09.06.2009
Recrutements (suite)
Suite du retour d'expérience et du billet précédent sur le recrutement des enseignants-chercheurs.
Dans son commentaire à ce billet, Roberta dit que les magouilles locales risquent d'être remplacées par des magouilles extérieures. Elle a raison, tout est toujours possible; et d'ailleurs, toute loi, tout règlement et tout système peuvent toujours être contournés. La question est surtout de savoir ce qui sera plus ou moins facile. Le nouveau système a au mopins l'avantage de forcer les locaux à la transparence et d'annoncer la couleur, y compris face au reste du monde... Et il est clair que les arguments que j'ai vus avancés dans ces comités de sélection nouvelle formule ne sont pas vraiment les mêmes que ceux qui s'avançaient dans les commissions de spécialistes. Il y a tout de même moins de place pour les réglements de comptes quand on siège avec la moitié des gens d'autres labos que quand on reste entre soi. Le gros avantage, c'est que les pauvres candidats maîtres de conf ne font pas les frais de querelles qui ne les concernent pas et qui leur sont totalement étrangères.
Aisling mentionne la contrainte lourde sur la composition des comités. C'est vrai. J'ai effectivement vu des cas où on était passés "juste", pour cause d'incompatibilité d'emplois du temps, de décès familial inopiné, etc. Dans le cas de mon propre comité (un cas d'école sans doute), j'ai eu droit à absolument tout: interventions du CS, puis du CA, pour imposer de changer à chaque fois un membre (je faisais les frais d'un règlement de compte, non pas entre personnes, mais entre 2 labos); défections de dernière minute des membres en question... Je n'avais pas encore ouvert un seul dossier de candidats que j'avais déjà passé 60 heures en manipulation d'agendas, feuilles Excel, etc.
En pratique, si l'on veut minimiser les ennuis causés par le désistement d'experts extérieurs les précautions les plus utiles à prendre sont:
- d'avoir dans son comité plus de la moitié des membres qui viennent de l'extérieur. Car si on a égalité stricte, dès qu'un membre extérieur "saute", un local "saute" aussi! Si l'on a davantage de membres extérieurs, si l'un d'eux ne peut pas venir, ça n'ampute le comité que d'un membre.
- S'y prendre très longtemps à l'avance, pour "bloquer" les extérieurs avant qu'ils ne soient pris par leurs propres comités locaux. Dans mon cas d'école, nous nous y somme pris très en retard, simplement à cause de nos propres CS et CA. Ils ont tellement tardé à nous autoriser à convoquer les extérieurs que quand nous avons enfin eu la permission, leur agenda était déjà plein!
- Pouvoir compter sur son administration. Dix jours avant ma première réunion, je n'avais toujours pas l'autorisation d'envoyer les convocations aux membres. En effet, le CA de l'université n'avait pas réfléchi que, pour inviter des extérieurs à siéger chez nous, il fallait leur faire un ordre de mission, et par la même occasion prendre en charge leur déplacement. J'avais envoyé un message en ce sens au vice-président de mon pôle formation-recherche. Je dois être une sous-merde dans sa hiérachie morale, car je n'ai jamais eu de réponse. Lorsque le CA nous a autorisés à émettre les ordres de mission (1 semaine avant la 1ère réunion), nous nous sommes fait souffler dans les bronches par le service des missions car nous nous y prenions trop tard!
Sur le plan pratique, je ne suis pas trop inquiet sur l'objectivité de ces commissions. Je le suis par contre sur la possibilité matérielle et administrative de les organiser. Comme un peu partout, la tendance actuelle est de repousser les responsabilités et les ennuis vers le bas de l'échelle, tout en édictant des règlements de plus en plus contraignants. Si les choses continuent à ce rythme, les comités de sélection vont ressembler aux élections européennes: plus personne ne va vouloir participer!
10:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recrutement

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Commentaires
Nous avons eu le même type de galère, et sur un concours nous avons vraiment craint de devoir annuler les auditions, la zone de membre minimal se rapprochant dangereusement.
Quant à l'administration, elle semblait découvrir en même temps que nous, les contraintes liées à l'organisation.
Coté législation, le ministère a fait très fort sur la définition des membres externes. A titre d'exemple, les professeurs de l'Agro Paris-tech ne sont pas éligibles comme membres A des jurys !!! Et il y en a bien d'autres du même tonneau.
Ecrit par : Roberta | 09.06.2009
Quelle est donc la solution de secours pour le recrutement si les auditions doivent etre annulees? On repousse a la prochaine campagne?
Et cote candidats, quel est le delai moyen que vous avez observe entre date de convocation et audition? Cette annee, j'ai l'impression que c'etait un peu mieux que l'an dernier - date d'audition connue plus de six jours a l'avance dans mon entourage, merci pour les candidats eloignes :-) (mais en fait, peut-etre que ca depend vraiment des endroits).
Ecrit par : Aisling | 09.06.2009
Chez nous, effectivement les délais entre sélection et audition ont été plutôt plus longs que du temps des CSE. Tout simplement parce qu'il a été hyper compliqué de trouver des dates disponibles. En revanche, l'intérèt majeur que j'ai trouvé, c'est que ne siégeant pas pour tous les postes ouverts (et les concours étant à des dates différentes), nous avons pu augmenter considérablement les temps d'audition. De 10 min et 5 de questions, nous sommes passés en général à 15 min et 15 de questions.
Ecrit par : Roberta | 09.06.2009
Donc au final, moyennant les soucis administratifs d'organisation (qui devraient se tasser d'ici 1 ou 2 ans, le temps de prendre le pli), le bilan global a l'air plutot positif, non? - meme si 15 minutes au lieu de 10 pour presenter ce qu'on a fait dans 5 annees precedentes et ce qu'on compte faire dans les 5 annees a venir n'est pas forcement la panacee non plus...
Ecrit par : Aisling | 10.06.2009
Réponse à Aisling sur les conséquences éventuelles d'annulation d'un concours: il ne faut pas oublier que désormais, les recrutements vont pouvoir se faire au fil de l'eau (la fin anoncée des campagnes synchronisées à l'échelle nationale), c'est-à-dire n'importe quand dans l'année. Si un concours a été annulé pour cause de non respect du quorum, rien n'empêchera (théoriquement) de remettre ce poste au concours n'importe quand dans l'année.
Ne soyons pas naïfs: désormais, la règle est le redéploiment total des postes. Ce qui veut dire que si un concours foire, on risque de perdre le poste!
En ce qui concerne les délais, oui, c'était nettement mieux cette fois-ci: mes candidats ont été prévenus 1 mois à l'avance de la date de leur audition.
Ecrit par : Enervé | 11.06.2009
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