26.09.2008
Volume d'une pyramide (5)
Suite des épisodes précédents. Vous vous souvenez que mes étudiants ne savent plus établir l'équation d'une droite [1, 2, 3, 4] et je précise, pour ceux qui prendraient le train en marche, que nous parlons ici d'étudiants en 1ère année d'école d'ingénieurs, issus majoritairement de prépas et de L2 prépa. Je conseille également au lecteur les commentaires fort intéressants qui ont été postés sur ces 4 billets.
Comme je vous l'avais dit, une réunion des enseignants de maths a eu lieu hier après-midi pour faire le bilan d'un contrôle général qui a été effectué le jour de la rentrée (il y a 15 jours) sur l'ensemble des élèves-ingénieurs de l'école. Le résultat est finalement à peine meilleur que celui de mon contrôle continu de ce lundi... Je l'ai appris en arrivant à cette réunion, l'objectif était aussi de se mettre d'accord sur un petit texte qu'avait exigé le directeur adjoint de l'école en vue de le joindre au dossier qui va être remis à la CTI. En effet, ladite CTI doit nous visiter bientôt pour renouveler notre habilitation.
Comme le directeur adjoint aux études avait demandé le texte pour la veille, il fallait faire vite - c'est-à-dire en gros approuver la bafouille qu'avait pondue, de façon fort prévoyante, un de nos collègues. En gros, voilà ce que ça dit:
- les élèves n'ont pas tous le même niveau en maths;
- certains sont moins bons que d'autres.
Je pense que quand ils liront ça, les mecs de la CTI auront une attaque. Vous l'avouerez, c'est quand même la surprise du siècle (remarquez, le siècle est encore jeune). La hardiesse des inférences m'éblouit (mais aussi ces conclusions sont celles d'un vrai mathématicien). Je pense que ces deux remarques doivent pouvoir être utilisées par un spécialiste de l'analyse fonctionnelle pour démontrer que l'ensemble des notes des étudiants forme un fermé borné, c'est-à-dire un compact. Ayant oublié toutes mes notions de topologie, je suis malheureusement incapable de faire la démonstration moi-même, et croyez bien que je le regrette.
Il y a bien eu un emmerdeur (devinez qui) pour demander qu'à ce commentaire extrêmement euclidien (car bidimensionnel et sans courbure, c'est-à-dire très plat) soit ajouté un aparté, destiné aux seuls yeux de notre direction, afin d'avertir notre Grand Schtroumpf que, faire des semaines transversales, des tournois sportifs inter-écoles et des semaines humanitaires, c'était très bien, mais que ce temps que l'on nous retire année après année des enseignements "techniques" est autant de temps qui nous manque pour remettre à niveau nos étudiants; et viendra un moment où, à force de passer notre vie à rappeler à des amnésiques ce qu'ils ont appris en classe de troisième, nous ne pourrons plus leur apprendre leur métier d'ingénieur... Cette requête a soufflé autour de la table un vent de désolation. Tout le monde s'est regardé mutuellement d'un air atterré, l'air de dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce fou?"
Et comme toujours dans ces circonstances, ceci a clos la discussion; tout le monde s'est levé en se rappelant qu'il avait vachement tout plein de choses à faire ailleurs. Je n'ai aucune certitude à l'heure actuelle que ma "motion" soit transmise à la direction. D'un autre côté, je suis vachement rassuré de savoir que nous sommes différents car il y en a qui ne sont pas pareils que d'autres. La CTI appréciera.
Revenons rapidement à la notion de "qualité" du travail, qui a fit l'objet d'un petit débat avec B. et Aisling (commentaires du billet 4). Pour abonder dans le sens d'Aisling, je conseille cet ouvrage qui se lit rapidement: La culture du nouveau capitalisme, par R. Sennett, et qui illustre bien la mise en forme d'une "nouvelle" (pas tant que ça, finalement) mentalité de travail.
A ce sujet, j'avais évoqué le rapport de stage mal fagoté d'une étudiante que j'avais en soutenance hier. Son maître de stage était présent à la soutenance en question. Il faut absolument que je vous raconte ça la semaine prochaine, car ça aussi, c'était du joli...
La suite au prochain numéro!
08:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, éducation, école

Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://enerve-de-service.hautetfort.com/trackback/1816169
Commentaires
Autre chose, les titres font etat du volume d'une pyramide que je ne connais pas mais que je serais retrouve si j'etais note la dessus (par mes propres moyens). Mais le scandale ce n'est pas la pyramide, c'est la droite!
Eclaire nous sur la CTI (equivalent je pense de l'ABET aux US). Si la situation est aussi catastrophique, ils retirent leur agrement tout de suite ou il laisse une chance avec etude plus en profondeur ?
Pourquoi voudrais-tu que ta motion soit suivie, elle aurait le probleme de (en amerique on voit toujours cela comme ca):
1- rendre l'information de l'incurie de tes eleves officielle
2- laisser une trace quand une enquete sera faite plus tard a la suite d'un accident enorme qui aura montre que l'ingenieur lambda sortie de ton ecole a sous calculer les contraintes d'un pont
3- rendre possible la fermeture de l'ecole
4- mettre sur le carreau les personnels administratifs de la dite ecole fermee.
5- de commencer une crise de confiance sur toute une profession (ingenieurs) dans tout le pays
6- de mettre en avant l'incurie de l'etat qui sous finance les ecoles d'ingenieur de province par rapport a celle de paris.
7- de mettre une suspicion sur toutes les ecoles d'ingenieurs issue d'une fac.
b
Ecrit par : b | 26.09.2008
Ecrire un commentaire