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30.06.2008
Marchés = gros nuls (suite)
Je savais que ce billet sur le libéralisme n'allait pas faire que des heureux. Comme mon but dans la vie n'est pas de plaire au plus grand nombre, je m'y attendais un peu... J'espérais à vrai dire des réactions, et elles n'ont pas tardé. Mathieu P., qui avait par ailleurs contribué à l'échange sur les 4x4 (ceux-là aussi, il va falloir que j'y revienne, car il y a eu d'autres réponses depuis), a posté le texte cité ci-dessous en italiques. Comme je serais attristé que l'on me comprenne mal, son texte mérite une réponse détaillée point par point - que voici.
"C'est étrange comme en France, le mot libéralisme a l'air de faire partir en vrille même les gens les plus intelligents."
Si c'est un compliment, merci. D'un autre côté, je décèle une petite déception... Dieu sait que je suis loin d'être satisfait de la mentalité française, à laquelle je prête de nombreux défauts, notamment l'étroitesse de vues et une certaine idée de sa propre valeur... Mais, même si cette mentalité me paraît par de nombreux aspects imparfaite, je lui prête une très grande qualité: contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, le Français n'a pas peur de l'anti-conformisme; s'il râle souvent sans raison ou en avançant des arguments biaisés, il est également beaucoup moins enclin à admettre sans preuve les arguments tout faits que l'on lui présente à la télé ou dans les magazines, en particulier pour tout ce qui touche aux aspects sociaux et économiques - surtout quand il fait partie de ceux qui se font enfler.
En l'occurrence, la présentation en trois points de la situation est d'une part grossièrement fausse (l'économie de la seconde révolution industrielle a été bâtie sur le pétrole *avant* qu'on prenne conscience que la ressource était dramatiquement limitée, et non après ainsi que le laisse entendre cette présentation)"
Que Mathieu me permette d'être en total désaccord avec son argumentation, pour les raisons suivantes.
- Premièrement, la première ressource énergétique de la révolution industrielle n'est pas le pétrole, mais le charbon. Encore une ressource fossile, d'ailleurs. Le pétrole n'est arrivé qu'après le charbon, et même longtemps après. Je conseille à Mathieu la lecture du petit livre très intéressant L'histoire secrète du plomb. On y apprend notamment qu'avant la "géniale" trouvaille de l'utilisation du plomb en tant qu'anti-détonnant, le pétrole était un carburant ma foi assez capricieux, car un peu trop explosif, ce qui faisait que l'on n'aimait pas trop l'utiliser dans les moteurs. Jusque dans les années 1930, de nombreuses automobiles - notamment aux States - possédaient un commutateur qui leur permettait de faire fonctionner le moteur, au choix au pétrole, ou à d'autres carburants tels que les alcools végétaux.
- Mais à la rigueur, cet argument n'est qu'un détail. Quand je parle de bâtir toute une économie sur le pétrole, je me réfère surtout à l'aveuglement des 50 dernières années. J'invite ainsi le lecteur à se rendre sur le site de toute bonne compagnie pétrolière qui se respecte (Ex., le site de BP, www.bp.com). Comme désormais, la mode est à la transparence et que les pétroliers veulent la jouer "communicationnellement correct" vis-à-vis des écolos, ils mettent en ligne plein de données. On peut ainsi télécharger à la page "Reports and Publications" de BP un certain nombre de feuilles Excel sur l'évolution de la demande énergétique depuis plus de 40 ans. J'ai tiré de ces feuilles Excel les graphiques ci-dessous.
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- Le graphique de gauche présente l'évolution de la consommation depuis le milieu des années 60, le graphique du milieu illustre l'évolution du volume de réserves connues depuis 1980. Le triosième graphique est une synthèse des deux premiers: en divisant le volume de réserves par la consommation annuelle, on obtient l'autonomie énergétique mondiale, c'est-à-dire la durée qu'il nous reste avant que les réserves connues soient épuisées - en supposant que nous continuions de consommer au même rythme. Que nous disent ces graphiques?
- La première chose, c'est que l'on peut s'estimer heureux qu'il y ait eu deux chocs pétroliers dans les années 1970. Si la dérivée de la courbe de gauche était restée identique à ce qu'elle était dans les années 1960, la consommation annuelle de pétrole en serait probablement à 50 ou 60 milliards de barils de pétrole de nos jours, contre une trentaine en réalité.
- L'autonomie énergétique est actuellement estimée à une quarantaine d'années, contre une trentaine au début des années 1980. L'accroissement de l'autonomie provient de la découverte de gros gisements à la fin des années 1980 (cf. graphique du milieu). Si l'on avait continué à consommer selon la tendance des années 1960 et 1970, cette autonomie ne serait plus aujourd'hui que de 20 ans.
- Quoi qu'il en soit, 30 ou 40 ans d'autonomie, c'est la borne supérieure de l'intervalle. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque BP affiche le volume total des réserves disponibles, la compagnie ne mentionne pas à quel coût d'extraction. Si, sur les 1200 milliards de barils disponibles actuellement, seulement 600 ou 800 sont extractibles à des coûts économiquement viables (c'est-à-dire que les coûts d'extraction restent suffisammment faibles pour que celle-ci vaille la peine d'être réalisée), l'autonomie chute à 25 ou même 20 ans...
- Face à ce genre de considération, l'argument standard du partisan de la théorie des marchés est que, le prix du pétrole augmentant avec sa rareté, la production et la consommation s'auto-réguleront d'elles-mêmes. Certes, cela est vrai, je ne le conteste pas. Mais que les marchés soient capables d'ajuster le coût d'une ressource en fonction de la demande et des capacités de production n'a rien d'une nouveauté, c'est même une tautologie, puisque c'est comme ça que les marchés fonctionnent. Ca n'implique en rien que les marchés aient raison de le faire, ou même que c'est une bonne chose qu'ils le fassent - mais j'y reviens plus loin.
- Revenons au pétrole: depuis deux à trois ans, le monde entier semble se réveiller et découvrir soudain sa rareté . Alors là, je dis halte aux bobards. Que l'on cesse de nous prendre pour des crétins, et surtout que l'on ne prétende pas que le problème du caractère périssable de la civilisation du pétrole date d'aujourd'hui, puisque l'on pouvait déjà l'inférer des chiffres d'il y a 30 ou peut-être même 40 ans. En gros, cela fait 30 ou 40 ans que l'industrie du pétrole - et avec elle une bonne partie de l'économie occidentale - vit dans la plus grande insouciance, avec un avenir estimé à 30 ou 40 ans. N'oublions pas que, depuis les années 1970 et 1980, pour ne citer que le cas de la France, les politiques vont délibérément dans le sens d'un affaiblissement des services publics de transport en commun tels que le rail (qu'ils soient de passagers ou de marchandises), pour favoriser le transport routier individuel - particulièrement énergivore - au détriment du rail ou du fluvial.
- Donc oui, je maintiens, la récente prise de conscience des financiers de la finitude de l'économie du pétrole ne peut qu'éveiller un sentiment de compassion apitoyée que l'on ressent face à une stupidité sans fond.
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"mais aussi un non-sequitur avec l'argument qu'elle prétend réfuter. Ce dernier est en effet de souligner que l'adaptation au pétrole cher est déjà en cours, ce que contestait le billet auquel de répondait (qui postulait, à tort, une augmentation des ventes de SUV, alors qu'elle sont en diminution)."
Je conteste, sur quatre fronts:
- dans le billet original sur les 4x4, je plaisantais sur le fait que les marchés ne fonctionnaient pas, car la connerie, qui coûte portant très cher, est reste un des biens que les gens s'arrachent au prix fort. Que ce genre de boutade ne soit pas du goût de tout le monde, je le conçois aisément... Mais ça vous arrive de plaisanter de temps en temps?
- plus sérieusement, le fait que "l'adaptation [soit] déjà en cours" ne change rien au fait que (1) cette adaptation est extrêmement récente, tout en (2) faisant suite à, combien? 10 ans, 15 ans d'augmentation continuelle des ventes de 4x4, alors que (3) la finitude du pétrole est un fait acquis depuis plus de 30 ans. Alors, vous m'excuserez, mais en fait d'adaptation, la loi du marché n'a vraiment pas de leçon à donner;
- selon certains (et pas des moindres, Joseph Stiglitz vous excuserez la référence!) cette augmentation intervient pour des raisons tout à fait extérieures aux préoccupations environnementales [Ref 1]. Si les marchés sont arrivés à un effet bénéfique pour l'environnement et pour l'avenir de l'humanité, c'est tout à fait par accident;
- enfin, il ne faut pas oublier que l'augmentation du prix du pétrole a pour conséquence une spéculation accrue sur les biocraburants, donc sur l'agroalimentaire, avec pour conséquences des problèmes de production autocthone dont se passeraient bien un certain nombre de pays les plus pauvres. On a donc seulement remplacé un problème par un autre, qui n'est pas moins grave.
" Après, il est certes possible de s'interroger sur la vitesse de réaction du marché par rapport à ce qui serait idéal du point de vue de toutes les générations concernées. "
C'est bien, ça, de penser qu'on pourrait s'interroger. Pourquoi ne pas le faire, alors? Trois choses me gênent beaucoup dans les raisonnements des partisans de la logique de marché:
- la première, c'est que ces gens s'amusent souvent à faire des bilans sur des systèmes "ouverts", c'est-à-dire qu'ils ne comptabilisent pas toutes les entrées et toutes les sorties; ce qui leur permet ensuite de tenir des raisonnements en mettant en avant les arguments qui les arragent et en oubliant les autres. Ainsi, quand le système boursier et la stupidité associés amènent les banques à faire des profits en spéculant honteusement sur des produits financiers aberrants, ça ne pose de problème à personne, le pognon rentre et va nourrir les actionnaires. Mais quand tout commence à se planter (Ex. subprimes, bulle Internet et autres amusements du même genre), ce sont les Etats qui, tétanisés par la peur de la récession massive, mettent la main à la poche pour soutenir les banques défaillantes. Autrement dit, bénéfices pour le spéculateur, dettes pour le contribuable. Avec de tels dispositifs pour pomper le pognon, on serait vraiment un pauvre couillon de ne pas spéculer!
- quand par hasard le marché arrive à faire quelque chose de bien, ce n'est pas pour des raisons structurelles, et encore moins morales. Ainsi, la hausse du prix du pétrole au sujet de laquelle nous sommes en désaccord n'intervient pas parce qu'il est souhaitable que l'économie mondiale apprenne à se passer du pétrole; elle n'intervient pas parce que les marchés sont visionnaires et qu'ils ont compris que tout cela aurait une fin: elle intervient de façon mécanique, parce que la ressource commence à manquer (ou du moins , la ressource bon marché). Et elle intervient peut-être trop tard, car avec tout le CO2 que l'économie du pétrole nous a amenés à rejeter dans l'atmosphère, on a peut-être déjà programmé une hausse moyenne de 5 degrés sur la température du globe pour les générations futures. Mais, reconnaissez-le, si l'on découvrait soudain un gisement pétrolifère énorme qui ferait tripler l'autonomie énergétique de l'humanité, les prix baisseraient à nouveau et on serait repartis pour 50 ans, avec des émissions de CO2 à la hausse.
- la troisième chose - et la plus grave à mon sens - c'est que les obsédés de l'économie théorique ont tendance à considérer le marché et les processus financiers comme des fins en soi, en oubliant que derrière les chiffres du CAC 40, du Dow Jones et les indices de chômage, il y a des gens. La croissance, le taux d'endettement, tout ça c'est bien joli, mais lorque l'on convertit cela en réalité humaine, ce n'est plus la même musique. Votre phrase m'évoque la question suivante: supposons que je vous dise: "ce serait bien qu'il y ait une rupture de barrage sur une zone urbanisée. Comme ça, on pourrait faire des mesures et ça me permettrait de valider mes techniques de simulation numérique"; qu'en penseriez-vous? Certes, une telle expérience ferait peut-être de moi un scientifique renommé, mais également un crétin fini. Même si vous ne connaissez rien à la mécanique des fluides et que vous n'avez aucune idée de ce que peut être un schéma aux volumes finis à capture de choc, vous auriez le droit de me dire que je suis un nase. Et vous auriez raison. Votre "interrogation possible" sur la vitesse de réaction des marchés me navre autant que pourrait vous navrer l'hypothétique expérience ci-dessus.
" Je dois dire que je regrette beaucoup de lire sur ce blog que j'apprécie un anti-économisme aussi primaire. "
Encore une fois, vous m'avez mal lu. Je ne suis certes pas un expert en économie, je ne prétends pas tout y comprendre. Il n'empêche que j'ai lu quelques petites choses - dont le savoureux Les trous noirs de la science économique, de Jacques Sapir; ou quelques bouquins de Joseph Stiglitz (Ca doit vous dire quelque chose, non?) et que je me suis forgé une petite idée du problème. Pour résumer, mon opinion tient en deux points:
- l'économie de marché peut - mais elle n'est peut-être pas le seul instrument possible pour cela - être un instrument d'optimisation très efficace. Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale. En effet, entre autres choses, elle ignore délibérément, dans ses bilans, les coûts sociaux produits par ses avatars, ces coûts étant le plus souvent payés par d'autres [Exemple ici]. On ne peut donc pas lui faire confiance en tant que mécanisme principal de régulation de la société, il faut d'autres mécanismes au-dessus d'elle pour la contrôler. Elle doit demeurer un simple outil et surtout ne pas devenir une fin en soi;
- les thuriféraires de l'économie de marché ont souvent tendance à insister sur les bienfaits de leur bébé - et à les présenter comme des bienfaits intrinsèques - alors que ses échecs sont présentés, somme toute, comme des dommages collatéraux et incidentels ("on pourrait s'interroger"... sous-entendu, ce n'est pas le plus important). Là aussi, c'est bien pratique de raisonner en bilan sur un système ouvert, en ignorant des flux... sauf que lorsque l'on fait ça, le bilan est faux! A toutes les âneries que l'on entend à la radio sur la nécessité de la croissance, etc., aucune justification n'est jamais donnée. A entendre tous ces types bêler la même chose, j'ai vraiment l'impression de me retrouver à la fin de la chanson de Renaud [1], où des étudiants studieux et certifiés conformes s'en vont diriger le monde "en traînant dans leur cartable la connerie de leurs aînés".
Pour conclure:c'est quoi, déjà, le titre de ce blog? Et son sous-titre? Je ne suis pas anti-économistes, je suis anti-cons (Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'est la même chose, j'espère?
[1] Renaud. "Etudiant, poil aux dents", in Le retour de Gérard Lambert.
08:12 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, libéralisme, économie
27.06.2008
Libéralisme, piège à cons
A l'heure où l'Irlande vient de dire non au traité de Lisbonne, et où elle se fait taxer d'ingratitude par la moitié des pays de l'Europe, on apprend qu'elle va entrer en récession [Ref1, Ref2]. On peut peut-être y voir une relation de cause à effet?
Au même moment, on apprend qu'un des autres petits pays miracles, en l'occurrence l'Estonie, connaît elle aussi quelques problèmes économiques: après de nombreuses années de croissance supérieure à 5%, la voici qui à son tour tombe dans le marasme [Ref3].
Coïncidence ou pas? Les banques elles aussi ont mal quand elles s'assoient. Ainsi Wall Street s'est mis à dégraisser (Le Monde vient de retirer l'article en question de son site, je ne peux donc plus vous faire passer le lien).
Ces événements, que l'on peut a priori penser sans lien mutuel, ont en réalité un point commun. En ce qui concerne l'Irlande, ou l'Estonie et tous les autres ex-petits pays miraculeux, que l'on nous présentait il y a quelques mois encore comme des exemples - voire des prototypes de ce qu'il faudrait faire pour que la France aille mieux, ou comme les preuves par 9 que le libéralisme forcené peut générer le bonheur - les commentateurs se la jouent vieux sages a posteriori. Les commentaires sont unanimes, en gros: "on savait bien que ça [les croissances à 8 ou 10%, NDLA] ne pourrait pas continuer comme ça éternellement". Sans blague?
En ce qui concerne Wall Street, dans l'article du Monde, un commentateur s'autorise cette réflexion: "Les banques n'avaient jamais gagné autant d'argent sur des produits financiers qui n'étaient pas du ressort de leur compétence principale. Il va falloir s'habituer à ce qu'elles soient désormais moins rentables." Pas possible?
Le point commun, le voici: l'absence totale de sens moral, critique et prévisionnel.
Pourtant, les avertissements aux crétins n'ont pas manqué. Par exemple, il y a 2 ans, le bureau de prévisions économiques avait prévu le coup de frein actuel sur l'immobilier [Ref4]. A l'époque, l'annonce avait fait scandale. Maintenant, on voit le résultat.
Et puis pas besoin d'aller aussi loin dans la réflexion, il suffit d'avoir recours à la bonne vieille logique. Je reviens sur le commentaire laissé par Mathieu P. sur la note "Avenir du 4x4...". Mathieu prétend que la chute d'un quart à un tiers des ventes de SUV aux States (du fait de la montée du prix du pétrole) est un signe de bon fonctionnement des marchés. Non seulement je ne suis pas certain que ce soit un signe de bon fonctionnement des marchés, mais je suis en fait de l'avis contraire: c'est le signe que le marché n'a rien dans la tronche. Parce que enfin, soyons logiques: (1) on vous annonce qu'une ressource énergétique, disponible pour l'instant à bas prix, n'est disponible qu'en quantité limitée, (2) qu'elle est non renouvelable car le pétrole met des centaines de milliers d'années à se former à partir de résidus végétaux dans les couches géologiques, et pourtant (3) vous bâtissez toute une économie là-dessus. Et quand les choses se mettent à foirer, on se dit que c'est un signe de bonne santé car on ne pourra pas continuer à être aussi débiles très longtemps.
Finalement, les raisonnements sur le caractère auto-régulateur des marchés (qui, mis à part la spéculation fondatrice et que personne n'a jamais vérifiée sur la fameuse "main invisible") me font un peu penser à ceci: que penseriez-vous d'un médecin qui vous dirait la chose suivante: "finalement, la cirrhose du foie est une bonne maladie, car elle empêche les alcooliques de vivre trop vieux."
Je conclurai avec ce petit QCM.
"Je suis persuadé que l'on peut transformer la merde en or; que le haut est en bas et que le bas est en haut; que pour qu'une chose devienne vraie, il suffit qu'un nombre suffisant de gens habillés comme moi le pensent; que s'il est plus rentable que tu sois un lapin blanc, alors tu es un lapin blanc. Qui suis-je ?"
Réponse A: un alchimiste
Réponse B: un philosophe post-moderne
Réponse C: un rebouteux
Réponse D: un trader ou un économiste néo-libéral
Fautes votre choix...
07:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, actualité, société
24.06.2008
Recrutements maîtres de conf, etc. Vous croyiez vraiment que c'était fini?
- Un de mes collègues (pas bon et magouilleur, mais s'il n'y avait que des bons honnêtes à la fac, ça se saurait) a été promu prof ;
- ce même collègue - ci-devant surnommé le céphalopode, désormais sacré calamar géant - a essayé de torpiller l'embauche d'un maître de conf qui, pendant sa période d'essai comme ATER, avait donné toute satisfaction sur le plan de l'enseignement et de la recherche. Dans des billets précédents, je vous narrais comment nous avons réussi à empêcher cette petite manifestation d'injustice (pour une fois qu'on arrive à embaucher quelqu'un de valable...).
- Au moment même où nous terminions l'audition des candidats maîtres de conf, j'allais voir le directeur du labo. En effet, nous venions d'apprendre que mon collègue à 8 tentacules était classé 1er sur le poste de prof, ce qui voulait dire poste de MCF en cascade à la clé; il allait donc falloir s'atteler à la définition du profil. Les profils recherche en particulier doivent être prêts pour la mi-juillet afin de "passer" en CS de la fac.
- Mon idée était de faire exception: au lieu de définir le profil tout seul dans mon coin comme m'y aurait autorisé mon statut de seul prof "actif" de mon département d'enseignement en place dans le labo, je trouvais logique (et novateur!) d'y associer les diverses composantes de ce dernier. En effet, il faut savoir que ça ne se passe pas toujours de façon toute rose entre le directeur du labo et celui de mon département d'enseignement. Je voyais là une occasion d'aplanir les angles en démontrant publiquement la bonne volonté des enseignants vis-à-vis du labo. Et puis, si j'ai assez gueulé dans le temps qu'on ne nous demandait jamais notre avis, ce n'est pas pour tomber dans le même travers maintenant que je suis dans la place.
- Le directeur du labo était d'accord, bien entendu. Après consultation d'un certain nombre de personnes, nous avons rédigé puis soumis un premier jet du profil recherche du futur maître de conf en conseil de labo (une première! ça ne s'était jamais vu. Les gens n'en revenaient pas qu'on leur demande leur avis). Et là, le calamar géant a piqué une crise. En effet, il s'agissait de son poste (enfin, son ex), il était donc de son seul privilège de le définir, etc. Tout ça énoncé de façon très soft, certes, car le calamar ne fait de sortie violente que s'il est sûr à 100% de gagner ou d'être soutenu. J'ai cru que le directeur du labo allait lui balancer une chaise dans la tronche... Finalement, le calamar a boudé de façon ostensible et n'a plus rien dit de toute la réunion.
- Ce faisant, il a partiellement atteint son but: la bouderie a en effet empêché (temporairement) la progression de la discussion. Nous avons clos la réunion sans réussir à nous mettre d'accord sur la marche à suivre. Si bien que la définition du profil recherche reste bloquée.
07:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enseignement supérieur, université, recherche
19.06.2008
Didier Schuller: Y en a Montélimarre
L'info est tombée ce midi (c'est à dire hier midi) sur les sites du Monde et de Libération: Didier Schuller, notre escroc national, a été placé en garde à vue dans une affaire de trafic de nougats.
L'intensité de l'information justifie la birèveté de ce billet. Je pense que vous n'en lirez pas souvent des comme ça. Pour davantage de précisions sur le Grand Theft Candy de la Drôme, voir ici, ici et également ici.
07:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, actualité, humour
18.06.2008
Du pain et des jeux

Autre signe des temps - et ne pas y voir une volonté d'imitation des States serait bizarre - la notion de sécurité intérieure (Homeland security) fait une apparition en force, se taillant ainsi une part dans le gâteau autrefois réservé à la Défense. Ce pas en avant consacre un peu plus la "convergence" entre surveillance civile et militaire, intérieure et extérieure.
Ceux à qui ça ne plaît pas, ce sont les militaires bon teint: on leur annonce un peu plus de 50000 suppressions de postes à terme, sur un effectif de 320000; ça fait mal. C'est d'aillleurs faire peu de cas de la souffrance des militaires, qui sont des animaux comme les autres. D'ailleurs, comme l'a dit le Nain, dans un discours rapporté par le Canard enchaîné d'aujourd'hui: "On ne doit pas laisser les gens mourir comme des bêtes! D'ailleurs, les bêtes sont des êtres humains."
Cette brillantissime déclaration avait échappé à mon système de surveillance. C'est bien la preuve que mes procédés de homeland intelligence laissent à désirer et qu'il va falloir d'urgence faire un upgrade de mon OS...
07:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société, politique, défense
17.06.2008
Avenir du 4x4: au bonheur des cons
En ces temps de mutation sociale accélérée, l'abondance pétrolifère nous avait gratifiés de la naissance d'une nouvelle race de dégénérés, à savoir le Beaufus Quartus-Quartus, dont la traduction en langage ordinaire est: "le beauf au 4x4". La débilité est un exemple idéal de la déficience des lois du marché, l'illustration parfaite que les théoriciens du tout-libéral ont tort, car la loi de l'offre et de la demande ne s'applique pas à elle. En effet, bien que la connerie soit un des biens les plus répandus et les plus largement distribués sur terre, elle continue de coûter extrêmement cher et les gens en redemandent. Le 4x4 est un cas d'école.
Le Beaufus Quartus-Quartus avait parfaitement trouvé sa niche écologique. La race semblait viable. En effet, l'espace d'une seule génération avait vu l'espèce déserter les campagnes, où elle avait alors une raison d'être toute naturelle dans l'âpreté des paysages, pour investir les villes, où elle s'était transformée en un prion malsain pour infester les cervelles du peuple. La 2CV fourgonnette est devenue Porsche Cayenne. Un temps confinée au parvenu ou à la profession libérale qui aurait eu honte de s'afficher en Audi A3 (celle-ci étant réservée aux commerciaux et aux dealers, ce qui revient à peu près au même), le 4x4 a fini par muter pour envahir tous les compartiments de l'échelle sociale. Ainsi, le praticien en médecine a-t-il trouvé, dans la faune automobile, son pendant femelle en la blondasse bourge, qui conduit son Cayenne ou son Parejo pour larguer ses enfants devant l'entrée de la maternelle - bloquant ainsi la totalité de la rue pendant un bon quart d'heure - et poursuivre, levier de vitesses dans une main et téléphone portable dans l'autre, sa route vers le centre commercial et l'accomplissement de son destin.
La blondasse fringuée chic est en effet le dernier avatar de l'évolution automobile rurbaine. Elle consacre la fin d'une époque: celle où les assureurs préféraient les conductrices aux conducteurs, car elles se comportaient plus prudemment et avaient moins d'accidents. La blondasse bourge en 4x4 est l'anti-portrait radical de cette race presque éteinte: encore plus agressive que son mâle, elle vous colle au train et vous klaxonne furieusement quand, devant elle au feu orange, vous avez l'inconscience de ralentir avant que celui-ci soit passé au rouge; alors que le bon sens commanderait bien évidemment de passer malgré tout pour aller écrabouiller tout ce qui aurait l'audace de s'aventurer sur les autres voies. De temps en temps, elle gesticule même et vous insulte à travers son poare-brise. La blondasse bourge en 4x4 a dans son sac en cuir l'argument standard qu' "en 4x4, on se sent davantage en sécurité", argument communément répété par le mari de ladite blondasse pour justifier l'achat du coûteux monstre à pneus Méphisto. C'est sans nul doute ce qui explique que, l'un comme l'autre, ils s'engagent dans les ronds-points sans vérifier si quelqu'un s'y trouve déjà: contre leurs deux tonnes et demie, votre pauvre voiture ne fait pas le poids et c'est à vous de piler lorsqu'ils vous grillent la priorité, confortant ainsi leur "sentiment de sécurité"; d'ailleurs, ils ont en général sur vous la supériorité d'être extrêmement pressés, car le temps de ceux qui gagnent plein de pognon est infiniment plus précieux que celui des loqueteux: axiome de base de notre époque moderne.
Seule ombre au tableau, la politique pétrolière nous a fait doubler le prix du baril de pétrole en un an. Pour l'heure, l'or noir s'échangeant en dollars, la chute de celui-ci face à l'euro protège encore le beauf européen et sa femelle. L'Irlande ayant dit non au traité de Lisbonne, faut-il redouter une crise européenne, avec comme dommage collatéral la chute de l'euro et le renchérissement subséquent du prix à la pompe? Auquel cas, restriction de l'espace vital aidant, le Beaufus Quartus-Quartus se mettrait à dépérir? Ne craignez rien, mes frères: la race est intrinséquement résistante à la consanguinité, puisqu'elle en est le résultat direct. On croise bien les lévriers entre eux, ça ne les empêche pas de courir vite, même s'ils sont trop débiles pour s'apercevoir qu'ils sprintent après un lapin en plastique.
Et puis, même si le 4x4 devait disparaître (pour mon plus grand plaisir, notez bien), l'époque n'est point avare en signes extérieurs de beaufitude. Si ce n'est pas la voiture à gros pneus, ce sera le vélo avec plein de vitesses, la trotinette avec marchepied en diamants ou le skateboard aux roulements à bille en platine. L'important pour les prétentieux et les parvenus est de s'exhiber; au besoin par le mauvais goût, puisqu'ils ne peuvent le faire par l'esprit.
07:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société, politique, humour
16.06.2008
Recrutement maîtres de conf ect: le débat continue
Suite du débat qui nous occupe depuis déjà un certain temps sur le recrutement des maîtres de conf et autres profs. Igor (Lien vers son blog) a à nouveau réagi, je vous engage à aller lire son commentaire à la fin du billet en question, car il donne un certain nombre d'infos que je ne reprends pas ici. Morceaux choisis, avec quelques réponses.
- "Tu remarqueras que j'ai aussi evoque le fait que le nouveau candidat est en general choisit si il n'y a pas de connection avec les recherches effectuees dans le meme departement (ce qui exclurait ton candidat d'une certaine maniere). " Exact. A ma connaissance, les sections de Maths (au moins maths applis, la section CNU 26) ont pour tradition de procéder ainsi: jamais de recrutement en local. Il est vrai qu'à première vue, ça peut paraître plus sain. En réalité, ça ne l'est pas forcément: il existe en général des arrangements tacites entre labos d'universités d'ifférentes, style prends-moi mon thésard, je prendrai le tien, et dans 5 ans, à l'occasion de la prochaine mutation, on échange... De plus, je sais de source sûre que certains matheux se sont mordu les doigts d'avoir appliqué aveuglément cette règle, car ils ont dû se séparer de très bons candidats pour récupérer des autistes dont personne ne voulait!
- "Mon impression est que tu cherches un post-doc et non un collegue." Je n'a i pas bien compris pourquoi, mais bon... C'est peut-être que la vieille Europe est tellement nase et que les States lui sont tellement supérieurs qu'un titre de post-doc aux US est équivalent à un poste de maître de conf en France? Je reviendrai sur la prétendue excellence du système universitaire américain peu plus loin.
- "Si j'etais dans ta situation, je serais en train de collaborer avec quelqu'un dans une autre universite qui est bon a faire ces calculs dont tu n'est pas le specialiste." Merci du conseil; je précise au passage que je ne suis pas totalement débile, et que je n'ai pas attendu ce message pour le faire; il y a déjà 7 ans que j'ai noué des collaborations... hors de France! En outre, le spécialiste des calculs, c'est précisément moi; et c'est plutôt moi que les autres viennent chercher quand ils ont des problèmes à ce sujet. C'est exactement la raison pour laquelle j'ai obtenu le droit d'embaucher quelqu'un: j'ai été en quelaque sorte dépassé par mon propre succès et j'ai beaucoup plus de travail que je ne peux en fournir... Je tiens cependant à préciser que je suis un farouche adversaire du principe qui consiste à aller faire faire par les autres les choses qu'on ne sait pas faire soi-même. C'est précisément le mal dont souffre la recherche française (et pas que la recherche...): l'avenir semble appartenir à ceux qui l'ouvrent bien grand en faisant travailler les autres et en co-signant la publi. Je suis au contraire partisan du principe qui fait que si une technique, un savoir-faire ou des équipements sont essentiels pour ma recherche, je dois les apprendre et les maîtriser moi-même. Pour l'instant, ça ne m'a pas trop mal réussi... Voir également à la fin du billet ce que je pense des soi-disant critères d'évaluation de la recherche.
- "Ce que j'entends de ton propos c'est qu'il semble difficile en france d'avoir de telles alliance pour des raisons que je ne comprends pas. ]" Il ne me semble pas avoir dit cela où que ce soit... En fait, ce qui ne m'était pas possible, c'était d'embaucher quelqu'un avec le profil dont j'avais vraiment besoin. Il me fallait quelqu'un avec un profil de mathématicien appliqué; or, vu la division de la fac en sections disciplinaires (j'appartiens à la 60ème), il aurait été impossible de recruter quelqu'un venant d'une discipline différente (en l'occurrence, les maths applis sont en 26ème section). Je ne suis pas certain que la nouvelle loi sur l'autonomie des universités amène un changement de ce côté. D'un autre côté, j'ai réussi à contourner un peu cette difficulté en recrutant le candidat que je voulais, et qui avait un profil connoté maths applis - une preuve de plus que tout système est contournable dans une certaine mesure, mais c'est très difficile.
- "Enfin, au bout des cinq ou six ans d'epreuve, ou les gens t'on vu," N.B. c'est précisément pourquoi je tenais à embaucher cet ATER, que j'avais eu le temps de tester et que je savais fiable. N.N.B., c'est aussi ce qu'on a fait pour moi quand je suis allé aux Pays-Bas: j'ai d'abord eu droit à un CDD de 2 ans, histoire de faire mes preuves. Et je remercie franchement les Hollandais d'avoir fait ça pour moi, car au vu de mon CV sans aucune publi à l'époque, ce n'est pas en France que l'on aurait fait ça.
- "ils prennent une decision, qui elle meme peut-etre contredite par l'administration de l'universite. Dans les universite d'etat cela veut dire que les politiques ont un mot a dire a la nomination finale des candidats." Eh bien dans ce cas, merci beaucoup; c'est sans moi. Je ne vois vraiment pas ce qu'un tel droit d'ingérence a de vraiment enviable. Dans la série d'anecdotes que j'ai rapportées sur le recrutement de ce candidat, une des choses sur lesquelles je me suis battu était de ne pas laisser aux crétins et aux incompétents le droit de juger à ma place de choses qu'ils ne comprenaient pas. Je te laisse donc le soin de deviner ce que je pense de l'ingérence politique dans la nomination des personnels universitaires. Tant qu'on y est (et vu comme les States ont l'air de tourner), on n'a plus qu'à aller demander son avis sur le candidat au prêtre méthodiste du coin... D'ailleurs, je me demande comment on fait à l'Université Brigham Young... On fait peut-être passer un examen de religion mormone aux thésards en physique quantique?
- "Pour terminer, je vois aussi beaucoup de francais qui ne comprennent pas le systeme americain car ils n'y ont ete qu'etudiants, post-docs ou chercheur de passage." On est d'accord. Personnellement, je n'ai pas fait de séjour de plusieurs années aux States, je ne connais le système que pour avoir des relations de collaboration avec des profs d'universités américaines, et je ne les envie absolument pas. Au point que j'ai refusé depuis 5 ans les propositions d'embauche que m'ont faites des facs américaines pourtant assez réputées dans le domaine du génie civil.
Maintenant que j'ai répondu aux questions spécifiques de ton commentaire, quelques considérations générales. Tu me diras si je me trompe, mais les différences majeures entre la recherche aux States et en France me semblent être les suivantes:
- le lien étroit entre recherche et industrie; en France, on n'est pas bons du tout de ce côté-là; mais je tiens à préciser que la faute n'en revient pas forcément aux chercheurs. Le Français est quelqu'un qui se croit toujours plus malin que les autres: il voudrait tout avoir et rien payer. Ainsi, les patrons français répugnent très fortement à investir dans la recherche et développement; la recherche française en paye d'ailleurs maintenant le prix;
- le contraste considérable entre les moyens alloués aux facs sur les deux continents. Mais tu sais probablement que chez nous, les droits d'inscription à l'université ne coûtent quasiment rien. Quand j'entends parler de ce que demandent la plupart des universités américaines en droits d'inscription, je me dis que finalement, en proportion des moyens alloués, le système d'enseignement supérieur Français n'est pas si mauvais que ça (la France dépense plus pour un lycéen ou un collégien que pour un étudiant d'université!): il est juste insupportablement féodal;
- enfin, si la recherche aux Etats-Unis est si florissante, c'est aussi parce que ces mêmes Etats-Unis n'ont pas à supporter tous les coûts d'investissement que cette recherche leur rapporte. Je m'explique: dans mon domaine de recherche, la quasi-totalité des papiers qui sortent dans les journaux les plus renommés sont publiés par des labos américains... mais les auteurs sont des étrangers! Autrement dit, les labos et les universités US peuvent se permettre d'embaucher à grands frais des chercheurs... qu'ils n'ont pas eu à former! Ces gens ont fait leur Master, leur PhD dans d'autres pays, et sont récupérés par les labos Etats-Uniens alors que le principal investissement (éducation primaire, secondaire et même supérieure jusqu'au Master et au PhD) a été réalisé par des pays étrangers. Donc l'excellence du système US n'est absolument pas démontrée, puisqu'il est impossible de faire un bilan fiable sur un système ouvert dont on ne connaît pas toutes les entrées.
Enfin, soyons clairs: la mesure de la qualité scientifique par la publication n'est qu'une vaste farce. Je ne parle même pas du critère du nombre de contrats ou du montant de ces contrats... Les balivernes style indice de citation, facteur d'impact - et, plus débile encore, le facteur H - sont le plus souvent pincipalement une indication des qualités de marketing et/ou de lobbying d'un labo ou d'une équipe, ainsi que de la fainéantise intellectuelle et de l'absence d'esprit critique de ceux qui les évaluent. Quelques arguments:
- Mes deux papiers les plus fréquemment cités sont ceux que je considère comme les plus nuls scientifiquement. Il s'agissait simplement d'utiliser des recettes de cuisine mises au point par d'autres et de les appliquer à un cas concret. Au niveau du principe, rien d'innovant; au niveau des résultats, rien de fracassant; au niveau de la compréhension des phénomènes physiques, rien de neuf, il suffisait juste de réfléchir un peu, on pouvait deviner les résultats sans faire les calculs (d'ailleurs, nous avions écrit le papier avant d'avoir tous les résultats, car nous savions d'avance ce qui allait se passer). Eh bien, ce sont ces merdes qui sont citées les plus fréquemment;
- prenons un autre exemple, un vrai celui-là: à l'autre bout de l'échelle de la qualité scientifique (par rapport à moi), il y a le double prix Nobel d'Albert Einstein; il tient, si ma mémoire est bonne, en 3 articles, pour un total de 27 pages, publiés en 1905, sur l'électrodynamique et la relativité. En gros, le mec a eu ses 2 Nobel avec un fateur H égal à 3... Alors les croque-morts de la publi peuvent remballer leur mètre à ruban et leurs boîtes en sapin capitonnées, ce ne sont pas les mensurations qui font le gros costaud. C'est la faculté de s'intéresser aux bons problèmes, de pouvoir les résoudre... et d'être là au bon moment (il y a aussi de la chance quelque part)!
La morale de cette histoire, et de nos expériences très diverses sur le recrutement des enseignants-chercheurs, reste à mon avis ce que je disais dans le billet précédent: recrutement à la publi, à l'adaptabilité, sur la foi des réseaux de connaissances et des relations professionnelles, audition d'une demi-heure ou période d'essai de 3 fois 3 ans avant d'avoir la tenure... Quelle importance? Il ne faut pas oublier que derrière les dossiers, il y a des gens, avec des sentiments et une personnalité. La plus grosse des fautes que l'on puisse faire n'est pas de prendre tel ou tel candidat par rapport à un autre qui, peut-être, l'aurait -un peu mieux? - mérité. Le plus important est que les termes du contrat soient clairs, et que le candidat sache ce que l'on attend de lui. Ce que je constate malheureusement, c'est que très souvent, on ne dit pas la vérité aux candidats sur ce que l'on attend d'eux; on les laisse essayer de deviner des règles dont la plupart ne sont pas écrites et que seuls les "initiés" connaissent vraiment. Après, si le système ne plaît pas... Chacun est libre de le quitter et d'aller voir ailleurs.
08:01 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, recherche, enseignement supérieur
13.06.2008
Irlande, référendum et choucroute
08:17 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, actualité, europe
12.06.2008
Mes collègues soumettent un projet
Quand on vous dit qu'en recherche, l'enfer est pavé de bonnes intentions; j'en veux pour exemple un psychodrame édifiant, qui se déroule en ce moment même dans mon labo. L'affaire n'est probablement pas à sa conclusion, mais comme j'ai un peu contribué à allumer l'incendie, la moindre des choses est de vous en livrer une contribution aussi détaillée que possible en l'état actuel des choses.
- Deux collègues de labo actuellement expatriés (donc touchant triple paye nette d'impôts, ce qui leur fait à peu près 10000 euros par mois chacun), officiant en tant que CR (chargés de recherche) d'un institut post-colonial que je ne nommerai pas, me contactent il y a environ un mois pour me dire que, tout bien réfléchi, mes thématiques de recherche leur paraissent intéressantes et qu'il pourrait être bien que nous travaillions ensemble. Je pousse une exclamation de surprise joyeuse, car ça ne faisait jamais que 18 mois que je leur serinais que mes développement pourraient les intéresser. N.B. en même temps, je ne les ai pas attendus pour pousser mes recherches plus avant et leur proposition de collaboration me fait désormais l'effet d'une idée d'arrière-garde. Comme nous n'en sommes encore pas stade des amabilités, je réserve ce commentaire à une étape ultérieure. Je me contente alors de répondre qu'en effet, il serait bien de commencer à envisager la possibilité du démarrage de l'exploration de l'éventualité de recherches communes. Il n'en fallait pas plus pour les faire déborder d'une joie incontinente...
- Enivrés par la correspondance précédente, ils m'envoient, il y a 6 jours, une proposition de sujet de Master Recherche 2ème année à laquelle ils souhaiteraient me voir collaborer avec un autre collègue. La proposition faisant environ 6 lignes, je calcule rapidement que chaque ligne leur a pris 4 jours de rédaction, ce qui est a priori un gage de maturité de la réflexion scientifique. La lecture révèle cependant a posteriori une vacuité assez terrifiante de la part de deux chargés de recherche de 1ère classe, dont l'un a tout de même passé son habilitation à diriger des recherches il y a déjà 2 ans. En gros, le pauvre stagiaire de M2 sera censé passer 6 mois à faire une espèce de revue bibliographique sans intérêt... A l'heure où les bourses de thèse se négocient à la dague enduite de curare avec les écoles doctorales et où, pour avoir ensuite un poste de MCF ou de CR, il faut avoir publié plus qu'un journaleux de la rubrique nécrologique à Nice-Matin, je n'envisage franchement pas de rendre ce mauvais service à un étudiant. Nous décidons donc, avec mon collègue, de ne pas donner suite; nous espérons, en particulier, que le post-colonial expatrié aura le bon goût de comprendre que notre silence vaut refus.
- Il faut dire qu'en même temps, j'ai accepté de participer à un autre projet, proposé par un ingénieur d'études du labo. Il m'a demandé un service sur un point particulier de ses recherches, il se trouve que ça ne va pas me coûter un grand effort mais que ça peut lui rapporter beaucoup à lui; en outre, ce type fait l'effort de préparer une thèse en heures sup; enfin, il est le seul de son équipe à avoir des idées et à vouloir travailler pour les concrétiser, ce qui lui vaut tout mon respect.
- Cet ingénieur d'études a la malchance de travailler dans l'équipe des deux expatriés, qui depuis 3 ans qu'il est arrivé au labo le snobent de façon outrancière, tout ça parce qu'il n'a pas encore de doctorat alors qu'eux ont une thèse - voire une habilitation pour le plus grand des deux, que l'on a surnommé Averell pas uniquement pour sa difficulté à passer par les portes. Une des raisons supplémentaires pour ne pas répondre immédiatement à Averell était que la deadline de soumission du projet de mon collègue IE tombait lundi 9. Je ne voulais pas qu'Averell et son compère l'apprennent, ce qui aurait pu leur donner l'idée de s'"inviter" sur son projet.
- Ne voyant pas venir de réponse, Averell me renvoie un email le 9 au matin, car la deadline pour la soumission des sujets de M2 est le 11 (aujourd'hui...) Il commence donc à y avoir urgence. Pour les raisons évoquées ci-dessus, je fais le mort jusqu'au lendemain.
- Mardi 10, je me fends d'un email à Averell, en lui expliquant les choses suivantes:
- son sujet est nase (je ne l'ai pas dit exactement comme ça, mais brut de sémantique, c'est ce que ça donne);
- je ne prends de M2 recherche que si je suis certain de pouvoir m'en occuper sérieusement, donc si j'ai le temps, ce qui n'est pas le cas - en effet, j'ai accepté de travailler pour son collègue ingénieur d'études qu'il méprise tant;
- ma politique est de ne prendre des stagiaires de Master que si j'ai identifié un thème de recherche qu'ils puissent exploiter rapidement, et surtout qui puisse déboucher sur une publi à brève échéance. A l'heure où la plupart des écoles doctorales se mettent à exiger que les thésards aient au moins une publi dans les tuyaux au moment de soutenir, je n'envisage pas de prendre des stagiaires "juste pour voir ce que ça donne", ce serait littéralement criminel;
- comme je suis conscient que mon refus le plonge dans l'embarras, je lui propose de s'adresser à un autre collègue post-colonial. Celui-ci n'est autre que le DR, responsable d'équipe et totalement mauvais évoqué dans nombre de billets précédents (voir ici), qui s'est fait spolier jusqu'à la définition du profil de poste de prof récemment renouvelé dans mon labo. Je sais que ce n'est pas bien de se moquer, mais avec un peu de chance, ils ne comprendront l'ironie ni l'un ni l'autre.
-
- Aujourd'hui mercredi 12, outre l'édition hebdomadaire du Canard Enchaîné, je découvre dans ma boîte mail un message laconique d'Averell: "merci pour les informations." Pas signé. Je pense qu'il a mal pris quelque chose dans ce que j'ai écrit...
- Et, pour mon plus grand plaisir, je me trouve en copie d'un autre email qu'Averell a adressé au DR nase. Je ne peux résister au plaisir de vous citer le machin, car ouvrez grand vos mirettes les petits, ceci est une leçon magistrale de diplomatie pure. Ca dit en substance: "Je m'adresse à toi car Untel [NDLA: ça c'ext moi] n'est pas intéressé, vu qu'il pense que le sujet de recherche n'est pas assez bon." Comment se faire des amis...
- La suite est pas mal non plus, traduit de l'Averell ça dit en gros: "En même temps, il n'a pas tort, j'ai donc travaillé dans ce sens en modifiant le titre du sujet de stage." C'est sûr qu'avec un autre titre, le sujet de Master sera vachement meilleur.
Voilà. Si vous n'avez toujours pas compris comment, en une seule phrase, vous faire des potes pour la vie et rendre absolument génial un sujet de Master recherche précédemment totalement pourri, franchement, je ne vois pas jusqu'où je pourrais pousser dans la pédagogie!
Sachez enfin que l'IE qui a soumis le projet a reçu un email de la part d'Averell. Celui-ci demandait: "peut-on en savoir plus sur le projet que vous avez soumis?" Je lui ai conseillé de répondre simplement: "Oui, on peut." Quant à savoir s'il osera...
07:35 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : uniersité, recherche, enseignement supérieur
10.06.2008
Mon président d'université...
... est une présidente. Ca y est, ils ont finis tous par se mettre d'accord. Du coup, le CA de la fac a voté, la candidate d'une des deux listes à 50%-50% est passée par 13 voix contre 8 à l'électron libre dont personne n'avait rien à faire. Le chef de file de l'autre liste à 50%-50% est enrôlé comme vice-président, ce qui semble contenter à peu près tout le monde. Il a envoyé ce matin un long email aux personnels de la fac, dans lequel il expliquait que non, tout ceci n'était pas une magouille, mais que le manque de transparence dans le processus d'élection résultait de l'impossibilité d'être transparent lorsque l'on est pressé par le temps... Comme personne ne lui avait rien demandé, ça semble une démarche logique.
Enfin, le principal, c'est qu'il y ait un pilote dans l'avion...
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