis (le tuteur "pense" que c'est le cas, mais sans pouvoir l'affirmer à 100%). Cette anecdote, pour consternante qu'elle soit, ne fait que refléter une philosophie générale de société: l'important, finalement, n'est pas que l'étude de risque d'inondation soit juste; c'est qu'elle ait été faite (obligation légale). Ainsi, en cas de pépin, le maire, ou la DDE, ou le Conseil général, peuvent sortir les plans et dire: "Ah mais vous voyez, on pensait de bonne foi que ce lotissement ne pouvait pas être inondé!"
Ce qui me ramène au titre de cette série de billets, et à la thèse générale qui la sous-tend: dans une société de service, le service devient (par définition) un bien de consommation courante. Ce qui signifie abaissement des coûts, et économie de main d'oeuvre. Dans nombre croissant de situations, cela signifie travail bâclé, sans qualité - je vous renvoie ainsi au commentaire d'Aisling sur son expérience en société de nettoyage à la fin du Billet 4: ce qui est dit est vrai, j'en ai la confirmation par d'autres personnes qui font ce type de boulot. Le corollaire de ce genre de philosophie étant qu'il n'est pas nécessaire d'être compétent (sans parler d'être instruit ou de se poser des questions) là où ce n'est pas expressément demandé - et, pour cette raison, payé très cher.
Comment alors en vouloir à nos étudiants, à qui toute leur expérience dans le système éducatif a montré que l'on pouvait s'en tirer raisonnablement en maniant l'à-peu-près, et que leur entrée dans la vie active ne détrompe même pas, puisque leurs maîtres de stage ont également tout oublié et ne ressentent pas eux non plus le besoin d'une rigueur minimale?
Heureusement, il reste le monde de la finance et des banques pour nous montrer ce que sont de vrais pros.
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26.09.2008
Volume d'une pyramide (5)
Suite des épisodes précédents. Vous vous souvenez que mes étudiants ne savent plus établir l'équation d'une droite [1, 2, 3, 4] et je précise, pour ceux qui prendraient le train en marche, que nous parlons ici d'étudiants en 1ère année d'école d'ingénieurs, issus majoritairement de prépas et de L2 prépa. Je conseille également au lecteur les commentaires fort intéressants qui ont été postés sur ces 4 billets.
Comme je vous l'avais dit, une réunion des enseignants de maths a eu lieu hier après-midi pour faire le bilan d'un contrôle général qui a été effectué le jour de la rentrée (il y a 15 jours) sur l'ensemble des élèves-ingénieurs de l'école. Le résultat est finalement à peine meilleur que celui de mon contrôle continu de ce lundi... Je l'ai appris en arrivant à cette réunion, l'objectif était aussi de se mettre d'accord sur un petit texte qu'avait exigé le directeur adjoint de l'école en vue de le joindre au dossier qui va être remis à la CTI. En effet, ladite CTI doit nous visiter bientôt pour renouveler notre habilitation.
Comme le directeur adjoint aux études avait demandé le texte pour la veille, il fallait faire vite - c'est-à-dire en gros approuver la bafouille qu'avait pondue, de façon fort prévoyante, un de nos collègues. En gros, voilà ce que ça dit:
- les élèves n'ont pas tous le même niveau en maths;
- certains sont moins bons que d'autres.
Je pense que quand ils liront ça, les mecs de la CTI auront une attaque. Vous l'avouerez, c'est quand même la surprise du siècle (remarquez, le siècle est encore jeune). La hardiesse des inférences m'éblouit (mais aussi ces conclusions sont celles d'un vrai mathématicien). Je pense que ces deux remarques doivent pouvoir être utilisées par un spécialiste de l'analyse fonctionnelle pour démontrer que l'ensemble des notes des étudiants forme un fermé borné, c'est-à-dire un compact. Ayant oublié toutes mes notions de topologie, je suis malheureusement incapable de faire la démonstration moi-même, et croyez bien que je le regrette.
Il y a bien eu un emmerdeur (devinez qui) pour demander qu'à ce commentaire extrêmement euclidien (car bidimensionnel et sans courbure, c'est-à-dire très plat) soit ajouté un aparté, destiné aux seuls yeux de notre direction, afin d'avertir notre Grand Schtroumpf que, faire des semaines transversales, des tournois sportifs inter-écoles et des semaines humanitaires, c'était très bien, mais que ce temps que l'on nous retire année après année des enseignements "techniques" est autant de temps qui nous manque pour remettre à niveau nos étudiants; et viendra un moment où, à force de passer notre vie à rappeler à des amnésiques ce qu'ils ont appris en classe de troisième, nous ne pourrons plus leur apprendre leur métier d'ingénieur... Cette requête a soufflé autour de la table un vent de désolation. Tout le monde s'est regardé mutuellement d'un air atterré, l'air de dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce fou?"
Et comme toujours dans ces circonstances, ceci a clos la discussion; tout le monde s'est levé en se rappelant qu'il avait vachement tout plein de choses à faire ailleurs. Je n'ai aucune certitude à l'heure actuelle que ma "motion" soit transmise à la direction. D'un autre côté, je suis vachement rassuré de savoir que nous sommes différents car il y en a qui ne sont pas pareils que d'autres. La CTI appréciera.
Revenons rapidement à la notion de "qualité" du travail, qui a fit l'objet d'un petit débat avec B. et Aisling (commentaires du billet 4). Pour abonder dans le sens d'Aisling, je conseille cet ouvrage qui se lit rapidement: La culture du nouveau capitalisme, par R. Sennett, et qui illustre bien la mise en forme d'une "nouvelle" (pas tant que ça, finalement) mentalité de travail.
A ce sujet, j'avais évoqué le rapport de stage mal fagoté d'une étudiante que j'avais en soutenance hier. Son maître de stage était présent à la soutenance en question. Il faut absolument que je vous raconte ça la semaine prochaine, car ça aussi, c'était du joli...
La suite au prochain numéro!
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