24.10.2008
Qui faut-il croire?
Parmi les guérisseurs de tout poil qui se pressent au chevet de la finance mondiale - plans de "recapitalisation" (c'est pour ne pas prononcer le gros mot "nationalisation"; c'est comme quand on dit qu'un aveugle est non-voyant ou qu'un sourd est malentendant), "injection massive de liquidités", les incantations ne manquent pas dans le petit univers des spécialistes. De l'autre côté, les banquiers (surtout français) vous expliquent inlassablement qu'il n'y a pas de problème, juste avant d'avouer que l'Ecureuil a perdu ses noisettes et laisse la Caisse d'Epargne avec un trou de 700 millions d'euros... Bref, qui croire? Ceux qui disent que tout va bien, ou ceux qui prétendent que le malade est malade, et que la guérison sera lente et douloureuse? Un petit exemple, tiré de la vie de tous les jours.
Il y a 2 semaines, je trouve dans ma boîte à lettres le prospectus suivant:
Vous avez lu vous-mêmes: résultats garantis, fiabilité totale, on fait des miracles, etc. Voilà de quoi, a priori, garantir à l'impétrant un marché, sinon juteux, du moins captif, auprès d'une clientèle très spécialisée.
Or voilà-t-il pas que, quelques jours plus tard, la concurrence passe à l'offensive et qu'un nouveau mage propose ses se(r)vices, sur un format environ deux fois plus grand:
En vérité je vous le dis, le premier a de quoi s'inquiéter, car le second est "très fort" et "compétant" (ça change tout). Alors que le précédent se contentait du passé, présent et avenir, le second garantit une protection définitive (est-ce bien malin, d'ailleurs? les clients ne reviendront plus!)
Malheureusement, j'ai déjà le permis; j'ai passé à peu près tous les concours et examens auxquels je pouvais prétendre et je n'ai pas de mauvais blocage. Je n'aurai donc pas recours aux services du monsieur et serai donc dans l'incapacité de vous dire s'il est effectivement "très fort" ou pas.
Par contre, j'ai jeté un coup d'oeil à la notice d'un médicament qui traînait dans un tiroir (seule une face est reproduite), avouez que ce n'est pas la même chose:
Si on traduit: attention, c'est dangereux, n'en prenez pas trop, vous risquez d'attraper des boutons, ou pire un oedème, ou d'avoir l'air d'un tuberculeux, alors faites bien gaffe.
Comme pour les clients des banques, mettez-vous à la place du gogo moyen: qui a-t-on envie de croire: celui qui vous dit que tout se passera bien et que vous êtes un type super, ou bien celui qui prend sa calculette et commence à vous aligner des pourcentages en faisant la moue?
Il semble que les traders du système financier mondial, eux, avaient fait leur choix.
07:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, société, humour
22.10.2008
Voilà un type malin
Pour une fois qu'un type se sert du système au lieu de l'inverse, cela mérite d'être signalé. Voir cet article du Monde au sujet de la dernière initiative d'Yves Bertrand, cet ex-patron des RG mis en cause dans l'affaire Clearstream (à laquelle j'avoue humblement n'avoir jamais rien compris).
En tout cas, il met tous les autres dans un beau caca.
10:21 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, société
21.10.2008
Volume d'une pyramide (11)
Retour aux affaires après une petite semaine d'interruption, due principalement à une trachéite - à 4h et demie de cours par jour, on ne s'entend plus gueuler! - et mes excuses à celles et ceux qui attendaient la suite des aventures de l'équation de droite avec impatience.
Demain a lieu le premier des deux exams de la matière "mécanique des fluides". C'est sans doute ce qui explique que, jeudi dernier après-midi, on m'ait demandé une séance de soutien. Je n'y croyais pas: (1) la promo est venue quasi au complet [ce qui implique qu'ils ont "séché" le sport!], et (2) la séance de questions a duré 2 heures.
Effectivement, il existe une différence de mentalité assez importante entre la promo de cette année et celle de l'année dernière: l'année dernière, les étudiants venaient aux séances de soutien pour savoir s'ils avaient bien compris la mécanique des fluides; cette année, ils viennent surtout pour savoir comment faire les exercices.
Cette séance de soutien et le ton plus libre qui y a présidé a d'ailleurs servi à révéler un certain nombre de malentendus dont les équipes enseignantes ne sont pas forcément toujours conscientes, vu le peu de temps que nous passons en général à dialoguer avec nos étudiants. En effet, ceux-ci sont persuadés dans leur grande majorité qu'il suffit de lire le cours et de savoir faire les exercices de TD pour avoir une bonne note; la moindre altération, dans un énoncé d'examen, d'un exercice déjà donné en TD se traduit alors par des catastrophes. De notre côté, nous ne sommes pas toujours très clairs sur ce que nous attendons de nos étudiants en matière de "compréhension"; c'est pourquoi j'ai fait une liste, au début de chaque chapitre de polycopié, des objectifs de celui-ci. L'expérience montre malheuresement que ces objectifs ne sont pas toujours lus...
L'autre déclaration de ma part qui a été vécue comme une trahison est celle qui a consisté à affirmer qu'il ne s'agit pas de lire le cours pour le comprendre, car tout apprentissage demande un effort. Vous vous souvenez de cet épisode de Gaston Lagaffe où le héros éternue, signe d'allergie violente, à chaque fois que quelqu'un dans son entourage prononce le mot "effort"? Eh bien, ça a été un peu pareil: comme si j'avais dit un gros mot. Il a fallu que j'explique longuement que, malgré les apparences et la croyance qui veut que les fonctionnaires ne foutent rien, leurs enseignants continuent d'apprendre des choses tous les jours, y compris sur les matières qu'ils enseignent, et qu'il leur faut souvent travailler très dur pour cela, et pour un résultat parfois décevant.
Enfin, à un étudiant qui m'apostrophait d'un ton hargneux: "vous aussi, si vous aviez fait deux ans d'économie depuis le bac, vous auriez oublié ce que c'est une intégrale!", il a fallu expliquer les choses de façon diplomatique. Le mouvement d'humeur instinctif qu'aurait eu l'enseignant standard d'école d'ingénieur il y a quinze ou vingt ans aurait été de dire: "eh bien après deux ans de fac de sciences éco, on n'aurait jamais dû te recruter!" - heureusement, nous ne sommes pas une école d'ingénieurs standard, je ne suis pas un enseignant standard, et nous ne sommes plus il y a vingt ans. Sans compter que, puisque nous avons été assez malins pour recruter un type qui ne sait pas calculer l'intégrale de x entre 0 et L, eh bien il ne nous reste plus qu'à assumer et faire en sorte qu'il apprenne. Il a donc fallu expliquer au gars en question que, le jour où il se trouverait en face d'un employeur potentiel, celui-ci ne serait pas du tout prêt à admettre les excuses du type: "je suis désolé patron, j'ai foiré le calcul de la digue parce que je sais pas calculer la somme de deux forces." Et que pour un employeur, la compétence technique n'est même pas une chose qui se discute: c'est la condition a minima pour embaucher, celle à propos de laquelle la question n'a pas seulement à se poser.
Vous auriez vu le froid que ça a jeté dans la salle... En même temps, ils ont tous bien été obligés de convenir que j'avais raison.
Ce lundi matin, de 8 à 9h30 (oui, je sais, ce n'est pas forcément l'idéal pour un cours de Mécadèfe), ils étaient tous complètement anesthésiés. J'ai bien passé à nouveau une demi-heure sur l'équation de conservation de la masse qu'on avait déjà démontrée la fois précédente, car je voyais bien qu'ils l'avaient tous oubliée. Du coup, je n'ai fait que la moitié de l'équation de quantité de mouvement, car quand j'ai expliqué que le fluide transportait avec lui non seulement sa propre masse volumique (ça, ça allait encore), mais également sa propre quantité de mouvement, les yeux sont devenus à la fois vagues et globuleux, et j'ai pigé qu'il allait falloir s'y remettre une autre fois.
Mais aussi, c'est de ma faute: j'avais prévenu que l'exam de demain ne porterait que sur l'hydrostatique. Il aurait vraiment fallu être nase pour espérer qu'ils réviseraient le chapitre sur les écoulements...
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13.10.2008
Bibliométrie et performance: un exemple
La bibliométrie comme instrument d'évaluation de la performance des chercheurs, vaste programme... Au moment où le ministère de l'enseignement supérieur va annoncer qu'il souhaite, en quelque sorte, concrétiser certaines propositions du rapport Attali (par la création de postes spécifiques orientés "recherche" pour les enseignants-chercheurs), il convient de se poser la question: un bon chercheur est-il un chercheur qui publie beaucoup, ou est-ce l'inverse? Ou les deux à la fois? Ou aucun des deux?
Le débat avait déjà été soulevé en ces lieux; les lecteurs fidèles se souviennent sans doute du feuilleton à épisodes qui a présidé au recrutement du dernier maître de conf dans mon labo. Il s'agissait notamment de savoir, entre 2 candidats dont le nombre de publis était quasiment identique, lequel des deux ferait le meilleur maître de conf. J'avais fini par emporter le morceau (de justesse), en privilégiant le candidat le plus versatile par rapport à celui qui était le plus spécialisé, et qui devait surtout son grand nombre de publis au fait qu'il avait balancé 5 fois la même chose à 5 journaux différents dans la même année. Si j'ai eu tort ou non, je ne le saurai probablement jamais; toujours est-il que le candidat que j'ai "fait" passer donne pour l'instant entière satisfaction, donc je n'ai pas particulièrement de raisons de regretter mon choix.
Les "thésards à publis" demeurent pour moi une énigme. J'ai sous les yeux un cas frappant.
Je viens d'être convié à faire partie du jury d'une thèse qui va être soutenue dans quelques mois. Chose inestimable, le candidat a été assez bon pour me faire parvenir son mémoire très longtemps à l'avance, puisque je l'ai dès maintenant sous les yeux pour une cérémonie prévue dans 3 mois.
Bon, d'un autre côté, c'est normal: c'est une thèse sur publis: 6 chapitres sont en fait la recopie de publis déjà parues ou acceptées dans des journaux de méthodes numériques ou de recherche en hydraulique et/ou génie civil (AIRH, ASCE). Au total, le type soutient sa thèse avec 8 papiers parus, acceptés ou soumis, dont il est à chaque fois premier auteur. Pour un candidat en section 60, c'est énorme: en général, un bon thésard de 60ème peut espérer une ou deux publis acceptées et deux ou trois soumises à la fin de sa thèse, c'est dire si le type dont il est ici question joue hors catégorie.
Maintenant, ma mission est de pondre un rapport (eh oui, c'est l'avantage d'être prof: vous avez droit en plus à la corvé de chiottes. Mais cette fois-ci, qu'ils ne me demandent pas en plus de faire le président du jury!)
Et là, c'est un peu le malaise. En effet:
- le type n'a rien fait de neuf; mais il a appliqué une méthode à laquelle peu de monde en hydraulique/génie civil connaît grand chose, car elle est émergente dans notre discipline (alors que dans d'autres domaines de la mécanique des fluides, elle est assez connue depuis de nombreuses années);
- comme dans notre discipline, beaucoup d'éditeurs de journaux - et par là les referees qu'ils choisissent - ne sont pas versés dans ce genre de méthode, il était difficile aux relecteurs de juger de la pertinence des articles qui leur étaient soumis. Pire, je soupçonne que la majorité des gens à qui ces articles ont été soumis n'ont pas osé avouer leur incompétence et ont laissé passer les papiers tels quels, car ils ne savaient pas vraiment quoi critiquer;
- à la lecture des 4ème et 5ème publis, on peut s'apercevoir - en lisant entre les lignes, certes - que les techniques présentées dans les premières publis ne "marchaient" pas vraiment, sauf dans les quelques cas qui ont été présentés. Par exemple, la méthode numérique ne permettait même pas de conserver de l'eau au repos dans un canal en pente...
- en outre, des gens avaient déjà présenté des applications bien plus compliquées (en plusieurs dimensions au lieu d'une seule) de ce type de technique aux équations de l'hydraulique - ce qui à soi seul aurait suffi à motiver le rejet des articles en question. Mais comme cela avait été publié dans des journaux différents, plus orientés "maths applis", les gros nains d'hydrauliciens, qui ne lisent pas beaucoup, n'ont rien vu passer.
- Ce genre de production reflète ce que l'on voit beaucoup passer dans les publis d'hydraulique et d'hydrologie: des articles qui ne sont pas "faux" (ils ne contiennent pas d'erreur), mais qui n'apportent rien. Ils ne font pas avancer l'état des connaissances, ils sont surtout la démonstration d'un savoir-faire (genre, j'ai été capable de programmer tel ou tel schéma);. C'est une caractéristique aui, auparavant, se cantonnait aux conférences; il semblerait que l'on ait franchi un pas supplémentaire...
Bien entendu, il n'est pas question de refuser la soutenance au doctorant: il a tout de même publié 2 (ou 3) fois plus que la moyenne dans notre discipline et, après tout, s'il a été assez malin pour tourner la vigilance et l'ignorance des referees, tant mieux pour lui. On peut lui prédire une bonne carrière de chercheur (avec son CV, il serait vraiment trop nase de postuler à un poste d'enseignant!)
La question serait plutôt: est-ce honnête, est-ce légitime? Personnellement, même dans la perspective de le voir intégrer mon équipe et ainsi faire grimper mon taux de publication en flèche (sur chacun de ses 8 papiers, il y a 5 ou 6 co-auteurs; vous pensez, le filon était tellement bon que tout le labo a voulu être dessus!), je ne serais pas chaud pour embaucher le gars. Déjà parce qu'au lieu d'écrire 8 articles qui auraient pu tenir en 2, je me serais senti malhonnête d'en écrire plus de 2. Ce qui explique qu'après 10 ans de carrière, j'aie seulement 30 publis de rang A, car j'ai toujours obéi au principe "une idée, une publi" (et j'ai toujours été très exigeant sur l'acception du mot "idée") alors que si j'avais fait ce qu'a fait ce type...
Finalement, qu'est-ce qu'il a fait? Il a à peu près augmenté de 50% la productivité (en publications) de son labo sur ses deux dernières années de thèse. Peu importe finalement que les deux tiers de la production en question ne vaille pas grand chose: dans les statistiques, quand l'AERES passera, ça fera super. Bien sûr, tous ses superviseurs de thèse (je ne sais pas combien ils sont au juste, il y a tellement de monde en co-auteur sur ces publis!) auraient été totalement incapables d'effectuer les développements qu'il a effectués, je mesure donc à quel point ils doivent lui être reconnaissants. Je ne me susi pas renseigné, mais je suis prêt à parier que ce type a déjà 3 ou 4 propositions de post-doc; mais s'il est un peu malin, il enverra chier tout ça et se trouvera un poste dès cette année au CNRS ou au Cemagref...
J'ai trois mois pour me faire payer un billet de train et assister à une soutenance pour savoir si je suis, au choix, un couillon trop honnête, ou un abruti à la politique de publication déplorable qui n'a rien compris au système.
07:45 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
09.10.2008
Volume d'une pyramide (10)
Ce matin, j'ai eu ma première demande de séance de soutien par les étudiants de ma filière d'ingés. Vous me direz, il était temps... De fait, nous en sommes à la 7ème séance de cours (sur un total de 16), et on aurait pu penser que cette requête viendrait plus tôt. Ceci dit, l'année dernière, les étudiants s'étaient décidés à peu près au bout du même nombre de séances; le temps sans doute d'espérer tout d'abord s'en sortir seuls, puisde comprendre qu'ils auraient besoin d'aide.
A la fin du dernier TD, j'ai eu des questions sur les exercices que je donne en fin de chapitre dans mes polycopiés. Demande standard: "est-ce que vous donnez les solutions?" Réponse standard: "surtout pas!" Devant les mines scandalisées, j'ai été obligé de me fendre d'une explication: l'expérience montre que si l'on donne les solutions des exos, les gens les survolent en disant: "ah oui, ça je sais faire" et n'en retiennent au final rien. Le refus de donner la solution par écrit les force à faire l'exercice, puis à venir me voir pour vérifier qu'ils ont bien compris. Ca me prend plus de temps, à eux aussi, mais le but est que cette vérité fondamentale finisse par rentrer dans leurs tronches: on n'apprend pas sans effort.
Il existe en effet une mythologie étudiante, entretenue principalement par nos "clients" originaires de prépa, qui veut que les gens "vraiment bons" n'aient pas besoin de travailler pour apprendre, chez les types vraiment doués, ça doit rentrer tout seul. Le résultat déplorable est que parmi les étudiants qui plantent le plus gravement leur premier semestre de première année, on trouve souvent des prépas, qui n'ont pas compris que nos enseignements étaient tellement divers que personne ne peut espérer les assimiler en vivant simplement sur ses acquis, et qui n'ont pas bossé une minute.
Ah oui, lors du dernier TD, on a eu une petit moment de flottement. Il fallait intégrer un profil de pression linéaire, le problème s'est donc transformé en: calcul de la surface d'un trapèze. Heureusement que mon petit aide-mémoirede maths était là... Du coup, je les ai prévenus: au prochain contrôle (lundi), surface du trapèze.
Si ça continue, je vais devoir changer le titre de cette série de billets!
07:56 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, education
08.10.2008
Avec toutes mes excuses (suite)
Rendons à Cesar ce qui est à Cesar. Je reproduis en fin de ce billet un texte transmis par B., contributeur régulier de ce blog, qu'il serait je pense dommage de laisser en commentaire d'un billet , car même si la plupart des gens qui passent ici doivent aussi lire les commentaires, on ne sait jamais. Le voici donc in extenso, ci-dessous, avec les liens qui l'accompagnent.
Dans le même ordre d'idée, je me souviens très bien de ce petit journal carrément subversif, intitulé La Décroissance (site ici), dont j'avais acheté un exemplaire il y a plus d'un an. Le journal publiait l'interview d'un expert, qui souhaitait rester anonyme -et on le comprend- travaillant pour un certain nombre d'organismes financiers internationaux, dont la Banque centrale européenne par exemple. Il y a déjà plus de 12 mois, cet expert annonçait assez précisément ce qui est en train de se passer: système financier utilisant des produits "virtuels" totalement délirants, banques jouant avec de l'argent qu'elles n'avaient pas (je crois que récemment, les prêts à court terme étaient passés d'un rapport emprunt/garantie initialement égal à de 10 à plus de 30 !), etc. Ce type prédisait (et à combien juste titre) que ça allait péter, et salement.
Dans ces conditions, que l'on ne nous dise pas que personne ne savait. Bien sûr, que le risque était connu. Mais, comme dans les catastrophes du style navette spatiale, où un pauvre petit joint en caoutchouc gelé dans un booster ou un bloc de mousse qui heurte une aile finit par dégénérer en désastre parce que les responsables ont choisi d'ignorer les avertissements de leurs employés, ces risques ont été (sciemment ou non) sous-estimés, faussant la perception du danger et se traduisant par le boxon planétaire que l'on sait. Pour les gens qui ont un peu traîné leurs guêtres dans les instances de type Bruxelles (je me souviens du temps où j'allais montrer mon cul à la Commission pour faire le tapin et récolter un peu de pognon sur les projets du PCRD), il apparaît assez évident que tous ces experts et hauts fonctionnaires ne vivent pas sur la même planète que nous et n'ont pas du tout la même perception de ce qui est bénéfique ou nuisible, sans parler d'être utopique ou au contraire réalisable.
Armons-nous donc de patience pour supporter la débilité ambiante et ses conséquences sur nos portefeuilles; en attendant, je vous livre le texte du billet.
"Voici les elements qui je pensent peuvent eclairer tes lecteurs qui comprennent l'anglais (j'ai toujours un probleme avec les journalistes francais qui ne comprennent jamais tout le probleme).
en premier lieu, le reportage de 60 minutes qui eclaire enfin pourquoi les gens qui font des produits derives ne veulent pas appeler leur contrats des assurances:
http://www.crooksandliars.com/nicole-belle/60-minutes-wal...
Reponse: parceque une assurance c'est regule, c.a.d on demande aux assureurs d'avoir l'argent qui garantit le contrat, on ne demande rien a un secteur qui n'est pas reguler, d'ou la possiblite de ces firmes d'emettre plein de contrats qui a terme pese 50 a 70 fois l'argent de leur propre entreprises. Les solutions de black-sholes ne peuvent etre applique que dans un regime stationnaires et donc cette formulation est ideal quand on pense que certaines stats sont tres basses (voir plus bas)
Alors maintenant on entend aussi parler de ces putains pauvres qui ont pris tout ces credits pour acheter des maisons qu'ils ne pouvaient pas se payer. En comprenant ce qui se passe, il faut voir deux choses:
* la premiere est que si l'argent du bail out etait donne a ces personnes qui ont pris des credits, tout le probleme disparaitrait car on aurait plus ces histoires d'assurance demultipliees qui se mettent en action! Mais non, on a decider avec le bail-out de payer les contrats que nous savons au moins pour l'allemagne etre egal a 80% du produit interieur brut du pays.
* dans un marche montant, les plus mauvais payeurs pouvaient revendre leurs maisons sans faire defaut, les stats sur les defauts sont devenues tellement ridiculement basse que tout le monde a penser que l'economie allait bien c.a.d que l'on pouvait prendre plus de rsique, et donc de penser que ces contrats pouvaient etre augmenter en nombre. ( http://meganmcardle.theatlantic.com/archives/2008/10/how_... , http://www.marginalrevolution.com/marginalrevolution/2008... )
A la fin, une baisse de 10% de la valeur de ces actifs fait sauter toutes ces banques a cause de la demultiplication.
autres articles a lire:
http://www.nakedcapitalism.com/2008/10/soros-he-foresaw-e...
http://gregmankiw.blogspot.com/2008/10/do-you-take-models...
Ce qui m'etonnera toujours c'est la facilite avec lesquelles les banques francaises ou europeennes sont capables d'acheter des produits comme ceux -la alors que ces produits financiers seraient totalement interdit en France. On parle de faire avec moins de fonctionnaires en france, mais peut-etre qu'il serait utile d'avoir des fonctionnaires bien formes qui puissent reellement comprendre ces produits et estimer leur niveau de toxicite. "
10:19 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, economie, politique
07.10.2008
Avec toutes mes excuses
Des excuses, je vous en dois. Vous vous souvenez de ces billets où je me moquais - malheureux inconscient que j'étais! - de ces marchés qui nous font tant de bien [Lien 1, Lien 2, Lien 3]. Cette série, qu'avait initié un facteur a priori sans rapport avec la choucroute - à savoir un énervement chronique envers les conducteurs de 4x4 [Lien 4] - m'avait valu les foudres de quelques spécialistes de l'économie. On s'était un peu frittés, d'un côté les gens qui savent de quoi ils parlent et de l'autre les ignorants qui racontent n'importe quoi (ça, c'est moi!)
Eh bien, ils avaient raison, et j'avais tort: en fait, ça se passe plutôt bien. Il n'y a qu'à voir ici, ici et là.
Bon, c'est vrai: tirer sur les ambulances, ça ne se fait pas. Mais on a peut-être le droit de tirer sur les corbillards?
08:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, actualité, économie, politique
06.10.2008
Volume d'une pyramide (9)
Cet après-midi, 3ème TD consacré à l'hydrostatique. Un champ de pression dans un fluide immobile, ce n'est pas bien méchant, n'est-ce pas? Surtout si le champ de pression peut être considéré comme homogène à l'échelle du problème considéré...
Eh bien, ce n'est pas gagné. La semaine dernière, nous devions calculer la force exercée par la pression atmosphérique sur deux hémisphères de 30cm de diamètre à l'intérieur desquels on avait fait le vide après les avoir assemblés. C'est l'expérience de la sphère de Magdebourg, dont on trouve facilement l'illustration - sur Wiki par exemple. La question que je leur posais était la suivante: est-il réaliste d'avoir eu besoin de 16 chevaux (8 de chaque côté) pour séparer les deux hémisphères, comme le dit la petite histoire?
Il y avait plusieurs façons de calculer la chose:
- la solution du taupin bourrin: faire l'intégrale de la force de pression sur un hémisphère en décomposant celui-ci en éléments de surface infinitésimaux en coordonnées sphériques et en projetant le vecteur normal sur l'axe des x (la plupart des gens avaient noté la symétrie). Il y en a bien eu un ou deux pour suggérer la méthode, mais aucun n'était capable de l'appliquer;
- la solution du taupin moyen: remarquer que le produit d'un élément de surface infinitésimale et de la composante en x du vecteur normal est égale à la projection parallèlement à x de la surface élémentaire: ça simplifiait beaucoup les calculs;
- enfin, la "méthode globale", autrement plyus astucieuse: considérer le système formé par la portion d'atmosphère entre la paroi extérieure de l'hémisphère et sa projection horizontale (circulaire, donc) sur un plan. Il était alors évident, vu le principe fondamental de la statique, que la force exercée sur une surface était égale à l'opposé de l'autre...
Sauf que... La troisième solution a donné lieu à des maux de tête inattendus, car elle ne permet que de calculer la force exercée par la paroi de l'hémisphère sur l'atmosphère! Pour en déduire la force exercée par l'atmosphère sur l'hémisphère, il fallait utiliser le principe de l'action et de la réaction... Donc changer de système. Autrement dit, au départ, il fallait bien avoir identifié le système sur lequel on travaillait.
Beaucoup ont certes admis que c'était bien pratique. Il y en a eu pourtant un grand nombre pour se révolter et refuser d'admettre que la force exercée par l'atmosphère sur l'hémisphère était égale à l'opposé de la force exercée par l'hémisphère sur l'atmosphère. Après une petite séance de discussion avec l'un des groupes de TD, j'en suis arrivé à la conclusion que si les autres ne disaient rien, c'était uniquement parce qu'ils en avaient marre et qu'ils avaient hâte que ça se termine; mais je ne suis pas certain que beaucoup aient véritablement intégré le principe de l'action et de la réaction.
Si je me souviens bien, cette notion était abordée en classe de seconde. Voici donc une notion de plus, prétendument élémentaire - et que pour cette raison on ne se donne plus la peine de revoir ensuite - que nous pouvons ajouter à la liste des notions oubliées, ou en tout cas mal maîtrisées.
Comme aujourd'hui le TD portera sur l'étude de stabilité d'un barrage, et qu'en plus de la somme des forces il va falloir calculer celle des moments s'exerçant sur le barrage en question, vous avez toutes les raisons d'espérer que jamais, mais alors jamais, aucun de mes étudiants ne soit embauché EDF pour faire les plans de leur prochain barrage!
07:00 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, education
02.10.2008
Règlement de comptes au CNRS?
Au CNRS, l'unanimité ne règne, semble-t-il, pas plus qu'ailleurs sur le rôle de la bibliométrie dans l'évaluation des chercheurs,. Mais ce qui a l'air de faire débat ces jours-ci, c'est surtout l'identité des personnes qui sont fondées à manier cet outil. pour l'évaluation des personnels Il ne s'agit peut-être que d'un banal règlement de comptes entre factions adverses, mais peut-être aussi est-ce moins anodin... Ci-dessous un texte que mon labo a reçu (comme sans doute un grand nombre d'UMR dont le CNRS est une tutelle). Si d'aucun(e)s parmi les lecteurs/trices ont des infos sur les tenants et aboutissants de l'affaire, je prends!
Les présidents de Conseils Scientifiques de Département du CNRS ont rédigé le communiqué suivant, concernant les dérives bibliométriques:
Les présidents, soussignés, des Conseils Scientifiques de Département du CNRS souhaitent faire part de leur extrême préoccupation quant aux dérives constatées dans le traitement de données bibliométriques, en particulier par la Direction des Partenariats du CNRS (DPa) consécutivement au contenu et au traitement de la fiche dite "UR 3 CNRS".
Ils constatent en particulier qu'une évaluation des chercheurs et enseignants-chercheurs (classement A,B,C) se met en place, fondée sur un traitement des données bibliométriques. Ceci est en contradiction avec le fonctionnement de l'évaluation des chercheurs au CNRS, réinscrit dans le Plan Stratégique de l'organisme, qui assigne au comité national cette tâche.
Ils souhaitent vivement que s'instaure enfin un fonctionnement interne de l'organisme où ce sont les directions scientifiques, instruites par le travail du comité national, qui informent la DPa de la qualité scientifiques des unités, et pas l'inverse, afin que cette dernière instruise au mieux les relations entre le CNRS et ses partenaires
Ils demandent solennellement que soit suspendue la diffusion et le traitement de la fiche "UR 3 CNRS", qu'un audit des activités de la DPa en matière d'évaluation soit mené, et qu'à l'avenir les documents traitant de l'évaluation scientifique à partir de données bibliométriques soient soumis pour avis au comité national, par exemple au C3N qui regroupe le bureau du CS, de la CPCN et les présidents des CSD.
07:52 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, université, enseignement supérieur
Le temps du bilan
Quand on parle au citoyen lambda de son métier d'enseignant-chercheur, la réaction est à peu près toujours la même:
"Ah, tu travailles à la fac; c'est cool comme place, il n'y a pas beaucoup de boulot, vos étudiants sont en vacances la moitié de l'année!"
Cette réaction, j'y ai eu droit un nombre de fois incalculable, y compris parfois dans mon entourage proche, de la part souvent d'enseignants - du secondaire, certes - qui n'ont pas vraiment idée de la teneur de notre boulot. Ayant conservé les habitudes saines d'hygiène mentale que l'on m'a inculquées lors de ma vie antérieure dans le privé, j'ai l'habitude de compter mes heures. Afin d'éclairer le profane, voici le résultat du décompte de septembre.
- Heures totales pointées: 200 (attention, ce n'est pas mon temps de présence au labo, qui est plus élevé: je ne compte pas les pauses repas, le temps passé à discuter au café ou dans un couloir, ou le temps passé à transiter de mon labo aux locaux d'enseignement (nous ne sommes en effet pas situés sur le campus de la fac de sciences). Ce sont les heures que l'on peut imputer à une "activité" professionnelle "active".
- Heures "non productives": 44 (réunions de conseil de labo, de conseil de direction, de conseil scientifique, correspondance, & archivage des emails, administration des enseignements, etc.). Ce sont les heures "d'intérêt général", que l'on ne peut pas affecter à une activité d'enseignement ou de recherche bien précise, et qui ne débouchent pas sur des réalisations concrètes comme un cours, un polycopié, ou une publi.
- Heures produites: 156 (il suffit de faire la soustraction...), dont:
- Enseignement: 47,5h. Parmi celles-ci:
- 16,5 h de présentiel (temps passé à donner les cours + TD)
- 18 h de préparation et correction (préparation des polycopiés, des énoncés de TD, correction des contrôles continus, séances de soutien bénévole, etc.)
- 13 h de correction des rapports, présence aux soutenances de stage, jurys de rattrapage, conseil de département et autres apparentés.
- Recherche:77,5 h (révision d'un gros article qui a été re-soumis à la revue, simulations et finalisation d'un autre papier de revue A qui sera soumis dans une ou deux semaines).
- Projet, consultance/expertise pour bureau d'études: 5,5 h (mais ça va augmenter le mois prochain)
- Rédaction d'un ouvrage pédagogique: 24h (mon 4ème bouquin; heureusement, cette fois-ci je ne suis pas auteur unique mais co-auteur!)
- Encadrement doctoral, jurys de thèse: 1,5 h (mes thésards ont pris leurs vacances en septembre)
- Enseignement: 47,5h. Parmi celles-ci:
Ce total n'étonnera pas un certain nombre de lecteurs de ce blog, qui sont du métier. J'espère qu'il éclairera ceux qui pensent que les enseignants-chercheurs ne font qu'enseigner 192 heures par an et glandent le reste du temps.
Avec une productivité de 78%, je m'estime heureux: beaucoup de mes collègues n'atteignent pas ce pourcentage. D'un autre côté, si j'avais fait comme eux et passé "seulement" 35h par semaine au boulot, comme septembre comptait 22 jours ouvrables, je n'aurais pointé que 154 heures. Les 44 heures d'administratif étant en pratique incompressibles, le nombre d'heures productives n'aurait été que de 111 sur 154, soit une productivité de 72%. Sur ces 111 heures, il n'en serait resté que 32,5 pour les activités de recherche. J'aurais peut-être pu terminer la révision de l'article précédent, mais je n'aurais certainement pas pu avancer sur celui que l'on va soumettre.
Maintenant, imaginez que, comme certains collègues, on m'ait collé sur le dos quelques responsabilités administratives, genre gestion des stages, ou suivi des étudiants de césure ou en 3ème année à l'étranger, ou bien gestion des emplois du temps... Vu la complexité de notre administration, vous pouvez compter aisément 20 heures par mois pour ce genre de plaisanterie (et je suis parcimonieux). Alors, il ne serait resté que 12 heures pour la recherche. Ca fait une demi-heure par jour ouvrable, vous pouvez oublier, on ne fait rien de sérieux à ce rythme-là.
C'est ce qui explique que la seule possibilité, pour un enseignant-chercheur nanti de responsabilités administratives, de préserver un peu ses activités de recherche, soit de travailler typiquement 200 heures par mois, c'est-à-dire entre 45 et 50 heures par semaine. Je ne parle pas de 45 à 50 heures par semaine de présence au labo, mais de 45 à 50 heures de travail. En prenant en compte les pauses café et repas, ça doit faire entre 50 et 60 heures de présentiel, selon la position du curseur entre "autiste" et "rigolo de la bande".
C'est aussi ce qui explique que certains d'entre nous fassent périodiquement la gueule quand, suite aux mouvements du type "sauvons la recherche", nous lisons dans les forums de Libération ou du Monde des commentaires de lecteurs du type: "Ah, ces branleurs de fonctionnaires, déjà qu'ils sont payés à rien foutre avec en plus la sécurité de l'emploi..."
07:48 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche, education
