01.10.2008

Volume d'une pyramide (8)

On a refait le test de l'équation de droite hier. Notez bien, j'avais prévenu mes étudiants une semaine à l'avance qu'un contrôle continu aurait lieu, et j'avais glissé de manière répétée dans mon discours de lourdes allusions à la nécessité de savoir exprimer les coefficients d'une fonction affine.

Le contrôle continu a duré 15 minutes. Je posais les questions suivantes:

  • équation sous la forme y = ax + b du profil de pression p(x) qui évolue linéairement entre p1 pour x1 et p2 pour x2. Réussite moyenne: 90%; 37 étudiants sur 46 présents savent faire complètement; 8 se plantent dans au moins un coefficient (l'ordonnée à l'origine sans exception) et une a fait n'importe quoi sur les 2 coefficients;
  • 2 questions de cours sur l'unité de la pression et de la hauteur d'eau équivalant à une pression donnée.

La moyenne de la promo est de 16,1 sur 20; 19 étudiants ont 20/20, 38 étudiants ont 15/20 ou plus. Voilà qui devrait remotiver un peu tout ce beau monde, en lui enseignant par la preuve que l'on peut obtenir des notes correctes en mécanique des fluides... A noter cependant que les étudiants ont disposé de 3 minutes de plus par rapport au précédent contrôle continu. Et que même en consacrant 5 minutes à répondre à 2 questions de cours, 10 minutes pour retrouver (ou pas!) une équation de droite, ça continue de faire beaucoup.

Lors de la séance de TD de lundi, j'ai précisé aux deux demi-promos que, pour ceux qui ont des problèmes avec les maths ou les bases de la physique, j'avais fait acheter exprès par le département les bouquins de maths et physique de la seconde à la terminale S (et même le bouquin de maths de 3ème); et que c'était fait pour s'en servir si besoin. Cette information a failli provoquer un tollé, car beaucoup se sont sentis insultés. Ils se sont calmés en réalisant à mon intonation et à mes propos que je ne disais pas ça pour me payer leur fiole, mais pour fournir une aide à ceux qui en ont réellement besoin.

Le premier des deux exams est dans 2 semaines et demie...

29.09.2008

Volume d'une pyramide (6)

L'équation de droite vous a émus. Il suffit de consulter les statistiques d'accès à ce blog pour constater une recrudescence des visites la semaine dernière; à lire les commentaires postés sur les derniers billets en date [1, 2, 3, 4, 5], on comprend que le sujet ne laisse pas indifférent. Remarquez, il y a de quoi.

On pourrait en effet, comme b. dans son commentaire au dernier billet, se poser la question de savoir si le titre était bien choisi - vu que les étudiants ont su (exceptionnellement) donner la formule du volume de la pyramide. On peut aussi se poser la question de savoir si la révélation du niveau nase des élèves-ingénieurs de ce pays pourrait entraîner une crise nationale dans le petit monde des écoles d'ingénieurs. Je vous rassure (ou pas...), le titre aurait pu être n'importe quoi d'autre; et on peut hurler à la connerie tant qu'on veut, dans son école ou sur le net, par oral ou par écrit, ça ne change pas grand chose. Une petite illustration par l'exemple.

Je vous avais promis la narration d'une soutenance de stage de dernière année, que je pressentais croquignolette. Mes attentes n'ont pas été déçues. Mis à part le fait que les soutenances ont été interrompues pendant vingt minutes à cause d'un exercice d'alerte incendie (mes félicitations au passage à l'étudiant qui était en train de faire sa présentation à ce moment-là, car il a repris, après l'interruption, son exposé où il en était, en respectant son timing à la minute près!)

Comme je vous le disais, certains passages du rapport de l'étudiant dont j'avais été désigné tuteur m'avaient paru étranges. J'ai eu l'immense plaisir d'approfondir la question, non seulement avec l'étudiant lui-même, mais avec son maître de stage, qui s'était déplacé pour l'occasion (c'est de plus en plus rare). Je précise au passage que ce maître de stage a eu son diplôme d'ingé quelques années après moi seulement (1995 contre 1990), donc à une époque où l'on peut espérer que les gens étaient à peu près corrects au niveau maths et physique. Sous la férule de cette personne, qui "fait" dans le plan de prévention des risques d'inondation depuis bientôt 15 ans, mon étudiant a effectué 3 études d'inondation, sur des cas réels, qui ont été vendues à des collectivités. Voyons avec quel brio...

  • Ca commençait avec la première formule que l'on trouvait dans le rapport. Pour des calculs de débit de pointe en crue, on avait besoin de calculer une pente moyenne sur un bassin versant; il existe pour cela plusieurs formules possibles, selon les hypothèses que l'on fait sur le régime d'écoulement: on peut pondérer la pente par les longueurs des cours d'eau, ou par leur racine carrée, ou bien considérer que ;le carré de la pente moyenne est égal à la moyenne pondérée des carrés des pentes "partielles", bref, ça n'en reste pas moins une formule de moyenne très classique. Or, voilà-t-il pas que je dégauchis, dans le rapport, la formule suivante:
  • Pente = Moyenne(1/racine(Pentes partielles))
  • Vous conviendrez, je l'espère, que ça pose des problèmes, ne serait-ce que d'homogénéité. J'en fais la remarque à l'étudiant, en lui reprochant de ne pas s'être relu, et surtout pour savoir quelle est la formule véritablement utilisée dans l'étude. Je m'aperçois que l'étudiant en question ne comprend absolument pas pourquoi je lui pose cette question. Je me tourne alors vers le tuteur pour lui demander s'il est d'accord, pour le découvrir les sourcils froncés, penché sur la formule... Lui aussi essayait de comprendre. Je fais assaut de pédagogie: "Imaginez qu'il n'y ait qu'un seul bief; alors, vous trouvez Pente = 1/racine(Pente). Ca ne vous paraît pas bizarre?" Ah oui, en effet, réalise le maître de stage... Pour autant incapable de me dire quelle est la formule qu'il faudrait utiliser dans ce cas particulier. J'ai pitié et ne m'acharne pas.

 

  • Point suivant: la présentation du logiciel et des équations qu'il résout. Là aussi, il y en a une qui est foireuse. Est-ce une faute de copie de la part de l'étudiant (ce que je soupçonne) à partir du manuel de référence du logiciel? Toujours est-il qu'il y a dans l'équation de la dynamique deux fautes grossières qui feraient planter n'importe quel modèle, car elles équivalent à dire que le frottement crée de l'énergie... Les mecs, on a enfin trouvé le moteur à mouvement perpétuel: la flotte va désormais couler de bas en haut et remonter la pente!
  • Là encore, l'étudiant ne comprend pas ce que je lui raconte (en gros, deux termes qu'il eût convenu de placer de l'autre côté du signe = dans l'équation de quantité de mouvement); le maître de stage a l'air de piger un peu mieux cette fois, mais sans être capable de dire non plus ce qui se passe réellement dans le logiciel (bonne ou mauvais équation discrétisée). Il me délivre cependant l'argument qui tue (un peu de poujadisme numérique ne fait pas de mal): "les équations ne doivent pas être trop fausses, sinon on s'en serait déjà aperçus..." Bien entendu, comme pour la pente moyenne par exemple?

 

  • Enfin, il restait un point assez obscur dans le rapport: comme il faut bien effectuer les simulations à partir d'une condition initiale plausible, on initialise la simulation en injectant en amont du modèle un débit continu de quelques mètres cubes par seconde, qui correspond au débit moyen observé dans le cours d'eau. Jusque là, c'est normal, ça correspond à une pratique standard dans le métier. Ce qui est plus curieux toutefois, c'est que même après 8 heures, les quelques mètres cubes en question ne sortent toujours pas à l'aval du modèle. Or, celui-ci ne fait que 2 kilomètres de long. Sachant que la vitesse typique de propagation d'une onde en rivière est de l'ordre de quelques mètres par seconde, le signal de débit aurait dû sortir à l'aval après dix minutes à une demi-heure environ. Or là, c'est le contraire qui se produit: le débit à l'aval chute à zéro; huit heures plus tard, on a l'impression qu'il commence à remonter, mais on ne le saura jamais, car c'est à ce moment-là que l'étudiant fait "passer" une crue éclair, qui recouvre tout le signal initial. Donc on ne saura pas ce qui merde dans le modèle.
  • Abandonnant l'espoir que l'étudiant pigera quoi que ce soit au problème, je m'adresse directement à son maître de stage: "Où est passée la flotte?" Il me confirme que celle-ci n'a normalement pas pu être stockée à l'intérieur du modèle, qui dans son état initial n'était pas censé déborder - toute l'eau devait rester dans le lit mineur. Je renouvelle donc ma question: où est passée l'eau? Nul ne le sait. Mais, dit-il afin de minimiser la portée du problème, ce n'est pas très grave: il ne s'agit "que" de 5 mètres cubes par seconde, alors que le débit de crue en fait 50 - soit 10 fois plus. J'ai beau essayer de lui expliquer que 5 m3/s d'erreur pendant 8 heures, ça fait 144 mille mètres cubes, soit à peu près l'équivalent de 10 centimètres de flotte sur les 1,5 kilomètres carrés de plaine inondable. Si jamais ces 10 centimètres se sont retrouvés "piégés" par erreur à l'intérieur du modèle, vous allez voir la tronche de la carte de risque d'inondation! J'essaie également d'expliquer que ces 144 mille mètres cubes représentent presque la moitié du volume qui passe pendant les 2 heures de la crue, et que par conséquent ça n'a rien de négligeable, je ne suis pas mieux compris.

Au maître de stage qui commençait par se demander où j'avais bien pu trouver toutes ces questions tordues, je finis par expliquer qu'avant d'être enseignant, je faisais le même métier que lui, dans un bureau d'études concurrent, et que des modèles de plaine d'inondation, j'en ai eu fait; et que j'y ai pris l'habitude de me méfier des logiciels, qui restent fragiles et toujours bien disposés quand il s'agit de raconter n'importe quoi. Du coup, comme je suis "du métier", le maître de stage se lâche et me confie qu'il a bien fallu, dans le modèle, prendre quelques libertés avec la géométrie réelle, car il y avait une portion de la plaine d'inondation où l'eau tournait littéralement en rond en oscillant, ce qui normalement n'est pas permis vu les équations résolues par le logiciel... J'aurais pu lui expliquer en trois coups de cuiller à pot qu'il s'agissait certainement d'un problème d'instabilité numérique, mais pour confirmer cela il aurait fallu connaître les paramètres hydrauliques utilisés. "Oh, me répond-il... Pour ces choses-là, on garde toujours les valeurs par défaut du logiciel." Me voilà rassuré!

Nous nous sommes séparés meilleurs amis du monde, sur l'affirmation du maître de stage que l'étudiant "aurait pu faire preuve d'un peu plus de sens critique vis-à-vis du modèle" - parole d'expert! Ce maître de stage a pratiquement le même âge que moi, ce qui d'un point de vue expérience et rémunération en fait un ingénieur senior, et travaille dans un bureau d'études qui a pignon sur rue; un gros truc, bien connu dans toute la France. Cela peut vous donner une idée du genre d'expert qui traîne dans les plus petites boîtes, qui remportent souvent des marchés en cassant les prix par rapport à ces gros bureaux, tout simplement parce qu'elles font faire le modèle, en moitié moins de temps, non pas par des ingénieurs, mais par des techniciens payés au lance-pierres, dont l'hydraulique fluviale n'est en plus pas toujours le métier de base.

Comme vous vous en doutez, l'étude sur laquelle a bossé cet étudiant a été vendue et les cartes de risque ont été remises au client. On peut espérer que les simulations de crue ont été répétées et contrôlées depuis (le tuteur "pense" que c'est le cas, mais sans pouvoir l'affirmer à 100%). Cette anecdote, pour consternante qu'elle soit, ne fait que refléter une philosophie générale de société: l'important, finalement, n'est pas que l'étude de risque d'inondation soit juste; c'est qu'elle ait été faite (obligation légale). Ainsi, en cas de pépin, le maire, ou la DDE, ou le Conseil général, peuvent sortir les plans et dire: "Ah mais vous voyez, on pensait de bonne foi que ce lotissement ne pouvait pas être inondé!"

Ce qui me ramène au titre de cette série de billets, et à la thèse générale qui la sous-tend: dans une société de service, le service devient (par définition) un bien de consommation courante. Ce qui signifie abaissement des coûts, et économie de main d'oeuvre. Dans nombre croissant de situations, cela signifie travail bâclé, sans qualité - je vous renvoie ainsi au commentaire d'Aisling sur son expérience en société de nettoyage à la fin du Billet 4: ce qui est dit est vrai, j'en ai la confirmation par d'autres personnes qui font ce type de boulot. Le corollaire de ce genre de philosophie étant qu'il n'est pas nécessaire d'être compétent (sans parler d'être instruit ou de se poser des questions) là où ce n'est pas expressément demandé - et, pour cette raison, payé très cher.

Comment alors en vouloir à nos étudiants, à qui toute leur expérience dans le système éducatif a montré que l'on pouvait s'en tirer raisonnablement en maniant l'à-peu-près, et que leur entrée dans la vie active ne détrompe même pas, puisque leurs maîtres de stage ont également tout oublié et ne ressentent pas eux non plus le besoin d'une rigueur minimale?

Heureusement, il reste le monde de la finance et des banques pour nous montrer ce que sont de vrais pros.

26.09.2008

Volume d'une pyramide (5)

Suite des épisodes précédents. Vous vous souvenez que mes étudiants ne savent plus établir l'équation d'une droite [1, 2, 3, 4] et je précise, pour ceux qui prendraient le train en marche, que nous parlons ici d'étudiants en 1ère année d'école d'ingénieurs, issus majoritairement de prépas et de L2 prépa. Je conseille également au lecteur les commentaires fort intéressants qui ont été postés sur ces 4 billets.

Comme je vous l'avais dit, une réunion des enseignants de maths a eu lieu hier après-midi pour faire le bilan d'un contrôle général qui a été effectué le jour de la rentrée (il y a 15 jours) sur l'ensemble des élèves-ingénieurs de l'école. Le résultat est finalement à peine meilleur que celui de mon contrôle continu de ce lundi... Je l'ai appris en arrivant à cette réunion, l'objectif était aussi de se mettre d'accord sur un petit texte qu'avait exigé le directeur adjoint de l'école en vue de le joindre au dossier qui va être remis à la CTI. En effet, ladite CTI doit nous visiter bientôt pour renouveler notre habilitation.

Comme le directeur adjoint aux études avait demandé le texte pour la veille, il fallait faire vite - c'est-à-dire en gros approuver la bafouille qu'avait pondue, de façon fort prévoyante, un de nos collègues. En gros, voilà ce que ça dit:

  • les élèves n'ont pas tous le même niveau en maths;
  • certains sont moins bons que d'autres.

Je pense que quand ils liront ça, les mecs de la CTI auront une attaque. Vous l'avouerez, c'est quand même la surprise du siècle (remarquez, le siècle est encore jeune). La hardiesse des inférences m'éblouit (mais aussi ces conclusions sont celles d'un vrai mathématicien). Je pense que ces deux remarques doivent pouvoir être utilisées par un spécialiste de l'analyse fonctionnelle pour démontrer que l'ensemble des notes des étudiants forme un fermé borné, c'est-à-dire un compact. Ayant oublié toutes mes notions de topologie, je suis malheureusement incapable de faire la démonstration moi-même, et croyez bien que je le regrette.

Il y a bien eu un emmerdeur (devinez qui) pour demander qu'à ce commentaire extrêmement euclidien (car bidimensionnel et sans courbure, c'est-à-dire très plat) soit ajouté un aparté, destiné aux seuls yeux de notre direction, afin d'avertir notre Grand Schtroumpf que, faire des semaines transversales, des tournois sportifs inter-écoles et des semaines humanitaires, c'était très bien, mais que ce temps que l'on nous retire année après année des enseignements "techniques" est autant de temps qui nous manque pour remettre à niveau nos étudiants; et viendra un moment où, à force de passer notre vie à rappeler à des amnésiques ce qu'ils ont appris en classe de troisième, nous ne pourrons plus leur apprendre leur métier d'ingénieur... Cette requête a soufflé autour de la table un vent de désolation. Tout le monde s'est regardé mutuellement d'un air atterré, l'air de dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce fou?"

Et comme toujours dans ces circonstances, ceci a clos la discussion; tout le monde s'est levé en se rappelant qu'il avait vachement tout plein  de choses à faire ailleurs. Je n'ai aucune certitude à l'heure actuelle que ma "motion" soit transmise à la direction. D'un autre côté, je suis vachement rassuré de savoir que nous sommes différents car il y en a qui ne sont pas pareils que d'autres. La CTI appréciera.

Revenons rapidement à la notion de "qualité" du travail, qui a fit l'objet d'un petit débat avec B. et Aisling (commentaires du billet 4). Pour abonder dans le sens d'Aisling, je conseille cet ouvrage qui se lit rapidement: La culture du nouveau capitalisme, par R. Sennett, et qui illustre bien la mise en forme d'une "nouvelle" (pas tant que ça, finalement) mentalité de travail.

A ce sujet, j'avais évoqué le rapport de stage mal fagoté d'une étudiante que j'avais en soutenance hier. Son maître de stage était présent à la soutenance en question. Il faut absolument que je vous raconte ça la semaine prochaine, car ça aussi, c'était du joli...

La suite au prochain numéro!

14.05.2008

Nouveaux programmes scolaires

Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:

  • lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
  • "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
  • oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
  • enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
  • et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".

Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).

Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.

Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...

Nouveaux programmes scolaires

Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:

  • lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
  • "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
  • oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
  • enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
  • et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".

Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).

Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.

Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...

13.03.2008

Echec scolaire: les faits et les réactions

Un article intéressant sur le site de Libération, qui relate une tentative pour diminuer l'échec scolaire. Le titre, "Une piste contre l'échec scolaire: la fin des mauvaises notes", dénature d'ailleurs le propos exposé dans le texte. 
Le principe de la méthode explorée: être plus clair, vis-à-vis des étudiants, sur les termes du contrat - en particulier en les avertissant des objectifs. Une meilleure préparation aux examens et une assiduité au travail plus élevée seraient atteintes en avertissant les étudiants du programme couvert à l'examen et en donnant davantage de place, dans les cours, à la préparation de celui-ci.
L'article et l'exposé de la méthode sont intéressants (mais je suis de parti pris, cf. mes tentatives avec mes étudiants, Note 1, Note 2). Ce qui l'est tout autant, c'est le détail des réactions des lecteurs: je cite les sceptiques:
  • mieux encore.... On pourrait même leur donner les réponses aux questions... C'est le nivellement par le bas qui se poursuit..
  • Pensée magique. Ne notez plus les élèves et ils seront tous excellents !
  • fumisterie. très franchement, quel crédit accorder à une étude réalisée par un chercheur qui n'a sans doute jamais enseigné de sa vie,
  • rire. est-ce que ce brave spécialiste s'st demandé à quoi il servait?? a pas grand chose visiblement...alors qu'il continue a nous présenter des idées ridicules...tant quil nous fait rire...un conseil, qu'il ne mettes jamais les pieds dans un salle de classe, il risquerait de découvrir le monde reel...
Mais aussi d'autres, qui se sont peut-être posé un peu plus de questions:
  • Réaction aux réactions. Moi je trouve cette idée super intéressante. Je suis animateur pour ados et je fais du soutien scolaire. Alors je sais de quoi je parle. Je voudrais simplement demander à tous ceux qui ont eus des réactions contre cette idée. Qu'es-tce qui est le plus important ? Ce que vaut l'enfant ou ce qu'il a compris des cours ?
  • deja a la maternelle. mon fils de 3 ans a deja droit a un systeme de notation sur son travail fait en classe un visage qui se decompose au fur et a mesure que le travail demande est "mal fait"et une correction au stylo rouge s'il a "deborde" alors pour la suite de sa scolarite je m'ennuie deja..........
  • Notes ou pas notes. Le problème n'est pas qu'il y'ait notes ou pas notes [...] Est-ce qu'il y a eu une étude sérieuse pour nous dire que les enseignants qui ont adopté la méthode Antibi ont réussi à avoir moins d'élèves en échec ? Quand est-ce qu'on va comprendre que faire travailler les élèves (surtout ceux en difficulté) dans des petites structures est un excellent moyen de les arrimer aux autres ? Quand est- ce qu'on va comprendre que l'école n'est que le reflet des inégalités de la société ? Qui a des mauvaises notes ? c'est ça la question qu'il faut se poser.
 Ce qui m'inquiète, c'est que (cela transpire d'un certain nombre de commentaires), les réponses les plus lapidaires et les plus dogmatiques sont le fait d'enseignants...

26.02.2008

Rétention de sûreté et empêchement présidentiel

Le président de la Cour de cassation a rejeté la demande du Président de la république d'amender la décision du Conseil constitutionnel. Cette décision, portant sur la loi Dati de rétention de sûreté, n'a pas autorisé son application immédiate à des détenus déjà jugés, car cela l'aurait, de fait, rendue rétroactive. Or, la rétroactivité dans une loi est anticonstitutionnelle. Rappelons que c'est pour le même motif que l'une des premières mesures du gouvernement prises juste après l'élection de mai 2007 avait été rejetée: il s'agissait, souvenons-nous, d'étendre une mesure sur les prêts immobiliers à une date antérieure à sa promulgation.
Au-delà de l'anecdote et du spectacle intéressant que nous offre la cour grouillante et justificatrice des fayots présidentiels [Lien 1, Lien 2, Lien 3], on peut avoir deux réactions:
  • le soulagement; soulagement, parce que la Justice est restée indépendante (pour combien de temps encore) face à l'exécutif;
  • l'inquiétude; parce qu'il faut bien en convenir, la presse, pour ne citer qu'elle, est restée étrangement amorphe face à une requête, au mieux inusuelle, au pire despotisante (néologix vous l'offre).
Comment, en effet, ne pas trouver inquiétante la demande d'un membre de l'Exécutif de passer par-dessus la Constitution, c'est-à-dire de s'affranchir des textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement des Institutions? La question principale qui se pose au vu des actes et déclarations présidentiels récents est: le Nain est jaune, certes, mais est-il également fou? 
Jean-François Kahn avait, en son temps, répondu à cette question. Dans une interview à "arrêts sur images", il réitère (extraits ici). J'avoue ne pas aimer du tout Jean-François Kahn et ses attitudes de donner de leçons, qui me fait penser à l'autre infatué de la politique à grand spectacle, j'ai nommé Daniel Cohn-Bendit. N'empêche qu'en repensant à ce qu'il avait dit il y a neuf mois, je me suis aussi rappelé qu'à l'époque je m'étais dit: "Kahn déjante; le Nain est trop calculateur pour être stupide". Aujourd'hui, je me pose des questions; on peut être calculateur, très intelligent, et complètement déjanté.
Au cas où l'hypothèse se révèlerait exacte, que faire? Faut-il, de façon plus ou moins immédiate, se mettre à envisager une possible procédure d'empêchement?
La question est loin d'être anodine et ne laisse pas indifférent: Libération a publié sur son site un article intitulé "Fonction présidentielle: est-il à la hauteur?" Cet article a été mis en ligne le 23 février 2008. Un jour et demi plus tard (j'écris ces lignes le 25 dans l'après-midi), il y a 2036 réactions sur le site. La question commence à être posée sur un certain nombre de blogs, voir par exemple celui-ci.
La réaction journalistique peut paraître saine, je la trouve inquiétante. En effet, le motif principalement invoqué par l'article de Libération pour mettre en cause la capacité de N. Sarkozy à exercer ses fonctions est son écart de comportement lors du salon de l'agriculture. Mais, pour être franc, on se tape de ce que le Nain a pu sortir à un quidam alors qu'à son exaspération croissante il se trouvait coincé entre les barbiches des chèvres et les culs des vaches. Ce qui pose véritablement problème, c'est la collusion manifeste d'un chef de l'exécutif avec des industriels qui passent des marchés avec l'Etat; c'est son intimité avouée avec de grands industriels propriétaires de groupes de presse et de médias; c'est, surtout, la volonté permanente de s'affranchir des principes de Droit élémentaires en voulant forcer le passage de lois inconstitutionnelles. Et cela, Libération l'oublie pour lancer un article à succès sur "casse-toi pauvre con"...
Bref, ce qui est surtout inquiétant dans l'actualité récente, c'est que la réflexion ait majoritairement déserté les salles de rédaction des grands quotidiens et se trouve désormais davantage représentée sur les sites des internautes qu'à la une des journaux. 

19.02.2008

Les idées du Nain: un édito qui a du poids

Pas la peine, dimanche 17 février, de regarder l'émission de Serge Moati, le sémaphore journalistique de la Cinq qui s'efforce d'imiter Michel Polack dans le registre du débat désorganisé et cacophonique. "Ripostes" ne sera jamais "Droit de réponse", même s'il tend à se rapprocher de son idéal de bordel pseudo-journalistique. Saluons au passage la prestation droite, honnête et documentée de Vincent Peillon, qui remonte un peu dans mon estime après son baroud avec le NPS. Mentionnons simplement au passage que l'émission était consacrée à la déclaration du Nain au dîner du CRIF.

Au lieu de la télé, un peu de lecture. Au sujet (et surtout au-dessus, loin au-dessus) des élucubrations religio-fantaisistes du Nain hyperactif, ci-dessous le texte intégral d'un édito écrit par Claude Lanzmann et paru dans Le Monde, Lien ici. Ci-dessous, le texte intégral au cas où le journal rendrait payant l'accès à l'article.

Le mort saisit le vif, par Claude Lanzmann 

Je ne suis pas de ceux qui se conduisent comme si la campagne présidentielle n'était pas terminée et tiennent le président de la République pour un usurpateur. Je me sens d'autant plus libre pour m'interroger sur l'étrange proposition qu'il a avancée dans son discours au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Nul doute que Nicolas Sarkozy, s'adressant aux juifs, ne soit animé par la sympathie et les bonnes intentions, comme il le fut à Rome, lorsqu'on le fit chanoine, ou à Riyad devant les membres du Majliss As-shoura. Mais l'enfer, on le sait, en est pavé, les contre-finalités et les effets pervers sont engendrés par des prémisses qui le sont également.

Le président de la République pensait sûrement que les juifs allaient lui être reconnaissants de son formidable "cadeau", théâtralement décrété : la prise de relais d'un enfant assassiné il y a soixante-cinq ans, dans les chambres à gaz d'Auschwitz ou de Treblinka, par un autre du même âge aujourd'hui, mais bien vivant, élève de CM2, à qui seront confiés le nom, l'histoire, les photographies du petit mort et qui aura le mandat, sinon de le ressusciter, du moins d'en perpétuer le souvenir.

 

Au Holocaust Memorial Museum de Washington, on épingle au revers de la veste de chaque visiteur un badge avec le nom d'un juif exterminé dans la Shoah. Le visiteur perd son nom et prend celui d'un mort pendant les deux ou trois heures que dure le parcours. Les communicateurs du musée prétendent que l'identification joue à plein, permettant à l'émotion de se donner libre carrière : le mort saisit le vif.

Le président, lui, a parlé dans son discours "d'éclats de mémoire", onze mille éclats donc, individualisés, subjectivés. L'enfant vivant de CM2 devient le correspondant de l'enfant juif, comme nous avions autrefois, en classe d'anglais, des correspondants britanniques, canadiens ou australiens. La différence est que nous étions tous vivants. Les prisonniers condamnés à de longues peines ont eux aussi des correspondantes, les soldats sans famille aussi. Rien de neuf dans tout cela, c'est une vieille idée de la charité chrétienne et, aux Etats-Unis, mormone.

J'entends bien, à la lecture des déclarations des inspirateurs ou inspiratrices du président, qu'on prétend lutter contre le racisme, dont la Shoah est le paradigme - ce qui fait pour une part son unicité. Mais la mémoire de la Shoah est autrement plus complexe que ces simplifications mêlées et brouillonnes, qui témoignent d'un activisme de néophytes, semblant faire table rase de cinquante ans d'historicisation acharnée.

La Shoah n'est pas une terra incognita et son histoire n'est pas une tabula rasa : des dizaines de milliers de livres ont été écrits dans le monde entier, des films, des oeuvres, des témoignages, etc. Des hommes et des femmes, des éducateurs, des enseignants travaillent et réfléchissent chaque jour à la transmission de l'événement central du XXe siècle. Plus que tous, les juifs ont contribué à cette transmission et, soyons-en sûrs, le feront dans les siècles des siècles. Cela ne s'arrêtera pas.

C'est une mode surprenante aujourd'hui que d'entendre un peu partout : "Les derniers survivants disparaissent, après eux, il n'y aura plus rien." Cette crainte est une prémisse doublement erronée : pour commencer, et c'est heureux, des survivants ont encore bon pied bon oeil ; croit-on par ailleurs que la mort du dernier centenaire de la guerre de 1914 va brutalement rejeter celle-ci au néant, la frapper du sceau de l'oubli ? Voilà longtemps que la pédagogie et l'enseignement de la Shoah sont à l'ordre du jour et que la Fondation pour la mémoire de la Shoah s'affronte sans trêve à ces questionnements. Je ne discute pas ici des effets traumatisants que le relais des enfants morts pourrait avoir sur les petits relayeurs. Si c'est trop lourd pour eux ou mal accompagné, ils oublieront. Les choses, nous avons appris cela, doivent venir à leur heure.

Je n'ai jamais ni demandé ni imposé à mon fils âgé de 14 ans et demi de voir mon film Shoah. Cela a été sa décision, de son seul ressort. Il l'a fait quand il l'a voulu, comme il l'a voulu, je ne lui ai posé aucune question. Il m'en a parlé de lui-même au bout de six mois. Le film avait fait son chemin en lui. Quel chemin ! C'était l'intelligence, l'émotion instruite par l'intelligence, le contraire de l'identification facile ou forcée, qui parlaient par sa bouche.

J'en profite pour dire au passage que la transmission s'effectue au premier chef par la culture et les oeuvres d'art. Deux ministres de l'éducation nationale, Jack Lang et François Fillon, l'avaient profondément compris. Le premier initia un DVD de trois heures d'extraits de Shoah pour les lycéens et collégiens de France, à partir de 13 ans, qui fut adressé à tous les établissements du pays. Quant à François Fillon, il m'accompagna dans plusieurs lycées, dont certains réputés difficiles, et peut témoigner de l'impact extraordinaire des séquences choisies de Shoah sur les élèves, majoritairement maghrébins ou noirs. Le premier ministre s'en souvient sûrement encore.

Quoi qu'il en soit, gardons-nous de l'activisme mémoriel qui semble, à chacune de ses éruptions, redécouvrir à neuf ce qui est su depuis si longtemps, et, incapable de regarder en face l'immensité de la perte, s'ingénie à ouvrir des chemins secondaires qui instituent l'oubli plus que la mémoire.

Claude Lanzmann est directeur des "Temps modernes", cinéaste.

15.02.2008

Les gros nases renvoyés dans leurs cordes

La réaction de Simone Veil à la proposition débile du Nain: Le Monde, L'Express.

Sans commentaire. Elle, au moins, sait de quoi elle parle.

Qui n'a pas son petit Juif ?

Grand moment de bêtise ce soir à la télé (vous lisez ce billet le lendemain du jour où je l'écris). Sur France 2, Rachida Dati l'excitée et Xavier Bertrand aux dents qui rayent le plancher, s'étripent sous le regard impuissant de l'insipide Arlette Chabot avec Pierre Moscovici et Emmanuel Valls. On se croirait dans une émission du dimanche chez Serge Moati le sémaphore: ça s'interrompt, ça parle tous en même temps, c'est totalement incompréhensible. Quand la mère Dati se met à prétendre que le texte de loi qu'elle vient de faire passer il y a 4 mois fait baisser les chiffres de la délinquance de façon spectaculaire, son ingnorance des statistiques et de ce qu'est un échantillon représentatif apparaît tellement crasse que je n'en parlerai pas davantage. Puisque nous sommes dans la mouvance nanotechnologique, continuons sur les dernières inventions du Nain.

On trouve sur le site de l'Elysée une vidéo de l'intervention de Nabot-Léon au conseil du CRIF. Sa dernière invention, commentée entre autres par Le Monde et Libération: "confier à chaque élève de CM2 la mémoire" d'un des 11000 enfants juifs de France victimes du nazisme pendant la seonde guerre mondiale.

Au-delà de l'effet d'annonce creuse (ça va marcher comment? on affecte les noms d'enfants par ordre alphabétique? on apprend par coeur l'état-civil du disparu? on se procure sa correspondance familiale et on rend une rédaction dessus à la fin de l'année? on contacte ses proches et on fait une veillée aux flambeaux chez eux tous les trimestres?), la vacuité, l'inculture reflétée et l'amateurisme du propos effraient.

Si je comprends bien, on va "distribuer" en classe de la mémoire d'enfant juif comme on distribue les images ou les bons points. J'imagine la maîtresse demandant à sa classe de CM2: qui n'a pas son petit déporté?

Et puis, pourquoi se limiter aux Juifs? Puisque l'on a décidé de donner dans le massacre religieux, il apparaît logique de ne pas faire de jaloux et de confier à chaque gosse la mémoire d'une victime du génocide Arménien; puis, d'une victime de la Saint Barthélémy; et, pourquoi pas, d'un des premiers chrétiens que, sous l'empire romain, l'on faisait jeter aux lions.

L'excité de l'Elysée aime les symboles. Il semble également penser que, pour être gaulliste (mais sait-il véritablement ce que cela signifie?), il faut nécessairement sanctifier la Résistance. A preuve, la lecture de la lettre de Guy Mocquet lors de sa prise de fonctions, avec ordre de la faire lire dans les écoles; la mission, donnée à Christine Albanel dans la lettre de cadrage qu'il lui a adressée en septembre 2007 [1]; aujourd'hui, la mémoire de martyr à choisir dans le bottin du petit déporté. Il faut dire que sa nouvelle conquête semble aussi obsédée que lui par la Shoah, puisqu'elle osait, dans une récent interview, comparer les révélations de la presse people à son endroit, à la persécution des Juifs... Ce n'est pas possible, ces deux-là doivent passer leurs soirées à se faire des interrogations surprises réciproques sur les Mémoires d'Anne Franck... Ou bien le Nain cherche-t-il à faire oublier qu'il était, il n'y pas si longtemps, allé faire des salamalecs au Pape ? - l'église Romaie ayant, on le sait, encore un peu de travail de mortification à faire au sujet de sa complaisance de l'époque envers le nazisme.

Le plus inquiétant dans tout ceci, c'est que, comme à l'occasion d'autres déclarations du même tonneau (et parfois plus scandaleuses, cf. le discours de Dakar), l'amateur national débite des énormités, avec cependant la ferme conviction que celles-ci vont tout changer. Quand cela concerne des déclarations sur "l'homme Africain incapable de s'inscrire dans le mouvement de l'histoire" ou la "mémoire d'enfant juif", si douloureux que soient les événements auxquels ces déclarations renvoient, cela reste du domaine de la parole. Lorsque l'on pense qu'un individu sans culture, sans recul et au mauvais goût exagéré et amateur du grandiloquent détient les codes de l'arme nucléaire, ça fait plonger dans d'autres abîmes de réflexion...

Chirac avait dissous l'Assemblée. Est-ce que par hasard, on ne pourrait pas dissoudre l'Elysée?

 

[1] " [...] en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural."

Toutes les notes