02.07.2008

Les dernières réalisations du Nain

Le Nain rêvait naguère de dépister les pré-délinquants dès l'école maternelle; nous sommes en bonne voie, puisque la nouvelle mouture des Renseignements Généraux (les Renseignements Maréchaux?) a célébré sa propre naissance en inaugurant un nouveau fichier, celui des "mineurs de moins de 13 susceptibles de porter atteinte à l'ordre public" [Ref 1]. Si vous n'y croyez pas, allez voir le décret original. On y lit notamment:

  • que ce fichier est suceptible de s'intéresser "aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif". Je tremble pour les membres du Medef: ils correspondent à au moins trois des critères...
  • "Le traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées à l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Celles de ces données autres que celles relatives aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à l'appartenance syndicale ne peuvent être enregistrées au titre de la finalité du 1 de l'article 1er que de manière exceptionnelle." Exceptionnel, certes, mais ce sera malgré tout possible. Pour infio, la loi de 1978 en question, c'est la loi informatique et libertés.
  • "Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations." Super. En revanche, à partir de ces seules informations plus une ou deux autres qui n'auront aucune influence sur le résultat de la requête...
  • un autre objectif: "centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui [...] sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Quand on aura défini ce qu'est l'ordre public et à partir de quel seuil on identifie le "susceptible de porter atteinte", on se sentira déjà mieux.

Il importe de savoir que la CNIL a émis un avis assez réservé sur ce fichier, mais que personne n'en a rien à battre.

Mais ceci n'est qu'un détail. Le Nain a en ce moment un oeil fixé sur la ligne bleue des Balkans (t-est-ce qu'on mange?) et l'autre sur la ligne verte de la Méditerranée. Pour son premier jour à la présidence de l'UE, il aura eu la bonne surprise de découvrir cet entretien accordé par Peter Mandelson à BBC News. Le commissaire européen au commerce accuse en effet le Nabot de semer la pagaille et, partant, d'affaiblir la position européenne face à l'OMC dans les négociations en cours. Un autre article sur le site de BBC News rappelle à l'occasion le peu d'enthousiasme des pays européens envers l'Union méditerranéenne, que le Rase-bitume s'obstine à vouloir lancer le 13 juillet (avant d'accueillir le président Syrien dans les tribunes du défilé le 14 juillet).

Enfin, notre Nain présidentiel reste une star mondiale, puisque, comme nous l'apprend le même site, sa scène d'énervement dans les locaux de France 3 avant sa récente interview est en train de devenir un must du visionnage sur la toile.

Ne pleurez plus braves gens, il n'y a pas que le Dalaï-Lama qui se réincarne. Louis de Funès est à nouveau parmi nous.

01.07.2008

Lise pas bonne du tout

La nouvelle du jour, c'est bien entendu l'annonce, au premier jour de la présidence Française de l'Union européenne, que la Pologne (plus exactement, son Président) n'a pas vraiment l'intention de ratifier le traité concocté par le Nain (cf. article du Monde, de L'Express), estimant qu'il est devenu sans objet après le refus de l'Irlande.

Il est un peu tôt pour se livrer à une analyse sérieuse de ce que tout cela va impliquer en termes de communication. A l'heure où les spots publicitaires vantant les mesures gouvernementales pour le pouvoir d'achat défilent sur nos écrans de télé en prime time [Lien] (la campagne a coûté 4,33 millions d'euros d'après Les Echos) et où la fête au village consiste à faire frapper une série spéciale de pièces de 2 euros pour célébrer la prise de présidence (annonce officielle), on se demande jusqu'où va aller l'offensive Médiato-Sarkozienne. Une série spéciale de nougats de Montélimar avec cette maxime gravée sur la pâte: "Les Polonais sont des cons"? Un grand cru bordelais (cuvée Alain Juppé) étiqueté "Les Irlandais craignent à mort"? Ou tout simplement, une nouvelle série de spots de pub: "Vous trouvez que l'Europe n'avance pas assez vite? Nous aussi!"

A tous ces problèmes, une seule solution: une nouvelle commission Attali pour la libération des consciences. Je vois d'ici les conclusions de Maître Jacques: "pour que les peuples ratifient les traités européens, une seule solution: n'imprimer que des bulletins Oui."

04.06.2008

Le Nain - nième

Très court billet demain mercredi, pour cause de mission. Je prendrai le train trop tôt pour pouvoir m'acheter le Canard Enchaîné avant de monter dans la rame, mais je vous livre deux élucubrations du Nain glanées dans le numéro de la semaine dernière.
  • Pour expliquer que les dockers français sont des jean-foutre, il a expliqué qu'ils ne travaillaient "que" 2000 heures par an, alors que les espagnols en travaillent 4000. A 50 semaines par an (je leur compte royalement 2 semaines de congés payés), ça laisse quand même la semaine de travail à 80 heures... Ca doit être Balkany qui lui a fourni les chiffres, il est champion pour faire travailler ses employés de mairie en double file.
  • Il a aussi mentionné que "sur trois containers qui entrent sur le territoire français, il y en a deux qui viennent de l'étranger". D'où vient celui qui reste? Probablement de Monaco ou d'Andorre, qui, comme chacun sait, ne sont pas tout à fait la France mais pas tout à fait un autre pays non plus. Ou alors, c'est un container sans papiers, entré en fraude planqué à l'intérieur d'un autre container...
Vu comme il sait bien compter, on comprend finalement son souhait de repousser à Bac+5 le recrutement des instits et des profs de collège. Pour être président de la république et maîtriser sa table du 3, il faudra alors probablement Bac+20 et pour être contrôleur des impôts, Bac+30. Quant aux dockers, si on veut qu'ils puissent compter leurs heures correctement, ils n'auront pas eu le temps de finir leurs études d'arithmétique qu'il faudra déjà les mettre à la retraite. Et je ne vous dis pas combien d'années il leur faudra cotiser pour rembourser toutes ces études...
 
En vérité je vous le dis, il en a du pain sur la planche, le Xavier Bertrand! 

11.03.2008

Pourquoi planque-t-on Hortefeux?

Le ministère de l'immigration et de l'identité nationale serait-il un motif de honte secrète pour notre gouvernement? Franchement, c'est à se demander.

Tapez voir dans votre navigateur: www.interieur.gouv.fr. Recta, vous voici propulsé(e) sur le site du ministère de l'Intérieur.

Un autre essai (tant que je gagne, je joue): www.culture.gouv.fr. Hop, gros plan sur 4 photos de Christine Albanel en train de sourire sur fond d'expo de tableaux, de Vctoires (?) de la musique, etc. Le site est un peu vide, mais bon.

Un doute sur la défense de notre pays? Et voilà, www.defense.gouv.fr, une jolie photo de ministre en train de plancher sur la reconversion des militaires... Bref, tous ces braves gens ont leur site internet à eux.

Une exception cependant: tapez voir www.immigration.gouv.fr. Jetez alors un oeil sur la barre d'adresse de votre navigateur: vous êtes en fait sur le site web du premier ministre, http://www.premier-ministre.gouv.fr/iminidco/. Etonnant, non?

Le ministère de l'immigration et de l'identitié nationale (qu'entre parenthèses on ne nous a toujours pas définie - je défie d'ailleurs quiconque d'en apporter une définition claire et non idélologiquement biaisée), ce ministère dont le Nain annonçait, lors de la campagne présidentielle, la création comme une révolution mentale, n'a même pas son propre site web! Il est tout simplement hébergé par celui de Tonton Fillon. D'ailleurs, on cherche en vain, à partir de la racine du site www.premier-ministre.gouv.fr, un lien vers le site du Hortefeux en question.

C'est peut-être la raison pour laquelle tous les en-têtes d'actualités commencent par "Brice Hortefeux a fait ceci", "Brice Hortefeux a dit cela", a répondu à Machin, s'est rendu à Tartempion, a reçu Dugenou. Notre ministre de l'Immigration, de l'Intégration (sans rire!), de l'Identité Nationale et du Codéveloppement a sans doute tellement peu l'impression d'être ministre qu'il a besoin, pour se convaincre qu'il existe, de faire afficher son nom à chaque début de News.

Un truc qui doit pourtant réjouir le ministre, c'est la contemplation de son organigramme: http://www.premierministre.gouv.fr/IMG/gif/organigramme_i.... Franchement, ce machin, c'est du sérieux. Honnêtement, si vous trouvez qu'il manque une case là-dedans, vous serez de mauvaise foi.

Au final, on se pose la question: le père Hortefeux, ils le planquent parce qu'ils en ont honte, ou bien pour assurer sa survie? Il ya des bestioles comme ça, qui ne supportent pas la lumière. Par exemple, les cloportes: si vous voulez qu'ils soient bien, il ne faut jamais soulever la pierre sous laquelle ils se cachent.

26.02.2008

Rétention de sûreté et empêchement présidentiel

Le président de la Cour de cassation a rejeté la demande du Président de la république d'amender la décision du Conseil constitutionnel. Cette décision, portant sur la loi Dati de rétention de sûreté, n'a pas autorisé son application immédiate à des détenus déjà jugés, car cela l'aurait, de fait, rendue rétroactive. Or, la rétroactivité dans une loi est anticonstitutionnelle. Rappelons que c'est pour le même motif que l'une des premières mesures du gouvernement prises juste après l'élection de mai 2007 avait été rejetée: il s'agissait, souvenons-nous, d'étendre une mesure sur les prêts immobiliers à une date antérieure à sa promulgation.
Au-delà de l'anecdote et du spectacle intéressant que nous offre la cour grouillante et justificatrice des fayots présidentiels [Lien 1, Lien 2, Lien 3], on peut avoir deux réactions:
  • le soulagement; soulagement, parce que la Justice est restée indépendante (pour combien de temps encore) face à l'exécutif;
  • l'inquiétude; parce qu'il faut bien en convenir, la presse, pour ne citer qu'elle, est restée étrangement amorphe face à une requête, au mieux inusuelle, au pire despotisante (néologix vous l'offre).
Comment, en effet, ne pas trouver inquiétante la demande d'un membre de l'Exécutif de passer par-dessus la Constitution, c'est-à-dire de s'affranchir des textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement des Institutions? La question principale qui se pose au vu des actes et déclarations présidentiels récents est: le Nain est jaune, certes, mais est-il également fou? 
Jean-François Kahn avait, en son temps, répondu à cette question. Dans une interview à "arrêts sur images", il réitère (extraits ici). J'avoue ne pas aimer du tout Jean-François Kahn et ses attitudes de donner de leçons, qui me fait penser à l'autre infatué de la politique à grand spectacle, j'ai nommé Daniel Cohn-Bendit. N'empêche qu'en repensant à ce qu'il avait dit il y a neuf mois, je me suis aussi rappelé qu'à l'époque je m'étais dit: "Kahn déjante; le Nain est trop calculateur pour être stupide". Aujourd'hui, je me pose des questions; on peut être calculateur, très intelligent, et complètement déjanté.
Au cas où l'hypothèse se révèlerait exacte, que faire? Faut-il, de façon plus ou moins immédiate, se mettre à envisager une possible procédure d'empêchement?
La question est loin d'être anodine et ne laisse pas indifférent: Libération a publié sur son site un article intitulé "Fonction présidentielle: est-il à la hauteur?" Cet article a été mis en ligne le 23 février 2008. Un jour et demi plus tard (j'écris ces lignes le 25 dans l'après-midi), il y a 2036 réactions sur le site. La question commence à être posée sur un certain nombre de blogs, voir par exemple celui-ci.
La réaction journalistique peut paraître saine, je la trouve inquiétante. En effet, le motif principalement invoqué par l'article de Libération pour mettre en cause la capacité de N. Sarkozy à exercer ses fonctions est son écart de comportement lors du salon de l'agriculture. Mais, pour être franc, on se tape de ce que le Nain a pu sortir à un quidam alors qu'à son exaspération croissante il se trouvait coincé entre les barbiches des chèvres et les culs des vaches. Ce qui pose véritablement problème, c'est la collusion manifeste d'un chef de l'exécutif avec des industriels qui passent des marchés avec l'Etat; c'est son intimité avouée avec de grands industriels propriétaires de groupes de presse et de médias; c'est, surtout, la volonté permanente de s'affranchir des principes de Droit élémentaires en voulant forcer le passage de lois inconstitutionnelles. Et cela, Libération l'oublie pour lancer un article à succès sur "casse-toi pauvre con"...
Bref, ce qui est surtout inquiétant dans l'actualité récente, c'est que la réflexion ait majoritairement déserté les salles de rédaction des grands quotidiens et se trouve désormais davantage représentée sur les sites des internautes qu'à la une des journaux. 

20.02.2008

Dépénalisation des affaires...

... ou quand les criminels demandent à ce que l'on change la loi. Le plus fort, c'est qu'ils y sont parvenus. En effet, le groupe de travail Coulon a rendu son rapport. Il s'agit du "Groupe de travail sur la dépénalisation de la vie des affaires". On se souvient du discours présidentiel à l'université d'été du Medef, où N. Sarkozy avait plaidé ouvertement pour une dépénalisation des chefs d'entreprises. Le voici exaucé; en effet, Rachida Dati a annoncé son intention d'adopter la majorité des mesures préconisées par le groupe de travail. Pour un aperçu, ci-joint le fichier PDF: RapportCoulon.pdf.

Parmi les membres du groupe de travail, on trouve des dirigeants de Lazard-Frères, de Saint-Gobain, de Frantz-Electrolyse... et le directeur des affaires juridiques de la Société Générale. A la lueur des événement financiers récents, la présence de ce dernier personnage a dû constituer une source d'expérience extrêmement précieuse. Enfin, dans ces commissions, des gens qui savent de quoi ils parlent!

En revanche, alors qu'un bon tiers des mesures traite de la dépénalisation du droit de la concurrence (p.37 et suivantes), on ne trouve aucun représentant de la DGCCRF (ex-brigade de répression des fraudes), ou d'associations de consommateurs, souvent bien placées pour rapporter les fraudes de grande ampleur, qu'elles soient du domaine de l'abus de faiblesse ou de confiance...

Dès la page 7, le ton est donné: on trouve cette citation de Paul Ricoeur: "Les valeurs ne sont pas des essences éternelles". Si avec ça vous n'avez pas compris que les choses allaient changer, autant vous faire greffer une tranche de Roquefort à la place du cerveau.

En page 10, vous avez tout compris:

  • "La dépénalisation du droit des affaires est une attente forte des acteurs économiques". Sans blague. L'amnistie des PV est aussi une attente forte des mecs qui se garent sur les passages protégés; la suppression des radars est aussi une attente forte de la part de ceux qui roulent à 180 sur autoroute; et tant qu'on y est, tous les types qui ont fauché le sac à main d'une mémé auraient aussi préféré ne pas être condamnés.
  • "Le caractère déstabilisant pour l'entreprise et ses dirigeants de la procédure pénale [...] ses conséquences économiques voire boursières ont été stigmatisées." Ben oui, quand les flics viennent vous chercher pour vous mettre en garde à vue, ça déstabilise. Demandez voir à cet enseignant qui a été embastillé récemment pour avoir giflé un fils de gendarme. Vous vous rendez compte, ce qui va se passer si on "déstabilise" ces pauvres dirigeants? En revanche, on a parfaitement le droit de déstabiliser la vie des 800 salariés de Kléber Toul ou de Mittal Gandrange en fermant leur usine alors que leur entreprise fait des bénéfices. Et si en plus vous touchez à la bourse, alors là... !
  • "C'est l'attractivité de la France pour les investisseurs qui serait ainsi aussi un des enjeux de la dépénalisation." C'est sûr que si la France se met à ressembler aux Îles Caïman ou au Lichtenstein, on va attirer du pognon. Les mafieux russes sont déjà installés sur la Côte d'Azur, ils pourraont ainsi entrer dans le capital de la Société Générale (quoique... c'est peut-être déjà fait).

Le reste est à l'avenant. On mentionnera tout de même quelques points amusants, telle la liste en pied de pages 24 et 25 des infractions déjà dépénalisées par le passé. On apprend ainsi que le fait de voter à une AG en se faisant passer pour actionnaire alors qu'on ne l'est pas a été dépénalisé, de même que la négociation illicite d'actions, la participation illégale aux assemblées d'obligataires; ou encore de présenter des faux documents lorsque l'on établit un prospectus, etc.

Enfin, 30 propositions sont émises en pages 89-91 du rapport. Parmi les recommandations amusantes, mesure 10: "favoriser l'élaboration de codes de déontologie". Nul doute qu'un tel code, si la Société Générale en avait eu un, eût évité l'affaire Kerviel. Ce dernier aurait lu le document et se serait aperçu que ce qu'il faisait était mal. Que n'y avons-nous pensé plus tôt!

07.02.2008

Attali-le-Winner et autres fantaisies

Jacques Attali, ci-devant président de commission gouvernementale, vient de voir ses talents de visionnaire social confortés par la réalité: le gouvernement vient d'enterrer la réforme qu'il préconisait sur la déréglementation des taxis [Lien 1 (Libé)], [Lien 2 (Le Monde) ], [Lien 3 (Le Figaro)].

Comme disait Maître Jacques en livrant son chef-d'oeuvre: "ce rapport, il faut le prendre intégralement ou l'enterrer." Il n'est pas interdit de penser que François Fillon dissimule, sous son long manteau, la pelle et la pioche du croquemort...

Pendant ce temps, l'audience de TF1 chute. Faut-il y voir une cause de la déclaration d'intention présidentielle de supprimer la publicité à l'antenne des chaînes publiques ? En effet, comme l'indique l'article du Monde, les plus préoccupés par cette baisse d'audience (relative, il est vrai: TF1 est passée de 30,7% à 28% de part d'audience en un an) sont les annonceurs; vu le coût des 30 secondes de pub sur TF1, on les comprend...

Cette annonce aux connotations catastrophistes illustre bien le fonctionnement économique actuel: finalement, que TF1, avec un tiers de part d'audience, reste le 1er groupe audiovisuel français, finit par devenir secondaire. Ce qui préoccupe les financiers, c'est que cette part d'audience ne soit plus en augmentation constante. La règle, de nos jours, n'est plus "faites bien", mais "faites plus chaque jour que la veille".

Selon cette philosophie absurde, il est préférable de proposer chaque jour de nouveaux produits (audiovisuels ou autres), même éphémères; en effet, le taux de croissance d'un nouveau produit ne peut être que positif. Dès que sa cote commence à baisser (même si elle est satisfaisante et que le produit est rentable), vous abandonnez le produit puisque vous pensez que proposer une autre merde vous sera encore plus bénéfique.

C'est cette vision totalement improductive et destructrice qui est à l'oeuvre, non seulement dans le monde des médias, mais aussi dans celui de la finance internationale, par le biais des fonds d'investissement par exemple. Cette pratique néfaste et déconstructrice est analysée de façon assez intéressante par Richard Sennet dans son ouvrage La culture du nouveau capitalisme.

12.01.2008

Bienvenue chez les fachos (3 bis)

Au sujet de la peine de sûreté, un complément à la note précédente: article sur Rue89, http://www.rue89.com/2008/01/12/centres-pour-detenus-dang....

10.01.2008

Bienvenue chez les fachos (3)

La loi Dati, prévoyant une peine de rétention de sûreté pour cause d'e trouble mental, vient d'être acceptée en première lecture par l'Assemblée. On trouvera le compte rendu des débats et des dépôts d'amendements sur ces pages (Lien 1, Lien 2, Lien 3). Les discussions et les dépôts d'amendement montrent que ce texte ne fait pas l'unanimité chez les parlementaires et qu'il y a des sceptiques.

On notera cependant que les inquiétudes relatives aux droits et libertés des individus sont surtout le fait de députés de gauche (cf. les remarques de C. Caresche, D. Raimbourg, JJ. Urvoas, M. Vaxès), alors que le "souci de protéger la société" émane surtout des rapporteurs et députés de droite. Etonnant, de la part d'une fraction politique qui, en d'autres temps, accusait la gauche de sacrifier l'individu à l'idéologie...

Sur un plan plus objectif, il convient de noter un certain nombre de points qui rendent cette loi très inquiétante:

  • Il s'agit censément d'une mesure d'exception, supposée concerner un nombre extrêmement réduit de détenus. Pas bon, quand à la lecture de l'ouvrage de B. Mattelart (La globalisation de la surveillance), on note que les mesures d'exception ont toujours été utilisées comme arguments pour mettre en place des mesures antidémocratiques;
  • il s'agit d'une mesure de sûreté, donc inaccessible à la notion d'appel;
  • la rétention peut être renouvelée indéfiniment;
  • la peine pourra s'appliquer au vu de faits commis antérieurement à la publication de la loi. Ceci n'était pas prévu initialement, mais il s'agit d'un amendement proposé par le rapporteur, G. Fenech, qui a été adopté. Apparemment, la chose est possible car il ne s'agit pas d'une condamnation.

On pourra donc, sans jugement, garder indéfiniment des personnes en détention. Il est assez ironique de constater que ce que la Droite et le monde dit "libre" reprochaient dans les années 80 aux dirigeants du bloc de l'Est (à savoir l'internement et la détention arbitraire, ou les simulacres de procès) soient désormais devenu un instrument ordinaire de cette même Droite et de ce monde libre.

Bien entendu, de telles mesures restent, on vous le répète, des "mesures d'exception". Elles ne vous sont pas destinées à vous, communs des mortels à la vie saine et ordinaire. Il ne vous reste qu'à espérer que ce qui est "normal" aujourd'hui le restera demain. Sinon, un de ces quatre, la camisole pourrait bien être pour vous...

Allez, souriez, c'est pour votre bien.

05.10.2007

Institut sur l'immigration: c'est mal parti...

L'Institut d'études sur l'immigration et l'intégration a vu son inauguration annulée. La création de cet institut, qui avait été annoncée il y a longtemps déjà (en 2006 si je me souviens bien), fait des vagues. Il semblerait que l'on ait choisi, pour y siéger, un certain nombre de chercheurs, sans les en informer. Un certain nombre semblent avoir appris qu'ils avaient été nommés sans avoir même été prévenus, cf. l'article sur le site de l'association (?) Bellaciao. Du coup, un grand nombre en ont claqué la porte et l'inauguration de cet institut, initialement prévue le 08.10, a été reportée sine die.

C'est peut-être la raison pour laquelle on n'en trouve absolument plus une seule trace dans l'agenda et les communiqués du ministère de l'immigration et de l'identité nationale? Comme dans 1984, les "trous de mémoire" sont à l'oeuvre.

  • Article dans Le nouvel observateur du 04.10.2007
  • Article dans Libération du 05.10.2007
  • Article dans Le Monde du 03.10.2007
  • Article dans Le Figaro: ah ben non, y en a pas... On trouve un fil sur Google, mais rien sur le site web. J'ai pourtant fait une recherche sur "institut immigration", "recherche immigration", "Kriegel immigration"... Le Figaro se tient résolument à l'écart de l'agitation du monde. En revanche, dans ledit Figaro, on trouve un article assez intéressant de Michèle Tribalat, une démographe, qui explique que la façon dont le Haut conseil de l'intégration fait ses statistiques (des statistiques sur lesquelles, l'air de rien, nous basons tout de même notre politique) relève de plus que l'amateurisme. A voir absolument!
  • Article dans Les Echos du 05.10.2007
  • Article dans l'Express du 04.10.2007.

On est d'accord, c'est du n'importe quoi. Si cet institut avait effectivement vocation de recherche scientifique, il ne serait pas placé sous la tutelle du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, il serait sous la tutelle du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il faut dire également que ledit ministère se repose de son effort surhumain depuis l'adoption de la réforme des universités, il suffit de voir sa peine à remplir le site de la nouvelle université (3 liens ajoutés depuis début septembre, quel exploit!), on ne va pas en plus lui demander de réfléchir sur des questions de société.

Une pétition contre la création de cet institut est disponible en ligne à l'adresse suivante: http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/2007062.... Et dans les signataires, il n'y a pas que des petites pointures: on trouve des profs/chercheurs à Harvard, à Berkley, à l'universitté de Sydney, etc. Au moins, de cette façon, parlera-t-on un peu de la France dans les pays ansglo-saxons. Serait-ce une façon détournée de faire augmenter l'indice de citation des publications françaises et, ainsi, de remonter la pente au classement de Shanghaï ?

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