15.05.2009
Neoliberalism and water providers
Et pourtant, ce n'est pas faute de nous avoir répété que la libéralisation, c'était mieux pour la performance...
http://www.ihe.nl/About/News/Neo-liberalism-makes-water-p...
11:35 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, economie
23.02.2009
Révolution?
A l'heure où l'économie nous mène par le bout de la badine et où l'on en est à nommer des "ministres de la relance" (il fallait oser, mais vous connaissez la fameuse réplique des Tontons Flingueurs, je ne vais pas vous la ressortir), il n'est peut-être pas inutile de flanquer un coup de pied supplémentaire au derche des conformistes de naguère: ceux qui nous disaient que l'Espagne, l'Irlande, l'Islande ou le Royaume-Uni, avaient tout compris et qu'il nous fallait, comme tous ces pays, abandonner nos vieux rêves de protection sociale pour nous lancer à fond dans la machine folle...
Pour une fois, ce n'est pas moi qui le dis, c'est ici et vous remarquerez le caractère révolutionnaire de l'info: un cadre du PS qui tient un discours de gauche! Il veut se faire virer, lui, ou quoi?
07:49 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, crise, finance, croissance
23.01.2009
La finance et ses esclaves
Du débat sur la responsabilité des traders dans le boxon actuel. Ce n'est pas tant l'article qui importe que l'échange de réactions qui le suit. Il y a des arguments provenant des deux camps: ceux qui ont foutu la merde et ceux qui les accusent de l'avoir foutue, et tous ne sont pas totalement indéfendables.
A lire, on n'a pas besoin d'être d'accord sur tout, mais c'est instructif: http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/01/der...
09:55 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, économie, finance
08.10.2008
Avec toutes mes excuses (suite)
Rendons à Cesar ce qui est à Cesar. Je reproduis en fin de ce billet un texte transmis par B., contributeur régulier de ce blog, qu'il serait je pense dommage de laisser en commentaire d'un billet , car même si la plupart des gens qui passent ici doivent aussi lire les commentaires, on ne sait jamais. Le voici donc in extenso, ci-dessous, avec les liens qui l'accompagnent.
Dans le même ordre d'idée, je me souviens très bien de ce petit journal carrément subversif, intitulé La Décroissance (site ici), dont j'avais acheté un exemplaire il y a plus d'un an. Le journal publiait l'interview d'un expert, qui souhaitait rester anonyme -et on le comprend- travaillant pour un certain nombre d'organismes financiers internationaux, dont la Banque centrale européenne par exemple. Il y a déjà plus de 12 mois, cet expert annonçait assez précisément ce qui est en train de se passer: système financier utilisant des produits "virtuels" totalement délirants, banques jouant avec de l'argent qu'elles n'avaient pas (je crois que récemment, les prêts à court terme étaient passés d'un rapport emprunt/garantie initialement égal à de 10 à plus de 30 !), etc. Ce type prédisait (et à combien juste titre) que ça allait péter, et salement.
Dans ces conditions, que l'on ne nous dise pas que personne ne savait. Bien sûr, que le risque était connu. Mais, comme dans les catastrophes du style navette spatiale, où un pauvre petit joint en caoutchouc gelé dans un booster ou un bloc de mousse qui heurte une aile finit par dégénérer en désastre parce que les responsables ont choisi d'ignorer les avertissements de leurs employés, ces risques ont été (sciemment ou non) sous-estimés, faussant la perception du danger et se traduisant par le boxon planétaire que l'on sait. Pour les gens qui ont un peu traîné leurs guêtres dans les instances de type Bruxelles (je me souviens du temps où j'allais montrer mon cul à la Commission pour faire le tapin et récolter un peu de pognon sur les projets du PCRD), il apparaît assez évident que tous ces experts et hauts fonctionnaires ne vivent pas sur la même planète que nous et n'ont pas du tout la même perception de ce qui est bénéfique ou nuisible, sans parler d'être utopique ou au contraire réalisable.
Armons-nous donc de patience pour supporter la débilité ambiante et ses conséquences sur nos portefeuilles; en attendant, je vous livre le texte du billet.
"Voici les elements qui je pensent peuvent eclairer tes lecteurs qui comprennent l'anglais (j'ai toujours un probleme avec les journalistes francais qui ne comprennent jamais tout le probleme).
en premier lieu, le reportage de 60 minutes qui eclaire enfin pourquoi les gens qui font des produits derives ne veulent pas appeler leur contrats des assurances:
http://www.crooksandliars.com/nicole-belle/60-minutes-wal...
Reponse: parceque une assurance c'est regule, c.a.d on demande aux assureurs d'avoir l'argent qui garantit le contrat, on ne demande rien a un secteur qui n'est pas reguler, d'ou la possiblite de ces firmes d'emettre plein de contrats qui a terme pese 50 a 70 fois l'argent de leur propre entreprises. Les solutions de black-sholes ne peuvent etre applique que dans un regime stationnaires et donc cette formulation est ideal quand on pense que certaines stats sont tres basses (voir plus bas)
Alors maintenant on entend aussi parler de ces putains pauvres qui ont pris tout ces credits pour acheter des maisons qu'ils ne pouvaient pas se payer. En comprenant ce qui se passe, il faut voir deux choses:
* la premiere est que si l'argent du bail out etait donne a ces personnes qui ont pris des credits, tout le probleme disparaitrait car on aurait plus ces histoires d'assurance demultipliees qui se mettent en action! Mais non, on a decider avec le bail-out de payer les contrats que nous savons au moins pour l'allemagne etre egal a 80% du produit interieur brut du pays.
* dans un marche montant, les plus mauvais payeurs pouvaient revendre leurs maisons sans faire defaut, les stats sur les defauts sont devenues tellement ridiculement basse que tout le monde a penser que l'economie allait bien c.a.d que l'on pouvait prendre plus de rsique, et donc de penser que ces contrats pouvaient etre augmenter en nombre. ( http://meganmcardle.theatlantic.com/archives/2008/10/how_... , http://www.marginalrevolution.com/marginalrevolution/2008... )
A la fin, une baisse de 10% de la valeur de ces actifs fait sauter toutes ces banques a cause de la demultiplication.
autres articles a lire:
http://www.nakedcapitalism.com/2008/10/soros-he-foresaw-e...
http://gregmankiw.blogspot.com/2008/10/do-you-take-models...
Ce qui m'etonnera toujours c'est la facilite avec lesquelles les banques francaises ou europeennes sont capables d'acheter des produits comme ceux -la alors que ces produits financiers seraient totalement interdit en France. On parle de faire avec moins de fonctionnaires en france, mais peut-etre qu'il serait utile d'avoir des fonctionnaires bien formes qui puissent reellement comprendre ces produits et estimer leur niveau de toxicite. "
10:19 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, economie, politique
07.10.2008
Avec toutes mes excuses
Des excuses, je vous en dois. Vous vous souvenez de ces billets où je me moquais - malheureux inconscient que j'étais! - de ces marchés qui nous font tant de bien [Lien 1, Lien 2, Lien 3]. Cette série, qu'avait initié un facteur a priori sans rapport avec la choucroute - à savoir un énervement chronique envers les conducteurs de 4x4 [Lien 4] - m'avait valu les foudres de quelques spécialistes de l'économie. On s'était un peu frittés, d'un côté les gens qui savent de quoi ils parlent et de l'autre les ignorants qui racontent n'importe quoi (ça, c'est moi!)
Eh bien, ils avaient raison, et j'avais tort: en fait, ça se passe plutôt bien. Il n'y a qu'à voir ici, ici et là.
Bon, c'est vrai: tirer sur les ambulances, ça ne se fait pas. Mais on a peut-être le droit de tirer sur les corbillards?
08:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, économie, politique
16.09.2008
Tout va bien
Il fallait le faire, ils l'ont fait; un petit florilège des choses intéressantes que l'on trouvait ce matin sur le net:
- la proposition du ministre des bonnets d'âne fait fureur: suite à la proposition de Xavier Darcos de fusionner l'Education nationale et le Comité international olympique, on se mettrait à distribuer des médailles pour le bac [Lien 1]. Comme ils sont 80% d'une classe d'âge à l'avoir, il va falloir prévoir des podiums vachement larges... Il doit avoir un pote dans la métallurgie, celui-là. Ferait-il du lobbying auprès de l'UIMM pour prendre la place de Laurence Parisot? En tout cas, l'idée est accueillie tellement favorablement par tout le monde que le Xavier des familles a déjà sa doudoune pour l'hiver [Lien 2], [Lien 3], [Lien 4], [Lien 5].
- Ca fera peut-être oublier que la fin de la carte scolaire, comme on s'en doutait un peu, contribue encore un peu plus à la ghettoïsation des établissements d'enseignement [Lien 6].
- Ceci dit, notre bon ministre n'est pas à court d'idées, à croire qu'il prend son inspiration auprès des meilleurs conseillers de l'Elysée. Le voilà maintenant avec en tête un "Code de la paix scolaire" [Lien 7]. Il a raison, c'est plus facile à obtenir la paix au collège que dans la Bande de Ghaza... Kouchner a mal choisi son ministère.
- A part ça, le père Darcos est tellement fier de ses (propres ?) idéres qu'il n'en pipe mot sur la page des actualités du ministère [Lien 8]. D'un autre côté, il a raison, les paroles s'envolent, les sites web restent longtemps (dans les caches de Google).
- Tant qu'on y est, je lui en donne une autre (d'idée): profiter de ce qu'on connaît les noms de tous les bacheliers à qui on donne une médaille pour les inscrire gratuitement sur le fichier Edvige. Ceux qui ratent le bac, eux, seront inscrits aussi, mais ils devront payer une redevance. Le but étant de populariser ce slogan évolutif: "Travailler plus pour se faire prélever moins"...
- Aux States, les Démocrates sortent un site nommé McCainPedia [Lien 9], censé faire la liste des mensonges débités par le camp républicain. Comme le Nain pendant la campagne de 2007, Obama sera-t-il assez malin pour laisser lancer les attaques les plus meurtrières par ses fidèles? A quand le nom d'Obama déposé par des Républicains sur le site RottenNeighbours.com?
- Sinon, quoi d'autre? Ah oui, l'économie mondiale va très bien [Lien 10], [Lien 11], [Lien 12]. Ceci dit, pas de panique, les emmerdes ne peuvent pas nous arriver à nous [Lien 13]; on a déjà été assez forts pour détourner le nuage radioactif de Tchernobyl, alors une tempête bancaire, vous pensez...
08:04 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, usa, economie, edvige
16.07.2008
Bourse, spéculation, banques et le reste
08:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, actualité, économie
30.06.2008
Marchés = gros nuls (suite)
Je savais que ce billet sur le libéralisme n'allait pas faire que des heureux. Comme mon but dans la vie n'est pas de plaire au plus grand nombre, je m'y attendais un peu... J'espérais à vrai dire des réactions, et elles n'ont pas tardé. Mathieu P., qui avait par ailleurs contribué à l'échange sur les 4x4 (ceux-là aussi, il va falloir que j'y revienne, car il y a eu d'autres réponses depuis), a posté le texte cité ci-dessous en italiques. Comme je serais attristé que l'on me comprenne mal, son texte mérite une réponse détaillée point par point - que voici.
"C'est étrange comme en France, le mot libéralisme a l'air de faire partir en vrille même les gens les plus intelligents."
Si c'est un compliment, merci. D'un autre côté, je décèle une petite déception... Dieu sait que je suis loin d'être satisfait de la mentalité française, à laquelle je prête de nombreux défauts, notamment l'étroitesse de vues et une certaine idée de sa propre valeur... Mais, même si cette mentalité me paraît par de nombreux aspects imparfaite, je lui prête une très grande qualité: contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, le Français n'a pas peur de l'anti-conformisme; s'il râle souvent sans raison ou en avançant des arguments biaisés, il est également beaucoup moins enclin à admettre sans preuve les arguments tout faits que l'on lui présente à la télé ou dans les magazines, en particulier pour tout ce qui touche aux aspects sociaux et économiques - surtout quand il fait partie de ceux qui se font enfler.
En l'occurrence, la présentation en trois points de la situation est d'une part grossièrement fausse (l'économie de la seconde révolution industrielle a été bâtie sur le pétrole *avant* qu'on prenne conscience que la ressource était dramatiquement limitée, et non après ainsi que le laisse entendre cette présentation)"
Que Mathieu me permette d'être en total désaccord avec son argumentation, pour les raisons suivantes.
- Premièrement, la première ressource énergétique de la révolution industrielle n'est pas le pétrole, mais le charbon. Encore une ressource fossile, d'ailleurs. Le pétrole n'est arrivé qu'après le charbon, et même longtemps après. Je conseille à Mathieu la lecture du petit livre très intéressant L'histoire secrète du plomb. On y apprend notamment qu'avant la "géniale" trouvaille de l'utilisation du plomb en tant qu'anti-détonnant, le pétrole était un carburant ma foi assez capricieux, car un peu trop explosif, ce qui faisait que l'on n'aimait pas trop l'utiliser dans les moteurs. Jusque dans les années 1930, de nombreuses automobiles - notamment aux States - possédaient un commutateur qui leur permettait de faire fonctionner le moteur, au choix au pétrole, ou à d'autres carburants tels que les alcools végétaux.
- Mais à la rigueur, cet argument n'est qu'un détail. Quand je parle de bâtir toute une économie sur le pétrole, je me réfère surtout à l'aveuglement des 50 dernières années. J'invite ainsi le lecteur à se rendre sur le site de toute bonne compagnie pétrolière qui se respecte (Ex., le site de BP, www.bp.com). Comme désormais, la mode est à la transparence et que les pétroliers veulent la jouer "communicationnellement correct" vis-à-vis des écolos, ils mettent en ligne plein de données. On peut ainsi télécharger à la page "Reports and Publications" de BP un certain nombre de feuilles Excel sur l'évolution de la demande énergétique depuis plus de 40 ans. J'ai tiré de ces feuilles Excel les graphiques ci-dessous.
-
- Le graphique de gauche présente l'évolution de la consommation depuis le milieu des années 60, le graphique du milieu illustre l'évolution du volume de réserves connues depuis 1980. Le triosième graphique est une synthèse des deux premiers: en divisant le volume de réserves par la consommation annuelle, on obtient l'autonomie énergétique mondiale, c'est-à-dire la durée qu'il nous reste avant que les réserves connues soient épuisées - en supposant que nous continuions de consommer au même rythme. Que nous disent ces graphiques?
- La première chose, c'est que l'on peut s'estimer heureux qu'il y ait eu deux chocs pétroliers dans les années 1970. Si la dérivée de la courbe de gauche était restée identique à ce qu'elle était dans les années 1960, la consommation annuelle de pétrole en serait probablement à 50 ou 60 milliards de barils de pétrole de nos jours, contre une trentaine en réalité.
- L'autonomie énergétique est actuellement estimée à une quarantaine d'années, contre une trentaine au début des années 1980. L'accroissement de l'autonomie provient de la découverte de gros gisements à la fin des années 1980 (cf. graphique du milieu). Si l'on avait continué à consommer selon la tendance des années 1960 et 1970, cette autonomie ne serait plus aujourd'hui que de 20 ans.
- Quoi qu'il en soit, 30 ou 40 ans d'autonomie, c'est la borne supérieure de l'intervalle. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque BP affiche le volume total des réserves disponibles, la compagnie ne mentionne pas à quel coût d'extraction. Si, sur les 1200 milliards de barils disponibles actuellement, seulement 600 ou 800 sont extractibles à des coûts économiquement viables (c'est-à-dire que les coûts d'extraction restent suffisammment faibles pour que celle-ci vaille la peine d'être réalisée), l'autonomie chute à 25 ou même 20 ans...
- Face à ce genre de considération, l'argument standard du partisan de la théorie des marchés est que, le prix du pétrole augmentant avec sa rareté, la production et la consommation s'auto-réguleront d'elles-mêmes. Certes, cela est vrai, je ne le conteste pas. Mais que les marchés soient capables d'ajuster le coût d'une ressource en fonction de la demande et des capacités de production n'a rien d'une nouveauté, c'est même une tautologie, puisque c'est comme ça que les marchés fonctionnent. Ca n'implique en rien que les marchés aient raison de le faire, ou même que c'est une bonne chose qu'ils le fassent - mais j'y reviens plus loin.
- Revenons au pétrole: depuis deux à trois ans, le monde entier semble se réveiller et découvrir soudain sa rareté . Alors là, je dis halte aux bobards. Que l'on cesse de nous prendre pour des crétins, et surtout que l'on ne prétende pas que le problème du caractère périssable de la civilisation du pétrole date d'aujourd'hui, puisque l'on pouvait déjà l'inférer des chiffres d'il y a 30 ou peut-être même 40 ans. En gros, cela fait 30 ou 40 ans que l'industrie du pétrole - et avec elle une bonne partie de l'économie occidentale - vit dans la plus grande insouciance, avec un avenir estimé à 30 ou 40 ans. N'oublions pas que, depuis les années 1970 et 1980, pour ne citer que le cas de la France, les politiques vont délibérément dans le sens d'un affaiblissement des services publics de transport en commun tels que le rail (qu'ils soient de passagers ou de marchandises), pour favoriser le transport routier individuel - particulièrement énergivore - au détriment du rail ou du fluvial.
- Donc oui, je maintiens, la récente prise de conscience des financiers de la finitude de l'économie du pétrole ne peut qu'éveiller un sentiment de compassion apitoyée que l'on ressent face à une stupidité sans fond.
-
"mais aussi un non-sequitur avec l'argument qu'elle prétend réfuter. Ce dernier est en effet de souligner que l'adaptation au pétrole cher est déjà en cours, ce que contestait le billet auquel de répondait (qui postulait, à tort, une augmentation des ventes de SUV, alors qu'elle sont en diminution)."
Je conteste, sur quatre fronts:
- dans le billet original sur les 4x4, je plaisantais sur le fait que les marchés ne fonctionnaient pas, car la connerie, qui coûte portant très cher, est reste un des biens que les gens s'arrachent au prix fort. Que ce genre de boutade ne soit pas du goût de tout le monde, je le conçois aisément... Mais ça vous arrive de plaisanter de temps en temps?
- plus sérieusement, le fait que "l'adaptation [soit] déjà en cours" ne change rien au fait que (1) cette adaptation est extrêmement récente, tout en (2) faisant suite à, combien? 10 ans, 15 ans d'augmentation continuelle des ventes de 4x4, alors que (3) la finitude du pétrole est un fait acquis depuis plus de 30 ans. Alors, vous m'excuserez, mais en fait d'adaptation, la loi du marché n'a vraiment pas de leçon à donner;
- selon certains (et pas des moindres, Joseph Stiglitz vous excuserez la référence!) cette augmentation intervient pour des raisons tout à fait extérieures aux préoccupations environnementales [Ref 1]. Si les marchés sont arrivés à un effet bénéfique pour l'environnement et pour l'avenir de l'humanité, c'est tout à fait par accident;
- enfin, il ne faut pas oublier que l'augmentation du prix du pétrole a pour conséquence une spéculation accrue sur les biocraburants, donc sur l'agroalimentaire, avec pour conséquences des problèmes de production autocthone dont se passeraient bien un certain nombre de pays les plus pauvres. On a donc seulement remplacé un problème par un autre, qui n'est pas moins grave.
" Après, il est certes possible de s'interroger sur la vitesse de réaction du marché par rapport à ce qui serait idéal du point de vue de toutes les générations concernées. "
C'est bien, ça, de penser qu'on pourrait s'interroger. Pourquoi ne pas le faire, alors? Trois choses me gênent beaucoup dans les raisonnements des partisans de la logique de marché:
- la première, c'est que ces gens s'amusent souvent à faire des bilans sur des systèmes "ouverts", c'est-à-dire qu'ils ne comptabilisent pas toutes les entrées et toutes les sorties; ce qui leur permet ensuite de tenir des raisonnements en mettant en avant les arguments qui les arragent et en oubliant les autres. Ainsi, quand le système boursier et la stupidité associés amènent les banques à faire des profits en spéculant honteusement sur des produits financiers aberrants, ça ne pose de problème à personne, le pognon rentre et va nourrir les actionnaires. Mais quand tout commence à se planter (Ex. subprimes, bulle Internet et autres amusements du même genre), ce sont les Etats qui, tétanisés par la peur de la récession massive, mettent la main à la poche pour soutenir les banques défaillantes. Autrement dit, bénéfices pour le spéculateur, dettes pour le contribuable. Avec de tels dispositifs pour pomper le pognon, on serait vraiment un pauvre couillon de ne pas spéculer!
- quand par hasard le marché arrive à faire quelque chose de bien, ce n'est pas pour des raisons structurelles, et encore moins morales. Ainsi, la hausse du prix du pétrole au sujet de laquelle nous sommes en désaccord n'intervient pas parce qu'il est souhaitable que l'économie mondiale apprenne à se passer du pétrole; elle n'intervient pas parce que les marchés sont visionnaires et qu'ils ont compris que tout cela aurait une fin: elle intervient de façon mécanique, parce que la ressource commence à manquer (ou du moins , la ressource bon marché). Et elle intervient peut-être trop tard, car avec tout le CO2 que l'économie du pétrole nous a amenés à rejeter dans l'atmosphère, on a peut-être déjà programmé une hausse moyenne de 5 degrés sur la température du globe pour les générations futures. Mais, reconnaissez-le, si l'on découvrait soudain un gisement pétrolifère énorme qui ferait tripler l'autonomie énergétique de l'humanité, les prix baisseraient à nouveau et on serait repartis pour 50 ans, avec des émissions de CO2 à la hausse.
- la troisième chose - et la plus grave à mon sens - c'est que les obsédés de l'économie théorique ont tendance à considérer le marché et les processus financiers comme des fins en soi, en oubliant que derrière les chiffres du CAC 40, du Dow Jones et les indices de chômage, il y a des gens. La croissance, le taux d'endettement, tout ça c'est bien joli, mais lorque l'on convertit cela en réalité humaine, ce n'est plus la même musique. Votre phrase m'évoque la question suivante: supposons que je vous dise: "ce serait bien qu'il y ait une rupture de barrage sur une zone urbanisée. Comme ça, on pourrait faire des mesures et ça me permettrait de valider mes techniques de simulation numérique"; qu'en penseriez-vous? Certes, une telle expérience ferait peut-être de moi un scientifique renommé, mais également un crétin fini. Même si vous ne connaissez rien à la mécanique des fluides et que vous n'avez aucune idée de ce que peut être un schéma aux volumes finis à capture de choc, vous auriez le droit de me dire que je suis un nase. Et vous auriez raison. Votre "interrogation possible" sur la vitesse de réaction des marchés me navre autant que pourrait vous navrer l'hypothétique expérience ci-dessus.
" Je dois dire que je regrette beaucoup de lire sur ce blog que j'apprécie un anti-économisme aussi primaire. "
Encore une fois, vous m'avez mal lu. Je ne suis certes pas un expert en économie, je ne prétends pas tout y comprendre. Il n'empêche que j'ai lu quelques petites choses - dont le savoureux Les trous noirs de la science économique, de Jacques Sapir; ou quelques bouquins de Joseph Stiglitz (Ca doit vous dire quelque chose, non?) et que je me suis forgé une petite idée du problème. Pour résumer, mon opinion tient en deux points:
- l'économie de marché peut - mais elle n'est peut-être pas le seul instrument possible pour cela - être un instrument d'optimisation très efficace. Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale. En effet, entre autres choses, elle ignore délibérément, dans ses bilans, les coûts sociaux produits par ses avatars, ces coûts étant le plus souvent payés par d'autres [Exemple ici]. On ne peut donc pas lui faire confiance en tant que mécanisme principal de régulation de la société, il faut d'autres mécanismes au-dessus d'elle pour la contrôler. Elle doit demeurer un simple outil et surtout ne pas devenir une fin en soi;
- les thuriféraires de l'économie de marché ont souvent tendance à insister sur les bienfaits de leur bébé - et à les présenter comme des bienfaits intrinsèques - alors que ses échecs sont présentés, somme toute, comme des dommages collatéraux et incidentels ("on pourrait s'interroger"... sous-entendu, ce n'est pas le plus important). Là aussi, c'est bien pratique de raisonner en bilan sur un système ouvert, en ignorant des flux... sauf que lorsque l'on fait ça, le bilan est faux! A toutes les âneries que l'on entend à la radio sur la nécessité de la croissance, etc., aucune justification n'est jamais donnée. A entendre tous ces types bêler la même chose, j'ai vraiment l'impression de me retrouver à la fin de la chanson de Renaud [1], où des étudiants studieux et certifiés conformes s'en vont diriger le monde "en traînant dans leur cartable la connerie de leurs aînés".
Pour conclure:c'est quoi, déjà, le titre de ce blog? Et son sous-titre? Je ne suis pas anti-économistes, je suis anti-cons (Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'est la même chose, j'espère?
[1] Renaud. "Etudiant, poil aux dents", in Le retour de Gérard Lambert.
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27.06.2008
Libéralisme, piège à cons
A l'heure où l'Irlande vient de dire non au traité de Lisbonne, et où elle se fait taxer d'ingratitude par la moitié des pays de l'Europe, on apprend qu'elle va entrer en récession [Ref1, Ref2]. On peut peut-être y voir une relation de cause à effet?
Au même moment, on apprend qu'un des autres petits pays miracles, en l'occurrence l'Estonie, connaît elle aussi quelques problèmes économiques: après de nombreuses années de croissance supérieure à 5%, la voici qui à son tour tombe dans le marasme [Ref3].
Coïncidence ou pas? Les banques elles aussi ont mal quand elles s'assoient. Ainsi Wall Street s'est mis à dégraisser (Le Monde vient de retirer l'article en question de son site, je ne peux donc plus vous faire passer le lien).
Ces événements, que l'on peut a priori penser sans lien mutuel, ont en réalité un point commun. En ce qui concerne l'Irlande, ou l'Estonie et tous les autres ex-petits pays miraculeux, que l'on nous présentait il y a quelques mois encore comme des exemples - voire des prototypes de ce qu'il faudrait faire pour que la France aille mieux, ou comme les preuves par 9 que le libéralisme forcené peut générer le bonheur - les commentateurs se la jouent vieux sages a posteriori. Les commentaires sont unanimes, en gros: "on savait bien que ça [les croissances à 8 ou 10%, NDLA] ne pourrait pas continuer comme ça éternellement". Sans blague?
En ce qui concerne Wall Street, dans l'article du Monde, un commentateur s'autorise cette réflexion: "Les banques n'avaient jamais gagné autant d'argent sur des produits financiers qui n'étaient pas du ressort de leur compétence principale. Il va falloir s'habituer à ce qu'elles soient désormais moins rentables." Pas possible?
Le point commun, le voici: l'absence totale de sens moral, critique et prévisionnel.
Pourtant, les avertissements aux crétins n'ont pas manqué. Par exemple, il y a 2 ans, le bureau de prévisions économiques avait prévu le coup de frein actuel sur l'immobilier [Ref4]. A l'époque, l'annonce avait fait scandale. Maintenant, on voit le résultat.
Et puis pas besoin d'aller aussi loin dans la réflexion, il suffit d'avoir recours à la bonne vieille logique. Je reviens sur le commentaire laissé par Mathieu P. sur la note "Avenir du 4x4...". Mathieu prétend que la chute d'un quart à un tiers des ventes de SUV aux States (du fait de la montée du prix du pétrole) est un signe de bon fonctionnement des marchés. Non seulement je ne suis pas certain que ce soit un signe de bon fonctionnement des marchés, mais je suis en fait de l'avis contraire: c'est le signe que le marché n'a rien dans la tronche. Parce que enfin, soyons logiques: (1) on vous annonce qu'une ressource énergétique, disponible pour l'instant à bas prix, n'est disponible qu'en quantité limitée, (2) qu'elle est non renouvelable car le pétrole met des centaines de milliers d'années à se former à partir de résidus végétaux dans les couches géologiques, et pourtant (3) vous bâtissez toute une économie là-dessus. Et quand les choses se mettent à foirer, on se dit que c'est un signe de bonne santé car on ne pourra pas continuer à être aussi débiles très longtemps.
Finalement, les raisonnements sur le caractère auto-régulateur des marchés (qui, mis à part la spéculation fondatrice et que personne n'a jamais vérifiée sur la fameuse "main invisible") me font un peu penser à ceci: que penseriez-vous d'un médecin qui vous dirait la chose suivante: "finalement, la cirrhose du foie est une bonne maladie, car elle empêche les alcooliques de vivre trop vieux."
Je conclurai avec ce petit QCM.
"Je suis persuadé que l'on peut transformer la merde en or; que le haut est en bas et que le bas est en haut; que pour qu'une chose devienne vraie, il suffit qu'un nombre suffisant de gens habillés comme moi le pensent; que s'il est plus rentable que tu sois un lapin blanc, alors tu es un lapin blanc. Qui suis-je ?"
Réponse A: un alchimiste
Réponse B: un philosophe post-moderne
Réponse C: un rebouteux
Réponse D: un trader ou un économiste néo-libéral
Fautes votre choix...
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28.05.2008
Economie et finance: le bal des gros nuls
Encore un grand moment de Jean-Marc Sylvestre ce matin sur France Inter. Aujourd'hui, la girouette économique du PAF nous la jouait dans le registre vieux sage sentencieux.
Selon le thuriféraire des fonds de pension, la marge de manoeuvre économique du gouvernement en ce qui concerne le malaise économique et social dans le royaume de France est extrêmement réduite, et ce pour trois raisons:
- il ya de forts risques de contagion. Il a raison: quand les pêcheurs se mettent à gueuler sur le prix de l'essence, les taxis, agriculteurs et chauffeurs routiers ne sont pas loin;
- l'augmentation de l'essence, qui commence à faire descendre du monde dans la rue, s'inscrit dans un mouvement général et durable d'inflation des matières premières, car les pays émergents tels que la Chine et l'Inde en demandent de plus en plus alors que les ressources naturelles s'épuisent;
- la hausse du pétrole est pour l'instant tempérée par le fait que le prix du baril se négocie en dollars; si jamais celui-ci se remettait à s'apprécier face à l'Euro, ce serait pire. On notera au passage que JMS vient de jeter à la poubelle son ancien Dieu, puisqu'il a cessé de prétendre avec le Nain que l'Euro fort, c'était nul...
Selon JMS, les propositions du gouvernement sur une baisse de TVA ont toutes les chances d'être refusées par Bruxelles (surtout à la veille de prendre la présidence de l'Union européenne!) Bien entendu, l'autre solution serait de baisser la TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers), mais comme on se fait déjà traiter de nases par le même Bruxelles pour ne pas arriver à maîtriser notre déficit budgétaire, on voit mal le Nabot en rajouter une couche. En plus, si on se met à aider les professionnels par une telle astuce comptable, les particuliers vont en demander aussi!
Heureusement, Jean-Marc Sylvestre tient la recette miracle, et il nous la livre céans: il faut "adapter l'offre à la demande" - parole d'économiste. En pratique, ça veut dire quoi? Le vieux sage nous l'explique: il faut s'adapter, trouver de nouvelles énergies - dont les renouvelables - changer nos habitudes de dévoreurs énergétiques, bref, vivre autrement. Hélas, soupire notre donneur de leçons professionnel, cela prend du temps et demande de la créativité. Citons cette phrase: "comme le disent les économistes, 'la hausse des prix rend intelligent.' Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain..."
Merci, Monsieur Sylvestre, pour cette pensée profonde. Quand on pense qu'il y a presque 40 ans, les premiers écolos se faisaient traiter de crétins en prédisant qu'un jour les réserves de pétrole s'épuiseraient et qu'il fallait commencer à passer aux énergies renouvelables; qu'il y a 10 ans Albert Jacquard passait pour un illuminé avec son Equation du nénuphar, une parabole simple qui démontrait l'illusion d'une croissance infinie. Bien sûr, les professionnels du jargon étaient là, et en 2000, Fabius nous balançait dans la tronche une notion depuis vite enterrée, la "stabcroissance" (cf. Lien - N.B. c'est tout de même un document du FMI!). Comme toutes les nullités patentées, la notion a bien vite démontré son inutilité pratique et son abscence cruelle en ces temps troublés.
Bref, quand on pense que depuis 40 ans, l'issue était non seulement prévisible mais surtout intrinsèquement inévitable, et que tous ces braves gens au FMI, à la Banque mondiale, aux ministères de finances de tous les pays du monde n'ont rien vu venir, on ne peut guère que proposer ce contrepoint à la citation de Jean-Marc Sylvestre:
"La hausse des prix rend intelligent. Mais c'est uniquement parce que la science économique rend très con."
08:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : societe, economie, actualite, politique



