13.11.2008

Orwell, le retour

La créature d'Orwell n'existe pas, c'est ce qu'on nous répète. Eh bien les crânes mous du ministère de l'éducation l'ont faite. Ils ont, il y a une semaine (mais peut-être plus que ça, voir la fin du billet), lancé un appel d'offres sur la "veille d'opinion" parmi les agents de l'Education nationale. Derrière ce terme élégant et a priori sans signification bien claire, il s'agit ni plus ni moins que d'identifier les "leaders d'opinion" parmi les enseignants qui ont ouvert des blogs et des forums sur Internet. Autrement dit, de déterminer qui tente de foutre la merde, qui y parvient et avec quelle ampleur. Classiquement, cela s'appelle du flicage.

Cet appel d'offres très sérieux est consultable sur le Journal Officiel du 4 novembre 2008.

Ce qui est assez comique, c'est la justification officielle donnée par le ministère (Cf.France Soir - c'est bien la première fois que je mets un lien vers cette décoction de journalisme) : c'est tout simplement que "l'opinion des enseignants compte beaucoup pour le ministre" - c'est pour ça qu'on ne les écoute jamais et qu'on veut faire élaborer les programmes scolaires par l'Assemblée nationale ou par le Nain, plutôt que de demander leur avis à ceux qui enseignent.

Encore plus rigolo: apparemment, cet appel d'offres "était renouvelé chaque année depuis 2006", comme indiqué par la cellule communication du ministère, ainsi que le rapporte France Soir. Si ça se trouve, l'augmentation récente des visites sur ce blog est simplement due au surfage répété des détectives privés embauchés par le ministère; alors là, je suis déçu!

Il ne reste qu'à citer ces quelques mots de Jean Ferrat:

Hou, hou, méfions-nous,

Les flics sont partout.

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Commentaires

C'est plutôt sympa d'être identifié par ses "chefs" comme un leader d'opinion.
Sinon, c'est pas un faux débat tout ça? Si tu publies un billet sur le net, c'est une publication. Tout le monde peut lire ta prose alors pourquoi pas le ministère?
Je pense que tu as bien réalisé (et tous les blogeurs) que l'anonymat sur le net n'existe pas. Il y a toujours moyen de "tracer" la véritable identité d'un blogeur en lisant avec attention ses posts et en faisant 2-3 recherches croisées sur google.
Alors à partir du moment où l'auteur assume ses écrits et publie ses textes en open, je vois pas pourquoi la lecture par quiquecesoit poserait problème.
La seule chose qui me gène, c'est que chercher à identifier des "leaders d'opinion" en passant son temps sur les forums et les blogs, c'est de la perte de temps et surtout l'argent du contribuable.

Ecrit par : mouton | 13.11.2008

Mouton, je te trouve bien optimiste. L'écriture d'un blog s'apparente bien souvent à celle d'un journal intime: six milliards de lecteurs potentiels, vingt fidèles tout au plus. En revanche, si "influencer l'opinion" signifie "faire part de notre avis et de notre expérience à notre ministresse", grand Dieu pourquoi attendre !

Ecrit par : anthropopotame | 14.11.2008

"six milliards de lecteurs potentiels, vingt fidèles tout au plus. " On dirait que tu parles de mes publis ;)

Ecrit par : mouton | 14.11.2008

Ma première réaction a effectivement été de trouver cela ridicule, ainsi que dilapidatoire (?! mais je me comprends) des deniers du contribuable.

Maintenant, les dictatures, ça commence toujours comme ça. Pour l'instant, on lance un pauvre petit appel d'offres à 100kEuros (pas grand chose finalement à l'échelle du budget ministériel), qui ne va sans doute pas aboutir à grand chose vu la masse de données qu'il y a à surveiller et le caractère éphémère de beaucoup de blogs.

Mais qui vous dit qu'avec l'évolution paranoïaque des pratiques gouvernementales (cf. Edvige, etc.), ces infos ne seront pas utilisées un jour ou l'autre dans des décisions sur les évolutions de carrière des MCF, profs, etc.?

Ecrit par : Enervé | 14.11.2008

Il est vrai que jusqu'au aujourd'hui, ce qui dictait les orientations de carrière des EC, c'était la bienveillance ou malveillance des collègues. Si d'approuver la politique gouvernementale me valait de passer directement DR1, j'applaudirais. Tu sais que certains départements, labos ou UFR sont des nids de crabe où l'on peut casser tous tes projets, réduire à néant tes enseignements et te couper l'accès à l'encadrement des étudiants. Un peu comme cela se passe dans n'importe quelle boîte privée, en somme.

Ecrit par : anthropopotame | 14.11.2008

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