16.07.2008
Bourse, spéculation, banques et le reste
Pour faire bref, histoire de vous prouver que l'économie de marché va bien, et même très bien en ce moment, on va commencer avec la chute des bourses, en dépit des efforts méritoires déployés par la Banque centrale Américaine [Lien1], [Lien2], [Lien5]. On en est au point où certaines instances bancaires privées sont prêtes à se mettre sous la tutelle des pouvoirs publics, ce qui aurait notamment pour conséquence de faire endosser les pertes du privé par le contribuable [Lien3], mais cela ne vous avait pas échappé. Il faut dire que lorsque les banques peuvent faire faillite en un jour [Lien4] par suite des retrait massifs de liquidités consécutifs à des mouvements de panique, on peut commencer à s'inquiéter. Tout le monde n'est pas d'accord, tant à l'étranger [Lien6] qu'en Europe [Lien7]. Au sujet de ce dernier lien, on notera qu'exceptionnellement il ne s'agit pas d'une analyse franco-française mais d'un petit papier édité conjointement par l'INSEE, l'IFO (D) et l'ISAE (I).
Mais certains spécialistes en micro-économie de ma connaissance [1] m'expliqueront sans doute que tout va très bien dans un système idéal... Allez les gars, un petit effort d'imagination! Vous êtes tellement créatifs d'habitude que ça ne devrait pas être très difficile.
[1] Dans l'hypothèse où ils liraient encore ce blog. Mais écoeurés par mon inculture, mon absence de bon sens (unique) et mon refus de me soumettre à la norme, ils ont peut-être déserté définitivement ce blog pour aller gerber dans les plantes vertes?
08:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, actualité, économie

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Commentaires
Le problème, disons, est votre forte propension à la caricature. Ce n'est pas parce qu'on pense que le mécanisme de marché fonctionne mieux que la planification centralisée qu'on croit vivre au pays des Bisounours. D'ailleurs, relisez le lien que je vous avais passé, la notion "d'économie de marché" recouvre des réalités très diverses, comme les USA, la Suède, Hong-Kong ou la Somalie. Et le marché n'est pas incompatible avec la régulation étatique. Vous semblez confondre économie de marché, capitalisme financier et (ultra/néo)-libéralisme, me trompe-je ?
Ecrit par : Pierre S. | 16.07.2008
Comment dire ... perdu ?
D'après ce que je comprends de votre billet, votre argument est le suivant : la structure de marché fonctionne mal dans le cas de la finance. La preuve : lors des crises, ce sont les agents eux-mêmes qui réclament l'intervention étatique.
Je pense qu'on peut contester cette idée selon trois axes.
Le premier, qui serait l'axe libéral-friedmannien, serait de dire que c'est précisément parce que les agents anticipent que les États ne résisteront pas à leurs sirènes en cas de crise qu'ils prennent les risques inconsidérés qui conduisent aux crises. Le problème n'est alors pas la structure de marché, mais la structure de gouvernance, qui sait ce qu'elle devrait faire, mais ne le fait pas pour des raisons d'opportunisme politique.
Le second, shumpeterien, serait de faire remarquer que de telles crises sont belles et bonnes, dans la mesure où elles permettent d'évincer des acteurs ayant acquis (et abusé) des positions dominantes, ce qui fait la place pour de nouveaux acteurs ou de nouveaux modes de financement. Cet argument se renforce du fait que l'ampleur ou les conséquences de la crise sont systématiquement exagérées quand on est dans le creux. On nous avait prédit la fin du monde suite à l'éclatement de la bulle Internet. Pourtant, l'économie mondiale s'est plutôt bien portée dans les années qui ont suivi. Évidemment, de la part des perdants immédiats, il y a un opportunisme certain à exagérer les conséquences et à faire du FUD, puisque
cela leur permet de sauvegarder une partie de leurs positions contestées.
Le troisième axe, déjà envisagé par Pierre S., est que si les marchés ne sont pas la panacée, il font déjà beaucoup mieux que tout autre mode d'allocation précédemment essayé. En particulier, il faut mettre la crise actuelle en balance avec l'expansion économique des sept dernières années, qui a été précisément permise par l'importante disponibilité des capitaux entraînée par le développement des marchés financiers. Je ne suis pas convaincu que la volatilité soit une conséquence inévitable de la structure de marché (je pense plutôt que le nombre d'acteurs trop faible est plutôt à mettre en cause), mais quand bien même ce serait le cas, la croissance ainsi générée ne vaut-elle pas le coup ?
En conclusions, je souligne que j'ai ici parlé des marchés dans leur ensemble. Pour ne pas reprendre à votre compte les délires journalistiques sur les spéculateurs, je vous conseille :
http://econo.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=35&codefaq=23
et tiens, aussi le lien suivant au passage, sur l'horizon de prévision des marchés :
http://econo.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=35&codefaq=25
Ecrit par : Mathieu P. | 16.07.2008
Salut les gars, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu de vos nouvelles, heureux de voir que vous êtes encore en vie.
En raison d'une situation personnelle un peu compliquée en ce moment, je n'ai pas vraiment le temps de vous répondre en détail comme je l'avais promis. Donc, juste quelques réponses:
1) quand Pierre S. fait semblant de proposer une "dictature mondiale" comme seule alternative aux mécanismes de marché (ou qu'il semble me prêter cette arrière-pensée), c'est lui qui donne dans la caricature, pas moi.
2) Que les problèmes actuels soient dûs ou non au nombre limité d'acteurs, vous pouvez vous tourner comme vous le voulez, ces problèmes sont là. Vous vous exonérez un peu vite, ce me semble, des difficultés générés par votre domaine d'étude, en rejetant leurs effets indésirables sur d'autres causes. M'est avis, les gars, que vous avez *extrêmement* intérêt à revoir d'urgence vos modèles... Vous me faites un peu penser à certains hydrologues de ma connaissance, qui utilisent des modèles de bassins versants totalement farfelus et qui, bien que sachant qu'ils ne sont pas réalistes, continuent à les utiliser et finissent par les confondre avec la réalité!
3) Est-ce que la croissance ainsi générée ne vaudrait pas le coup? Je ne sais pas. Et franchement, je suis honnête en faisant cette réponse. Ce qui me gêne beaucoup dans votre attitude est (a) votre refus de remettre en question quelques petits principes soit-disant de base sur la croissance, la richesse, etc., et (b) votre propension à confondre l'expertise technique (ou scientifique, ou ce que vous voulez) avec le bon sens - un mal ma foi bien universitaire. Je côtoie tous les jours des profs, de maîtres de conf, des chargés et des directeurs de recherche, et s'il y a une chose que j'ai bien comprise, c'est que pour parodier Descartes, l'aveuglement et le conformisme sont les choses du monde les mieux partagées! Bon d'accord, ça ne fait pas plaisir, mais je suis là pour vous mettre du poli à gratter dans le dos, non?
Mais j'ai promis que j'y reviendrais dans un billet détaillé, et je le ferai.
Merci en tout cas pour les liens, que je ne manquerai pas de faire figurer dans ce billet (qui commence vraiment à ressembler à l'Arlésienne!)
Bien amicalement
Ecrit par : Enerve | 16.07.2008
Concernant le votre réponse sur le petit nombre d'acteur, vous entretenez une confusion inquiétante, celle entre ce que les économistes recommandent et ce que les gouvernement implémentent dans les faits. Cela fait très, très longtemps qu'on a une kyrielle de résultats qui disent que les bénéfices attendus d'une structure de marché se grippent quand il y a une concentration excessive, et que c'est le rôle de l'État d'assurer de bonnes conditions d'exercice de la concurrence.
Ainsi, contrairement à ce que vous pensez, on est d'autant plus interventionniste qu'on a confiance dans les mécanismes de marché. Seulement, l'intervention porte sur les conditions de fonctionnement, pas sur la manipulation des allocations finales.
Concernant la croissance, il faudrait vous expliquer plus clairement, effectivement.
Concernant le bon sens, j'ai très régulièrement constaté qu'il était un aussi bon guide en économie que pour déterminer si le Soleil tourne autour de la Terre ou inversement.
Ecrit par : Mathieu P. | 16.07.2008
Je ne sais pas précisément ce que vous appelez une "dictature mondiale", mais l'alternative au mécanisme de marché (mécanisme décentralisé) est la planification centralisée. Si vous pensez que la planification ne peut être mise en oeuvre que par une dictature, alors oui, vous devez en conclure que l'alternative au marché c'est la dictature.
Que proposez-vous comme alternative au marché ? Car enfin, vous critiquez fort mais ne proposez rien à la place. Or tout système, pour être jugé, doit être comparé avec ses alternatives.
Et je répète que marché ne veut pas dire néo-ultra-turbo-mondialo-libéralisme. La Suède est une économie de marché.
Ecrit par : Pierre S. | 16.07.2008
Ouah c'est comme une disserte
Ecrit par : junior | 20.07.2008
Attention: ce n'est pas moi qui ai introduit le terme de "dictature mondiale" comme seule alternative possible aux marchés, et je répète une fois de plus que c'est une caricature de ce que j'ai dit (Schopenauer, encore et toujours... Je suis de plus en plus persuadé que d'aucuns ont lu ce bouquin, et en profondeur encore).
Au-delà des titres volontairement provocateurs de mes billets - qui n'ont d'autre fonction que vous faire réagir (et j'en suis satisfait, puisque ça marche!) - mon postulat de base est que le système de marché peut servir d'optimisateur local plutôt efficace mais qu'on ne peut pas lui faire confiance en totalité pour trouver un optimum global, c'est-à-dire *socialement acceptable* sur du *long terme*.
Et finalement, Mathieu P confirme un peu cela dans sa réponse ci-dessus...
Si ça continue, on va finir par découvrir qu'on était d'accord depuis le début?
Ecrit par : Enervé | 22.07.2008
C'est fort possible, vous n'êtes pas un cruel collectiviste mangeur d'enfants et nous ne sommes pas des vilains ultra-libéraux mangeurs d'enfants.
Je ne peux pas répondre à votre postulat de base car vos objectifs sont très flous ("socialement acceptable" et "à long terme"). La vraie question à mon avis est : quelle serait l'alternative ? C'est la question à laquelle vous devez répondre, parce que critiquer dans l'absolu n'a pas de sens. Dans l'absolu, rien n'est parfait donc tout est nul. Si ce que vous voulez dire c'est que le monde est pourri, je suis d'accord, mais ce n'est pas tellement constructif. Pour être constructif il faut examiner les alternatives au marché. S'il n'y en a pas, alors il faut conclure que le marché est comme la démocratie, le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres.
Tenez, lisez ceci, ça vous intéressera : http://econo.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=35&codefaq=27
Quant au petit livre de Schopenhauer, L'art d'avoir toujours raison, je l'ai lu plusieurs fois :p
Ecrit par : Pierre S. | 22.07.2008
Merci pour ce lien.
Ceci dit, ça confirme ce qu'en disait Sapir dans son bouquin que vous n'aimez pas: c'est un modèle franchement irréaliste.
N.B. Je découvre à l'occasion que l'"éconoclaste" n'utilise pas le terme "modèle" dans le même sens que les mécanos des fluides; car pour nous, un modèle est plutôt une représentation (certes simplifiée dans une certaine mesure) de la réalité. Un modèle doit donc être capable de reproduire et/ou d'expliquer certains mécanismes et observations élémentaires.
Quant à proposer des solutions, ma foi, si je le faisais, vous seriez le premier à me dire qu'elles sont nulles car, n'étant pas économiste, je n'y connais rien et ce que je propose est totalement irréaliste. Il me semble que c'est plutôt votre boulot à vous de proposer des solutions pour que ça soit moins le boxon, non?
Sauf, bien entendu, si la situation actuelle vous satisfait...
Ecrit par : Enervé | 22.07.2008
Quand Sapir ne délire pas, il enfonce des portes ouvertes.
De manière générale, beaucoup d'auteurs aux tendances charlatanesques cultivent un discours ambiguë, pouvant être interprété de deux manières différentes : l'une vraie mais banale, l'autre radicale mais fausse. A mon avis c'est un procédé délibéré. L'interprétation radicale fait vendre et passer dans les médias, elle attire les lecteurs non-économistes et friands d'anti-mondialisme, d'anti-manuels, d'anti-économie et autre "critique radicale" d'un homme de paille vieux de 30 ans (dans le meilleur des cas), ou d'un fantasme pur (dans le pire des cas). Et si d'aventure l'absurdité de leur discours est mise en évidence, ces auteurs peuvent se rabattre sur l'interprétation banale et prétendre qu'on leur fait un mauvaise procès. Stiglitz utilise abondamment ce procédé dans ses ouvrages grand public.
Quant aux propositions des économistes pour que ce soit moins le boxon, elles s'inscrivent dans le cadre de l'économie de marché. De la même manière qu'en politique, les propositions s'inscrivent dans le cadre démocratique, quoi qu'on puisse penser de la situation actuelle. J'ai l'impression que vous restez dans l'idée marché = situation actuelle = pas bien, donc bien = pas situation actuelle = pas marché.
Ecrit par : Pierre S. | 24.07.2008
Merci d'avoir si parfaitement répondu à ma question. Vos arguments me confortent cependant dans les vues suivantes:
1) l'incapacité de la discipline à envisager "autre chose". Je vous rassure, votre discipline n'est pas un cas isolé, on voit ça aussi en médecine, et même en hydrologie tant qu'on y est... Mais pourriez-vous SVP nous éclairer sur ce point? Ce serait extrêmement intéressant.
2) Je continue de maintenir ce que j'ai dit: je n'ai pas eu le raisonnement caricatural que ous me prêtez; j'ai dit que l'on ne pouvait faire confiance aux seuls marchés pour optimiser une situation sur le long terme. Par analogie avec le contrôle temps réel que l'on trouve sur les systèmes mécaniques, j'aurais même tendance à penser que la vitesse de réaction desdits marchés, loin de favoriser la convergence vers des solutions optimales, favorise au contraire l'instabilité.
3) Je serais presque tenté d'admettre votre analogie entre la démocratie et l'économie de marché. Sauf qu'une démocratie à la Russe et à la Suédoise, ce n'est pas pareil, et qu'une démocratie à l'Américaine avant et après le Patriot Act, ce n'est pas pareil non plus; ou bien une démocratie à la Française avant et après le fichier Edvige par exemple... Il existe beaucoup de façon différentes de mettre en pratique et de faire fonctionner ce qui porte un même nom.
Dernière remarque: d'après ce que dit l'auteur du lien vers la TEG que vous avez fourni, la TEG en question ne serait en fait ni une théorie, ni un modèle. Si la TEG consiste à dire "supposons que la complétude des marchés soit vérifiée, et que [etc. etc.] alors il existe une ou des positions d'équilibre.", alors ce genre de truc a un nom. Un énoncé du type "supposons que A, B et C soient vrais, alors D est vrai", sans présupposition particulière que A, B et C soient effectivement vrais dans la vie de tous les jours, ça s'appelle un théorème. A quand un vocabulaire "normal" pour la science économique?
Ecrit par : Enervé | 25.07.2008
Bon, j'en profite pour honteusement mettre un lien sur mon blog. Lire le troisième point dans ce billet sur les interprétations physiques de l'économie, faites par JP Bouchaud, spécialiste en "éconophysique", fondateur de start-up et accéssoirement médaille d'argent du CNRS :
http://tomroud.com/2008/07/18/glanees-vacancieres/
Ecrit par : Tom Roud | 25.07.2008
1) La discipline a envisagé autre chose. L'économie planifiée a été théorisée, étudiée, appliquée dans de nombreux pays. Simplement, si les économistes préfèrent l'économie de marché, c'est parce que ça marche mieux. Ou moins mal, si vous voulez. Enrico Barone et Oscar lange ont même théorisé "l'économie socialiste de marché", avant que le terme ne soit galvaudé par le PC chinois.
Cela dit, il est vrai que dans la période récente, les économistes étudient plus le marché que les administrations, et de ce fait, on connait bien mieux les imperfections du marché que celles des administrations.
2) Là, c'est une querelle de mots. Si par "le marché seul" vous entendez le marché laissé à lui même sans aucun cadre institutionnel, aucune loi ni service public, vous avez raison, et pas seulement pour le long terme. D'ailleurs, le marché seul, ça n'a jamais existé, et ça ne peut pas exister.
3) Absolument, c'est précisément là où je voulais en venir. L'économie de marché recouvre des réalités fort différentes. Gare donc aux généralisations. J'ai l'impression que vous confondez économie de marché avec un type particulier d'économie de marché, réelle ou fantasmée (capitalisme financier, capitalisme anglo-saxon, néo-libéralisme, ultra-libéralisme, turbo-capitalisme, dictature des multinationales qui matraquent les gens à coup de neuro-marketing et qui sont cul et chemise avec Bush, que sais-je encore...). Il faut par conséquent critiquer ce type particulier là, et non pas la grande catégorie générale. C'est un peu comme si au lieu de critiquer Sarkozy, Bush, les néo-conservateurs, la constitution de la 5ème, Sarkozy, la droite, la gauche, le Patriot Act, Sarkozy, les médias, les cons, Sarkozy, etc, vous vous en preniez à "la démocratie" ou "La République".
Ecrit par : Pierre S. | 26.07.2008
efficacite des marches et bulles speculatives:
http://www.huffingtonpost.com/jeff-madrick/do-you-still-believe-it-w_b_118498.html
B.
nosoup@for.yu
Ecrit par : b | 19.08.2008
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