28.07.2008

Ca arrache dans le labo: comment se rendre populaire

Pour que ce lundi commence bien, à l'heure où la plupart de mes collègues sont en vacances, cette petite anecdote tirée du dernier conseil de direction de mon labo.
Je ne fais normalement pas partie du conseil de direction, mais la dernière fois, une histoire d'attribution de crédits de recherche amotivé que j'y sois invité. A l'ordre du jour notamment, les avatars de l'école doctorale à laquelle nous sommes rattachés. Il faut dire qu'avec cette ED, vu la brochette de crétins qui figure à sa direction, on pourrait organiser une session barbecue non-stop d'une semaine complète pour 200 personnes... Pour donner un exemple, lors de l'inauguration de cette ED il y a 2 ans, son directeur s'est interrompu en plein speech de présentation pour se mettre à bouder en direct parce qu'une de ses amies au premier rang avait posé une question qu'il jugeait malvenue. C'est un des directeurs adjoints qui avait dû continuer la présentation, tandis que le directeur se prenait la tête dans les mains et fixait obstinément son pupitre d'un air offensé... Il faut savoir que l'école doctorale en question regroupe plein de labo sur des thématiques extrêmement différentes par problématique et par culture (Eau-biologie-santé-géologie-agronomie, etc.) et que cela résulte en une usine à gaz extrêmement formaliste, bureaucratique et psychrigide. Comme cette ED prétend couvrir quasiment tous les domaines scientifiques, en pratique elle n'en couvre aucun et c'est le boxon total.
Bref, mon directeur de labo pestait cette fois-ci contre cette école doctorale en raison de l'attribution des bourses MRT, qui nous a été extrêmement défavorable cette année. Alors que les sciences du vivant (paraît-il sur-représentées au conseil de l'ED) raflaient leplus gros de la galette, les sciences de la terre et de l'univers se sont fait rouler dans la farine; ainsi mon labo n'a-t-il eu droit qu'à une seule bourse MRT, alors qu'au temps de l'ancienne école doctorale, il pouvait tabler sur presque deux tous les ans. 
Et tout le monde de se lamenter autour de cette nouvelle tragique. Quelqu'un a pourtant trouvé le moyen de briser l'unanimité de ce lamento, qui consacrait pour une fois l'unité de nos préoccupations scientifiques. Au milieu du concert de gémissements, une voix s'est élevée:
"Finalement, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose?"
L'assistance s'est arrêtée net de geindre et l'on a fixé l'iconoclaste d'un air outragé. Celui-ci a poursuivi:
"Ben oui; s'ils n'ont plus de bourse de thèse, les gens vont peut-être finir par se remettre à travailler eux-mêmes au lieu de faire marner leurs thésards à leur place?"
Inutile de préciser qui avait balancé cette saloperie, vous l'avez devine; il s'agissait bien entendu de votre serviteur qui, pour cette invitation exceptionnelle, avait encore jugé bon de se distinguer. Alors qu'un DR commençait à dire:"Mais, je ne sais pas travailler sans thésard, moi.", le profanateur a continué sur sa lancée:
"De toute façon, si les chercheurs ne font faire leur recherche que par des stagiaires et des thésards, ça en dit long sur le niveau de la recherche en question..."
Tout le monde a ri jaune, allez savoir pourquoi. De manière tout à fait coïncidente, le lamento sur la stupidité de l'école doctorale n'a pas eu de prolongement et nous sommes passés au point suivant.
C'est peut-être en raison de cette efficacité que j'ai reçu, quelques jours plus tard, la proposition de mon directeur de labo d'être désormais présent à toutes les réunions du conseil de direction?  
 

25.07.2008

Bayrou se lâche

Le père Tapie a toujours pris les gens pour des crétins. Rappelons-nous l'époque où Mitterrand le protégeait: le gros nase populiste, qui avait fait sa fortune en rachetant les entreprises en difficulté et en virant le personnel à tour de bras, osait se prétendre de gauche; non seulement personne ne mouftait, mais Pierre Mauroy, après avoir dit que "Tapie, ce n'est pas ma tasse de thé", se voyait contraint par le même Mitterrand, de retirer publiquement ses mots; c'était l'époque où l'on voyait également Nanard, nommé ministre de la ville, remplir des stades et mettre les foules en liesse en débitant des énormités du genre: "Je veux mettre le chômage hors-la-loi!" Sur les gradins, des milliers de clones hybridés entre des supporters de l'OM et du PSG trépignaient et entraient en hystérie comme un régiment de pisseuses à un concert de Patrick Bruel.

Nanard le Magnifique a toujours pris les gens pour des nases, il s'est enrichi à leurs dépens et, finalement, il a eu raison. L'auteur de ces mots fabuleux: "Monsieur le juge, j'ai menti de bonne foi" a fait l'acteur chez Lelouch et dans Vol au-dessus d'un nid de coucous, nous a joué les martyrs réveillés à l'aube pour sa mise en examen, bref, on est dans le grand et presque dans le biblique. On connaît le dernier épisode en date: au titre d'une procédure judiciaire pour le moins exceptionnelle, dont le Canard Enchaîné de cette semaine démonte par ailleurs les ressorts tortueux, non seulement Nanard est blanchi mais en plus il va palper un max de pognon pour "réparation de préjudice moral".

Heureusement, il existe encore des Don Quichotte. Même si l'on peut parfois lui reprocher d'en faire un peu trop et de la jouer peut-être exagérément perso, François Bayrou a le mérite d'exister et d'être encore écouté par les médias, qui semblent-il continuent de voir en lui une source de reportages prometteuse. Dans cette interview au Monde, François Bayrou remet les pendules à l'heure et descend le martyr de sa croix pour lui botter le fion.

Il ne reste qu'à espérer que, profitant de la réforme constitutionnelle, adoptée en partie grâce à Jack Lang (un de nos nombreux flamboyants de l'inutile), les crétins de gauche vont se réveiller et profiter de la possibilité qui leur est désormais offerte de monter des commissions d'enquête parlementaires pour tirer au clair cette dernière magouille. Mais comme le PS semble davantage préoccupé par le combat Royal/Delanoë pour la succession d'Hollande et par la trahison de Montebourg à l'endroit d'Ayrault... l'ex-prétendument socialiste Nanard n'a sans doute pas trop de bile à se faire.

23.07.2008

Ca arrache dans le labo: le poster du chef (2)

Suite de l'épisode précédent: dans mon labo, nous étions tous, on s'en souvient, fort marris à l'idée que mon Chef d'équipe voulût présenter, pour le congrès que nous co-organisons, un poster qui ne ressemblait à rien; tout ça pour pouvoir placer 3 images sur sa recherche - qui en fait ne décrivent pas sa recherche, mais j'y reviens plus loin. De plus, le chef a foutu le camp en vacances et ne reviendra que dans 4 semaines, quand la deadline pour le poster sera largement passée...
  • Nous nous sommes réunis hier (heureusement, pas que pour parler de ce poster) et il a été décidé que nous reviendrions au schéma initial de 3 thèmes par poster. S'offraient à nous deux possibilités:
    • utiliser directement la 1ère version fournie par mon collègue, celle qui comportait les 3 thèmes spécifiés par la charte graphique initiale, et dont les 3 images du chef étaient absentes (non, non, pas "cruellement" absentes...);
    • redéfinir un peu cette version initiale en éparpillant un peu les images du chef sur tout le poster - pas n'importe comment, bien entendu: on avait tout de même l'intention de disposer ces images en regard de thèmes qui leur corespondaient à peu près.
  • Afin de limiter la probabilité d'une interprétation du type "réglement de comptes", nous avons opté pour la 2ème solution. Bien entendu, le collègue qui s'était occupé des versions précédentes étant parti en vacances, devinez qui s'est tapé le boulot? Il faut bien que les couillons fervents servent à quelque chose.
  • Toujours par souci d'objectivité (je reconnais que ça aurait été moi, j'aurais viré aussi sec ces 3 images moches du poster), je demande à un collègue de bien vouloir m'assister dans la délicate opération de chirurgie qui consiste à faire du "graphic scattering", c'est-à-dire à éparpiller les éléments constitutifs du texte du chef sur le sous-espace borné à deux dimensions d'une feuille format A0 déjà incomplètement pavée par des motifs bidimensionnels, colorés certes mais fortement irréguliers, ce qui ne simplifie pas la tâche.
  • Or, en lisant un peu mieux les 2 bouts de texte proposés par le chef, nous nous apercevons vite qu'en réalité ce texte ne présente aucun résultat (c'est pourtant ce qui était demandé au départ), mais juste des intentions de recherche et des affirmations gratuites (dont une rapide revue biblio permet de montrer qu'elles ne sont pas vraiment fondées, mais c'est une autre histoire).
  • Les figures ne sont pas mieux: elles ne montrent rien. En gros, nous disposons
    • d'une vue en coupe d'un sol avec plein de lignes d'isovaleur; les ouleurs sont certes chatoyantes et contrastées, mais comme il n'y a ni légende ni échelle, on en saura jamais ce que c'est;
    • d'une vue en perspective d'un Modèle Numérique de Terrain (MNT); mais ce n'est pas un vrai MNT. C'est en fait un dessin fait à la main d'un MNT "fil de fer" hypothétique. En gros, ça ressemble à une bagnole japonaise des années 80, avec plein d'angles vifs partout et un coefficient de traînée à peu près équivalent;
    • d'une photo d'un équipement étrange, probablement destiné à mesurer la teneur en eau d'un sol. Mais comme la photo a été agrandie à partir d'une image vraisemblablement trouvée sur le web, ça pixellise tellement qu'on ne parvient même pas à voir de quoi il s'agit;
    • d'une courbe montrant l'évolution d'une variable en ordonnée en fonction d'une variable en abscisse. Comme ni les abscisses ni les ordonnées n'étaient explicitées, on pouvait penser qu'il s'agissait d'un débit simulé en fonction du temps, ou bien des statistiques nationales du chômage de 1969 à nos jours, ou encore d'une fonction exponentielle qui s'était fait rouler sur la queue par un 38 tonnes.
  • Comme j'avais déjà dans ma partie de poster de jolies cartes avec plein de lignes d'isovaleurs chatoyantes, j'ai récupéré la vue en coupe du sol et la partie de texte du chef qui lui correspondait pour les intégrer tant bien que mal à mes propres graphiques. Mon collègue a fait pareil avec le MNT en forme de bagnole japonaise. Ca a été plus dur pour lui, car il n'avait pas de bagnole japonaise dans ses graphiques, mais il a admis que "à la rigueur, le MNT aurait pu être utilisé dans une certaine mesure pour ses opérations de recherche à lui, dans l'hypothèse où il voudrait s'y prendre totalement autrement que comme il a fait";
  • par acquit de conscience, j'ai quand même relu le reste du poster. Le troisième thème concernait mon ami le Céphalopode, que vous connaissez désormais bien. Pas grand chose à redire, mais à part que l'on avait deux cartes du même bassin versant, que les deux cartes avaient strictement la même taille, mais que l'échelle de géographe qui indiquait "3 km" était deux fois plus grande sur la carte de droite que sur celle de gauche. Comme quoi les bassins versants sont également soumis aux lois de la relativité restreinte et subissent, eux aussi, un phénomène de contraction des distances quand ils se déplacent suffisamment vite;
  • enfin, j'allais oublier: le poster est en anglais (c'est quand même une conf internationale), mais tout le monde avait fourni les titres des mémoires de ses doctorants en français. Intelligent, non? Surtout que notre école doctorale exige désormais (comme à peu près toutes les écoles doctorales) la traduction anglaise du titre et du résumé des mémoires de thèse en 4ème de couverture... Ils n'ont pas dû y penser.

Pour résumer, le résultat est bancal, mais comme le matériau de départ l'était aussi, nous n'avons pas tellement de regrets.

Une prochaine fois, je vous raconterai ma visite aux Relations Internationales de mon école d'ingés, où je suis allé quémander des plaquettes en anglais, toujours en vue de cette même conf... Vous verrez, c'est marrant aussi. 

22.07.2008

Ca arrache dans le labo: le poster du chef

La dernière ligne droite avant le départ en vacances de mes chefs ne pouvait s'accomplir qu'en donnant lieu à un épisode de réunionnite (en gros, tout ce qu'on a laissé filer jusqu'à présent doit être réglé maintenant et immédiatement, parce qu'après il sera trop tard). Il est en particulier un point préoccupant à l'ordre du jour, c'est celui d'un congrès d'envergure mondiale (il porte d'ailleurs cet adjectif) à l'organisation duquel mon labo participe fortement, et qui va avoir lieu en septembre. Nous en sommes à soigner notre pub et à faire en sorte que les labos organisateurs ne passent pas totalement inaperçus parmi la foule des exposants qui viendront ériger un stand dans le centre des congrès. L'intention en soi est louable, voyons plutôt comment elle s'organise dans la pratique.

  • Mon labo est organisé en 4 équipes de recherche, ayant chacune un directeur, dont le rôle est actuellement plus proche du moniteur de colonies de vacances que du leader charismatique. En gros, il s'agit de réunir plus ou moins les gens une à deux fois par an pour leur raconter des salades, le reste du temps étant dévolu à une torpeur tranquille - car, il faut bien le dire, les équipes, tout le monde s'en tape, puisque aussi bien elles ne font pas grand chose au quotidien pour le bonheur de ceux qui travaillent.
  • L'équipe à laquelle j'appartiens est "dirigée" (je n'ose même pas dire "animée", car on est plus proche de la momie avant résurrection que  de la marionnette de Pinocchio avant l'intervention de la bonne Fée) par ce fameux DR si mauvais à qui l'on doit la promotion de mon collègue PR si mauvais... Je ne vais pas vous refaire l'histoire, il vous suffit de consulter les nombreux billets "Recrutements maîtres de conf etc." sur ce blog. L'important pour ce DR (surnommé le Grison d'Arcadie en hommage à son pelage) est que la supervision de l'équipe lui donne accès à certains crédits, normalement mutualisés, qu'il s'emploie à dépenser pour ses opérations de recherche propre, sans en toucher mot à quiconque.
  • Revenons à nos moutons: pour ce congrès d'envergure mondiale, mon équipe, comme les 3 autres, doit préparer un poster présentant ses activités de recherche. Afin d'harmoniser la présentation, il a été décidé d'un commun accord que le poster de chaque équipe serait séparé en 3 zones, présentant chacune une thématique de l'équipe en question.
  • Pour chaque équipe, la Direction a désigné, il y a 2 semaines, un responsable du poster, chargé de collecter les informations et de les refiler à notre infographiste pour conception définitive. Comme on me demandait mon avis sur la personne à désigner dans mon équipe, j'ai suggéré le nom d'un collègue dont je savais qu'il partait en vacances le 17: c'était le meilleur moyen pour qu'il y ait une deadline non négociable et que les choses ne traînent pas en longueur, sinon je voyais venir le coup qu'à la veille du congrès on en serait encore à attendre les fichiers...
  • Ce collègue a pris les choses en main et a fait appel publiquement à tous les membres de l'équipe pour une contribution illustrée. Comme certains ont l'habitude d'envoyer leurs contributions en faisant "réponse à tous", et d'autres seulement à l'expéditeur du message, il n'était pas possible de suivre en temps réel l'évolution des propositions.
  • C'est ainsi que nous nous sommes aperçus, 3 jours plus tard, que le poster pouvait d'ores et déjà être réalisé, car 3 contributions décrivant les principales opérations de recherche avaient été reçues.
  • Mais il y en a un qui a dû avoir une attaque, c'est le Grison d'Arcadie, autrement dit le chef, puisque n'ayant pas jugé digne de se presser, il n'avait envoyé aucun matériau et par conséquent, il était la seule personne de l'équipe à ne pas être mentionnée sur le poster! Bon, d'un autre côté, comme il n'a pas de résultats à montrer, la perte n'est pas bien grande.
  • Question d'honneur, ça ne pouvait pas se passer comme ça. Ca aurait été un peu comme si le Président de la république française faisait passer une réforme constitutionnelle avec une seule voix de majorité, si vous voyez ce que je veux dire... Le collègue responsable du poster a donc été sommé, la veille de son départ en vacances, de proposer un nouveau poster, en 4 parties, afin que la contribution du chef (mal foutue et avec des couleurs moches, je vous l'accorde, mais contribution tout de même) puisse y figurer.
  • A la vue du machin, gueulante de la responsable de l'infographie, car ce poster jure visuellement avec les 3 autres - les autres équipes ayant été assez raisonnables pour faire le tri dans leurs affaires et ne présenter que 3 thématiques. Elle a donc clamé publiquement qu'elle se réservait le droit de procéder à la décapitation arbitraire de telle ou telle thématique dans les figures. Comme elle a sous la main une première version où le nombre fatidique de 3 thèmes est respecté, je me doute bien de ce qu'elle fera. De plus, la popularité du chef étant ce qu'elle est, je suis sûr que mes camarades d'équipes vont se marrer.
Bref, nous avons réunion entre midi et deux aujourd'hui pour statuer (entre autres problèmes) sur le devenir de ces vivantes iconographies de la recherche hydrologique moderne. Je promets de vous tenir informés.

16.07.2008

Bourse, spéculation, banques et le reste

Pour faire bref, histoire de vous prouver que l'économie de marché va bien, et même très bien en ce moment, on va commencer avec la chute des bourses, en dépit des efforts méritoires déployés par la Banque centrale Américaine [Lien1], [Lien2], [Lien5]. On en est au point où certaines instances bancaires privées sont prêtes à se mettre sous la tutelle des pouvoirs publics, ce qui aurait notamment pour conséquence de faire endosser les pertes du privé par le contribuable [Lien3], mais cela ne vous avait pas échappé. Il faut dire que lorsque les banques peuvent faire faillite en un jour [Lien4] par suite des retrait massifs de liquidités consécutifs à des mouvements de panique, on peut commencer à s'inquiéter. Tout le monde n'est pas d'accord, tant à l'étranger [Lien6] qu'en Europe [Lien7]. Au sujet de ce dernier lien, on notera qu'exceptionnellement il ne s'agit pas d'une analyse franco-française mais d'un petit papier édité conjointement par l'INSEE, l'IFO (D) et l'ISAE (I).
Mais certains spécialistes en micro-économie de ma connaissance [1] m'expliqueront sans doute que tout va très bien dans un système idéal... Allez les gars, un petit effort d'imagination! Vous êtes tellement créatifs d'habitude que ça ne devrait pas être très difficile. 
 
[1] Dans l'hypothèse où ils liraient encore ce blog. Mais écoeurés par mon inculture, mon absence de bon sens (unique) et mon refus de me soumettre à la norme, ils ont peut-être déserté définitivement ce blog pour aller gerber dans les plantes vertes?
 

15.07.2008

Qui a dit que ce n'était pas une question d'idéologie?

Cet article du Monde se passe aisément de tout commentaire [Lien], tout comme celui-là [Lien].

10.07.2008

Civilisation du pétrole & aviation

La discussion [Lien: cliquer ici] qui a échauffé les humeurs de pas mal de monde sur ce blog (à savoir la finitude du pétrole en tant que ressource et l'aptitude ou l'inaptitude passée ou présente des marchés à le détecter et à s'y adapter) trouve un parallèle intéressant sur le blog "Six pieds sur Terre", à propos de l'avenir de l'aviation civile.
En réaction au billet en question, les arguments pour et contre n'ont pas manqué. On y trouvera des attitudes étrangement similaires à celles qui ont été postées en réaction à "Marchés = gros nuls". Du genre: "ça fait partie des libertés individuelles", "Faudrait jamais laisser un(e) journaliste s'occuper de science ... [posté par Aircraft_designer, forcément un partisan des ptits navions] " (c'est-à-dire: si vous n'avez pas le bon diplôme, vous n'avez pas le droit d'en parler).
On a le droit de n'être pas d'accord avec tous les points avancés par la journaliste, mais l'échange d'arguments est à lire, ne serait-ce qu'à titre documentaire. Je confirme par ailleurs l'ordre de grandeur de son chiffre de consommation (à savoir 3,7L/100km/passager), j'arrive à peu près à la même chose (5L/100km/passager) à partir des données techniques de l'A380 sur le site d'EADS.
Je n'oublie également pas que j'ai promis une suite sur le billet "marchés = gros nuls"; à la lueur des échanges auxquels il a donné lieu, celui-ci a visiblement mérité un prolongement. Patience...

09.07.2008

Recrutements maîtres de conf: suite de la suite

S'il me fallait encore une preuve que je travaille avec des nases, la réunion d'hier soir aurait achevé de me la fournir. Quand je vous disais que ça ne serait pas triste... Pour ceux qui prendraient le train en route, je rappelle que:

  • un collègue MCF (mauvais) est passé PR en bénéficiant de l'indulgence d'un DR (mauvais) qui a accepté l'année dernière de modifier le profil de poste pour lui permettre de candidater;
  • en échange de quoi le désormais PR se sent plus ou moins obligé de renvoyer l'ascenseur au DR, en faisant définir le profil recherche du poste MCF tel que le DR avait établi à l'origine pour le poste de PR;
  • un rigolo (moi) a foutu la merde en postulant que, contrairement aux bonnes vieilles habitudes de la maison, le profil recherche du maître de conf ne devait pas être rédigé par deux pégreleux sur un coin de table mais devait faire l'objet d'une discussion par le conseil du labo. Après tout, c'est quand même de l'avenir du labo qu'il est question! Bien entendu, le Grison d'Arcadie (le DR mauvais) et le Céphalopode (le PR mauvais) étaient furieux de voir cet os leur échapper.

Sachant que rien ne se passerait si personne n'initiait le processus, il a été décidé que l'on écrirait un embryon de profil recherche, que l'on ferait passer à l'ensemble des membres du conseil, en leur demandant de transmettre leurs remarques, suggestions de modification du profil, etc. Ce qui fut fait il y a un peu plus de 10 jours. Hier après-midi, date et heure du fameux conseil, aucune remarque ne nous était parvenue, ce qui rend la suite d'autant plus savoureuse.

On commence donc la réunion par un tour de table. Une personne, deux personnes, font des remarques sur l'argumentaire et quelques points de détail. Vient alors le tour du Grison, qui pique un coup de sang. Pour résumer ses propos:

"Oui, alors ce profil de poste, il est ce qu'il est, mais avant d'en parler - ce que je vais faire - je voudrais émettre une remarque sur la façon dont il a été présenté. On nous a fait passer un texte qui a été écrit sans qu'on nous demande notre avis et ça ne va pas du tout.

- C'est précisément pourquoi nous avons cette réunion: pour que tu donnes ton avis, lui répond le directeur du labo; de plus, tu avais 10 jours pour transmettre tes remarques et tu ne l'as pas fait.

- C'est vrai, je ne l'ai pas fait, car on ne m'a pas laissé le loisir de le faire.

- On avait quand même expressément demandé aux gens dans le texte de l'email de faire parvenir leurs remarques, suggestions, propositions de modification.

- Eh bien ce n'ai pas ce que j'ai lu, s'obstine le DR - à l'étonnement général d'ailleurs, car les autres membres de l'assemblée avaient bien lu le message en question et avaient tout à fait compris qu'on leur demandait leur avis...

- Bon, eh bien on ne va pas disserter la dessus ad vitam, soupire le directeur; quelles sont les fameuses remarques de fond dont tu parlais tout à l'heure?

- Euh... Ma remarque de fond est que le profil est très bien comme il est, mais je tiens à souligner que je ne suis pas d'accord avec la manière dont les choses ont été faites."

Alors là, explosion nucléaire. Si vous n'avez jamais vu un type se faire atomiser en direct, eh bien c'est tant pis pour vous: il fallait être hier dans la salle de réunion de mon labo. Et vu ce que ça a donné, il n'est pas sûr qu'on retrouve de sitôt des volontaires pour répéter l'expérience. Le directeur, à la pensée de l'autre nase qui venait de lui faire perdre 10 minutes pour rien, a commencé à le pourrir d'importance, et, ce qui ne gâte rien, devant 15 personnes. Pour résumer la teneur du discours, celui-ci était que les gros nuls qui ne foutent rien n'ont pas grand chose à dire, ou alors en silence, plus tard et ailleurs. Il a fallu quelques minutes pour que les mouches se remettent à voler au-dessus de la poussière enfin retombée...

C'est sans doute le bruit de la mer qui empêche les poissons de dormir [1]; vers la fin de la réunion, le Céphalopode s'est réveillé. Il a commencé par nous expliquer qu'un profil comme celui-là ne serait jamais pourvu, car on ne trouverait jamais de candidat. Il faut donc "le modifier complètement" en le récrivant "complètement dans l'autre sens". Renseignement pris, cela signifie qu'il faut intervertir l'ordre de 2 paragraphes; et accessoirement ajouter un paragraphe d'introduction pour décrire les activités du labo. Je pense que vous avez compris désormais à quoi se résume, pour mes collègues, l'esprit d'innovation: c'est un peu comme les dominos, on mélange tout et on assemble les petits carrés dans un autre ordre.

Bilan de l'opération: 15 personnes réunies pendant une heure et quart, pour une discussion dont environ 35 minutes ont été productives (donc 40 ne l'ont pas été). Ca nous fait 2/3x15 = 10 heures gaspillées, c'est-à-dire, au coût environné moyen de l'enseignant/chercheur, environ 800 euros. D'où cette question essentielle: devant de tels débordements de l'esprit d'innovation, et dans un souci d'économie des deniers publics, n'aurions-nous pas intérêt, à l'avenir, à confier la rédaction de nos profils de poste à des générateurs aléatoires couplés à des algorithmes génétiques? Avec un peu de chance, ça tiendrait plus debout que ce qu'on décide en réunion.

 

[1] Cette expression n'est pas de moi. On la trouve dans tous les bons San-Antonio (i.e. période antérieure à 1970). 

08.07.2008

Recrutement MCF etc.

Comme signalé dans un précédent billet, suite à la promotion d'un collègue de MCF à PR (les habitués savent que le feuilleton a commencé il y a de longs mois), nous allons disposer d'un recrutement en cascade sur un poste de MCF.

La coutume féodale en usage dans nos murs voulait que le promu définît le profil enseignement et recherche de son "successeur". Le collègue passé PR aurait donc dû le faire. C'était d'autant plus vital cette année que, je le rappelle, le collègue en question n'a été promu que de justesse, et a dû cette faveur à l'élargissement (qu'il a réclamé haut et fort) du profil recherche; en effet, le profil initial ne correspondant pas vraiment à ce qu'il savait faire, il a fallu y ajouter quelques phrases de manière à ce qu'il puisse candidater dessus. Le deal était que le DR qui avait défini le profil recherche pour ses besoins propres acceptait de "passer son tour" et bénéficiait ensuite d'un retour d'ascenseur sur le poste MCF en cascade. Il était donc essentiel pour le calamar géant d'avoir la main sur ce profil, pour garantir le retour d'ascenseur en question.

Or, votre serviteur a foutu la merde. Puisque la recherche concerne le labo dans son ensemble, j'ai proposé que le profil recherche du nouveau MCF soit examiné et avalisé par le labo, réuni en conseil. Cette pratique, pour démocratique qu'elle soit, n'a pas eu l'heur de plaire à tout le monde (devinez qui). Le manque d'habitude, sans doute?

Fidèle à son habitude, le calamar géant a déjà mis les pieds dans le bureau du directeur du labo pour faire valoir ses arguments personnels (ce n'est en effet pas le genre à étaler ses arguments en public: l'habitude est de toujours tout faire en sous-main, afin de bypasser le plus de monde possible). Lequel directeur, après l'avoir écouté avec attention, l'a remercié de sa contribution et prié de l'exposer cet après-midi en réunion. En effet, la réunion du conseil a lieu cet après-midi.

Comme il y a des chances que l'on s'y marre un peu, je promets de vous tenir au courant.

07.07.2008

Pétrole rare, télé de nuls et le reste

Les quelques billets des jours passés sur la fin du pétrole ont semble-t-il passionné le débat.  Il faudra en refaire d'autres, alors... Je vous promets ça pour bientôt - pas pour tout de sutie, car nous entrons, dans ma fac, en période active d'entretiens (ceux qui président à la sélection de nos futurs étudiants), ce qui réduit considérablement notre temps disponible.

En attendant, prévisible ou non, la fin de la civilisation du pétrole connaît un nouvel avatar en matière de débilité télévisuelle,, puisque la famille Ewing invite désormais sur ses terres la télé-réalité (ben oui, ça se passe au Texas), le Koh-Lanta du foreur pétrolier est désormais disponible sur les ondes et le câble [Ref1], [Ref2], [Ref3].

Finalement, les chers amis économistes qui se sont déchaînés dans ces pages contre les billets précédents, ainsi que leurs amis ultra-libéraux, ont raison: qu'il y ait encore du pétrole ou non n'a aucune importance: ce qui compte, c'est qu'on puisse faire du pognon avec! Plein de pognon!!!

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