21.10.2008
Volume d'une pyramide (11)
Retour aux affaires après une petite semaine d'interruption, due principalement à une trachéite - à 4h et demie de cours par jour, on ne s'entend plus gueuler! - et mes excuses à celles et ceux qui attendaient la suite des aventures de l'équation de droite avec impatience.
Demain a lieu le premier des deux exams de la matière "mécanique des fluides". C'est sans doute ce qui explique que, jeudi dernier après-midi, on m'ait demandé une séance de soutien. Je n'y croyais pas: (1) la promo est venue quasi au complet [ce qui implique qu'ils ont "séché" le sport!], et (2) la séance de questions a duré 2 heures.
Effectivement, il existe une différence de mentalité assez importante entre la promo de cette année et celle de l'année dernière: l'année dernière, les étudiants venaient aux séances de soutien pour savoir s'ils avaient bien compris la mécanique des fluides; cette année, ils viennent surtout pour savoir comment faire les exercices.
Cette séance de soutien et le ton plus libre qui y a présidé a d'ailleurs servi à révéler un certain nombre de malentendus dont les équipes enseignantes ne sont pas forcément toujours conscientes, vu le peu de temps que nous passons en général à dialoguer avec nos étudiants. En effet, ceux-ci sont persuadés dans leur grande majorité qu'il suffit de lire le cours et de savoir faire les exercices de TD pour avoir une bonne note; la moindre altération, dans un énoncé d'examen, d'un exercice déjà donné en TD se traduit alors par des catastrophes. De notre côté, nous ne sommes pas toujours très clairs sur ce que nous attendons de nos étudiants en matière de "compréhension"; c'est pourquoi j'ai fait une liste, au début de chaque chapitre de polycopié, des objectifs de celui-ci. L'expérience montre malheuresement que ces objectifs ne sont pas toujours lus...
L'autre déclaration de ma part qui a été vécue comme une trahison est celle qui a consisté à affirmer qu'il ne s'agit pas de lire le cours pour le comprendre, car tout apprentissage demande un effort. Vous vous souvenez de cet épisode de Gaston Lagaffe où le héros éternue, signe d'allergie violente, à chaque fois que quelqu'un dans son entourage prononce le mot "effort"? Eh bien, ça a été un peu pareil: comme si j'avais dit un gros mot. Il a fallu que j'explique longuement que, malgré les apparences et la croyance qui veut que les fonctionnaires ne foutent rien, leurs enseignants continuent d'apprendre des choses tous les jours, y compris sur les matières qu'ils enseignent, et qu'il leur faut souvent travailler très dur pour cela, et pour un résultat parfois décevant.
Enfin, à un étudiant qui m'apostrophait d'un ton hargneux: "vous aussi, si vous aviez fait deux ans d'économie depuis le bac, vous auriez oublié ce que c'est une intégrale!", il a fallu expliquer les choses de façon diplomatique. Le mouvement d'humeur instinctif qu'aurait eu l'enseignant standard d'école d'ingénieur il y a quinze ou vingt ans aurait été de dire: "eh bien après deux ans de fac de sciences éco, on n'aurait jamais dû te recruter!" - heureusement, nous ne sommes pas une école d'ingénieurs standard, je ne suis pas un enseignant standard, et nous ne sommes plus il y a vingt ans. Sans compter que, puisque nous avons été assez malins pour recruter un type qui ne sait pas calculer l'intégrale de x entre 0 et L, eh bien il ne nous reste plus qu'à assumer et faire en sorte qu'il apprenne. Il a donc fallu expliquer au gars en question que, le jour où il se trouverait en face d'un employeur potentiel, celui-ci ne serait pas du tout prêt à admettre les excuses du type: "je suis désolé patron, j'ai foiré le calcul de la digue parce que je sais pas calculer la somme de deux forces." Et que pour un employeur, la compétence technique n'est même pas une chose qui se discute: c'est la condition a minima pour embaucher, celle à propos de laquelle la question n'a pas seulement à se poser.
Vous auriez vu le froid que ça a jeté dans la salle... En même temps, ils ont tous bien été obligés de convenir que j'avais raison.
Ce lundi matin, de 8 à 9h30 (oui, je sais, ce n'est pas forcément l'idéal pour un cours de Mécadèfe), ils étaient tous complètement anesthésiés. J'ai bien passé à nouveau une demi-heure sur l'équation de conservation de la masse qu'on avait déjà démontrée la fois précédente, car je voyais bien qu'ils l'avaient tous oubliée. Du coup, je n'ai fait que la moitié de l'équation de quantité de mouvement, car quand j'ai expliqué que le fluide transportait avec lui non seulement sa propre masse volumique (ça, ça allait encore), mais également sa propre quantité de mouvement, les yeux sont devenus à la fois vagues et globuleux, et j'ai pigé qu'il allait falloir s'y remettre une autre fois.
Mais aussi, c'est de ma faute: j'avais prévenu que l'exam de demain ne porterait que sur l'hydrostatique. Il aurait vraiment fallu être nase pour espérer qu'ils réviseraient le chapitre sur les écoulements...
07:56 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche

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Commentaires
Bon, je m'inspire de vos méthodes et j'obtiens le même vent frondeur. En fac de lettres et sciences humaines le problème est plutôt celui des compensations qui font qu'un étudiant peut valider son année sans maîtriser l'accord du participe passé (et quand je parle de maîtrise, je veux dire ne pas faire la distinction entre "j'ai regarder" et "j'ai regardé"). Grommellements, grincements de dents. Je demande alors quelle serait leur réaction si leur médecin ou chirurgien se vantait d'avoir validé sa médecine grâce aux compensations. Cela calme provisoirement les ardeurs, mais ne dure qu'un temps.
Écrit par : anthropopotame | 21.10.2008
Répondre à ce commentaireAnthropopotame,
Merci beaucoup, celle-la je m'en servirais!!
Écrit par : nico | 21.10.2008
Répondre à ce commentaireAu cas où tu aies envie de continuer...
Why blog ?
http://web.me.com/pablo.achard/Labo/Blog/Entries/2008/10/21_Why_blog.html
Écrit par : pablo | 22.10.2008
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