30.04.2009
Esprit de défense
On trouve de tout aux Galeries Lafayette... C'est ce que disait la pub.
Certains sites gouvernementaux ne sont pas mal non plus. A l'occasion d'un message collectif envoyé par le fonctionnaire sécurité-défense du CNRS (fallait encore savoir que ça existait, ce machin-là), j'ai cliqué sur un lien qui m'a amené ici. Et là, on en découvre, des trucs. Je ne fais que vous citer des extraits du texte:
"L'esprit de Défense [...] doit [...] faire surgir une culture de défense et de sécurité."
"Bien avant la suspension du service national, le ministère de l'éducation nationale et le ministère de la défense se sont rapprochés en signant des protocoles. Ils ont pour but, entre autres, de favoriser une meilleure connaissance mutuelle entre les communautés militaires et enseignantes [...] L'une des dispositions des protocoles prévoit qu'une formation à l'esprit de défense sera donnée aux personnels de l'Éducation nationale [...] en application du protocole est créée l'organisation des trinômes académiques."
"les trinômes sont placés sous l'autorité des recteurs. Ils ont pour charge de dispenser [...] un enseignement de Défense sous forme de conférences, séminaires, débats et visites d'installations de Défense. La convention signée en 2004 prévoit des financements pour développer l'action des trinômes."
Alors bon... Je ne sais pas si vous les avez vus, ces trinômes... Personnellement, je n'ai pas vu le début du commencement de l'ombre de l'embryon de la queue d'un seul. Je pose donc la question: est-ce que c'est encore une de ces brillantes idées de technocrates débiles qui est tombée à l'eau dans un fracas silencieux, ou bien est-ce que notre pognon continue de passer dans l'organisation de comités pseudo-secrets paranoïaques - qui, en plus d'être complètement neuneus, passeraient leur temps à rien foutre, puisqu'on ne les a jamais vus nulle part?
Braves gens, ceci est un appel à témoins: si jamais vous avez vu, allez, je n'exige même pas un trinôme, un tiers de trinôme (c'est à dire un tout seul) fera l'affaire - bref, si vous avez jamais vu un seul de ces machins-là à l'oeuvre, je veux bien que vous me racontiez!
09:28 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecole, enseignement, éducation
27.03.2009
Aire d'un triangle (4) - précisions
La série de billets dont l'aire d'un triangle était le prétexte a eu un succès pour le moins inattendu [Billet 1, Billet 2, Billet 3].
Tout le monde n'était pas d'accord, et on pouvait s'y attendre dès le départ. C'est aussi assez amusant de constater que l'opinion qu'ont les gens de cette question n'est pas nécessairement uniquement fonction de leur domaine d'activité (Mathieu P, Emmeline ou OS, Eric C, N. Holzchuch ou b. n'ont pas forcément les réponses que les stéréotypes tendraient à leur attribuer).
En tout cas, on s'est bien marrés, et avec un total de 38 commentaires (pour l'instant), je pense que c'est la série de billets qui a eu le plus de succès sur ce blog.
J'en profite pour signaler qu'un échange amorcé sur le Billet 3 s'est un peu déplacé sur le Billet 2. La discussion a également été reprise par Eric C sur son blog, que je vous invite à aller consulter, car il pose in fine une question intéressante.
13:46 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, ecole
13.11.2008
Orwell, le retour
La créature d'Orwell n'existe pas, c'est ce qu'on nous répète. Eh bien les crânes mous du ministère de l'éducation l'ont faite. Ils ont, il y a une semaine (mais peut-être plus que ça, voir la fin du billet), lancé un appel d'offres sur la "veille d'opinion" parmi les agents de l'Education nationale. Derrière ce terme élégant et a priori sans signification bien claire, il s'agit ni plus ni moins que d'identifier les "leaders d'opinion" parmi les enseignants qui ont ouvert des blogs et des forums sur Internet. Autrement dit, de déterminer qui tente de foutre la merde, qui y parvient et avec quelle ampleur. Classiquement, cela s'appelle du flicage.
Cet appel d'offres très sérieux est consultable sur le Journal Officiel du 4 novembre 2008.
Ce qui est assez comique, c'est la justification officielle donnée par le ministère (Cf.France Soir - c'est bien la première fois que je mets un lien vers cette décoction de journalisme) : c'est tout simplement que "l'opinion des enseignants compte beaucoup pour le ministre" - c'est pour ça qu'on ne les écoute jamais et qu'on veut faire élaborer les programmes scolaires par l'Assemblée nationale ou par le Nain, plutôt que de demander leur avis à ceux qui enseignent.
Encore plus rigolo: apparemment, cet appel d'offres "était renouvelé chaque année depuis 2006", comme indiqué par la cellule communication du ministère, ainsi que le rapporte France Soir. Si ça se trouve, l'augmentation récente des visites sur ce blog est simplement due au surfage répété des détectives privés embauchés par le ministère; alors là, je suis déçu!
Il ne reste qu'à citer ces quelques mots de Jean Ferrat:
Hou, hou, méfions-nous,
Les flics sont partout.
07:08 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, école, politique, société
01.10.2008
Volume d'une pyramide (8)
On a refait le test de l'équation de droite hier. Notez bien, j'avais prévenu mes étudiants une semaine à l'avance qu'un contrôle continu aurait lieu, et j'avais glissé de manière répétée dans mon discours de lourdes allusions à la nécessité de savoir exprimer les coefficients d'une fonction affine.
Le contrôle continu a duré 15 minutes. Je posais les questions suivantes:
- équation sous la forme y = ax + b du profil de pression p(x) qui évolue linéairement entre p1 pour x1 et p2 pour x2. Réussite moyenne: 90%; 37 étudiants sur 46 présents savent faire complètement; 8 se plantent dans au moins un coefficient (l'ordonnée à l'origine sans exception) et une a fait n'importe quoi sur les 2 coefficients;
- 2 questions de cours sur l'unité de la pression et de la hauteur d'eau équivalant à une pression donnée.
La moyenne de la promo est de 16,1 sur 20; 19 étudiants ont 20/20, 38 étudiants ont 15/20 ou plus. Voilà qui devrait remotiver un peu tout ce beau monde, en lui enseignant par la preuve que l'on peut obtenir des notes correctes en mécanique des fluides... A noter cependant que les étudiants ont disposé de 3 minutes de plus par rapport au précédent contrôle continu. Et que même en consacrant 5 minutes à répondre à 2 questions de cours, 10 minutes pour retrouver (ou pas!) une équation de droite, ça continue de faire beaucoup.
Lors de la séance de TD de lundi, j'ai précisé aux deux demi-promos que, pour ceux qui ont des problèmes avec les maths ou les bases de la physique, j'avais fait acheter exprès par le département les bouquins de maths et physique de la seconde à la terminale S (et même le bouquin de maths de 3ème); et que c'était fait pour s'en servir si besoin. Cette information a failli provoquer un tollé, car beaucoup se sont sentis insultés. Ils se sont calmés en réalisant à mon intonation et à mes propos que je ne disais pas ça pour me payer leur fiole, mais pour fournir une aide à ceux qui en ont réellement besoin.
Le premier des deux exams est dans 2 semaines et demie...
08:15 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, éducation, école
29.09.2008
Volume d'une pyramide (6)
L'équation de droite vous a émus. Il suffit de consulter les statistiques d'accès à ce blog pour constater une recrudescence des visites la semaine dernière; à lire les commentaires postés sur les derniers billets en date [1, 2, 3, 4, 5], on comprend que le sujet ne laisse pas indifférent. Remarquez, il y a de quoi.
On pourrait en effet, comme b. dans son commentaire au dernier billet, se poser la question de savoir si le titre était bien choisi - vu que les étudiants ont su (exceptionnellement) donner la formule du volume de la pyramide. On peut aussi se poser la question de savoir si la révélation du niveau nase des élèves-ingénieurs de ce pays pourrait entraîner une crise nationale dans le petit monde des écoles d'ingénieurs. Je vous rassure (ou pas...), le titre aurait pu être n'importe quoi d'autre; et on peut hurler à la connerie tant qu'on veut, dans son école ou sur le net, par oral ou par écrit, ça ne change pas grand chose. Une petite illustration par l'exemple.
Je vous avais promis la narration d'une soutenance de stage de dernière année, que je pressentais croquignolette. Mes attentes n'ont pas été déçues. Mis à part le fait que les soutenances ont été interrompues pendant vingt minutes à cause d'un exercice d'alerte incendie (mes félicitations au passage à l'étudiant qui était en train de faire sa présentation à ce moment-là, car il a repris, après l'interruption, son exposé où il en était, en respectant son timing à la minute près!)
Comme je vous le disais, certains passages du rapport de l'étudiant dont j'avais été désigné tuteur m'avaient paru étranges. J'ai eu l'immense plaisir d'approfondir la question, non seulement avec l'étudiant lui-même, mais avec son maître de stage, qui s'était déplacé pour l'occasion (c'est de plus en plus rare). Je précise au passage que ce maître de stage a eu son diplôme d'ingé quelques années après moi seulement (1995 contre 1990), donc à une époque où l'on peut espérer que les gens étaient à peu près corrects au niveau maths et physique. Sous la férule de cette personne, qui "fait" dans le plan de prévention des risques d'inondation depuis bientôt 15 ans, mon étudiant a effectué 3 études d'inondation, sur des cas réels, qui ont été vendues à des collectivités. Voyons avec quel brio...
- Ca commençait avec la première formule que l'on trouvait dans le rapport. Pour des calculs de débit de pointe en crue, on avait besoin de calculer une pente moyenne sur un bassin versant; il existe pour cela plusieurs formules possibles, selon les hypothèses que l'on fait sur le régime d'écoulement: on peut pondérer la pente par les longueurs des cours d'eau, ou par leur racine carrée, ou bien considérer que ;le carré de la pente moyenne est égal à la moyenne pondérée des carrés des pentes "partielles", bref, ça n'en reste pas moins une formule de moyenne très classique. Or, voilà-t-il pas que je dégauchis, dans le rapport, la formule suivante:
- Pente = Moyenne(1/racine(Pentes partielles))
- Vous conviendrez, je l'espère, que ça pose des problèmes, ne serait-ce que d'homogénéité. J'en fais la remarque à l'étudiant, en lui reprochant de ne pas s'être relu, et surtout pour savoir quelle est la formule véritablement utilisée dans l'étude. Je m'aperçois que l'étudiant en question ne comprend absolument pas pourquoi je lui pose cette question. Je me tourne alors vers le tuteur pour lui demander s'il est d'accord, pour le découvrir les sourcils froncés, penché sur la formule... Lui aussi essayait de comprendre. Je fais assaut de pédagogie: "Imaginez qu'il n'y ait qu'un seul bief; alors, vous trouvez Pente = 1/racine(Pente). Ca ne vous paraît pas bizarre?" Ah oui, en effet, réalise le maître de stage... Pour autant incapable de me dire quelle est la formule qu'il faudrait utiliser dans ce cas particulier. J'ai pitié et ne m'acharne pas.
- Point suivant: la présentation du logiciel et des équations qu'il résout. Là aussi, il y en a une qui est foireuse. Est-ce une faute de copie de la part de l'étudiant (ce que je soupçonne) à partir du manuel de référence du logiciel? Toujours est-il qu'il y a dans l'équation de la dynamique deux fautes grossières qui feraient planter n'importe quel modèle, car elles équivalent à dire que le frottement crée de l'énergie... Les mecs, on a enfin trouvé le moteur à mouvement perpétuel: la flotte va désormais couler de bas en haut et remonter la pente!
- Là encore, l'étudiant ne comprend pas ce que je lui raconte (en gros, deux termes qu'il eût convenu de placer de l'autre côté du signe = dans l'équation de quantité de mouvement); le maître de stage a l'air de piger un peu mieux cette fois, mais sans être capable de dire non plus ce qui se passe réellement dans le logiciel (bonne ou mauvais équation discrétisée). Il me délivre cependant l'argument qui tue (un peu de poujadisme numérique ne fait pas de mal): "les équations ne doivent pas être trop fausses, sinon on s'en serait déjà aperçus..." Bien entendu, comme pour la pente moyenne par exemple?
- Enfin, il restait un point assez obscur dans le rapport: comme il faut bien effectuer les simulations à partir d'une condition initiale plausible, on initialise la simulation en injectant en amont du modèle un débit continu de quelques mètres cubes par seconde, qui correspond au débit moyen observé dans le cours d'eau. Jusque là, c'est normal, ça correspond à une pratique standard dans le métier. Ce qui est plus curieux toutefois, c'est que même après 8 heures, les quelques mètres cubes en question ne sortent toujours pas à l'aval du modèle. Or, celui-ci ne fait que 2 kilomètres de long. Sachant que la vitesse typique de propagation d'une onde en rivière est de l'ordre de quelques mètres par seconde, le signal de débit aurait dû sortir à l'aval après dix minutes à une demi-heure environ. Or là, c'est le contraire qui se produit: le débit à l'aval chute à zéro; huit heures plus tard, on a l'impression qu'il commence à remonter, mais on ne le saura jamais, car c'est à ce moment-là que l'étudiant fait "passer" une crue éclair, qui recouvre tout le signal initial. Donc on ne saura pas ce qui merde dans le modèle.
- Abandonnant l'espoir que l'étudiant pigera quoi que ce soit au problème, je m'adresse directement à son maître de stage: "Où est passée la flotte?" Il me confirme que celle-ci n'a normalement pas pu être stockée à l'intérieur du modèle, qui dans son état initial n'était pas censé déborder - toute l'eau devait rester dans le lit mineur. Je renouvelle donc ma question: où est passée l'eau? Nul ne le sait. Mais, dit-il afin de minimiser la portée du problème, ce n'est pas très grave: il ne s'agit "que" de 5 mètres cubes par seconde, alors que le débit de crue en fait 50 - soit 10 fois plus. J'ai beau essayer de lui expliquer que 5 m3/s d'erreur pendant 8 heures, ça fait 144 mille mètres cubes, soit à peu près l'équivalent de 10 centimètres de flotte sur les 1,5 kilomètres carrés de plaine inondable. Si jamais ces 10 centimètres se sont retrouvés "piégés" par erreur à l'intérieur du modèle, vous allez voir la tronche de la carte de risque d'inondation! J'essaie également d'expliquer que ces 144 mille mètres cubes représentent presque la moitié du volume qui passe pendant les 2 heures de la crue, et que par conséquent ça n'a rien de négligeable, je ne suis pas mieux compris.
Au maître de stage qui commençait par se demander où j'avais bien pu trouver toutes ces questions tordues, je finis par expliquer qu'avant d'être enseignant, je faisais le même métier que lui, dans un bureau d'études concurrent, et que des modèles de plaine d'inondation, j'en ai eu fait; et que j'y ai pris l'habitude de me méfier des logiciels, qui restent fragiles et toujours bien disposés quand il s'agit de raconter n'importe quoi. Du coup, comme je suis "du métier", le maître de stage se lâche et me confie qu'il a bien fallu, dans le modèle, prendre quelques libertés avec la géométrie réelle, car il y avait une portion de la plaine d'inondation où l'eau tournait littéralement en rond en oscillant, ce qui normalement n'est pas permis vu les équations résolues par le logiciel... J'aurais pu lui expliquer en trois coups de cuiller à pot qu'il s'agissait certainement d'un problème d'instabilité numérique, mais pour confirmer cela il aurait fallu connaître les paramètres hydrauliques utilisés. "Oh, me répond-il... Pour ces choses-là, on garde toujours les valeurs par défaut du logiciel." Me voilà rassuré!
Nous nous sommes séparés meilleurs amis du monde, sur l'affirmation du maître de stage que l'étudiant "aurait pu faire preuve d'un peu plus de sens critique vis-à-vis du modèle" - parole d'expert! Ce maître de stage a pratiquement le même âge que moi, ce qui d'un point de vue expérience et rémunération en fait un ingénieur senior, et travaille dans un bureau d'études qui a pignon sur rue; un gros truc, bien connu dans toute la France. Cela peut vous donner une idée du genre d'expert qui traîne dans les plus petites boîtes, qui remportent souvent des marchés en cassant les prix par rapport à ces gros bureaux, tout simplement parce qu'elles font faire le modèle, en moitié moins de temps, non pas par des ingénieurs, mais par des techniciens payés au lance-pierres, dont l'hydraulique fluviale n'est en plus pas toujours le métier de base.
Comme vous vous en doutez, l'étude sur laquelle a bossé cet étudiant a été vendue et les cartes de risque ont été remises au client. On peut espérer que les simulations de crue ont été répétées et contrôlées depuis (le tuteur "pense" que c'est le cas, mais sans pouvoir l'affirmer à 100%). Cette anecdote, pour consternante qu'elle soit, ne fait que refléter une philosophie générale de société: l'important, finalement, n'est pas que l'étude de risque d'inondation soit juste; c'est qu'elle ait été faite (obligation légale). Ainsi, en cas de pépin, le maire, ou la DDE, ou le Conseil général, peuvent sortir les plans et dire: "Ah mais vous voyez, on pensait de bonne foi que ce lotissement ne pouvait pas être inondé!"
Ce qui me ramène au titre de cette série de billets, et à la thèse générale qui la sous-tend: dans une société de service, le service devient (par définition) un bien de consommation courante. Ce qui signifie abaissement des coûts, et économie de main d'oeuvre. Dans nombre croissant de situations, cela signifie travail bâclé, sans qualité - je vous renvoie ainsi au commentaire d'Aisling sur son expérience en société de nettoyage à la fin du Billet 4: ce qui est dit est vrai, j'en ai la confirmation par d'autres personnes qui font ce type de boulot. Le corollaire de ce genre de philosophie étant qu'il n'est pas nécessaire d'être compétent (sans parler d'être instruit ou de se poser des questions) là où ce n'est pas expressément demandé - et, pour cette raison, payé très cher.
Comment alors en vouloir à nos étudiants, à qui toute leur expérience dans le système éducatif a montré que l'on pouvait s'en tirer raisonnablement en maniant l'à-peu-près, et que leur entrée dans la vie active ne détrompe même pas, puisque leurs maîtres de stage ont également tout oublié et ne ressentent pas eux non plus le besoin d'une rigueur minimale?
Heureusement, il reste le monde de la finance et des banques pour nous montrer ce que sont de vrais pros.
07:30 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, éducation, école
26.09.2008
Volume d'une pyramide (5)
Suite des épisodes précédents. Vous vous souvenez que mes étudiants ne savent plus établir l'équation d'une droite [1, 2, 3, 4] et je précise, pour ceux qui prendraient le train en marche, que nous parlons ici d'étudiants en 1ère année d'école d'ingénieurs, issus majoritairement de prépas et de L2 prépa. Je conseille également au lecteur les commentaires fort intéressants qui ont été postés sur ces 4 billets.
Comme je vous l'avais dit, une réunion des enseignants de maths a eu lieu hier après-midi pour faire le bilan d'un contrôle général qui a été effectué le jour de la rentrée (il y a 15 jours) sur l'ensemble des élèves-ingénieurs de l'école. Le résultat est finalement à peine meilleur que celui de mon contrôle continu de ce lundi... Je l'ai appris en arrivant à cette réunion, l'objectif était aussi de se mettre d'accord sur un petit texte qu'avait exigé le directeur adjoint de l'école en vue de le joindre au dossier qui va être remis à la CTI. En effet, ladite CTI doit nous visiter bientôt pour renouveler notre habilitation.
Comme le directeur adjoint aux études avait demandé le texte pour la veille, il fallait faire vite - c'est-à-dire en gros approuver la bafouille qu'avait pondue, de façon fort prévoyante, un de nos collègues. En gros, voilà ce que ça dit:
- les élèves n'ont pas tous le même niveau en maths;
- certains sont moins bons que d'autres.
Je pense que quand ils liront ça, les mecs de la CTI auront une attaque. Vous l'avouerez, c'est quand même la surprise du siècle (remarquez, le siècle est encore jeune). La hardiesse des inférences m'éblouit (mais aussi ces conclusions sont celles d'un vrai mathématicien). Je pense que ces deux remarques doivent pouvoir être utilisées par un spécialiste de l'analyse fonctionnelle pour démontrer que l'ensemble des notes des étudiants forme un fermé borné, c'est-à-dire un compact. Ayant oublié toutes mes notions de topologie, je suis malheureusement incapable de faire la démonstration moi-même, et croyez bien que je le regrette.
Il y a bien eu un emmerdeur (devinez qui) pour demander qu'à ce commentaire extrêmement euclidien (car bidimensionnel et sans courbure, c'est-à-dire très plat) soit ajouté un aparté, destiné aux seuls yeux de notre direction, afin d'avertir notre Grand Schtroumpf que, faire des semaines transversales, des tournois sportifs inter-écoles et des semaines humanitaires, c'était très bien, mais que ce temps que l'on nous retire année après année des enseignements "techniques" est autant de temps qui nous manque pour remettre à niveau nos étudiants; et viendra un moment où, à force de passer notre vie à rappeler à des amnésiques ce qu'ils ont appris en classe de troisième, nous ne pourrons plus leur apprendre leur métier d'ingénieur... Cette requête a soufflé autour de la table un vent de désolation. Tout le monde s'est regardé mutuellement d'un air atterré, l'air de dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce fou?"
Et comme toujours dans ces circonstances, ceci a clos la discussion; tout le monde s'est levé en se rappelant qu'il avait vachement tout plein de choses à faire ailleurs. Je n'ai aucune certitude à l'heure actuelle que ma "motion" soit transmise à la direction. D'un autre côté, je suis vachement rassuré de savoir que nous sommes différents car il y en a qui ne sont pas pareils que d'autres. La CTI appréciera.
Revenons rapidement à la notion de "qualité" du travail, qui a fit l'objet d'un petit débat avec B. et Aisling (commentaires du billet 4). Pour abonder dans le sens d'Aisling, je conseille cet ouvrage qui se lit rapidement: La culture du nouveau capitalisme, par R. Sennett, et qui illustre bien la mise en forme d'une "nouvelle" (pas tant que ça, finalement) mentalité de travail.
A ce sujet, j'avais évoqué le rapport de stage mal fagoté d'une étudiante que j'avais en soutenance hier. Son maître de stage était présent à la soutenance en question. Il faut absolument que je vous raconte ça la semaine prochaine, car ça aussi, c'était du joli...
La suite au prochain numéro!
08:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, éducation, école
14.05.2008
Nouveaux programmes scolaires
Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:
- lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
- "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
- oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
- enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
- et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".
Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).
Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.
Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...
09:00 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, école, ecole
Nouveaux programmes scolaires
Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:
- lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
- "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
- oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
- enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
- et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".
Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).
Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.
Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...
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13.03.2008
Echec scolaire: les faits et les réactions
- mieux encore.... On pourrait même leur donner les réponses aux questions... C'est le nivellement par le bas qui se poursuit..
- Pensée magique. Ne notez plus les élèves et ils seront tous excellents !
- fumisterie. très franchement, quel crédit accorder à une étude réalisée par un chercheur qui n'a sans doute jamais enseigné de sa vie,
- rire. est-ce que ce brave spécialiste s'st demandé à quoi il servait?? a pas grand chose visiblement...alors qu'il continue a nous présenter des idées ridicules...tant quil nous fait rire...un conseil, qu'il ne mettes jamais les pieds dans un salle de classe, il risquerait de découvrir le monde reel...
- Réaction aux réactions. Moi je trouve cette idée super intéressante. Je suis animateur pour ados et je fais du soutien scolaire. Alors je sais de quoi je parle. Je voudrais simplement demander à tous ceux qui ont eus des réactions contre cette idée. Qu'es-tce qui est le plus important ? Ce que vaut l'enfant ou ce qu'il a compris des cours ?
- deja a la maternelle. mon fils de 3 ans a deja droit a un systeme de notation sur son travail fait en classe un visage qui se decompose au fur et a mesure que le travail demande est "mal fait"et une correction au stylo rouge s'il a "deborde" alors pour la suite de sa scolarite je m'ennuie deja..........
- Notes ou pas notes. Le problème n'est pas qu'il y'ait notes ou pas notes [...] Est-ce qu'il y a eu une étude sérieuse pour nous dire que les enseignants qui ont adopté la méthode Antibi ont réussi à avoir moins d'élèves en échec ? Quand est-ce qu'on va comprendre que faire travailler les élèves (surtout ceux en difficulté) dans des petites structures est un excellent moyen de les arrimer aux autres ? Quand est- ce qu'on va comprendre que l'école n'est que le reflet des inégalités de la société ? Qui a des mauvaises notes ? c'est ça la question qu'il faut se poser.
08:23 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : education, enseignement, université, ecole
26.02.2008
Rétention de sûreté et empêchement présidentiel
- le soulagement; soulagement, parce que la Justice est restée indépendante (pour combien de temps encore) face à l'exécutif;
- l'inquiétude; parce qu'il faut bien en convenir, la presse, pour ne citer qu'elle, est restée étrangement amorphe face à une requête, au mieux inusuelle, au pire despotisante (néologix vous l'offre).
07:25 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, agriculture, ecole
