17.03.2008
Capitalisme triomphant
Le libéralisme, c'est bien quand tout va bien. En revanche, quand ça se met à dérailler... Petit aperçu.
- A l'heure où on nous bassine avec l'"économie des savoirs" , ce sont pourtant les matières premières qui ont le vent en poupe: pétrole, or, cuivre... ce sont ces bons vieux minerais qui remportent le tiercé du pognon. L'or noir a par exemple atteint les 110 dollars au baril pour la 1ère fois.
- Les banques américaines continuent de s'effondrer. Elles se vendent même au rabais, ce qui provoque un dévissage des bourses un peu partout.
- La banque centrale américaine vient de décider de baisser ses taux directeurs. Apparemment, la décision n'était pas attendue et était censée remédier à la baisse des bourses asiatiques. Il semble cependant que ça n'ait pas marché.
- Le monde spéculateur continue de tourner: l'once d'or vient de passer au-dessus des 1000 dollars.
- En France, le patronat continue de s'entrelarder; Laurence Parisot, profitant de la crise Gautier-Sauvagnac pour régler ses comptes avec l'UIMM qui avait voté contre son élection à la tête du Medef, retire audit UIMM la présidence de la caisse des cadres.
Et comble de malheur, on apprend que "la crise invalide le modèle des fonds d'investissement". Jean-Marc Sylvestre, reviens, ils sont devenus fous!
08:14 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, société, actualité
12.02.2008
Le règne du pognon (2)
Les trois quarts des patrons des grands groupes français (c'est-à-dire des entreprises qui participent à la définition du sacro-saint indice national CAC40) ont été augmentés en moyenne de 40% en 2007. Ils sont désormais les mieux payés de toute l'Union Européenne. Cette information, relayée par La Tribune, L'Express et Le Monde, même si elle peut paraître scandaleuse, ne devrait étonner personne.
Elle permet même d'expliquer pourquoi la fameuse commission Attali, censée nous expliquer comment augmenter notre croissance de 1%, était composée au tiers de PDG, DG et directeurs exécutifs de grands groupes français et européens. Ces gens-là sont experts à s'assurer une croissance de 40% par an; il était légitime qu'ils nous fissent profiter de leurs précieux conseils pour nous assurer un petit pour cent.
- Le revenu salarial moyen en France est de 16800 euros en 2005 (chiffres INSEE); le revenu médian des grands patrons concernés par les articles cités est de 6,1 millions d'Euros en 2007.
- Dans le privé, les salaires nets ont augmenté de 0,4% en euros constants en 2006 (source: INSEE toujours), contre 40% pour les dirigeants en question.
Ces 30 personnes ont donc été augmentées d'environ 1,5 million d'euros chacune en 2007, ce qui fait 45 millions d'euros d'augmentation. Quand on compte que 17% des salariés vivent avec le SMIC, soit 2,4 millions de personnes en France. La seule augmentation de salaire de ces 30 patrons aurait permis d'augmenter ces 2,4 millions de personnes de 2 euros par an. Cela peut sembler dérisoire, mais quand on compte que le SMIC est en moyenne revalorisé de 25 euros par an, on réalise que l'augmentation consentie à ces grands patrons représente 1 mois d'augmentation de SMIC.
Vu la distribution des revenus dans notre beau pays, on peut en conclure que si les 1000 dirigeants français les mieux payés se contentaient d'une hausse de salaire de 3% (comme la moyenne de la population française), en redistribuant correctement ces augmentations, on pourrait probablement doubler l'augmentation du SMIC.
Ceci semble avoir échappé aux brillants penseurs de la Commission Attali. Mais les génies ont mieux à faire qu'à se mêler de chiffres. Si vous voulez savoir ce qu'est un vrai génie, une seule action: cliquez ici. La lumière vous inondera et vous n'aurez plus qu'à faire révérence...
13:54 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Attali, économie, societe, politique
29.01.2008
Le règne du pognon
Ce jeune trader qui met en émoi la Société Générale, ses collègues le surnommaient paraît-il "Tom Cruise", eu égard à son physique et ses activités. Au fait, qu'a-t-il fait ?
Il a mis en danger des "positions financières" pour 50 milliards d'euros; la Société Générale a revendu le tout, accusant une perte nette de 5 milliards. Tout ça, paraît-il, parce que ce Golden boy un peu raté convoitait une prime au résultat de 300 mille euros. Mais que ces chiffres signifient-ils vraiment?
- 300 mille euros, c'est 250 mois de SMIC; brut, je précise.
- Louer le Stade de France pour un événement sportif, ça coûte 400 mille euros (entendu hier soir sur TF1, qu'on ne peut soupçonner de mensonge dès qu'il s'agit de pognon).
- 300 mille euros, c'est 1 minute et demie de pub sur TF1 en prime time.
- Espérer toucher 300 mille euros et en faire perdre 5 milliards, c'est toutes proportions gardées vouloir toucher une commission de 15 euros sur la vente d'un appart' qui en vaudrait 200 mille.
- 5 milliards, c'est le quart du PIB du Zimbabwe.
- Les 50 milliards de la Société Générale soi-disant mis en danger, c'est le montant du PIB du Maroc.
Alors, où est le vrai scandale? Que l'on distribue à de jeunes crétins, payés pour jouer à la console vidéo avec des chiffres qui les dépassent, une prime annuelle qui vaut plus de 20 années de SMIC ? Que la Société Générale, avec "seulement" 120 mille salariés, ait les moyens de revendre en trois jours des valeurs supérieures à une année de PIB d'un pays de 30 millions d'habitants ? Que la location d'une soirée de Stade de France coûte presque 30 années de SMIC ? Qu'un employé de 31 ans joue avec des sommes qui excèdent d'un facteur 15000 le montant du bonus qu'il peut espérer ?
Ou bien que le PDG de la Société Générale mentionne, dans sa lettre aux actionnaires, "Nous nous apprêtions en fin de semaine dernière à retenir un résultat net avant impôt supérieur à 5,5 milliards d'euros [...] Je comprends parfaitement votre déception, voire votre colère [...] Je n'ignore pas ce que représente pour vous la chute du cours de l'action." ? Puisque ses actionnaires, qui espéraient gagner des ronds en laissant tout simplement travailler le pognon sans rien faire, aient trouvé légitime de s'enrichir à bon compte, et soient maintenant "déçus" que cela ne soit pas le cas ?
Pour l'instant, le seul gagnant, c'est celui qui est partout, qui justifie nos existences, qui rythme nos vies, les matches de foot et les spots de pub: le véritable gagnant, c'est le pognon.
08:00 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société générale, société, argent
04.12.2007
On n'est jamais à l'abri d'une réussite totale
"Les élèves français tout juste dans la moyenne. La France peut mieux faire pour ses élèves, qui reculent encore dans le classement de l'enquête internationale sur les savoirs acquis en sciences, en maths et en compréhension de l'écrit."
Voici ce que l'on peut lire sur le site de Libération (voir l'article), qui cite l'étude "Pisa" menée par l'OCDE. Cette étude est effectuée à intervalles réguliers sur les élèves de 15 ans. De cette étude, il ressort que la France est 19ème sur 30 pour les sciences en général et 17ème sur 30 en mathématiques (mais les mathématiques sont-elles une science ? Je ne débattrai pas sur ce sujet dans cette note!)
Cette enquête est décrite sur le site de l'OCDE, http://www.oecd.org/document/31/0,3343,fr_2649_201185_397.... L'OCDE n'étant pas une association à but humanitaire, si vous voulez le rapport original, il faut payer.
Ben oui, nous l'avons bien cherché: à force de procéder à des réformes débiles sans queue ni tête, à force de faire inspecter les instits et les profs par des inspecteurs qui n'ont pas mis les pieds dans une salle de classe depuis 10 ans, à force de faire rédiger les programmes de physique de 5ème par des types sortis de Normale Sup, pour qui le monde tangible n'est que la manifestation émergente du principe d'exclusion de Fermi-Dirac et qui ont sans doute les plus grandes peines du monde à utiliser la fonction d'onde de Schrödinger pour faire tourner la clé dans la porte de leur appartement, nous y sommes arrivés.
Ce résultat dont la France n'a pas vraiment à être fière a été obtenu de haute lutte, par le biais d'un processus de sélection et de discrimination sociales terriblement efficace:
- les élites françaises ont fait des sciences (et plus particulièrement des mathématiques) un instrument de sélection sociale, en faisant un filtre extrêment efficace du pouvoir via l'accès aux grandes écoles; il suffit de prendre pour exemple l'Ecole Polytechnique, qui mène à tout, sous la seule condition qu'on en sorte, mais à la politique et aux hautes fonctions de direction principalement. Claude Allègre, le Georges Frêche de l'Education nationale, râlait récemment qu'aucun élève de Polytechnique n'avait voulu embrasser de carrière scientifique lors de la sortie de la dernière promotion. Dis donc, Toto, tu es hypocrite ou demeuré?
- dans un même temps, on nous a expliqué, pendant plus de 20 ans, que celui qui travaillait de ses mains (Ex. le plombier, le boulanger, etc.) n'avait rien à espérer dans la vie et que la condition sine qua non de la réussite était la sacro-sainte première S et le sacro-saint bac C (le Graal des années 80), qui seules pouvaient mener à une carrière de gloire et de lumière;
- les mêmes qui nous expliquaient cela (et qui avaient eux-mêmes suivi ces filières) se pervertissaient dans l'intervalle à la direction des grands groupes industriels, dans la politique ou la finance, montrant à l'occasion leur virtuosité dans le traficotage de listing informatique, mais passons;
- en parallèle, tout au long des années 80, la même gauche qui avait, en temps et heure, milité pour l'instruction des masses laborieuses, tendait son arrière-train à des ruffians de grand chemin comme l'inimitable (et inimité) Bernard Tapie, devenu ministre d'un gouvernement (soi-disant) socialiste en achetant un club de foot, et avec lui une ville tout entière, grâce à l'argent qu'il avait gagné en rachetant des entreprises en diffulté et en lourdant ses ouvriers;
- et maintenant, les jeunes, que l'aridité des matières scientifiques et le caractère hautain de ceux qui les enseignent a fini par dégoûter, préfèrent les études de gestion ou d'économie, persuadés qu'ils sont de gagner bientôt 3000 euros par mois en travaillant 6 heures par jour dans une banque. De nos jours, travailler est devenu honteux, la seule vertu étant de faire du pognon.
Maintenant, ces jeunes, je les récupère en école d'ingénieur, à Bac + 3. Ils ne savent plus faire une règle de trois. Ils ne savent plus calculer l'aire d'un triangle ou d'un trapèze, parfois même pas celle d'un cercle. Avant, on savait ça après la 5ème. Maintenant, je dois le leur apprendre quand ils ont 21 ans. Pourtant, je continue de les "vendre" aux employeurs comme les meilleurs de leur génération. Et le pire, c'est que c'est presque vrai. Ce sont ces étudiants, qui ne savent pas calculer le volume d'un cylindre, qui vont faire les calculs de conception des réseaux d'eau potable, des réseaux d'assainissement, des stations d'épuration de vos villes. J'ai plein d'anciens élèves qui travaillent chez Veolia, Saur, Degrémont...
Ils ne savent plus rien faire? Ce n'est pas grave, prétendent la moitié de mes collègues: leur boulot ne sera pas de faire les choses, mais de les faire faire aux autres. Eux, ils aligneront les chiffres dans une feuille Excel pour estimer le coût des projets et passeront un jour directeurs de filiale. Comme me le disent mes collègues, "tu crois que leurs chefs comprennent mieux qu'eux comment coule la flotte" ? Merci les gars, sacrée consolation.
Vous avez peur? Moi aussi.
18:50 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, enseignement, université, ecole
19.01.2007
Inégalités sociales d'accès aux grandes écoles
Où ?
Sur le site web de l'INSEE. On y accède par l'URL suivante: http://www.insee.fr/fr/ffc/ficdoc_frame.asp?ref_id=ECO361...
Puis cliquer sur "Ouvrir l'article".
Quoi ?
Extrait du résumé:
"En termes de chances relatives d'accès selon son milieu social d'origine, la base sociale de recrutement dans les grandes écoles semble même se resserrer dans les années 1980 après avoir connu une relative démocratisation à l'image de l'ensemble de l'enseignement supérieur".
Extrait de la page 31 (Tableau 1)
Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père appartient au milieu populaire (agriculteurs, ouvriers): 1%
Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père appartient au milieu supérieur (cadres supérieurs, chefs d'entreprise, etc.): environ 15%, dont 21% pour les professions libérales.
Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père est enseignant: environ 17%, dont 21% pour les professeurs et professions scientifiques.
Extrait de la page 35 (Tableau 2)
Comparons 2 personnes de la génération 1959-1968, l'une issue du milieu supérieur, l'autre du milieu populaire. Il y a 40 fois plus de chances que la personne issue du supérieur ait un diplôme d'une très grande école et que la personne issue des couches populaires n'en ait pas, que l'inverse.
Ce rapport était de 25 pour la génération 1949-1958.
09:30 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : éducation, education, inégalité, sociale, grande, école, enseignement
