08.01.2009
Et une bonne année 2009
A l'heure où les IUT menacent de manifester pour ne pas voir leur budget englobé dans celui de leur université de tutelle (pas fous: on veut bien partager le pognon, mais uniquement avec ceux qui en ont plus que nous!) mais pour au contraire rester leur dotation propre, à l'heure où les COPS (dont on ne sait pas trop ce que c'est ni ce que ça va donner) remplacent les commissions de spécialistes et où les PFR remplacent les départements de recherche, il n'est pas inutile de souhaiter à tous les lecteurs de ce blog une année 2009 aussi bonne que possible.
A ce sujet, soyez remerciés bien bas de votre fidélité, car vous continuez à venir nombreux consulter régulièrement ces pages où plus rien ne se passe (je suis légèrement submergé ces temps-ci), ce qui atteste de votre part un tempérament de chercheurs enragés: ce n'est pas parce qu'il n'y a aucun résultat que l'on doit désespérer de voir un jour venir quelque chose!
Au menu de l'année 2009 (si l'Intelligent Design a raison et si Dieu - qui alors existe forcément - consent à me prêter vie):
- on doit écrire le bilan à mi-parcours du quadriennal actuel (2007-2010) de mon labo
- et écrire la prospective du prochain (2011-2014);
- on doit renouveler les cadres dans mon département d'enseignement;
- si on a du bol, on recrutera un maître de conf, avec les amusements habituels autour de la définition des profils et des commissions ad hoc de recrutement;
- je me suis juré de travailler moins.
Oui, je sais, le dernier point est totalement absurde et irréaliste, mais il fallait bien que je vous fasse rire. Par contre, les quatre premiers éléments de cette liste à puces devraient me fournir l'occasion d'anecdotes intéressantes dans les mois qui viennent. Par conséquent, ne perdez pas espoir, je reviendrai (souvent je l'espère) pour vous alimenter en turpitudes et absurdités comme seul notre système sait en produire.
D'ici là, aux futurs candidats au hachoir et à la moulinette que sont la qualification et le recrutement sur les postes d'enseignants-chercheurs de notre belle université molle, je souhaite bon courage et bonne chance.
13:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
24.10.2008
Qui faut-il croire?
Parmi les guérisseurs de tout poil qui se pressent au chevet de la finance mondiale - plans de "recapitalisation" (c'est pour ne pas prononcer le gros mot "nationalisation"; c'est comme quand on dit qu'un aveugle est non-voyant ou qu'un sourd est malentendant), "injection massive de liquidités", les incantations ne manquent pas dans le petit univers des spécialistes. De l'autre côté, les banquiers (surtout français) vous expliquent inlassablement qu'il n'y a pas de problème, juste avant d'avouer que l'Ecureuil a perdu ses noisettes et laisse la Caisse d'Epargne avec un trou de 700 millions d'euros... Bref, qui croire? Ceux qui disent que tout va bien, ou ceux qui prétendent que le malade est malade, et que la guérison sera lente et douloureuse? Un petit exemple, tiré de la vie de tous les jours.
Il y a 2 semaines, je trouve dans ma boîte à lettres le prospectus suivant:
Vous avez lu vous-mêmes: résultats garantis, fiabilité totale, on fait des miracles, etc. Voilà de quoi, a priori, garantir à l'impétrant un marché, sinon juteux, du moins captif, auprès d'une clientèle très spécialisée.
Or voilà-t-il pas que, quelques jours plus tard, la concurrence passe à l'offensive et qu'un nouveau mage propose ses se(r)vices, sur un format environ deux fois plus grand:
En vérité je vous le dis, le premier a de quoi s'inquiéter, car le second est "très fort" et "compétant" (ça change tout). Alors que le précédent se contentait du passé, présent et avenir, le second garantit une protection définitive (est-ce bien malin, d'ailleurs? les clients ne reviendront plus!)
Malheureusement, j'ai déjà le permis; j'ai passé à peu près tous les concours et examens auxquels je pouvais prétendre et je n'ai pas de mauvais blocage. Je n'aurai donc pas recours aux services du monsieur et serai donc dans l'incapacité de vous dire s'il est effectivement "très fort" ou pas.
Par contre, j'ai jeté un coup d'oeil à la notice d'un médicament qui traînait dans un tiroir (seule une face est reproduite), avouez que ce n'est pas la même chose:
Si on traduit: attention, c'est dangereux, n'en prenez pas trop, vous risquez d'attraper des boutons, ou pire un oedème, ou d'avoir l'air d'un tuberculeux, alors faites bien gaffe.
Comme pour les clients des banques, mettez-vous à la place du gogo moyen: qui a-t-on envie de croire: celui qui vous dit que tout se passera bien et que vous êtes un type super, ou bien celui qui prend sa calculette et commence à vous aligner des pourcentages en faisant la moue?
Il semble que les traders du système financier mondial, eux, avaient fait leur choix.
07:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, société, humour
07.10.2008
Avec toutes mes excuses
Des excuses, je vous en dois. Vous vous souvenez de ces billets où je me moquais - malheureux inconscient que j'étais! - de ces marchés qui nous font tant de bien [Lien 1, Lien 2, Lien 3]. Cette série, qu'avait initié un facteur a priori sans rapport avec la choucroute - à savoir un énervement chronique envers les conducteurs de 4x4 [Lien 4] - m'avait valu les foudres de quelques spécialistes de l'économie. On s'était un peu frittés, d'un côté les gens qui savent de quoi ils parlent et de l'autre les ignorants qui racontent n'importe quoi (ça, c'est moi!)
Eh bien, ils avaient raison, et j'avais tort: en fait, ça se passe plutôt bien. Il n'y a qu'à voir ici, ici et là.
Bon, c'est vrai: tirer sur les ambulances, ça ne se fait pas. Mais on a peut-être le droit de tirer sur les corbillards?
08:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, économie, politique
04.09.2008
Boutons les dinosaures
A force de nous regarder le nombril avec nos lois sur l'autonomie des universités et les renouvellements de hauts responsables à la Sécurité en Corse, on en oublierait presque que les autres pays ont eux aussi une actualité.
En pleine période électorale, les journaux US ont retrouvé cet article de l'Anchorage Daily News où Sarah Palin, la colistière de MacCain, se présentait en son temps au poste de Gouverneur de l'Etat en faisant campagne pour l'enseignement du créationnisme [Lien1]. C'est intéressant, le créationnisme; la galaxie des gens qui le soutiennent ne l'est pas moins... En surfant sur le Net, on tombe assez rapidement sur le site du Discovery Institute, avec quelques pages web fort instructives en faveur de l' "Intelligent Design" [Lien 2]. Pour se faire une idée de l'ancrage politique de ses partisans, on peut utilement consulter la page sur le "Technology and Democracy Project", je cite: "... supports technology [...] seeks to free its natural advancement from the burden of undue government regulation". On peut aussi aller consulter les CV du staff [Lien 3] et des t"op executives" pour comprendre à quel point l'avènement de Ronnie Reagan en 1980 a été une aubaine pour certains et leur carrière... Pour revenir à l'Intelligent Design, un des vice-présidents de l'institut a même co-écrit un bouquin là-dessus [Lien 4]. Le Discovery Institute est présenté dans Wiki comme le stratège fondateur de la "Wedge strategy - Document PDF", visant à faire entrer dans les tronches le créationnisme, non pas comme une théorie alternative mais comme la théorie dominante (cf. "Twenty Years Goals" à la page 4 du document).
Aussi ridicule que ce genre de machin puisse paraître, c'est ses bonnes dispositions en faveur de ce genre de théories qui avaient permis à Sarah Palin de débuter sa carrière en politique - et de façon plutôt rapide. Comme le mentionne son rival malheureux lors des élections à la mairie de Wasilia (Alaska): "Sarah comes in with all this ideological stuff, and I was like, ‘Whoa,’ ” said Mr. Stein, who lost the election. “But that got her elected: abortion, gun rights, term limits and the religious born-again thing."
Finalement, il n'y a pas qu'en France qu'on veut nettoyer la racaille. Aux States aussi, il y en a qui veulent faire le ménage. Le Nain veut passer la Courneuve au Kärcher; aux US les ultras veulent filer un coup de balai sur la théorie de l'évolution. Non mais c'est vrai, quoi, tous ces parasites qui hantent les manuels de paléontologie en se reposant sur leurs privilèges... Au boulot, les trilobites! Les 3x8, comme tout le monde!
07:32 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, politique, religion, société
29.08.2008
Combats avec tes défenseurs...
Mardi soir, France Inter avait choisi, pour thème de son émission de pseudo-démocratie participative "Le téléphone sonne", de s'intéresser au fichier Edvige, destiné à recenser, entre autres, les personnes "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Parmi les notables invités autour du micro, on trouvait Corinne Lepage (qui, outre son statut d'ancienne ministre de l'environnement, peut se prévaloir d'une carrière juridique bien fournie, avec notamment un succès assez récent dans la bataille judiciaire au sujet du naufrage de l'Erika), un membre de la ligue de défense des droits de l'homme et, pour assurer la défense du Diable, le porte-parole du ministère de l'intérieur.
Ca a donné. Après quelques petites minutes de débat, Corinne Lepage a commencé à se friter avec le porte-parole en question, au sujet de la décision de création du fichier Edvige (par décret, donc sans débat parlementaire). Le porte-parole mentionnait comme en passant que le décret avait été "validé" par le Conseil dEtat; faux, répliquait Lepage: le Conseil d'Etat a rendu un avis (purement consultatif), que le gouvernement a refusé de communiquer au public. De là à penser que cet avis n'était pas des plus favorables... D'ailleurs, on le connaîtra sans doute bientôt, puisque aussi bien un certain nombre de parlementaires ont déposé un recours contre ce décret auprès du même Conseil d'Etat. A suivre.
Ce qui frappe le plus dans ce débat, c'est le caractère naturel, "allant de soi", que revêt le fichage des gens aux yeux des autorités Françaises. Cette attitude ne date pas d'hier; les gouvernements, de droite comme de gauche, ont pratiqué le flicage et l'espionnage privé (il n'y a qu'à se rappeler l'affaire des écoutes sous Mitterrand pour se convaincre que la paranoïa n'est pas que de Droite... Mais Mitterrand était-il encore un homme de Gauche? Bref.)
Exemple, les paroles du représentant d'Alliot-Marie: "Oui, bien sûr, nous fichons les syndicalistes. Mais suppons par exemple que quelqu'un se présente à des élections locales, par exemples aux Régionales, etc. Eh bien, si le préfet se demande par exemple qui est ce monsieur, quels sont ses antécédents, etc., comme ça il pourra le savoir." Personne n'a posé la question qui, personnellement, me laisse sur le derche: à partir du moment où le type est éligible, qu'il n'a pas de casier judiciaire (une information que l'on trouve bien ailleurs que dans le fichier Edvige), qu'est-ce que ça peut bien lui faire, au préfet?
Un autre argument, toujours avancé par ce même porte-parole: ce fichier, c'est super, parce que si l'on parvient à mettre dedans un jeune de 13 ou 14 ans qui traîne avec une bande, on pourra faire prévenir ses parents par les flics en leur faisant dire: "attention, votre fils traîne avec une bande"... Bravo, sauf que, comme le dit un des invités, pour savoir que le jeune en question traîne avec une bande, il faut l'avoir identifié; pour l'avoir identifié, il faut bien l'avoir interpellé ou avoir contrôlé son identité au moins une fois; c'est à ce moment-là qu'il faut prendre le téléphone et avertir les parents, et on n'a pas besoin d'un fichier pour ça.
Le plus dangereux dans l'affaire n'est probablement pas la constitution de ce fichier en tant que telle, mais le flou terrifiant qui entoure les termes qui ont présidé à sa création: "Susceptible de porter atteinte à l'ordre public", ça veut dire quoi? On ne le sait pas; le foutriquet qui représentait le ministère n'a pas été capable de le dire. En outre, même en cas d'informations erronnées, le droit de rectification de ce fichier ne sera pas permis. Quand on sait que les fichiers policiers déjà existants contiennent des pourcentages d'erreur à deux chiffres, il y a franchement de quoi s'inquiéter. Avec ce "susceptibles de", le gouvernement du Nain récidive dans la négation d'un principe de droit élémentaire, à savoir que l'on ne devrait pas pouvoir fliquer, surveiller ou condamner qui que ce soit sur la base d'"intentions" ou de "possibilité de nuire" présumées. C'est ce même principe élémentaire des droits de l'Homme qu'a bafoué la "loi Dati" sur la rétention de sûreté (ordonner la prolongation d'un emprisonnement au motif que l'on pense que la personne "pourrait" commettre des actes dangereux).
Un auditeur l'a dit au téléphone, "Moi, ce fichier, je m'en fiche, ceux qui n'ont rien à se reprocher ne risque rien." Dans l'hypothèse d'un Etat de droit parfait, certes, ce monsieur a raison. Il a juste oublié que dans l'histoire, ce n'est plus lui qui décide qui a ou n'a pas à se reprocher. Ce n'est même plus la Loi, puisque (1) la mesure est passée par décret, sans débat parlementaire, et (2) les critères d'application ("susceptibles de") n'en sont pas définis clairement. Les Juifs, eux non plus, n'avaient rien à se reprocher sous Hitler. On connaît le résultat.
Ce fichier va-t-il réellement servir à quelque chose? On ne sait même pas. La seule chose que l'on peut affirmer, c'est qu'il s'inscrit dans une logique bien définie, que l'on pouvait déjà entrevoir dans des mesures précédentes de ce gouvernement. Cette logique implicite, c'est celle d'une normalisation et d'une codification de l'individu et de ses comportements. Il est paradoxal de constater que c'est le même gouvernement (et avec lui une aile droite de la population politique française) qui prône la libération de la croissance, du pouvoir d'achat (bref, de notions abstraites et désincarnées) et en même temps codifie et encadre toujours plus étroitement les comportements individuels (interdiction de fumer dans les lieux publics, durcissement du pénal, fichage des individus)...
A moins que le plus effrayant dans l'histoire ne soit tout simplement l'absence de réaction de la classe politique et du citoyen face à de telles décisions. Effrayant, ou tout simplement logique?
Il y a une dizaine de jours de cela, la même France Inter diffusait une émission de l'Ecolo de service (public) Denis Cheyssoux; en introduction, l'animateur nous lâchait cette info: "A la question Pensez-vous que nous devions renoncer à certaines de nos libertés individuelles pour sauver la planète?, 85% des personnes interrogées ont répondu "Oui"." Et l'abruti de se réjouir pendant ses cinquante minutes d'antenne. Mais qu'est-ce que ça veut vraiment dire "renoncer à ses libertés individuelles"? Il fallait écouter l'émission pour le comprendre: au fil des appels, des témoignages d'auditeurs et de personnalités(?), on finissait par comprendre que pour l'écrasante majorité des crétins, "liberté individuelle" signifiait liberté de laisser couler la flotte en se brossant les dents, liberté de ne pas se faire chier à trier ses déchets, ou encore liberté d'avoir une grosse bagnole qui ne sert à rien et consomme beaucoup pour en jeter et pouvoir faire le cacou sur la route. Il semble en somme que l'immense majorité de la population confonde tout simplement liberté et confort. Alors le fichage, l'Etat policier, les droits de l'homme et du citoyen, franchement, qu'est-ce qu'on s'en tape le derche sur des bornes kilométriques...
Finalement, il avait raison: panem et circenses. Voir ici pour une version un peu plus longue, qui prend tout son sens.
08:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, politique
16.07.2008
Bourse, spéculation, banques et le reste
08:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, actualité, économie
07.07.2008
Pétrole rare, télé de nuls et le reste
Les quelques billets des jours passés sur la fin du pétrole ont semble-t-il passionné le débat. Il faudra en refaire d'autres, alors... Je vous promets ça pour bientôt - pas pour tout de sutie, car nous entrons, dans ma fac, en période active d'entretiens (ceux qui président à la sélection de nos futurs étudiants), ce qui réduit considérablement notre temps disponible.
En attendant, prévisible ou non, la fin de la civilisation du pétrole connaît un nouvel avatar en matière de débilité télévisuelle,, puisque la famille Ewing invite désormais sur ses terres la télé-réalité (ben oui, ça se passe au Texas), le Koh-Lanta du foreur pétrolier est désormais disponible sur les ondes et le câble [Ref1], [Ref2], [Ref3].
Finalement, les chers amis économistes qui se sont déchaînés dans ces pages contre les billets précédents, ainsi que leurs amis ultra-libéraux, ont raison: qu'il y ait encore du pétrole ou non n'a aucune importance: ce qui compte, c'est qu'on puisse faire du pognon avec! Plein de pognon!!!
14:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société, pétrole
30.06.2008
Marchés = gros nuls (suite)
Je savais que ce billet sur le libéralisme n'allait pas faire que des heureux. Comme mon but dans la vie n'est pas de plaire au plus grand nombre, je m'y attendais un peu... J'espérais à vrai dire des réactions, et elles n'ont pas tardé. Mathieu P., qui avait par ailleurs contribué à l'échange sur les 4x4 (ceux-là aussi, il va falloir que j'y revienne, car il y a eu d'autres réponses depuis), a posté le texte cité ci-dessous en italiques. Comme je serais attristé que l'on me comprenne mal, son texte mérite une réponse détaillée point par point - que voici.
"C'est étrange comme en France, le mot libéralisme a l'air de faire partir en vrille même les gens les plus intelligents."
Si c'est un compliment, merci. D'un autre côté, je décèle une petite déception... Dieu sait que je suis loin d'être satisfait de la mentalité française, à laquelle je prête de nombreux défauts, notamment l'étroitesse de vues et une certaine idée de sa propre valeur... Mais, même si cette mentalité me paraît par de nombreux aspects imparfaite, je lui prête une très grande qualité: contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, le Français n'a pas peur de l'anti-conformisme; s'il râle souvent sans raison ou en avançant des arguments biaisés, il est également beaucoup moins enclin à admettre sans preuve les arguments tout faits que l'on lui présente à la télé ou dans les magazines, en particulier pour tout ce qui touche aux aspects sociaux et économiques - surtout quand il fait partie de ceux qui se font enfler.
En l'occurrence, la présentation en trois points de la situation est d'une part grossièrement fausse (l'économie de la seconde révolution industrielle a été bâtie sur le pétrole *avant* qu'on prenne conscience que la ressource était dramatiquement limitée, et non après ainsi que le laisse entendre cette présentation)"
Que Mathieu me permette d'être en total désaccord avec son argumentation, pour les raisons suivantes.
- Premièrement, la première ressource énergétique de la révolution industrielle n'est pas le pétrole, mais le charbon. Encore une ressource fossile, d'ailleurs. Le pétrole n'est arrivé qu'après le charbon, et même longtemps après. Je conseille à Mathieu la lecture du petit livre très intéressant L'histoire secrète du plomb. On y apprend notamment qu'avant la "géniale" trouvaille de l'utilisation du plomb en tant qu'anti-détonnant, le pétrole était un carburant ma foi assez capricieux, car un peu trop explosif, ce qui faisait que l'on n'aimait pas trop l'utiliser dans les moteurs. Jusque dans les années 1930, de nombreuses automobiles - notamment aux States - possédaient un commutateur qui leur permettait de faire fonctionner le moteur, au choix au pétrole, ou à d'autres carburants tels que les alcools végétaux.
- Mais à la rigueur, cet argument n'est qu'un détail. Quand je parle de bâtir toute une économie sur le pétrole, je me réfère surtout à l'aveuglement des 50 dernières années. J'invite ainsi le lecteur à se rendre sur le site de toute bonne compagnie pétrolière qui se respecte (Ex., le site de BP, www.bp.com). Comme désormais, la mode est à la transparence et que les pétroliers veulent la jouer "communicationnellement correct" vis-à-vis des écolos, ils mettent en ligne plein de données. On peut ainsi télécharger à la page "Reports and Publications" de BP un certain nombre de feuilles Excel sur l'évolution de la demande énergétique depuis plus de 40 ans. J'ai tiré de ces feuilles Excel les graphiques ci-dessous.
-
- Le graphique de gauche présente l'évolution de la consommation depuis le milieu des années 60, le graphique du milieu illustre l'évolution du volume de réserves connues depuis 1980. Le triosième graphique est une synthèse des deux premiers: en divisant le volume de réserves par la consommation annuelle, on obtient l'autonomie énergétique mondiale, c'est-à-dire la durée qu'il nous reste avant que les réserves connues soient épuisées - en supposant que nous continuions de consommer au même rythme. Que nous disent ces graphiques?
- La première chose, c'est que l'on peut s'estimer heureux qu'il y ait eu deux chocs pétroliers dans les années 1970. Si la dérivée de la courbe de gauche était restée identique à ce qu'elle était dans les années 1960, la consommation annuelle de pétrole en serait probablement à 50 ou 60 milliards de barils de pétrole de nos jours, contre une trentaine en réalité.
- L'autonomie énergétique est actuellement estimée à une quarantaine d'années, contre une trentaine au début des années 1980. L'accroissement de l'autonomie provient de la découverte de gros gisements à la fin des années 1980 (cf. graphique du milieu). Si l'on avait continué à consommer selon la tendance des années 1960 et 1970, cette autonomie ne serait plus aujourd'hui que de 20 ans.
- Quoi qu'il en soit, 30 ou 40 ans d'autonomie, c'est la borne supérieure de l'intervalle. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque BP affiche le volume total des réserves disponibles, la compagnie ne mentionne pas à quel coût d'extraction. Si, sur les 1200 milliards de barils disponibles actuellement, seulement 600 ou 800 sont extractibles à des coûts économiquement viables (c'est-à-dire que les coûts d'extraction restent suffisammment faibles pour que celle-ci vaille la peine d'être réalisée), l'autonomie chute à 25 ou même 20 ans...
- Face à ce genre de considération, l'argument standard du partisan de la théorie des marchés est que, le prix du pétrole augmentant avec sa rareté, la production et la consommation s'auto-réguleront d'elles-mêmes. Certes, cela est vrai, je ne le conteste pas. Mais que les marchés soient capables d'ajuster le coût d'une ressource en fonction de la demande et des capacités de production n'a rien d'une nouveauté, c'est même une tautologie, puisque c'est comme ça que les marchés fonctionnent. Ca n'implique en rien que les marchés aient raison de le faire, ou même que c'est une bonne chose qu'ils le fassent - mais j'y reviens plus loin.
- Revenons au pétrole: depuis deux à trois ans, le monde entier semble se réveiller et découvrir soudain sa rareté . Alors là, je dis halte aux bobards. Que l'on cesse de nous prendre pour des crétins, et surtout que l'on ne prétende pas que le problème du caractère périssable de la civilisation du pétrole date d'aujourd'hui, puisque l'on pouvait déjà l'inférer des chiffres d'il y a 30 ou peut-être même 40 ans. En gros, cela fait 30 ou 40 ans que l'industrie du pétrole - et avec elle une bonne partie de l'économie occidentale - vit dans la plus grande insouciance, avec un avenir estimé à 30 ou 40 ans. N'oublions pas que, depuis les années 1970 et 1980, pour ne citer que le cas de la France, les politiques vont délibérément dans le sens d'un affaiblissement des services publics de transport en commun tels que le rail (qu'ils soient de passagers ou de marchandises), pour favoriser le transport routier individuel - particulièrement énergivore - au détriment du rail ou du fluvial.
- Donc oui, je maintiens, la récente prise de conscience des financiers de la finitude de l'économie du pétrole ne peut qu'éveiller un sentiment de compassion apitoyée que l'on ressent face à une stupidité sans fond.
-
"mais aussi un non-sequitur avec l'argument qu'elle prétend réfuter. Ce dernier est en effet de souligner que l'adaptation au pétrole cher est déjà en cours, ce que contestait le billet auquel de répondait (qui postulait, à tort, une augmentation des ventes de SUV, alors qu'elle sont en diminution)."
Je conteste, sur quatre fronts:
- dans le billet original sur les 4x4, je plaisantais sur le fait que les marchés ne fonctionnaient pas, car la connerie, qui coûte portant très cher, est reste un des biens que les gens s'arrachent au prix fort. Que ce genre de boutade ne soit pas du goût de tout le monde, je le conçois aisément... Mais ça vous arrive de plaisanter de temps en temps?
- plus sérieusement, le fait que "l'adaptation [soit] déjà en cours" ne change rien au fait que (1) cette adaptation est extrêmement récente, tout en (2) faisant suite à, combien? 10 ans, 15 ans d'augmentation continuelle des ventes de 4x4, alors que (3) la finitude du pétrole est un fait acquis depuis plus de 30 ans. Alors, vous m'excuserez, mais en fait d'adaptation, la loi du marché n'a vraiment pas de leçon à donner;
- selon certains (et pas des moindres, Joseph Stiglitz vous excuserez la référence!) cette augmentation intervient pour des raisons tout à fait extérieures aux préoccupations environnementales [Ref 1]. Si les marchés sont arrivés à un effet bénéfique pour l'environnement et pour l'avenir de l'humanité, c'est tout à fait par accident;
- enfin, il ne faut pas oublier que l'augmentation du prix du pétrole a pour conséquence une spéculation accrue sur les biocraburants, donc sur l'agroalimentaire, avec pour conséquences des problèmes de production autocthone dont se passeraient bien un certain nombre de pays les plus pauvres. On a donc seulement remplacé un problème par un autre, qui n'est pas moins grave.
" Après, il est certes possible de s'interroger sur la vitesse de réaction du marché par rapport à ce qui serait idéal du point de vue de toutes les générations concernées. "
C'est bien, ça, de penser qu'on pourrait s'interroger. Pourquoi ne pas le faire, alors? Trois choses me gênent beaucoup dans les raisonnements des partisans de la logique de marché:
- la première, c'est que ces gens s'amusent souvent à faire des bilans sur des systèmes "ouverts", c'est-à-dire qu'ils ne comptabilisent pas toutes les entrées et toutes les sorties; ce qui leur permet ensuite de tenir des raisonnements en mettant en avant les arguments qui les arragent et en oubliant les autres. Ainsi, quand le système boursier et la stupidité associés amènent les banques à faire des profits en spéculant honteusement sur des produits financiers aberrants, ça ne pose de problème à personne, le pognon rentre et va nourrir les actionnaires. Mais quand tout commence à se planter (Ex. subprimes, bulle Internet et autres amusements du même genre), ce sont les Etats qui, tétanisés par la peur de la récession massive, mettent la main à la poche pour soutenir les banques défaillantes. Autrement dit, bénéfices pour le spéculateur, dettes pour le contribuable. Avec de tels dispositifs pour pomper le pognon, on serait vraiment un pauvre couillon de ne pas spéculer!
- quand par hasard le marché arrive à faire quelque chose de bien, ce n'est pas pour des raisons structurelles, et encore moins morales. Ainsi, la hausse du prix du pétrole au sujet de laquelle nous sommes en désaccord n'intervient pas parce qu'il est souhaitable que l'économie mondiale apprenne à se passer du pétrole; elle n'intervient pas parce que les marchés sont visionnaires et qu'ils ont compris que tout cela aurait une fin: elle intervient de façon mécanique, parce que la ressource commence à manquer (ou du moins , la ressource bon marché). Et elle intervient peut-être trop tard, car avec tout le CO2 que l'économie du pétrole nous a amenés à rejeter dans l'atmosphère, on a peut-être déjà programmé une hausse moyenne de 5 degrés sur la température du globe pour les générations futures. Mais, reconnaissez-le, si l'on découvrait soudain un gisement pétrolifère énorme qui ferait tripler l'autonomie énergétique de l'humanité, les prix baisseraient à nouveau et on serait repartis pour 50 ans, avec des émissions de CO2 à la hausse.
- la troisième chose - et la plus grave à mon sens - c'est que les obsédés de l'économie théorique ont tendance à considérer le marché et les processus financiers comme des fins en soi, en oubliant que derrière les chiffres du CAC 40, du Dow Jones et les indices de chômage, il y a des gens. La croissance, le taux d'endettement, tout ça c'est bien joli, mais lorque l'on convertit cela en réalité humaine, ce n'est plus la même musique. Votre phrase m'évoque la question suivante: supposons que je vous dise: "ce serait bien qu'il y ait une rupture de barrage sur une zone urbanisée. Comme ça, on pourrait faire des mesures et ça me permettrait de valider mes techniques de simulation numérique"; qu'en penseriez-vous? Certes, une telle expérience ferait peut-être de moi un scientifique renommé, mais également un crétin fini. Même si vous ne connaissez rien à la mécanique des fluides et que vous n'avez aucune idée de ce que peut être un schéma aux volumes finis à capture de choc, vous auriez le droit de me dire que je suis un nase. Et vous auriez raison. Votre "interrogation possible" sur la vitesse de réaction des marchés me navre autant que pourrait vous navrer l'hypothétique expérience ci-dessus.
" Je dois dire que je regrette beaucoup de lire sur ce blog que j'apprécie un anti-économisme aussi primaire. "
Encore une fois, vous m'avez mal lu. Je ne suis certes pas un expert en économie, je ne prétends pas tout y comprendre. Il n'empêche que j'ai lu quelques petites choses - dont le savoureux Les trous noirs de la science économique, de Jacques Sapir; ou quelques bouquins de Joseph Stiglitz (Ca doit vous dire quelque chose, non?) et que je me suis forgé une petite idée du problème. Pour résumer, mon opinion tient en deux points:
- l'économie de marché peut - mais elle n'est peut-être pas le seul instrument possible pour cela - être un instrument d'optimisation très efficace. Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale. En effet, entre autres choses, elle ignore délibérément, dans ses bilans, les coûts sociaux produits par ses avatars, ces coûts étant le plus souvent payés par d'autres [Exemple ici]. On ne peut donc pas lui faire confiance en tant que mécanisme principal de régulation de la société, il faut d'autres mécanismes au-dessus d'elle pour la contrôler. Elle doit demeurer un simple outil et surtout ne pas devenir une fin en soi;
- les thuriféraires de l'économie de marché ont souvent tendance à insister sur les bienfaits de leur bébé - et à les présenter comme des bienfaits intrinsèques - alors que ses échecs sont présentés, somme toute, comme des dommages collatéraux et incidentels ("on pourrait s'interroger"... sous-entendu, ce n'est pas le plus important). Là aussi, c'est bien pratique de raisonner en bilan sur un système ouvert, en ignorant des flux... sauf que lorsque l'on fait ça, le bilan est faux! A toutes les âneries que l'on entend à la radio sur la nécessité de la croissance, etc., aucune justification n'est jamais donnée. A entendre tous ces types bêler la même chose, j'ai vraiment l'impression de me retrouver à la fin de la chanson de Renaud [1], où des étudiants studieux et certifiés conformes s'en vont diriger le monde "en traînant dans leur cartable la connerie de leurs aînés".
Pour conclure:c'est quoi, déjà, le titre de ce blog? Et son sous-titre? Je ne suis pas anti-économistes, je suis anti-cons (Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'est la même chose, j'espère?
[1] Renaud. "Etudiant, poil aux dents", in Le retour de Gérard Lambert.
08:12 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, libéralisme, économie
27.06.2008
Libéralisme, piège à cons
A l'heure où l'Irlande vient de dire non au traité de Lisbonne, et où elle se fait taxer d'ingratitude par la moitié des pays de l'Europe, on apprend qu'elle va entrer en récession [Ref1, Ref2]. On peut peut-être y voir une relation de cause à effet?
Au même moment, on apprend qu'un des autres petits pays miracles, en l'occurrence l'Estonie, connaît elle aussi quelques problèmes économiques: après de nombreuses années de croissance supérieure à 5%, la voici qui à son tour tombe dans le marasme [Ref3].
Coïncidence ou pas? Les banques elles aussi ont mal quand elles s'assoient. Ainsi Wall Street s'est mis à dégraisser (Le Monde vient de retirer l'article en question de son site, je ne peux donc plus vous faire passer le lien).
Ces événements, que l'on peut a priori penser sans lien mutuel, ont en réalité un point commun. En ce qui concerne l'Irlande, ou l'Estonie et tous les autres ex-petits pays miraculeux, que l'on nous présentait il y a quelques mois encore comme des exemples - voire des prototypes de ce qu'il faudrait faire pour que la France aille mieux, ou comme les preuves par 9 que le libéralisme forcené peut générer le bonheur - les commentateurs se la jouent vieux sages a posteriori. Les commentaires sont unanimes, en gros: "on savait bien que ça [les croissances à 8 ou 10%, NDLA] ne pourrait pas continuer comme ça éternellement". Sans blague?
En ce qui concerne Wall Street, dans l'article du Monde, un commentateur s'autorise cette réflexion: "Les banques n'avaient jamais gagné autant d'argent sur des produits financiers qui n'étaient pas du ressort de leur compétence principale. Il va falloir s'habituer à ce qu'elles soient désormais moins rentables." Pas possible?
Le point commun, le voici: l'absence totale de sens moral, critique et prévisionnel.
Pourtant, les avertissements aux crétins n'ont pas manqué. Par exemple, il y a 2 ans, le bureau de prévisions économiques avait prévu le coup de frein actuel sur l'immobilier [Ref4]. A l'époque, l'annonce avait fait scandale. Maintenant, on voit le résultat.
Et puis pas besoin d'aller aussi loin dans la réflexion, il suffit d'avoir recours à la bonne vieille logique. Je reviens sur le commentaire laissé par Mathieu P. sur la note "Avenir du 4x4...". Mathieu prétend que la chute d'un quart à un tiers des ventes de SUV aux States (du fait de la montée du prix du pétrole) est un signe de bon fonctionnement des marchés. Non seulement je ne suis pas certain que ce soit un signe de bon fonctionnement des marchés, mais je suis en fait de l'avis contraire: c'est le signe que le marché n'a rien dans la tronche. Parce que enfin, soyons logiques: (1) on vous annonce qu'une ressource énergétique, disponible pour l'instant à bas prix, n'est disponible qu'en quantité limitée, (2) qu'elle est non renouvelable car le pétrole met des centaines de milliers d'années à se former à partir de résidus végétaux dans les couches géologiques, et pourtant (3) vous bâtissez toute une économie là-dessus. Et quand les choses se mettent à foirer, on se dit que c'est un signe de bonne santé car on ne pourra pas continuer à être aussi débiles très longtemps.
Finalement, les raisonnements sur le caractère auto-régulateur des marchés (qui, mis à part la spéculation fondatrice et que personne n'a jamais vérifiée sur la fameuse "main invisible") me font un peu penser à ceci: que penseriez-vous d'un médecin qui vous dirait la chose suivante: "finalement, la cirrhose du foie est une bonne maladie, car elle empêche les alcooliques de vivre trop vieux."
Je conclurai avec ce petit QCM.
"Je suis persuadé que l'on peut transformer la merde en or; que le haut est en bas et que le bas est en haut; que pour qu'une chose devienne vraie, il suffit qu'un nombre suffisant de gens habillés comme moi le pensent; que s'il est plus rentable que tu sois un lapin blanc, alors tu es un lapin blanc. Qui suis-je ?"
Réponse A: un alchimiste
Réponse B: un philosophe post-moderne
Réponse C: un rebouteux
Réponse D: un trader ou un économiste néo-libéral
Fautes votre choix...
07:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, actualité, société
24.06.2008
Recrutements maîtres de conf, etc. Vous croyiez vraiment que c'était fini?
- Un de mes collègues (pas bon et magouilleur, mais s'il n'y avait que des bons honnêtes à la fac, ça se saurait) a été promu prof ;
- ce même collègue - ci-devant surnommé le céphalopode, désormais sacré calamar géant - a essayé de torpiller l'embauche d'un maître de conf qui, pendant sa période d'essai comme ATER, avait donné toute satisfaction sur le plan de l'enseignement et de la recherche. Dans des billets précédents, je vous narrais comment nous avons réussi à empêcher cette petite manifestation d'injustice (pour une fois qu'on arrive à embaucher quelqu'un de valable...).
- Au moment même où nous terminions l'audition des candidats maîtres de conf, j'allais voir le directeur du labo. En effet, nous venions d'apprendre que mon collègue à 8 tentacules était classé 1er sur le poste de prof, ce qui voulait dire poste de MCF en cascade à la clé; il allait donc falloir s'atteler à la définition du profil. Les profils recherche en particulier doivent être prêts pour la mi-juillet afin de "passer" en CS de la fac.
- Mon idée était de faire exception: au lieu de définir le profil tout seul dans mon coin comme m'y aurait autorisé mon statut de seul prof "actif" de mon département d'enseignement en place dans le labo, je trouvais logique (et novateur!) d'y associer les diverses composantes de ce dernier. En effet, il faut savoir que ça ne se passe pas toujours de façon toute rose entre le directeur du labo et celui de mon département d'enseignement. Je voyais là une occasion d'aplanir les angles en démontrant publiquement la bonne volonté des enseignants vis-à-vis du labo. Et puis, si j'ai assez gueulé dans le temps qu'on ne nous demandait jamais notre avis, ce n'est pas pour tomber dans le même travers maintenant que je suis dans la place.
- Le directeur du labo était d'accord, bien entendu. Après consultation d'un certain nombre de personnes, nous avons rédigé puis soumis un premier jet du profil recherche du futur maître de conf en conseil de labo (une première! ça ne s'était jamais vu. Les gens n'en revenaient pas qu'on leur demande leur avis). Et là, le calamar géant a piqué une crise. En effet, il s'agissait de son poste (enfin, son ex), il était donc de son seul privilège de le définir, etc. Tout ça énoncé de façon très soft, certes, car le calamar ne fait de sortie violente que s'il est sûr à 100% de gagner ou d'être soutenu. J'ai cru que le directeur du labo allait lui balancer une chaise dans la tronche... Finalement, le calamar a boudé de façon ostensible et n'a plus rien dit de toute la réunion.
- Ce faisant, il a partiellement atteint son but: la bouderie a en effet empêché (temporairement) la progression de la discussion. Nous avons clos la réunion sans réussir à nous mettre d'accord sur la marche à suivre. Si bien que la définition du profil recherche reste bloquée.
07:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enseignement supérieur, université, recherche



