14.05.2008

Nouveaux programmes scolaires

Vous pensiez peut-être qu'on avait besoin, en France, d'un ministre de l'Education. Erreur mon cher Watson, nous avons déjà, au sommet de l'échelle, un Nain de jardin qui vient chaque jour avec de nouvelles idées que son crétin de ministre n'aurait pas pu avoir tout seul. Par exemple:

  • lettre de Guy Mocquet à lire dans toutes les écoles,
  • "parrainage" de la mémoire d'un enfant Juif mort en déportation,
  • oeuvre d'Aimé Césaire à incorporer dans les programmes,
  • enseignement de l'histoire de l'esclavage (le Nain a récemment déclaré vouloir les introduire dans les programmes, alors qu'ils y figurent déjà, cf. article dans Libération),
  • et désormais, l'enseignement de l'histoire de l'Art, auquel il faudra désormais consacrer "50% des heures d'éducation artistique" et "25% des horaires d'enseignement de l'histoire".

Cette dernière mesure est loin de faire l'unanimité, d'autant qu'elle semble, comme à peu près tout ce que commande le Nain protéiforme au niveau de l'Education, avoir été bâtie à la hâte. De façon plus générale, on pourra trouver utile de s'intéreser au texte proposé pour les nouveaux programmes scolaires (article du Monde, article de Libération et texte proposé pour les nouveaux programmes par X. Darcos, le [si peu] ministre).

Sur le site du ministère, on nous présente le texte des nouveaux programmes comme résultant d'une consultation à la fois des parents d'élèves (voir résultats de la consultation) et des enseignants (voir document de synthèse, Lien vers toutes les synthèses par circonscription). En réalité, les gens ont été consultés après coup, et il n'est pas très clair dans quelle mesure leurs avis seront pris en compte pour la révision du texte.

Comme cela revient de façon récurrente dans les remarques faites par les enseignants, on peut toutefois se demander comment on va pouvoir faire apprendre davantage de choses aux gamins avec moins de temps... D'un autre côté, si dans 15 ans, après que mes (futurs) étudiants auront suivi ce nouveau programme, je les récupère ayant appris à lire, écrire et calculer correctement, j'estimerai qu'un pas fondamental a été franchi. A suivre...

07.05.2008

Du savoir-vivre

Mes étudiants ont la bonne habitude de ne jamais se pointer à un cours à l'heure (pour mémoire, j'enseigne en école d'ingénieurs, de Bac+3 à Bac+5). Mes collègues me l'ont confirmé, la coutume de cette promo est d'attendre, pour entrer en classe, que l'heure de début des cours soit passée de 10 minutes à un quart d'heure. Je me rappelle une époque où l'instituteur, enveloppé dans sa blouse grise, nous signifiait la fin de la récréation en tapant dans ses mains comme pour effrayer une volée de moineaux... Comme je n'en suis pas à ce point de mépris pour mes bambins de 22 ans (eh oui, Bac + 4 déjà...), je n'use pas de cette gestuelle, leur laissant le soin de gagner la salle de cours lorsqu'ils pensent être spirituellement mûrs pour une nouvelle aventure intellectuelle dans les méandres de la mécanique des fluides.

C'est ainsi qu'hier, ils ont poussé le délai jusqu'à 13 minutes - performance inférieure au max des mesures, mais facilement dans le dernier décile de la fonction de distribution "minutes de retard". Comme le TD que je leur avais préparé était calibré pile pour 1 heure et demie (j'ai toujours été bon pour estimer les temps de travail), on a fini, non pas à 15 heures 30, mais à 15 heures 41. J'en voyais s'agiter et tortiller du derche sur leur chaise, à croire que ces 11 minutes de trop étaient vraiment intenables, à moins qu'un collègue facétieux n'ait enduit le siège de fluide glacial ou de clous de tapissier... Quand je les ai libérés, certains n'étaient pas loin de refaire Mai 68. Il y en a quand même eu une sur les 25 pour émettre la réflexion: "Ouais, mais c'est vrai qu'on n'a pas commencé à l'heure." Merci mademoiselle; quand on pense que dans un an et demi, la moitié d'entre vous seront à l'oeuvre dans un bureau d'étude, en décomptant leur temps au quart d'heure près pour savoir sur quel projet ils doivent le facturer (temps bénis de ma jeunesse...), on se dit que la sélection naturelle fait des miracles.

Loin de moi l'idée de vouloir passer pour un vieux con (ou alors, je commence bien jeune); après tout, quand j'étais à leur place, j'étais peut-être pareil, et probablement pire: j'avais déjà l'habitude de faire des BD, mais je les faisais en plein cours - et comme j'étais souvent assis dans les premiers rangs, on peut se demander rétrospectivement ec que mes profs en pensaient...

Ce matin, j'ai eu la chance de pouvoir partir au boulot plus tôt que d'habitude, j'ai donc pris le journal de France Inter de 7h; lequel, mis à part la victoire à 60% d'Obama aux primaires Démocrates, se consacrait primordialement au pont de ce week-end. Y figurait notamment l'interview d'une mère de famille qui a décidé de faire sécher le vendredi et le samedi à sa fille, alors que son collège ne fait pas le pont. Retranscription de mémoire: "Je reconnais que c'est un peu égoïste de ma part de lui faire rater un jour d'école, mais bon, j'ai eu envie de m'offrir un week-end. Par contre, à l'Education nationale, ils n'ont pas été très sympas avec elle, puisqu'ils ont refusé de lui donner les cours du vendredi."

C'est en effet pas très sympa de ne pas fournir les énoncés, polycopiés, etc. aux gens qui sèchent. Si la proviseure du collège en question a entendu ça dans le poste, ça a dû lui faire salement plaisir. Mis à part que la rombière a tendance à confondre le collège avec le CNED, elle a peut-être aussi tendance à confondre service public avec centre commercial? D'un autre côté, quand, dans environ 10 ans, je verrai débouler sa gamine dans mes classes, j'aurai moins de souci à me faire sur sa ponctualité: ce n'est pas qu'elle viendra en retard; tout simplement, elle ne viendra pas!

29.04.2008

Nouvelle pédagogie à l'université

La pédagogie est le sel du terreau de la semence du germe de l'embryon de l'apprentissage, on ne le dira jamais assez. A la lecture du bouquin de maths de troisième que j'avais commandé pour mes élèves-ingénieurs, j'ai compris mon erreur de toujours: si vous voulez que les gamins apprennent, faites marrant. C'est avec des maximes comme celles-ci que l'on comprend que Le Monde était un journal pour grandes personnes, puisque paraît-il Hubert Beuve-Méry réunissait ses collaborateurs debout autour du bureau et leur donnait comme consigne: "Faites emmerdant."

Ainsi, dans ce bouquin de maths de troisième dont je vous cause, relève-t-on des exemples édifiants de la présence, dans le monde intelligible et sensible, d'êtres géométriquement purs, dont la seule vocation semble être de nous éveiller à la perfection Euclidienne. Témoin cette photo, glanée en page 67 (mes excuses pour le scan de travers):

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Chacun prend les exemples qu'il veut; par exemple, moi j'aurais plutôt pensé à un camembert (les Hollandais doivent mettre une photo de meule de Gouda).

Bref, ceci m'a fait comprendre que je devais changer radicalement de méthode. Aussi ai-je le plaisir de vous livrer mon nouveau polycopié de mécanique des fluides, auquel je confierai dès l'année prochaine la mission d'éduquer mes élèves ingénieurs. Ne vous moquez pas: dessiner une petite page comme celle-là m'a pris 5 fois plus de temps que d'écrire la même chose en langage mathématique ordinaire avec mon traitement de texte et mon éditeur d'équations breveté Bill Gates. Pour la version PDF grandeur nature, cliquez sur le lien en légende de la photo.

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Version PDF:MdF01.pdf

Si après ça, ils osent dire qu'on ne se donne pas du mal pour eux!

28.04.2008

Université: comment relever le niveau

Ca y est, ils sont arrivés. Je parle des bouquins de maths et de physique des classes de seconde à la terminale, que mon département a commandés (à ma demande) pour aider nos étudiants à récupérer un niveau à peu près de base... Pour ceux qui l'ignorent, et pour ceux qui auraient oublié, j'enseigne en école d'ingénieurs.

A l'ouverture des opuscules en question, premier coup de nostalgie: où êtes-vous passés, bons vieux bouquins en bichromie de mon enfance? Les bouquins de maths ressemblent désormais à des albums de coloriage. Il y a de l'arc-en-ciel à tous les coins de page, c'est tout juste si l'on n'a pas droit à la rubrique "apprenons en s'amusant" et, au rayon des exos, au classique "mais où est donc passé Willy?"

Finalement, celui qui risque d'avoir le plus de mal avec les bouquins de 1ère Scientifique, c'est moi! Vous me direz, ça tombe bien, notre métier n'est-il pas de nous renouveler sans cesse et d'opérer une perpétuelle remise en question? Je me vois déjà remettre à jour tous mes polycopiés de mécanique des fluides et de méthodes numériques: le premier cours universitaire et le premier recueil d'exercices pour ingénieurs en bande dessinées!

13.03.2008

Echec scolaire: les faits et les réactions

Un article intéressant sur le site de Libération, qui relate une tentative pour diminuer l'échec scolaire. Le titre, "Une piste contre l'échec scolaire: la fin des mauvaises notes", dénature d'ailleurs le propos exposé dans le texte. 
Le principe de la méthode explorée: être plus clair, vis-à-vis des étudiants, sur les termes du contrat - en particulier en les avertissant des objectifs. Une meilleure préparation aux examens et une assiduité au travail plus élevée seraient atteintes en avertissant les étudiants du programme couvert à l'examen et en donnant davantage de place, dans les cours, à la préparation de celui-ci.
L'article et l'exposé de la méthode sont intéressants (mais je suis de parti pris, cf. mes tentatives avec mes étudiants, Note 1, Note 2). Ce qui l'est tout autant, c'est le détail des réactions des lecteurs: je cite les sceptiques:
  • mieux encore.... On pourrait même leur donner les réponses aux questions... C'est le nivellement par le bas qui se poursuit..
  • Pensée magique. Ne notez plus les élèves et ils seront tous excellents !
  • fumisterie. très franchement, quel crédit accorder à une étude réalisée par un chercheur qui n'a sans doute jamais enseigné de sa vie,
  • rire. est-ce que ce brave spécialiste s'st demandé à quoi il servait?? a pas grand chose visiblement...alors qu'il continue a nous présenter des idées ridicules...tant quil nous fait rire...un conseil, qu'il ne mettes jamais les pieds dans un salle de classe, il risquerait de découvrir le monde reel...
Mais aussi d'autres, qui se sont peut-être posé un peu plus de questions:
  • Réaction aux réactions. Moi je trouve cette idée super intéressante. Je suis animateur pour ados et je fais du soutien scolaire. Alors je sais de quoi je parle. Je voudrais simplement demander à tous ceux qui ont eus des réactions contre cette idée. Qu'es-tce qui est le plus important ? Ce que vaut l'enfant ou ce qu'il a compris des cours ?
  • deja a la maternelle. mon fils de 3 ans a deja droit a un systeme de notation sur son travail fait en classe un visage qui se decompose au fur et a mesure que le travail demande est "mal fait"et une correction au stylo rouge s'il a "deborde" alors pour la suite de sa scolarite je m'ennuie deja..........
  • Notes ou pas notes. Le problème n'est pas qu'il y'ait notes ou pas notes [...] Est-ce qu'il y a eu une étude sérieuse pour nous dire que les enseignants qui ont adopté la méthode Antibi ont réussi à avoir moins d'élèves en échec ? Quand est-ce qu'on va comprendre que faire travailler les élèves (surtout ceux en difficulté) dans des petites structures est un excellent moyen de les arrimer aux autres ? Quand est- ce qu'on va comprendre que l'école n'est que le reflet des inégalités de la société ? Qui a des mauvaises notes ? c'est ça la question qu'il faut se poser.
 Ce qui m'inquiète, c'est que (cela transpire d'un certain nombre de commentaires), les réponses les plus lapidaires et les plus dogmatiques sont le fait d'enseignants...

08.01.2008

Consumérisation de l'éducation: faut-il?

Considérer l'éducation comme un bien commercialisable, la tendance s'en répand. Parmi les arguments les plus souvent avancés en sa faveur, on recense les suivants:

  • transformer l'éducation en un produit commercial, c'est améliorer son efficacité;
  • c'est également diminuer son coût, souvent jugé trop élevé à l'heure actuelle;
  • c'est enfin la rendre flexible.

Ces arguments, pour fondés ou non qu'ils soient, font appel à un présupposé: celui que l'éducation peut être considérée (et traitée) comme une marchandise, donc, comme un objet matériel, composé de sous-objets séparables et assemblables à volonté. On peut ou non accepter un tel point de vue; il faut savoir qu'il est monnaie courante dans une discipline peut-être trop méconnue en France, mais bien répandue dans le monde anglo-saxon, celui de la Gestion des Savoirs (Knowledge Management).

Transformer l'éducation en bien commercial, c'est implicitement transformer l'éduqué (enfant, élève, étudiant) en un client; c'est, en instaurant ce rapport de client à fournisseur, consumériser le processus d'éducation. Et c'est la consumérisation qui est censée amener les avantages précités, à savoir l'efficacité, la réduction des coûts et la flexibilité. En effet, la consumérisation est censée donner naissance à la concurrence, moteur essentiel sinon unique (selon certains) de l'amélioration des services et de la satisfaction des consommateurs à moindre coût. Cela peut sembler logique à première vue. Puisque le client est roi, il est censé pouvoir demander toute amélioration du service qui lui semble souhaitable. Si le fournisseur choisit de ne pas le lui fournir au prix demandé, le client a tout loisir d'aller chercher ailleurs une offre qui lui convienne mieux. Ce processus est supposé conduire à un progrès perpétuel dans l'offre et la satisfaction des besoins.

Bien entendu, cette logique idéale, que l'on nous présente souvent comme si elle allait de soi, correspond rarement à la réalité. Il n'y a qu'à considérer le désastre total qu'a été la privatisation des chemins de fer au Royaume-Uni, ou bien les arnaques aux consommateurs que se permettent les fournisseurs d'accès internet et de forfaits de téléphones portables, ou encore les prêts soi-disant avantageux que proposent les banques pour mieux vous arnaquer lorsque vous vous mettez en tête de devenir proprétaires... Mais passons, et acceptons pendant cinq minutes de croire que les tenants du libéralisme à tout crin ont raison et que la consumérisation des activités humaines est source d'efficacité.

Le premier problème que pose la consumérisation (et sans doute le moindre) est celui d'être capable de découper ces activités en des blocs, paquets ou objets facilement identifiables, que l'on pourra vendre. Dans le cas de l'éducation, il s'agirait bien entendu de vendre des services. Considérer l'éducation comme un bien, c'est en effet faire l'hypothèse que l'on peut fractionner ce bien, en isoler des morceaux, que l'on peut fournir indépendamment du reste.

  • Comme évoqué dans le premier paragraphe, ce paradigme est à l'oeuvre dans une discipline appelée Knowledge Management - Gestion des Savoirs et sa réthorique absconse (sinon fumeuse - voir ce site pour vous en convaincre). Ceci est normal si l'on considère comment est né le KM: dans les années 80, les grandes entreprises américaines (en particulier dans le secteur automobile) se sont aperçues qu'elles avaient tellement licencié d'employés qu'elles n'étaient plus capables d'assurer leur propre survie. On avait viré l'ancien qui, dans la chaîne de montage, savait que pour visser plus vite l'accoudoir de la Chrisler Toto, il fallait d'abord décaler le siège passager de 10 centimètres vers l'avant afin de dégager l'accès au boulon de 12... A donc commencé une mise en fiche systématique de tous les savoirs-faires des ouvriers et employés des grandes entreprises, afin de pouvoir les virer plus facilement sans avoir à subir en échange la perte de technicité consécutive à l'amnésie d'entreprise...
  • C'est finalement ce que nous autres enseignants faisons lorsque nous découpons nos programmes en "modules" (pour cause d'ECTS, d'accréditation des diplômes, de lisibilité de l'offre, de rationalisation des cursus, etc.) Ce procédé en soi n'est pas un mal, il est même à l'occasion très utile; il est en revanche très dangereux lorsque l'on découpe les enseignements en modules qui ne se recouvrent pas, en supposant que l'intégralité des enseignements dispensés dans une matière donnée sera assimilée. Faire un module "maths avancées" immédiatement après un module "maths de base" sans faire de rappels, c'est ne laisser aucune place à l'erreur, en supposant que les "maths de base" sont un paquet que l'on prend sur une étagère, que l'on absorberait un peu comme on vide un carton de lait, jusqu'à la dernière goutte. Ensuite, on boit le contenu de la brique UHT "maths avancées", et le tour est joué.

Mais, pas de bol, ça ne se passe pas comme ça. La mémoire, pas plus que le savoir ou la vie, n'est pas une fonction linéaire: ce que l'on est aujourd'hui n'est pas la simple somme de ce qu'on était hier et de ce qui s'est passé entretemps. L'éducation est une part de la construction de la personnalité d'un individu et, à ce titre, elle ne se fait pas en empilant des briques sans lien entre elles. La structuration d'un individu ne se ramène pas simplement à l'acquisition de savoirs-faire isolés; en d'autres termes, il ne faut pas confondre éducation et formation.

Le deuxième danger, bien plus grand que le premier, posé par la consumérisation, est la destruction du lien social qu'elle induit.  C'est aussi appauvrir les connaissances humaines, en donnant à l'acquisition des connaissances ou des savoirs un objectif de rentabilité, le plus souvent immédiat.

  • Transformer les rapports humains en des rapports de consommation, c'est introduire des liens de client à fournisseur. Par définition, le client n'a aucun devoir, aucune responsabilité, il n'a que des droits: "Le client est roi". C'est normal, il paie.
  • Introduire des comportements consuméristes dans l'éducation, c'est en quelque sorte la nier, en niant l'indépendance des évaluateurs (on ne donne que de bonnes notes, puisque le client a payé); en inversant la hiérarchie des pouvoirs entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas (celui qui apprend est le "patron" de l'enseignant, puisqu'il est son client - c'est en gros la philosophie des officines de formation; c'est aussi la réalité des rapports dans l'entreprise, où ceux qui savent faire les choses et travaillent sont les subordonnés de ceux qui les font travailler).
  • C'est également introduire la notion qu'il y a des savoirs utiles et d'autres inutiles. La consumérisation de l'éducation, c'est considérer tout enseignement comme un investissement, qui doit nécessairement rapporter des avantages financiers en retour. C'est abandonner l'idée d'apprendre des choses "pour le plaisir d'apprendre" et de ne choisir d'apprendre que ce qui est perçu comme "rentable", du moins dans un avenir immédiat. Tant pis si, dans 5 ans, ce quelque chose est passé de mode, vous n'aurez qu'à payer et suivre une nouvelle formation dans les disciplines qui seront devenues lucratives...

A ceux qui souhaiteraient transformer le monde (dont l'éducation) en une vaste entreprise, on ne peut que faire la remarque suivante: ces tenants du libéralisme, aux carrières souvant enviables, ont eux-mêmes bâti leur réussite sur les fondations d'un monde qui n'était pas encore libéralisé et où l'éducation, et avec elle nombre d'activités humaines, n'était pas consumérisée. Il n'y a de riches que parce qu'il y a des pauvres; et un riche qui veut faire croire aux pauvres qu'ils deviendront riches est, soit un crétin, soit un type qui envisage de se servir de l'ambition des pauvres à devenir riches pour devenir lui-même encore plus riche.