22.01.2009

Faut-il noyer les chatons? (1)

Les chercheurs, de fait, c'est un peu comme les chatons. Petits, ils sont attendrissants, ont plein d'idées bizarres et sautent dans tous les sens en se tournant des films sur un bouchon ou un bout de ficelle. Il est facile, à contempler ces petites boules de poil sautillantes et fantasques, de se laisser attendrir et de céder à la tentation d'en adopter une. A le faire, on court toutefois le risque de voir le carrosse se changer en citrouille: il n'est pas rare en effet qu'après quelques années, ce petit être vif et dynamique soit devenu un gros con paresseux, dont le souci principal est de rester, entre deux repas, à pioncer sur un coussin en attendant que ça se passe. On regrette alors de n'avoir pas pris la bonne décision et de n'avoir pas, la tête la première, plongé l'impétrant dans une bassine pleine d'eau en priant la Faucheuse de le prendre sous son bras amical...

Bref, quelque temps plus tard, Minet, qui faisait tous les gros plans de votre polaroïd, est devenu un gros nul qui, une ou deux fois par an,  va pousser des gueulantes sous la pleine lune, avec pour activité accessoire de se fritter avec ses congénères et d'échanger à l'occasion quelques coups de griffes virils et contondants. Ces réunions, motivées par un besoin urgent de se reproduire, et dont certains ressortent avec un oeil en moins pour avoir essayé de pisser partout en marquant leur territoire, vous les connaissez: c'est les commissions de spécialistes.

D'où cette conclusion simple: tout comme les chatons, il faut avoir le courage de noyer certains chercheurs ou universitaires dès la naissance, car si on les laisse grandir, on les a sur le dos pour toute la vie et c'est vraiment trop de soucis.

J'en veux pour exemple cette anecdote, tellement véridique qu'elle est exacte, et que seuls les noms des animaux ont été déguisés afin de ne pas porter atteinte à leur amour-propre.

Je vous le disais dans un billet précédent, 2009 est l'année où nous allons rédiger la prospective du prochain quadriennal du labo. Nous sommes en ce moment dans les grandes manoeuvres, des équipes se font et se défont, des tractations s'opèrent dans l'ombre ou au grand jour, bref, on en a pour un bon trimestre à observer les haltérophiles de la science en pleine démonstration de développé-couché.

Il y a en particulier deux chercheurs qui se sont entendu dire par le directeur de labo que leur équipe n'existait plus, car ils ont tellement traité leurs ITA (3 ou 4 ingénieurs d'étude et de recherche, qui faisaient la majorité de leur boulot) comme des esclaves que ceux-ci ont choisi de s'affilier à d'autres thématiques de recherche. Les deux esseulés ont donc contacté votre serviteur pour savoir s'il n'était pas envisageable de "développer des opérations de recherche communes" dans le cadre du prochain quadriennal. Il faut dire que

  • oui, c'est vrai, je me suis marré tellement ça me semblait ridicule, car:
  • il y a déjà plusieurs années, à l'époque où j'étais un maître de conf débutant mal reconnu dans le labo, je leur avais proposé mes services, et ils n'avaient même pas jugé bon de s'apercevoir que je leur avais parlé.

Même si j'avais autre chose à faire, j'ai accepté la réunion, que je savais inutile d'avance, car il n'est pas bien de faire de procès d'intention aux gens sans les avoir écoutés. Afin de voir si tout cela en valait la peine, j'ai toutefois jugé utile de mettre en place un test d'intelligence éliminatoire: il s'agissait de savoir s'ils penseraient à réserver la salle de réunion. Ils ont failli rater le test; heureusement, une heure et demie auparavant, ils s'en sont aperçus et ont demandé la réservation de la salle en urgence. Par miracle, la salle était vide (ce qui démontre la validité de la loi de l'emmerdement maximum) et nous avons pu nous y grouper, à nous racler les os des jambes [1] devant la mirifique présentation des impétrants.

Pour savoir si Minet n°1 et Minet n°2 auraient effectivement dû être noyés à la naissance, je vous laisse découvrir, dans le prochain billet, ce qui s'est dit dans cette réunion. Vous comprendrez alors qu'avec une certaine engeance, comme dit Woody Allen "on est rarement déçu" [2].

 

[1] Tous les bons San-Antonio vous l'apprendront, se racler les os des jambes = s'ennuyer en attendant que quelque chose se produise.

[2] Woody et les robots (titre français)

Trackbacks

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Commentaires

oui.

La reponse longue: Absolument.

b

Ecrit par : b | 22.01.2009

"Il a tout du félin" fait l'autre

Ecrit par : pablo | 22.01.2009

Pour eviter que les chatons deviennent de gros cg paresseux, il faut pas de les castrer. Les chercheurs c'est tout pareil.

Ecrit par : mouton | 22.01.2009

Merci de cette franche minute de rigolade.

C'est marrant, chez les littéraires c'est pareil. Certains "vieux profs" sont tellement à la ramasse qu'on se demande comment ils ont pu intégrer un jour l'université...

Ah puis non, en fait c'est aussi valable pour des jeunes. J'ai connu une jeune et brillante maître de conf en histoire, major de Normale et de l'agrégation, qui faisait soigneusement durer depuis 4 ans la publication de sa thèse pour se justifier de ne pas faire de recherche... "Tu comprends, je dois encore terminer de préparer mon manuscrit pour la publication, pas le temps d'entamer de nouvelles recherches" . Mais oui mais oui...

Ma réponse est oui : il faut élaborer un test fiable permettant de noyer les chatons déviants à la naissance. En plus ça fera de la place pour les autres (gniarf gniarf, je persifle et j'ai le droit puisque j'ai abandonné toute carrière universitaire, na)

Ecrit par : Serein | 24.01.2009

Ce que l'Enervé expose ici est de fait une aporie. Comment prévoir le comportement futur d'un chaton? Même l'Enervé fut un chaton en son jeune âge.
C'est malheureusement lorsque Minet est parvenu à l'âge adulte qu'il faut prendre la décision, après l'avoir présenté à l'Expo de Chats de Compétition de Shanghaï. La noyade est alors difficile (ils ont appris à nager), mais un vétérinaire vénal pourra vous tirer de ce mauvais pas.

Ecrit par : anthropopotame | 02.02.2009

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