09.07.2008

Recrutements maîtres de conf: suite de la suite

S'il me fallait encore une preuve que je travaille avec des nases, la réunion d'hier soir aurait achevé de me la fournir. Quand je vous disais que ça ne serait pas triste... Pour ceux qui prendraient le train en route, je rappelle que:

  • un collègue MCF (mauvais) est passé PR en bénéficiant de l'indulgence d'un DR (mauvais) qui a accepté l'année dernière de modifier le profil de poste pour lui permettre de candidater;
  • en échange de quoi le désormais PR se sent plus ou moins obligé de renvoyer l'ascenseur au DR, en faisant définir le profil recherche du poste MCF tel que le DR avait établi à l'origine pour le poste de PR;
  • un rigolo (moi) a foutu la merde en postulant que, contrairement aux bonnes vieilles habitudes de la maison, le profil recherche du maître de conf ne devait pas être rédigé par deux pégreleux sur un coin de table mais devait faire l'objet d'une discussion par le conseil du labo. Après tout, c'est quand même de l'avenir du labo qu'il est question! Bien entendu, le Grison d'Arcadie (le DR mauvais) et le Céphalopode (le PR mauvais) étaient furieux de voir cet os leur échapper.

Sachant que rien ne se passerait si personne n'initiait le processus, il a été décidé que l'on écrirait un embryon de profil recherche, que l'on ferait passer à l'ensemble des membres du conseil, en leur demandant de transmettre leurs remarques, suggestions de modification du profil, etc. Ce qui fut fait il y a un peu plus de 10 jours. Hier après-midi, date et heure du fameux conseil, aucune remarque ne nous était parvenue, ce qui rend la suite d'autant plus savoureuse.

On commence donc la réunion par un tour de table. Une personne, deux personnes, font des remarques sur l'argumentaire et quelques points de détail. Vient alors le tour du Grison, qui pique un coup de sang. Pour résumer ses propos:

"Oui, alors ce profil de poste, il est ce qu'il est, mais avant d'en parler - ce que je vais faire - je voudrais émettre une remarque sur la façon dont il a été présenté. On nous a fait passer un texte qui a été écrit sans qu'on nous demande notre avis et ça ne va pas du tout.

- C'est précisément pourquoi nous avons cette réunion: pour que tu donnes ton avis, lui répond le directeur du labo; de plus, tu avais 10 jours pour transmettre tes remarques et tu ne l'as pas fait.

- C'est vrai, je ne l'ai pas fait, car on ne m'a pas laissé le loisir de le faire.

- On avait quand même expressément demandé aux gens dans le texte de l'email de faire parvenir leurs remarques, suggestions, propositions de modification.

- Eh bien ce n'ai pas ce que j'ai lu, s'obstine le DR - à l'étonnement général d'ailleurs, car les autres membres de l'assemblée avaient bien lu le message en question et avaient tout à fait compris qu'on leur demandait leur avis...

- Bon, eh bien on ne va pas disserter la dessus ad vitam, soupire le directeur; quelles sont les fameuses remarques de fond dont tu parlais tout à l'heure?

- Euh... Ma remarque de fond est que le profil est très bien comme il est, mais je tiens à souligner que je ne suis pas d'accord avec la manière dont les choses ont été faites."

Alors là, explosion nucléaire. Si vous n'avez jamais vu un type se faire atomiser en direct, eh bien c'est tant pis pour vous: il fallait être hier dans la salle de réunion de mon labo. Et vu ce que ça a donné, il n'est pas sûr qu'on retrouve de sitôt des volontaires pour répéter l'expérience. Le directeur, à la pensée de l'autre nase qui venait de lui faire perdre 10 minutes pour rien, a commencé à le pourrir d'importance, et, ce qui ne gâte rien, devant 15 personnes. Pour résumer la teneur du discours, celui-ci était que les gros nuls qui ne foutent rien n'ont pas grand chose à dire, ou alors en silence, plus tard et ailleurs. Il a fallu quelques minutes pour que les mouches se remettent à voler au-dessus de la poussière enfin retombée...

C'est sans doute le bruit de la mer qui empêche les poissons de dormir [1]; vers la fin de la réunion, le Céphalopode s'est réveillé. Il a commencé par nous expliquer qu'un profil comme celui-là ne serait jamais pourvu, car on ne trouverait jamais de candidat. Il faut donc "le modifier complètement" en le récrivant "complètement dans l'autre sens". Renseignement pris, cela signifie qu'il faut intervertir l'ordre de 2 paragraphes; et accessoirement ajouter un paragraphe d'introduction pour décrire les activités du labo. Je pense que vous avez compris désormais à quoi se résume, pour mes collègues, l'esprit d'innovation: c'est un peu comme les dominos, on mélange tout et on assemble les petits carrés dans un autre ordre.

Bilan de l'opération: 15 personnes réunies pendant une heure et quart, pour une discussion dont environ 35 minutes ont été productives (donc 40 ne l'ont pas été). Ca nous fait 2/3x15 = 10 heures gaspillées, c'est-à-dire, au coût environné moyen de l'enseignant/chercheur, environ 800 euros. D'où cette question essentielle: devant de tels débordements de l'esprit d'innovation, et dans un souci d'économie des deniers publics, n'aurions-nous pas intérêt, à l'avenir, à confier la rédaction de nos profils de poste à des générateurs aléatoires couplés à des algorithmes génétiques? Avec un peu de chance, ça tiendrait plus debout que ce qu'on décide en réunion.

 

[1] Cette expression n'est pas de moi. On la trouve dans tous les bons San-Antonio (i.e. période antérieure à 1970). 

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Commentaires

Je ne vois qu'une solution:

Avoir des reunions debout.

J'ai essaye, ca marche.

Igor.

Écrit par : Igor Carron | 09.07.2008

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Excellent! Et quelque part rassurant... moi qui croyait que le conseil scientifique de mon institut avait comme vocation première de nous faire perdre notre temps, je me sens soudain moins seule.

Écrit par : Roberta | 24.07.2008

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