22.08.2008
Comment s'amuser avec ses collègues
Parmi les collègues qui m'ont reproché ma gestion énergique de la confection du fameux poster (cf. billets précédents), il est une collègue dont je ne vous avais pas parlé. Et c'est dommage, car dans son genre, c'est elle aussi un personnage. Pour les besoins de la cause, nous l'appellerons Euphrasie, ce qui est à cent lieu de son nom véritable, et tant mieux pour elle. Euphrasie a un gros problème: elle est parano. En triant mes emails hier soir, je suis tombé sur un de ses messages, qui récriminait sur ma façon comminatoire de m'adresser à mes collègues au sujet du poster d'équipe. Elle n'était pas concernée par la confection du poster en question, mais, étant parano, elle a tout pris pour elle. Ceci m'a rappelé une anecdote qui s'est produite il y a de nombreuses années - je n'étais pas encore dans ce labo, mais on m'a raconté. Et vu la saveur particulière de l'anecdote en question, je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager. Les anthropologues appelleront peut-être ça une illustration de la théorie de l'investissement affectif; en tout cas, moi je l'aime bien.
Euphrasie est parano de longue date. Il y a une dizaine d'années, elle partageait pour son malheur le bureau des deux plus ignobles farceurs de son service. Faisant beaucoup d'informatique, elle n'était à l'époque pas souvent dans ce bureau, occupée presque à plein temps ar la gestion d'un réseau de stations de travail et de serveurs, situés dans des salles faites exprès pour ça. Un jour, les deux rigolos ont eu une idée de génie: pendant son absence, ils inscrivent sur le tableau blanc où elle fait l'inventaire de ses tâches:
"Antoine a appelé."
Bien entendu, aucun Antoine n'a appelé, d'ailleurs ils ne connaissent aucun Antoine et elle non plus; d'où sa stupeur et sa perplexité lorsque, entrant dans le bureau, elle découvre l'inscription: "Antoine, mais qui c'est?
- Je ne sais pas, moi, répond négligemment un des deux rigolos, apparemment très occupé par une anomalie dans la base de données et trop soucieux pour lever les yeux de son écran; mais il a dit que tu avais son numéro..."
Euphrasie fronce les sourcils, préoccupée: elle ne connaît pas d'Antoine et elle n'attendait pas de coup de fil: "Vous êtes sûrs que c'est à moi qu'il voulait parler?
- Oui oui, il a même dit qu'il te rappellerait."
Le lendemain, rebelote. Euphrasie trouve, en rentrant de sa salle info, l'inscription suivante:
"Antoine a appelé. Demande que tu le rappelles."
"Mais je ne connais pas cet Antoine, se lamente Euphrasie, inquiète. Comment est-ce que je pourrais rappeler quelqu'un que je ne connais pas? demande-t-elle à la cantonnade.
- Ah ben ça..." répondent perplexes ses deux co-turnes en écartant les bras.
Le surlendemain, un pas supplémentaire est franchi dans la gradation de l'imminence. L'inscription dit: "Antoine a appelé. Le rappeler d'urgence!"
"Ah là là (ton paniqué), et je ne peux pas savoir qui c'est, puisqu'il appelle à chaque fois quand je ne suis pas là!
- Alors oui, ça, c'est ballot!" répliquent les deux plaisantins en se retenant d'éclater de rire.
Ca a paraît-il continué comme ça pendant une bonne dizaine de jours. A la fin, les deux tortionnaires ont paraît-il eu pitié, car Euphrasie commençait à donner des signes inquiétants d'instabilité mentale. Je dis paraît-il, car connaissant les oiseaux, j'ai du mal à imaginer une quelconque pitié de leur part dans ce genre d'affaire. Bref, ils ont fini par révéler à Euphrasie que tout cela n'était qu'une farce et qu'il n'y avait pas, n'y avait jamais eu d'Antoine, pas plus que de coups de fil.
C'est alors qu'Euphrasie les a gratifiés d'un sourire narquois: "Ahaha, vous essayez de me faire marcher.
- Depuis dix jours, oui. Mais maintenant, non. Tout ça était une blague, il n'y a jamais eu d'Antoine-qui-a-appelé.
- Non non, ça ne prend pas. Il finira bien par rappeler quand je serai là, et alors je saurai qui c'est."
Je ne me suis jamais risqué à lui poser la question, mais il paraîtrait qu'aujourd'hui encore elle est persuadé qu'Antoine a véritablement cherché à la joindre pendant 10 jours. Bien sûr, n'ayant pas été témoin de la chose, je ne peux pas vous certifier à 100% que cette anecdote soit véridique; mais ayant personnellement eu l'occasion de tester la paranoïa d'Euphrasie en lui montant un canular dont je suis ma foi assez content (et que je vous conterai une fois prochaine), tout ce que je peux vous certifier, c'est qu'elle est 200% plausible.
A une prochaine pour d'autres aventures...
08:36 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur, humour

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Commentaires
houhouhou quels joyeux rigolos ces gars-la ^^ (Je sors de mon anonymat de netvibes pour une fois)
Je suis curieux de voir quels tourments vous lui avez-fait subir !
Ecrit par : Akee | 22.08.2008
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