12.03.2009
Aire d'un triangle (2)
Tout vient à point à qui sait attendre, tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se remplit, mieux vaut tard que jamais et un bon chien vaut mieux que deux plus gros rats... A enfiler les proverbes et dictons populaires, on en oublierait les succès de notre beau système éducatif.
En ces temps troublés, il est bon de rappeler les succès en question. Jugez plutôt...
Pour la troisième fois en deux semaines, j'ai demandé, en contrôle continu, la formule de la célérité des ondes de surface dans un canal triangulaire. Cette formule implique de savoir calculer la surface d'un triangle.
- Il y a 2 semaines: 41% de formules correctes.
- Il y a 1 semaine: 76% de formules correctes.
- Cette semaine: 100% de formules correctes.
Il a donc fallu seulement 2 semaines à mes Bac+4 d'étudiants ingénieurs - en ayant été prévenus à l'avance - pour réapprendre sans faute la formule de la surface d'un triangle. On est en progrès. Et je me fais l'effet d'être un sacrément bon enseignant...
Vous êtes déçus? Pas de panique. J'ai aussi demandé la formule d'interpolation linéaire entre deux points. Là, heureusement, le score est encore de 30% de mauvaises réponses. Vous voyez que les enseignants vont encore servir à quelque chose...
06:35 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, ingénieurs

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Commentaires
Y'a juste un truc que je trouve bizarre dans le post : pourquoi avoir mis
"le score est encore de 30% de mauvaises réponses"
Alors que les pourcentages donnés avant concèrnent des bonnes réponses ? Si on lit un peu rapidement on se rend compte que c'est 70% de bonnes réponses, ça reste loins du 100% mais c'est pas trop mal quand même...
Bon je pinaille, ces cancrelats devraient la connaitre ^^
Ecrit par : Thibaut | 12.03.2009
Thibault pinaille en effet. Bac+4, les étudiants ingénieurs, 70% sachant interpoler linéairement...Cela veut dire qu'il y en a 30% de trop! Vous montez souvent dans l'avion? Cela ne vous frappe pas que si la proportion de 30% des avions construits par des bons à rien se cassait la figure en vol vous hésiteriez peut être voler? Il faut dire que le désastre est étendu: la semaine dernière j'ai posé la question suivante aux élèves ingénieurs 2ème année de la maîtrise: "estimer la valeur de (2/3)*sqrt(1/3). Comme ils n'avaient pas (paraît il c'est démodé) de calculettes ils ont essayé avec la calculatrice de WINDOWS. Comme ils n'ont pas réussi, ils ont finalement calculé en utilisant EXCEL. Tout surpris que j'ai trouvé la valeur bien avant eux. Supprimer les ordinateur et on ne pourra même pas construire une barraque d'un étage!
Ecrit par : Candide | 12.03.2009
@Candide,
Est-ce si grave (de ne pas pouvoir construire de maison sans ordi, pas de voir 30% des avions se planter en vol ... mais quand on connait les procédures de certif dans le secteur aéro ...) ?
Bien sûr qu'elle est révolue, l'ère des mécaniciens ayant tous un vrai sens physique, maitrisant leur RDM sur le bout des doigts, spécialistes de l'analyse dimensionnelle.
Mais il est également possible d'être un ingénieur tout à fait honnête même si on est un peu faché avec le calcul mental, et même si on ne connait pas de tête l'aire d'un triangle. J'en connais plein :)
La discipline est tellement vaste que le boulot d'un ingé aujourd'hui, c'est surtout de savoir a- que l'information existe qque part et b- comment la (re)trouver.
L'essentiel reste de faire correctement son boulot, et pour certains cela tient en une maitrise correcte de Microsoft Project ... :/
Ecrit par : Eric C. | 19.03.2009
Mais vous avez raison! La situation est clair: la femme de ménage est devenu une technicienne de surface, le technicien est devenu un ingénieur! Les "qualifications" que vous citez justifiaient autrefois péniblement un BTS. Toute la différence entre un ingénieur et un technicien est (était?) là, c'est une différence entre décideur-créateur et l'éxecutant! Sauf que cette fois-ci le rôle de créateur est dévolu aux produits de Bill Gates! AU SECOURS !!!!! ON ASSASSINE !!!!!
Ou peut être nous ne nous entendons pas sur la définition du mot "ingénieur"? Je suis sans doute trop exigeant en parlant de la création, de la maîtrise d'invention, de la formation d'esprit et d'intellect autonomes, de la prise des risques pour faire produire quelque chose. On pourrait essayer autrement:"Un ingénieur= une personne qui a obtenu un diplôme d'une Ecole d'ingénieurs que lui ont accordé des personnes dont une bonne part n'a jamais travaillé dans le métier concerné et n'a jamais rien crée". Si c'est cela alors oui...la maîtrise correcte de Microsoft project est une pierre de touche...God help our future generations!
Ecrit par : Candide | 19.03.2009
Un ingénieur en France cela n'existe pas, il n'existe que l'ingénieur grande école, diplômé d'une école appartenant à la conférence des grandes écoles.
Maintenant, juste une anecdote, après leur diplôme, plusieurs de mes camarades ont fait une année de spécialisation. Ils étaient ingénieurs diplômés spé BTP pour simplifier.
Ils ont été en cours avec d'autres jeunes diplômés et avec des gars en formation continue après quelques années d'expérience.
Les jeunes diplômés ont vite appris un truc, c'est super sympa de savoir résoudre des matrices monstrueuses pour calculer des pièces, mais il y a des gens gentils qui ont fait des abaques qui prennent en compte plein de contraintes et qui fournissent les résultats. Vaut-il mieux passer 3 jours de calcul machine à résoudre les équations ou prendre les résultats déjà calculés par d'autres, qui sont juste à un pouillème de % ?
Rapidement, on utilise les abaques, l'intérêt d'être ingénieur n'est pas de savoir résoudre des équations, mais de savoir déterminer quelles sont les équations ou les conditions du problème, ensuite abaques et ordinateurs sont là pour fournir le résultat.
Et accessoirement maîtrisé un outil de planification, cela peut aussi faire partie du boulot, tout comme powerpoint...
Ecrit par : BB | 25.03.2009
Je suis au regret de devoir vous contredire sur le 1er point: un ingénieur en France, c'est un type qui a un diplôme d'ingnéieur, c'est-à-dire d'une école accréditée par la CTI (Commission des titres d'ingénieur); ça a au contraire une existence légale; mais c'est du détail, ce n'est pas le propos qui nous occupe.
Je suis entièrement d'accord avec vous sur l'utilité des abaques et la nature du métier d'ingénieur.
Ceci dit, je ne sais pas quelle vision vous avez de l'enseignement dans nos écoles actuelles, mais il y a longtemps que nous n'exigeons plus des étudiants qu'ils sachent inverser des matrices, de toute façon ça fait bien longtemps qu'ils ne savent plus faire.
Le problème, c'est qu'ils ne sont plus non plus capables de "déterminer les conditions et les équations du problème", comme vous dites...
Ecrit par : Enerve | 25.03.2009
le titre protégé c'est d'ingénieur diplômé, délivré par une école validé par la CTI. Il suffit d'ailleurs d'aller voir le site de la CTI et les trucs légaux autours.
Ingénieur seul n'a aucune valeur.
Pour ma connaissance des études d'ingés, cela date d'il y a quelques années, 7 et ce n'était déjà plus du direct, donc cela a pu et du changer.
Pour déterminer les conditions et équations, ben ils ont intérêts à avoir des logiciels performants...
Ecrit par : BB | 25.03.2009
Bonjour,
je voudrais juste répondre à ceux qui pensent que ne pas connaître l'aire d'un triangle (bh/2, parce qu'au début j'ai cru qu'on parlait de la formule de Héron) n'est pas grave, car il suffit juste de savoir où trouver la formule. Comment vous faites pour penser si votre cerveau n'est qu'un répertoire qui sait où sont les choses mais qui n'a jamais rien intériorisé ? Réponse : vous ne pouvez pas, vous ne pouvez rien mettre en connexion, un répertoire ne pense pas.
Tout élève de fin de CM2 devrait non seulement connaître la formule mais savoir la démontrer. Au delà, ne pas connaître cette formule c'est ne jamais l'avoir clairement comprise. De quelqu'un qui ne connaît pas cela on peut sincérement douter qu'il comprenne ce qu'est une aire.
Juste pour terminer, je vais prêcher pour ma chapelle : les élèves de l'epf la connaissent.
Ecrit par : Fabien Besnard | 26.03.2009
C'est quand même marrant cette manie chez les enseignants de ne pas vouloir nuancer ...
Pourquoi le cerveau devrait-il n'être QU'un répertoire ? Il y a des choses que j'ai comprises (je parle en mon nom cette fois-ci, histoire de simplifier), vraiment comprises, assimilées, intériorisées, et il y a des choses qui me sont plus inaccessibles, dont je me contente de connaitre la finalité et le mode d'emploi, que je ne pratique pas régulièrement, donc que j'oublie, mais que je sais être capable de réutiliser le jour où j'en aurai besoin.
Evidemment, je suis plus susceptible de commettre des erreurs dans ce dernier cas ... Mais si un jour vous trouvez un ingé dont toutes les connexions inter-disciplinaires ont lieu sans la moindre faille, n'hésitez pas à faire signe.
Ecrit par : Eric C. | 26.03.2009
C'est tout de même marrant cette manie chez certains de croire que les enseignants ne veulent pas nuancer... :))
Plus sérieusement: j'abonde dans le sens de Fabien Besnard, j'ai d'ailleurs parlé de ça il y a plusieurs mois dans un billet intitulé "persistance de la mémoire" ou un truc comme ça (preuve que la mienne n'est pas si bonne que ça!)
F. Besnard a bien sûr poussé le raisonnement à l'extrême, on se doute bien qu'il sait que votre cerveau n'est pas qu'un répertoire. Mais je suis 100% d'accord avec lui (et je pense qu'Emmeline va un peu dans le même sens, elle me contredira si je ne l'ai pas comprise) pour affirmer que le recours systématique au "si je sais où le retrouver, je n'ai pas besoin de le savoir" n'a pas que du bon.
100% d'accord également avec le besoin d'"intériorisation" (ou "intégration", on peut appeler ça comme on veut) de certains réflexes et modes de pensée pour des professions à vocation technique.
Si vous n'êtes pas d'accord, prenons le problème à l'envers:
1) feriez-vous confiance à un médecin qui, à chaque fois qu'il examine un patient, ouvrirait ses cours de fac en disant "oui, ça, je ne sais plus ce que c'est, mais je l'ai vu en 4ème année, voyons voir un peu..."
2) plus proche de votre domaine, feriez-vous confiance à un collègue qui, comme vous, manipule un mailleur pour faire des calculs de structure ou de RdM, sans savoir ce qu'est une force, une contrainte ou un module d'élasticité, ou avoir une idée de l'ordre de grandeur des forces et contraintes en question?
Ecrit par : Enervé | 27.03.2009
Non, bien sûr, on est bien d'accord
Ecrit par : Eric C. | 27.03.2009
Ouiiii ? on parle de moi ? vous m'avez bien comprise, Enervé. Si on maîtrise parfaitement une formule, surtout aussi basique que celle-ci, on se retrouve à la savoir par coeur sans forcément l'avoir apprise. Et d'ailleurs réciproquement, c'est toujours plus facile de redémontrer une propriété si on la connaissait à la base... Pour ceux qui sont passés par là et à qui ça évoquera quelque chose : je suis persuadée que la vitesse d'énonciation de la formule des causes est un remarquable proxy de la note en maths au concours des ESC.
Ecrit par : Emmeline | 27.03.2009
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