17.11.2008
C'est pas moi, m'sieur!
A l'heure où les traderscherchent du boulot et où certains diplômés de l'X ou des Mines doivent regretter d'avoir pris l'option "Finances" dans leur cursus, on sera saisi d'une jubilation rétrospective en découvrant, comme je l'ai fait, cette annonce de table ronde: Mathématiques financières et industrie bancaire. D'autant que la table ronde en question était organisée un 1er avril, ça ne s'invente pas!
On constatera, à lire le texte de l'annonce, que les mecs commençaient il y a déjà 6 mois à bien ouvrir le parachute: "L'actualité a fait porter aux mathématiques et aux mathématiciens une attention parfois exagérée, ayant quelquefois tendance à les rendre responsables de désordres auxquels ils n'ont pas de part directe". On savourera le "pas de part directe", qui en soi peut servir d'indication sur la "part indirecte".
Vous lirez comme moi le texte de l'annonce. N'y étant pas allé, je me pose la question: quel était l'objectif de ce machin? Rassurer les "industriels" (ça me fait bizarre d'appeler ainsi un banquier, dans la mesure où ces derniers temps la finance a plutôt eu pour objectif d'aider à brader l'industrie...) sur la capacité des matheux à gérer le bordel?
Ce n'est pas si sûr: les 5 têtes d'affiche annoncées sont des universitaires. Les "professionnels" ne sont mentionnés que brièvement, en fin d'annonce. Mon esprit médisant et paranoïaque me pousserait plutôt à la modélisation inverse suivante:
- depuis maintenant une bonne demi-douzaine d'années, les matheux applis se sont lancés à fond dans les maths financières. Je me souviens très bien de l'époque où je rentrais en France en 2002: bien que qualifié en MCF sur la section 26, je n'ai été retenu à l'audition sur aucun poste, car la quasi-totalité des postes ouverts sur de profils de type équadiffs l'étaient effectivement sur les EDP stochastiques... pour les maths financières!
- tous ces postes sur lesquels on a recruté des MCF, voire des PR,ont bien entendu servi à ouvrir des filières de formation ou à changer complètement l'orientation de certaines existantes;
- et au mois d'avril 2008, on voyait déjà venir la merde financière au niveau mondial; peut-être même les intentions d'inscription des étudiants dans ces cursus de maths financières ont-elle fortement chuté dès ce moment-là, mais c'ets le genre d'information qu'il est difficile d'obtenir ou de confirmer;
- d'où la nécessité de rassurer tout ce beau monde en organisant ce happening, histoire de démontrer la réactivité des filières en question, ainsi que de tenter d'enrayer la fuite et de se convaincre que l'on ne fait rien de mal - d'où le titre de ce billet.
Finalement, je préférais les matheux avant qu'ils fassent de la finance. Ils étaient arrogants et chiaient avec générosité sur les autres sciences, mais au moins ils assumaient...
10:14 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
14.11.2008
Rapport (suite)
Le billet sur le rapport Audier-Douillart a généré un échange animé, il suffi de voir les commentaires; lesquels valent à leur tour d'être commentés, raison pour laquelle j'yreviens aujourd'hui.
- De Le piou: "Alors oui, je pense que plutot que de penser au probleme et de l'analyser sans fin, il serait plus productif de toruver un moyen pour faire connaitre le probableme aux vrais decideurs."Merde: enseignants-chercheurs et chercheurs font quand meme partis de cette elite qui depuis des annees ferme sa gueule ou marmonne dans son coin (l'exemple typique etant ce type de rapport et pire encore une fois sa distribution limitee).
il y a eu "sauvons la recherche" les smouvements lors des greve de 2002 (j'en faisant partie, je suis meme passe a la tele en presentant l'etat de delabrement de mon labo). On a eu notre moment pour en parler, mais on a mal gere. Le gouvernement a promis, on est rentre dans le rang (on s'est tous fait nique, moi le premier!)."- Je ne suis pas certain d'être d'accord avec vous (1er paragraphe), car à mon avis, les décideurs sont tout à fait conscients du problème. Et non seulement ils s'en tapent, mais ils ont sciemment provoqué cet état de fait.
- Vu le scepticisme que vous affichez (2ème paragraphe) , je ne comprends pas comment vous avez pu croire un seul instant que le gouvernement tiendrait ses promesses sur le coup de SLR. Même moi qui à l'époque rentrais en France et découvrais naïvement le système, je n'y ai pas cru!
- Le Piou toujours: "Donc, je persite et signe: ce "n"ieme rapport me parait inutile. C'est la meme chose que l'annee derniere et sympa, je vais vous faire gagner du temps c'est le meme que celui de l'annee prochaine.
Desole de te vexer, mais c'est ca me desole de voir ton energie depensee dans le vent."- Bon, déjà je ne suis pas vexé;
- ensuite, non, je ne suis pas d'accord pour dire que ce rapport est inutile. Ce n'était peut-être pas le cas dans ton labo, mais dans le mien il y a souvent des discussions sur les rôles et contributions respectives (et comparées!) des enseignants-chercheurs et chercheurs à l'effort de recherche du labo, ainsi que sur la visibilité de chacun et la rentabilité scientifique des projets ANR ou autres. Je trouve au contraire extrêmement utile de pouvoir aligner des arguments objectifs (i.e. chiffrés) en face de mon directeur de labo ou d'un responsable d'équipe pour justifier du fait que je ne souhaite pas participer à tel ou tel appel d'offres, qui par exemple serait du pipeau.
- Anthropopotame: "Le deuxième, le voici : l'idée qu'il y a de l'échec en premier cycle à l'université. Quand je vois le niveau d'étudiants de licence, leur incapacité à comprendre une démarche intellectuelle, je me demande à quel moment, précisément, ces étudiants ont été confrontés à l'échec??"
- Effectivement, l'un des grands défauts de la philosophie "80% d'une classe d'âge au bac" (merci Chevènement), c'est qu'elle n'a réussi à atteindre ses objectifs qu'en supprimant toute notion de contrainte et d'exigence de qualité envers les élèves du secondaire.
- Pour prolonger la pensée d'Anthropopotame, je dirais en effet que la seule façon de pouvoir affronter l'échec, c'est d'en avoir subi à un moment ou à un autre. Or, effectivement, tout est fait dans le cursus pré-fac (et même désormais dans la première partie de la Licence) pour que l'affrontement avec la dure réalité n'ait pas lieu. On laisse désormais la tâche d'écrémage aux cursus de Master.
D'un autre côté, combien, parmi tous mes collègues qui gueulent sur la baisse du niveau (et Dieu sait que j'en entends tous les jours au labo et au département d'enseignement), ne sont pas secrètement ravis de l'augmentation du nombre d'étudiants dans les cursus L et M que la baisse dudit niveau a indirectement amenée? Parce que, le bon côté d'avoir de mauvais étudiants, c'est qu'on peut en avoir beaucoup! Et ainsi faire gonfler les promotions, et par là même justifier du recrutement d'enseignants-chercheurs supplémentaires! Ne riez pas, j'en connais qui rêvent depuis des années de pouvoir faire ça... Ceci dit, la loi LRU risque fort de casser leurs espoirs, mais ça, ils ne l'avaient pas prévu.
08:44 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche
13.11.2008
Orwell, le retour
La créature d'Orwell n'existe pas, c'est ce qu'on nous répète. Eh bien les crânes mous du ministère de l'éducation l'ont faite. Ils ont, il y a une semaine (mais peut-être plus que ça, voir la fin du billet), lancé un appel d'offres sur la "veille d'opinion" parmi les agents de l'Education nationale. Derrière ce terme élégant et a priori sans signification bien claire, il s'agit ni plus ni moins que d'identifier les "leaders d'opinion" parmi les enseignants qui ont ouvert des blogs et des forums sur Internet. Autrement dit, de déterminer qui tente de foutre la merde, qui y parvient et avec quelle ampleur. Classiquement, cela s'appelle du flicage.
Cet appel d'offres très sérieux est consultable sur le Journal Officiel du 4 novembre 2008.
Ce qui est assez comique, c'est la justification officielle donnée par le ministère (Cf.France Soir - c'est bien la première fois que je mets un lien vers cette décoction de journalisme) : c'est tout simplement que "l'opinion des enseignants compte beaucoup pour le ministre" - c'est pour ça qu'on ne les écoute jamais et qu'on veut faire élaborer les programmes scolaires par l'Assemblée nationale ou par le Nain, plutôt que de demander leur avis à ceux qui enseignent.
Encore plus rigolo: apparemment, cet appel d'offres "était renouvelé chaque année depuis 2006", comme indiqué par la cellule communication du ministère, ainsi que le rapporte France Soir. Si ça se trouve, l'augmentation récente des visites sur ce blog est simplement due au surfage répété des détectives privés embauchés par le ministère; alors là, je suis déçu!
Il ne reste qu'à citer ces quelques mots de Jean Ferrat:
Hou, hou, méfions-nous,
Les flics sont partout.
07:08 Publié dans Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, école, politique, société
10.11.2008
Rapport Audier-Douillard
A l'heure où on nous explique que nous sommes des nases, que notre recherche est nulle, qu'il faut tout privatiser et donner une prime d'encadrement doctoral 5 fois plus élevée à seulement 1/5ème de ceux qui la perçoivent aujourd'hui, un rapport
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/files/rapport_au...
ou
http://www.sncs.fr/rubrique.php3?id_rubrique=1515
fait le point sur l'état de la recherche française, ainsi que sur le caractère réaliste (ou pas) des promesses gouvernementales à ce sujet.
A lire, c'est intéressant.
08:04 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
03.11.2008
Cour des Comptes
La baisse de fréquence des billets récemment constatée sur ce blog s'explique par un surcroît de travail et des déplacements, qui m'ont empêché de porter sur l'actualité -universitaire ou autre- un regard aussi attentif qu'à l'accoutumée. Pas de bol, ce n'est pas parti pour s'arranger, novembre va être pire qu'octobre. Je constate néanmoins d'après les statistiques du blog que vous restez nombreux à venir jeter chaque jour un oeil sur ces pages - même si ces derniers temps il n'y a pas grand chose de neuf à y lire.
Comme le mois dernier, un petit bilan de productivité, histoire de conforter dans leurs opinions ceux qui pensent que les fonctionnaires n'en foutent pas une rame.
Total des heures travaillées pour octobre 2008: 228,5. Dont:
- 56 h d'administration, soit de la recherche soit de l'enseignement,
- 172,5 h de "production". Parmi celles-ci:
- Enseignement: 57 h
- 24,5 h de cours (celles qui comptent dans le service d'enseignement), correspondant à
- 28,5 h de préparation, correction des exercices, séances bénévoles de soutien avec les étudiants, etc.
- Projets divers, encadrement de thésards: 10 h (l'un d'eux était en "vacances": il bossait pour la boîte qui paie sa thèse CIFRE); en fait je le vois plus souvent que 10h par mois, mais comme très souvent les discussions se déroulent en même temps que la pause café, elles ne sont pas décomptées ici.
- Recherche: 105,5 h, dont
- 65,5 h: développements
- 40 h: rédaction de publis. J'ai travaillé sur 3 papiers. L'un, très fondamental, est en cours de rédaction depuis 4 mois; j'espère l'avoir fini et le soumettre courant novembre. Le deuxième papier a été rédigé en 2 jours et demi, ce qui est peu dans l'absolu, mais il s'agissait d'une idée très simple qui a débloqué beaucoup de choses, qui "traînaient" depuis 6 mois. Le troisième est une extension du second, que nous allons soumettre à un journal plutôt orienté ingénierie - donc plutôt des recettes de cuisines, sans beaucoup d'explications mais que les ingénieurs pourront appliquer directement à leurs problèmes concrets, sans avoir besoin de se payer toute la théorie des équations aux dérivées partielles.
- Enseignement: 57 h
N.B. depuis le début de l'année universitaire, il a fallu 78h de préparation, de correction d'examens, de jurys, etc., pour 44h de cours et de TD en présentiel. Ceci à l'attention du Français moyen, qui pense qu'une fois donnés nos cours, nous rentrons chez nous en attendant la prochaine fois et que nous ne travaillons par conséquent que 192 heures par an...
Avec une productivité de 75%, je m'en tire bien. Bien entendu, il faut payer le prix: rappelons que le mois d'octobre comptait 23 jours ouvrables. A 40 heures par semaine, j'aurais dû pointer 184 heures; en se restreignant à l'idéal Aubryste de 35 heures par semaine, cela n'aurait fait que 161 heures. Selon les versions de l'idéal social, j'affiche donc un excédent de 44,5 heures ou de 67,5 heures. C'est autant que je n'aurais "normalement" pas dû consacrer à la recherche, puisque les heures d'enseignement et d'administratif ne sont pas vraiment compressibles (enfin, si on veut faire bien son boulot...) Et c'est clair qu'une semaine à une semaine et demie par mois, ça fait une différence.
Cela me rappelle la boutade de l'ineffable Claude Allègre; vous savez, le gros nul qui prétendait que les 35 heures ne seraient jamais appliquées dans la fonction publique, car "ça forcerait les gens à allonger leurs horaires"...
Ahaha, sacré Claude, toujours aussi boute-en-train, décidément! Heureusement que maintenant il écrit des bouquins sur la négation du changement climatique, au moins on n'est pas forcé de les acheter.
10:21 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, travail
