30.06.2008

Marchés = gros nuls (suite)

Je savais que ce billet sur le libéralisme n'allait pas faire que des heureux. Comme mon but dans la vie n'est pas de plaire au plus grand nombre, je m'y attendais un peu... J'espérais à vrai dire des réactions, et elles n'ont pas tardé. Mathieu P., qui avait par ailleurs contribué à l'échange sur les 4x4 (ceux-là aussi, il va falloir que j'y revienne, car il y a eu d'autres réponses depuis), a posté le texte cité ci-dessous en italiques. Comme je serais attristé que l'on me comprenne mal, son texte mérite une réponse détaillée point par point - que voici.

"C'est étrange comme en France, le mot libéralisme a l'air de faire partir en vrille même les gens les plus intelligents."

Si c'est un compliment, merci. D'un autre côté, je décèle une petite déception... Dieu sait que je suis loin d'être satisfait de la mentalité française, à laquelle je prête de nombreux défauts, notamment l'étroitesse de vues et une certaine idée de sa propre valeur... Mais, même si cette mentalité me paraît par de nombreux aspects imparfaite, je lui prête une très grande qualité: contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, le Français n'a pas peur de l'anti-conformisme; s'il râle souvent sans raison ou en avançant des arguments biaisés, il est également beaucoup moins enclin à admettre sans preuve les arguments tout faits que l'on lui présente à la télé ou dans les magazines, en particulier pour tout ce qui touche aux aspects sociaux et économiques - surtout quand il fait partie de ceux qui se font enfler.

 En l'occurrence, la présentation en trois points de la situation est d'une part grossièrement fausse (l'économie de la seconde révolution industrielle a été bâtie sur le pétrole *avant* qu'on prenne conscience que la ressource était dramatiquement limitée, et non après ainsi que le laisse entendre cette présentation)"

Que Mathieu me permette d'être en total désaccord avec son argumentation, pour les raisons suivantes.

  • Premièrement, la première ressource énergétique de la révolution industrielle n'est pas le pétrole, mais le charbon. Encore une ressource fossile, d'ailleurs. Le pétrole n'est arrivé qu'après le charbon, et même longtemps après. Je conseille à Mathieu la lecture du petit livre très intéressant L'histoire secrète du plomb. On y apprend notamment qu'avant la "géniale" trouvaille de l'utilisation du plomb en tant qu'anti-détonnant, le pétrole était un carburant ma foi assez capricieux, car un peu trop explosif, ce qui faisait que l'on n'aimait pas trop l'utiliser dans les moteurs. Jusque dans les années 1930, de nombreuses automobiles - notamment aux States - possédaient un commutateur qui leur permettait de faire fonctionner le moteur, au choix au pétrole, ou à d'autres carburants tels que les alcools végétaux.
  • Mais à la rigueur, cet argument n'est qu'un détail. Quand je parle de bâtir toute une économie sur le pétrole, je me réfère surtout à l'aveuglement des 50 dernières années. J'invite ainsi le lecteur à se rendre sur le site de toute bonne compagnie pétrolière qui se respecte (Ex., le site de BP, www.bp.com). Comme désormais, la mode est à la transparence et que les pétroliers veulent la jouer "communicationnellement correct" vis-à-vis des écolos, ils mettent en ligne plein de données. On peut ainsi télécharger à la page "Reports and Publications" de BP un certain nombre de feuilles Excel sur l'évolution de la demande énergétique depuis plus de 40 ans. J'ai tiré de ces feuilles Excel les graphiques ci-dessous.
image001.gif   image002.gif   image003.gif
    • Le graphique de gauche présente l'évolution de la consommation depuis le milieu des années 60, le graphique du milieu illustre l'évolution du volume de réserves connues depuis 1980. Le triosième graphique est une synthèse des deux premiers: en divisant le volume de réserves par la consommation annuelle, on obtient l'autonomie énergétique mondiale, c'est-à-dire la durée qu'il nous reste avant que les réserves connues soient épuisées - en supposant que nous continuions de consommer au même rythme. Que nous disent ces graphiques?
    • La première chose, c'est que l'on peut s'estimer heureux qu'il y ait eu deux chocs pétroliers dans les années 1970. Si la dérivée de la courbe de gauche était restée identique à ce qu'elle était dans les années 1960, la consommation annuelle de pétrole en serait probablement à 50 ou 60 milliards de barils de pétrole de nos jours, contre une trentaine en réalité.
    • L'autonomie énergétique est actuellement estimée à une quarantaine d'années, contre une trentaine au début des années 1980. L'accroissement de l'autonomie provient de la découverte de gros gisements à la fin des années 1980 (cf. graphique du milieu). Si l'on avait continué à consommer selon la tendance des années 1960 et 1970, cette autonomie ne serait plus aujourd'hui que de 20 ans.
    • Quoi qu'il en soit, 30 ou 40 ans d'autonomie, c'est la borne supérieure de l'intervalle. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque BP affiche le volume total des réserves disponibles, la compagnie ne mentionne pas à quel coût d'extraction. Si, sur les 1200 milliards de barils disponibles actuellement, seulement 600 ou 800 sont extractibles à des coûts économiquement viables (c'est-à-dire que les coûts d'extraction restent suffisammment faibles pour que celle-ci vaille la peine d'être réalisée), l'autonomie chute à 25 ou même 20 ans...
    • Face à ce genre de considération, l'argument standard du partisan de la théorie des marchés est que, le prix du pétrole augmentant avec sa rareté, la production et la consommation s'auto-réguleront d'elles-mêmes. Certes, cela est vrai, je ne le conteste pas. Mais que les marchés soient capables d'ajuster le coût d'une ressource en fonction de la demande et des capacités de production n'a rien d'une nouveauté, c'est même une tautologie, puisque c'est comme ça que les marchés fonctionnent. Ca n'implique en rien que les marchés aient raison de le faire, ou même que c'est une bonne chose qu'ils le fassent - mais j'y reviens plus loin. 
    • Revenons au pétrole: depuis deux à trois ans, le monde entier semble se réveiller et découvrir soudain sa rareté . Alors là, je dis halte aux bobards. Que l'on cesse de nous prendre pour des crétins, et surtout que l'on ne prétende pas que le problème du caractère périssable de la civilisation du pétrole date d'aujourd'hui, puisque l'on pouvait déjà l'inférer des chiffres d'il y a 30 ou peut-être même 40 ans. En gros, cela fait 30 ou 40 ans que l'industrie du pétrole - et avec elle une bonne partie de l'économie occidentale - vit dans la plus grande insouciance, avec un avenir estimé à 30 ou 40 ans. N'oublions pas que, depuis les années 1970 et 1980, pour ne citer que le cas de la France, les politiques vont délibérément dans le sens d'un affaiblissement des services publics de transport en commun tels que le rail (qu'ils soient de passagers ou de marchandises), pour favoriser le transport routier individuel - particulièrement énergivore - au détriment du rail ou du fluvial.
    • Donc oui, je maintiens, la récente prise de conscience des financiers de la finitude de l'économie du pétrole ne peut qu'éveiller un sentiment de compassion apitoyée que l'on ressent face à une stupidité sans fond.

"mais aussi un non-sequitur avec l'argument qu'elle prétend réfuter. Ce dernier est en effet de souligner que l'adaptation au pétrole cher est déjà en cours, ce que contestait le billet auquel de répondait (qui postulait, à tort, une augmentation des ventes de SUV, alors qu'elle sont en diminution)."

Je conteste, sur quatre fronts:

  • dans le billet original sur les 4x4, je plaisantais sur le fait que les marchés ne fonctionnaient pas, car la connerie, qui coûte portant très cher, est reste un des biens que les gens s'arrachent au prix fort. Que ce genre de boutade ne soit pas du goût de tout le monde, je le conçois aisément... Mais ça vous arrive de plaisanter de temps en temps?
  • plus sérieusement, le fait que "l'adaptation [soit] déjà en cours" ne change rien au fait que (1) cette adaptation est extrêmement récente, tout en (2) faisant suite à, combien? 10 ans, 15 ans d'augmentation continuelle des ventes de 4x4, alors que (3) la finitude du pétrole est un fait acquis depuis plus de 30 ans. Alors, vous m'excuserez, mais en fait d'adaptation, la loi du marché n'a vraiment pas de leçon à donner;
  • selon certains (et pas des moindres, Joseph Stiglitz vous excuserez la référence!) cette augmentation intervient pour des raisons tout à fait extérieures aux préoccupations environnementales [Ref 1]. Si les marchés sont arrivés à un effet bénéfique pour l'environnement et pour l'avenir de l'humanité, c'est tout à fait par accident;
  • enfin, il ne faut pas oublier que l'augmentation du prix du pétrole a pour conséquence une spéculation accrue sur les biocraburants, donc sur l'agroalimentaire, avec pour conséquences des problèmes de production autocthone dont se passeraient bien un certain nombre de pays les plus pauvres. On a donc seulement remplacé un problème par un autre, qui n'est pas moins grave.

" Après, il est certes possible de s'interroger sur la vitesse de réaction du marché par rapport à ce qui serait idéal du point de vue de toutes les générations concernées. "

C'est bien, ça, de penser qu'on pourrait s'interroger. Pourquoi ne pas le faire, alors? Trois choses me gênent beaucoup dans les raisonnements des partisans de la logique de marché:

  • la première, c'est que ces gens s'amusent souvent à faire des bilans sur des systèmes "ouverts", c'est-à-dire qu'ils ne comptabilisent pas toutes les entrées et toutes les sorties; ce qui leur permet ensuite de tenir des raisonnements en mettant en avant les arguments qui les arragent et en oubliant les autres. Ainsi, quand le système boursier et la stupidité associés amènent les banques à faire des profits en spéculant honteusement sur des produits financiers aberrants, ça ne pose de problème à personne, le pognon rentre et va nourrir les actionnaires. Mais quand tout commence à se planter (Ex. subprimes, bulle Internet et autres amusements du même genre), ce sont les Etats qui, tétanisés par la peur de la récession massive, mettent la main à la poche pour soutenir les banques défaillantes. Autrement dit, bénéfices pour le spéculateur, dettes pour le contribuable. Avec de tels dispositifs pour pomper le pognon, on serait vraiment un pauvre couillon de ne pas spéculer!
  • quand par hasard le marché arrive à faire quelque chose de bien, ce n'est pas pour des raisons structurelles, et encore moins morales. Ainsi, la hausse du prix du pétrole au sujet de laquelle nous sommes en désaccord n'intervient pas parce qu'il est souhaitable que l'économie mondiale apprenne à se passer du pétrole; elle n'intervient pas parce que les marchés sont visionnaires et qu'ils ont compris que tout cela aurait une fin: elle intervient de façon mécanique, parce que la ressource commence à manquer (ou du moins , la ressource bon marché). Et elle intervient peut-être trop tard, car avec tout le CO2 que l'économie du pétrole nous a amenés à rejeter dans l'atmosphère, on a peut-être déjà programmé une hausse moyenne de 5 degrés sur la température du globe pour les générations futures. Mais, reconnaissez-le, si l'on découvrait soudain un gisement pétrolifère énorme qui ferait tripler l'autonomie énergétique de l'humanité, les prix baisseraient à nouveau et on serait repartis pour 50 ans, avec des émissions de CO2 à la hausse.
  • la troisième chose - et la plus grave à mon sens - c'est que les obsédés de l'économie théorique ont tendance à considérer le marché et les processus financiers comme des fins en soi, en oubliant que derrière les chiffres du CAC 40, du Dow Jones et les indices de chômage, il y a des gens. La croissance, le taux d'endettement, tout ça c'est bien joli, mais lorque l'on convertit cela en réalité humaine, ce n'est plus la même musique. Votre phrase m'évoque la question suivante: supposons que je vous dise: "ce serait bien qu'il y ait une rupture de barrage sur une zone urbanisée. Comme ça, on pourrait faire des mesures et ça me permettrait de valider mes techniques de simulation numérique"; qu'en penseriez-vous? Certes, une telle expérience ferait peut-être de moi un scientifique renommé, mais également un crétin fini. Même si vous ne connaissez rien à la mécanique des fluides et que vous n'avez aucune idée de ce que peut être un schéma aux volumes finis à capture de choc, vous auriez le droit de me dire que je suis un nase. Et vous auriez raison. Votre "interrogation possible" sur la vitesse de réaction des marchés me navre autant que pourrait vous navrer l'hypothétique expérience ci-dessus.

" Je dois dire que je regrette beaucoup de lire sur ce blog que j'apprécie un anti-économisme aussi primaire. "

Encore une fois, vous m'avez mal lu. Je ne suis certes pas un expert en économie, je ne prétends pas tout y comprendre. Il n'empêche que j'ai lu quelques petites choses - dont le savoureux Les trous noirs de la science économique, de Jacques Sapir; ou quelques bouquins de Joseph Stiglitz (Ca doit vous dire quelque chose, non?) et que je me suis forgé une petite idée du problème. Pour résumer, mon opinion tient en deux points:

  • l'économie de marché peut - mais elle n'est peut-être pas le seul instrument possible pour cela - être un instrument d'optimisation très efficace. Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale. En effet, entre autres choses, elle ignore délibérément, dans ses bilans, les coûts sociaux produits par ses avatars, ces coûts étant le plus souvent payés par d'autres [Exemple ici]. On ne peut donc pas lui faire confiance en tant que mécanisme principal de régulation de la société, il faut d'autres mécanismes au-dessus d'elle pour la contrôler. Elle doit demeurer un simple outil et surtout ne pas devenir une fin en soi;
  • les thuriféraires de l'économie de marché ont souvent tendance à insister sur les bienfaits de leur bébé - et à les présenter comme des bienfaits intrinsèques - alors que ses échecs sont présentés, somme toute, comme des dommages collatéraux et incidentels ("on pourrait s'interroger"... sous-entendu, ce n'est pas le plus important). Là aussi, c'est bien pratique de raisonner en bilan sur un système ouvert, en ignorant des flux... sauf que lorsque l'on fait ça, le bilan est faux! A toutes les âneries que l'on entend à la radio sur la nécessité de la croissance, etc., aucune justification n'est jamais donnée. A entendre tous ces types bêler la même chose, j'ai vraiment l'impression de me retrouver à la fin de la chanson de Renaud [1], où des étudiants studieux et certifiés conformes s'en vont diriger le monde "en traînant dans leur cartable la connerie de leurs aînés".

Pour conclure:c'est quoi, déjà, le titre de ce blog? Et son sous-titre? Je ne suis pas anti-économistes, je suis anti-cons (Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'est la même chose, j'espère?

 

[1] Renaud. "Etudiant, poil aux dents", in Le retour de Gérard Lambert.

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Commentaires

(en aparté : les discussions économiques dans la blogosphère, c'est quand même autre chose que les gesticulations de Marseille et Attali à la téloche)

Ecrit par : Fr. | 30.06.2008

"Cependant, en raison de son mode de fonctionnement et de sa logique intrinsèque, elle ne peut rester qu'un outil d'optimisation locale."

Je ne sais pas si elle est de toi, mais c'est probablement la meilleure définition de la main invisible que j'aie jamais lue. Sans y connaitre grand chose, elle résume bien à mon avis ses forces et faiblesses. J'ajouterais cependant quelques considérations sur les constantes de temps de l'optimisation : l'optimisation est quasi-instantanée et la constante de temps très courte (ce qui décourage encore plus à investir dans les futurs minima globaux).

Ecrit par : Tom Roud | 30.06.2008

Tom: oui, c'est de moi (faisons-nous un peu de bien de temps en temps:)
Comme quoi, une (toute) petite culture en maths applis et en analyse fonctionnelle ne peut pas faire de mal, même pour parler d'autre chose...
Et tout à fait d'accord sur les constantes de temps et l'irrelevance (que l'on me pardonne ce mauvais anglicisme) subséquente à investir sur le long terme.
Mais je pense qu'il doit s'y rajouter encore un autre phénomène: je soupçonne que si l'on parvenait à traduire les mécanismes de marché sous forme mathématique, on s'apercevrait que beaucoup de fonctions n'y sont pas des fonctions d'état: il doit y avoir une bonne dose d'hystérésis (ou d'autre chose de bien plus compliqué) là-dedans. Je crois d'ailleurs comprendre que c'est ce qui a valu son Nobel d'économie à Stiglitz, car si je suis bien renseigné il a traité dans ses travaux des effets de l'asymétrie de l'information sur les comportements financiers.

Ecrit par : Enerve | 30.06.2008

Réponse sur mon blog. Malheureusement, au vu du dernier commentaire, j'ai peur qu'elle ne serve à rien. Certes, les maths appliqués peuvent servir... mais ne suffisent largement pas, ce que ce post illustre tristement.

Ecrit par : Mathieu P. | 30.06.2008

Bon, moi aussi j'ai répondu (c'est la moindre des politesses).
Du commentaire de Mathieu, il ressort malheureusement que le monde est séparé en deux engeances: ceux qui ont le droit de réfléchir sur le devenir de la société - et partant, dans une certaine mesure sur leur propre destin - et les autres. Pas de bol pour moi, il vient de me l'apprendre, je suis tombé dans le mauvais seau quand j'étais petit; car pour faire partie de la race des seigneurs, il faut avoir fait des études d'économie - et même ça, ça ne suffit pas, puisque même des prix Nobel d'éco peuvent se révéler, aux dires de Mathieu, de vraies tares.
Mais puisqu'il n'existe qu'une seule route et que celle-ci est à sens unique, allons-y en chantant, c'est tout droit. Ca s'appelle Wall Street et Dow Jones; vous ne pouvez pas vous tromper, c'est fléché depuis la Chine et les Emirats Arabes Unis!

Ecrit par : Enerve | 01.07.2008

"même des prix Nobel d'éco peuvent se révéler, aux dires de Mathieu, de vraies tares."

Le prix Nobel rend dingue. Tout le monde a des idées en l'air, des préjugés, il arrive à tout le monde d'être con. Simplement, un individu lucide en a conscience et se corrige au fur et à mesure. En revanche, un prix Nobel a tendance à se prendre pour un Surhomme et, par conséquent, à considérer que la moindre niaiserie qui sort de son crane relève des plus hautes sphères de la Pensée.
Ceci entraine de navrants naufrages : http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Dewey_Watson#Pol.C3.A9miques

Ecrit par : Pierre S. | 01.07.2008

Réponse aux réponses dans les commentaires de mon blog (je n'ai jamais pris le temps de configurer le flux RSS pour qu'il affiche les réponses de ComBack, bref...).

Je n'ai jamais dit qu'il était interdit à quiconque de réfléchir sur l'avenir de la société. Je dis en revanche qu'il faut savoir prendre la mesure de son ignorance. Que penseriez-vous de moi si je prétendais édicter les normes de construction d'un barrage ? De la même manière qu'il faut une formation minimale pour faire de la méca flu (et Dieu sait que j'ai cauchemardé sur les rotationnels), il faut aussi une formation de base en économie pour avoir un discours qui dépasse le comptoir du Café du Commerce. Très malheureusement pour l'image de l'économie, des guignols se présentant comme économistes (en vrac Sylvertre, Pastré, Le Boucher, Maris et j'en passe) ne dépassent pas ce niveau, tandis que des chercheurs compétents (comme Stiglitz) y retombent une fois leur carrière scientifique terminée.

Ecrit par : Mathieu P. | 01.07.2008

Réponses aux réponses des réponses dans les réponses... Et puis je pense qu'il sera temps de clore ce débat, car visiblement on ne tombera pas d'accord. Quelques petites remarques cependant sur la méthode:
1) Ce débat a légèrement dévié de son objet initial (au départ une plaisanterie sur l'économie de marché, mais pour reprendre Descartes, l'humour n'est pas la chose du monde la plus partagée...) J'aimerais y revenir. Au risque de vous déplaire, mis à part me dire que je n'y connais rien, vous ne m'avez rien prouvé. Au sujet de l'économie du pétrole, je vous ai donné des chiffres très simples à exploiter (trop peut-être? Vous avez l'air d'aimer ce qui est compliqué, ce qui pour moi en tant qu'enseignant est mauvais signe), pour toute réponse vous m'avez traité d'ignorant. Bon, pourquoi pas... mais j'attends toujours de vrais arguments.
2) Je découvre sur votre blog (que je n'avais tout d'abord pas exploré à fond) que vous êtes enseignant. Est-ce la seule alternative que vous donnez à vos étudiants: être d'accord avec votre interprétation des choses, ou être relégués au rang de crétins? C'est sans doute efficace sur l'othodoxie des copies, sur le plan de la pédagogie je m'interroge...
3) Votre analogie avec les normes de construction du barrage me paraît assez fausse, mais comme de toute façon vous n'y connaissez rien en barrages...
4) Vous réduisez la mécanique des fluides à une histoire de rotationnel. Je suis sidéré par la masse de gens qui racontent n'importe quoi sur la mécanique des fluides alors qu'ils n'y connaissent rien. Il faut vraiment un minimum de culture de base en mécanique des fluides pour ne pas ramener les considérations sur la mécanique des fluides à des considérations de Café du Commerce.
Là, vous voyez, je viens d'utiliser votre technique. Je ne vous ai rien prouvé, mais ce n'était pas le but, n'est-ce pas?
Allez, sans rancune!

Ecrit par : Enervé | 02.07.2008

Ah, c'est quand même un peu trop facile. Quelques mots pour donner mon point de vue :
(1) Nous sommes partis d'une double assertion :
(a) Les ventes des 4x4 ne diminuent pas malgré la hausse du prix du pétrole
(b) Cela prouve l'absence d'ajustement par le marché au prix de la ressource.
Il me semble avoir démontré que (a) était fausse, et avoir donné des exemples qui vont dans le sens de (b) fausse aussi.

(2) Les chiffres : il me semble sur ce point avoir montré que la lecture naïve de ces chiffres (la hausse du prix du pétrole était prévisible depuis longtemps) était fausse parce que d'une part elle reposait sur un anachronisme (penser qu'on avait à l'époque une idée de ce qu'allait être le développement de la Chine et de l'Inde) et d'autre part parce qu'elle reposait crucialement sur la véracité de l'assertion (1b), dont j'ai dit que je pensais qu'elle était fausse.

(3) L'enseignement : mes cours sont des cours de méthodologie. J'apprends donc à mes étudiants à ne pas se contenter de leur prégujés ou de lectures de qualité douteuse (au hasard, les pamphlets de Stiglitz), mais de toujours étayer leurs assertions et leurs raisonnement sur des sources fiables. Et naturellement à savoir trouver et identifier lesdites sources.

Sinon, je suis bien d'accord que cela n'a que trop duré, et sans racune non plus pour ce débat viril mais correct.

Ecrit par : Mathieu P. | 02.07.2008

Bon, tout de même, je ne peux pas laisser dire cela, et ensuite j'arrête pour de vrai: je n'ai voulu prétendre ni (1a) ni (1b), mais si c'est l'impression que ça donne, ça prouve surtout que je m'exprime très mal - soit dit en passant, une hypothèse à ne pas écarter!
Par ailleurs, je suis tout à fait d'accord avec vous sur la nécessité de la méthodo. J'ai les mêmes problèmes avec mes étudiants, sur d'autres matières... (règle générale de l'étudiant moyen: mieux vaut une réponse au pif mais immédiate qu'une réponse réfléchie mais différée).

Ecrit par : Enervé | 02.07.2008

Vous tapez sur un homme de paille.
1) Ceux qui lisent votre blog savent que ce n'est pas la première fois que vous dites du mal de l'économie de marché. Mathieu a profité de l'occasion pour répondre, il aurait pu le faire à la remarque précédente ou à la suivante. Du reste, vos réponses à sa remarque montrent que vous prenez votre blague au sérieux.
2) Mathieu P. ne défend pas une "chapelle" ou une "école", simplement il fait la différence entre les bons économistes et les guignols : http://www.leconomiste-notes.fr/dotclear/index.php?2006/12/01/38-eloge-des-heterodoxes
3) C'est juste un exemple pour dire qu'on ne doit pas avoir d'avis péremptoire sur des sujets dont on ignore presque tout.
4) Straw man, once again.

"mis à part me dire que je n'y connais rien, vous ne m'avez rien prouvé".
Suivez le lien que je vous ai proposé. Je le redonne : http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/05/13/1273-l-economie-de-marche-est-elle-la-plus-efficace

Au sujet du "pic pétrolier", c'est bien gentil de dire que le marché est inefficace (ou insuffisamment efficace). Mais quelle est l'alternative ? Supposons que le secteur pétrolier soit entièrement nationnalisé et que le prix de l'essence soit fixé par le ministre de l'économie. Pensez-vous que les prix auraient augmenté plus tôt dans le but d'anticiper le pic pétrolier ? J'imagine mal Mitterrand ou Chirac dire il y a 25 ans "bon, vous vous plaignez de la situation économique, de la 'crise', mais tant pis pour vous, on va en rajouter une couche : on va augmenter sensiblement les prix à la pompe et on va taxer les véhicules gourmands parce que, voyez vous, il n'est pas impossible que le pétrole vienne à manquer pour vos petits enfants, dans l'hypothèse ou vos enfants ne mettent pas au point de moteurs alternatifs dans l'intervalle". Je trouve pour ma part que les hommes politiques (et l'opinion publique) sont en la matière *pires* que le marché. Voyez comment les gens réclament et comment les politiciens proposent de baisser les taxes sur l'essence dans l'espoir (vain : http://www.ecopublix.eu/2008/05/le-prix-du-ptrole-et-le-grand-prix-du.html ) de retarder le plus possible l'échéance. Et en oubliant à l'occasion les belles paroles du grenelle de l'environnement. D'ailleurs, certains exemples que vous donnez (comme le manque d'investissement dans les transports publics ou le transport ferroviaire) accablent les pouvoirs publics, et non le marché.
Pour généraliser un peu la discussion, le marché seul ne fonctionne pas pour tout (ex : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bien_public ), d'où l'intérêt des lois, des services publics et des taxes pigouviennes ( http://en.wikipedia.org/wiki/Pigovian_tax ) mais ça ne veut pas dire que le marché c'est "nul" ou que c'est un "piège à con". C'est comme si je disais "l'administration, ça ne marche pas pour tout, donc l'Etat c'est nul, Etat = gros nuls, Etat = piège à cons".

Ecrit par : Pierre S. | 02.07.2008

Quelque soit la matiere, c'est toujours aux specialistes de faire le boulot de mieux expliquer pourquoi certains raisonements sont mauvais. Or en lisant les deux blogs, j'ai trouve plus d'argumentations censees du cote de enerve.

Je vais rajouter un point qui me semble assez central en lisant les presentations de Steve Keen:

http://www.debunking-economics.com/


en particulier:
Theory of the firm PPS
ou il nous montre avec un modele assez simple que les courbe de demandes et de prix qui sont les B-A-BA en economie ne sont pas probant pour un systeme assez simple de competitions et surtout ne reflete jamais l'experience des acteurs de ce fameux marche.

Le plus embettant dans cette affaire, est que notre perception de tous les jours ressemble assez bien avec les resultats du modele et celle de l'experience des acteurs plutot que l'incantation aux fameux marches regulateurs. Une croyance aveugle a certains axiomes qui de plus ne semble pas coller avec l'experience devrait toujours faire penser au fait que le modele doit etre revu. Il n'est simplement pas normal que les etats deviennent regulateurs alors que ces fameux marches sont censes s'autoreguler.

Igor.

Ecrit par : Igor Carron | 02.07.2008

En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que ce billet aura eu du succès!
Grâce à vous les gars, le nombre de visites quotidiennes et de pages lues sur ce blog a triplé par rapport aux valeurs habituelles. Donc merci à tous, même si on n'est pas forcément tous d'accord... loin de là!
Pour travailler dans un domaine où les modèles - pourtant extrêmement simples - sont bien loin de donner satisfaction (c'est même pour ça qu'on continue à faire de la recherche!) j'abonde dans le sens d'Igor (il avait déjà fait une remarque identique à celle qu'il fait ci-dessus dans une réponse à un précédente billet).
Quelque part, je pense que cette discussion a vocation à être poursuivie; pas forcément sur le point particulier de la civilisation du pétrole, mais également sur le thème de la démocratie et de la légitimité de l'expertise... Je vous promets un billet sous peu sur ce sujet!

Ecrit par : Enerve | 03.07.2008

"Ceux qui lisent votre blog savent que ce n'est pas la première fois que vous dites du mal de l'économie de marché"
Ouh là là ! Dites-donc c'est vrai ça que vous dites du mal de l'économie de marché !! Vous n'avez pas honte ?
C'est là qu'on voit que vous n'avez pas eu la bonne formation... Venez faire un petit tour en cours de micro, l'année prochaine, on va vous remettre le cerveau à l'endroit !

Ecrit par : guignol | 07.07.2008

Oui, je sais, je dis du mal... Les habitués de ce blog devraient être surpris.
Mais bon, j'aime tellement ne pas plaire à tout le monde que ça vaut bien quelques invectives.
Pour ce qui est de remettre le cerveau à l'endroit... Ma foi, je vois bien, au nombre de commentaires laissés sur ce billet, qu'une suite va bientôt s'imposer. Je promets de m'y atteler bientôt.

Ecrit par : Enerve | 08.07.2008

Je n'avais pas dit merci à b. pour les liens. Voilà qui est fait.

Ecrit par : Enervé | 08.07.2008

http://discuss.epluribusmedia.net/node/2046

Ecrit par : b | 09.07.2008

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