28.08.2008
Comment occuper ses collègues pour la journée
Euphrasie, cette collègue de labo parano, prend des vessies de porc pour des lanternes japonaises. Il est également très facile de lui faire prendre des graffitis anonymes pour des messages divins. C'est précisément ce que j'ai fait, il y a de cela quelques années, après que l'on m'a eu raconté l'épisode d'"Antoine a appelé". En effet, j'avais du mal à croire que le spécimen fût aussi crédule; d'un autre côté, dans l'hypothèse où elle l'aurait été, il aurait fallu être vraiment crétin pour laisser passer l'occasion et ne pas s'amuser un peu avec.
Euphrasie travaille avec mon pseudo-chef, le Grison d'Arcadie, dont les démêlés avec la Pieuvre vous ont été narrés dans bon nombre de billets précédents. Ce DR par défaut d'un institut de recherche post-colonial bien connu fait travailler Euphrasie depuis bientôt 10 ans sur un logiciel hydrologique dont on a bien du mal à savoir ce qu'il sait faire exactement; il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de doc, et quand il y en a, elle est mauvaise; la gestion des stagiaires successifs ayant travaillé sur ce logiciel a été tellement désastreuse qu'en général, à chaque fois qu'un stage est terminé, tout le travail effectué est perdu car les deux rigolos oublient systématiquement d'en sauvegarder les résultats. Le boulot principal d'Euphrasie est donc, en gros, de se retaper les développements effectués par les stagiaires et que son chef a égarés sur son disque dur...
Loin d'en vouloir au Grison d'Arcadie, elle lui voue une fidélité sans faille, au point que s'il part en vacances, elle s'arrête de travailler, car il est pour elle impensable de bosser sans un regard d'espion par-dessus son épaule. Il lui procure à ce sujet une stabilité mentale méritoire depuis de nombreuses années, puisqu'il n'y a pas encore si longtemps, il la fliquait au sujet de ses horaires de travail (il a dû arrêter car lui-même ne restait pas au boulot assez longtemps pour pouvoir exercer une surveillance efficace). Bref, au-dessus il y a un Dieu grisonnant, et en dessous, petite mouche affairée à la surface de la Terre, il y a Euphrasie, qui fait tout ce qu'on lui dit.
Le labo reçoit périodiquement des catalogues de fournisseurs, style matériel informatique, de bureau ou de terrain. Je ne saurais vous dire pourquoi, mais en tombant un jour sur un catalogue Eijelkamp (fournitures de labo, style béchers, pipettes et autres fioles graduées), une idée me vient. Aussi sec, je prends un post-it et, prenant soin de déguiser mon écriture (malheureusement un peu trop reconnaissable au naturel), j'y écris: "Pour action. Voir ce qu'il faut faire." Puis je le colle sur le catalogue et largue celui-ci dans la case courrier d'Euphrasie.
Euphrasie est informaticienne, autant dire qu'elle s'y connaît à peu près aussi bien en matériel de labo que moi en biologie moléculaire. Elle n'a cependant pas douté un instant que l'instruction lui vînt d'en haut; il fallait la voir tourner dans le labo avec son catalogue à la main... Plusieurs fois, je l'ai croisée dans le couloir, allant, la trogne crispée, demander à son chef ce qu'il voulait d'elle exactement; pas de bol, ce jour-là le toto en question était très occupé, avec des visiteurs et des stagiaires en quasi-permanence dans son bureau. Quand je suis revenu de prendre mon courrier vers 14 heures, Euphrasie attendait d'un air catastrophé dans l'embrasure que le visiteur la précédant libérât sa place pour pouvoir, enfin, accéder au Chef et lui soumettre sans doute son choix de pipettes...
Je ne sais pas exactement ce qui s'est dit entre les deux, mais tout le reste de la semaine, elle n'a pas été bien. Nous si, car 4 ans après, on en rigole encore.
08:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour

Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://enerve-de-service.hautetfort.com/trackback/1771073
Ecrire un commentaire