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16.06.2008

Recrutement maîtres de conf ect: le débat continue

Suite du débat qui nous occupe depuis déjà un certain temps sur le recrutement des maîtres de conf et autres profs. Igor (Lien vers son blog) a à nouveau réagi, je vous engage à aller lire son commentaire à la fin du billet en question, car il donne un certain nombre d'infos que je ne reprends pas ici. Morceaux choisis, avec quelques réponses.

  • "Tu remarqueras que j'ai aussi evoque le fait que le nouveau candidat est en general choisit si il n'y a pas de connection avec les recherches effectuees dans le meme departement (ce qui exclurait ton candidat d'une certaine maniere). " Exact. A ma connaissance, les sections de Maths (au moins maths applis, la section CNU 26) ont pour tradition de procéder ainsi: jamais de recrutement en local. Il est vrai qu'à première vue, ça peut paraître plus sain. En réalité, ça ne l'est pas forcément: il existe en général des arrangements tacites entre labos d'universités d'ifférentes, style prends-moi mon thésard, je prendrai le tien, et dans 5 ans, à l'occasion de la prochaine mutation, on échange... De plus, je sais de source sûre que certains matheux se sont mordu les doigts d'avoir appliqué aveuglément cette règle, car ils ont dû se séparer de très bons candidats pour récupérer des autistes dont personne ne voulait! 
  • "Mon impression est que tu cherches un post-doc et non un collegue." Je n'a    i pas bien compris pourquoi, mais bon... C'est peut-être que la vieille Europe est tellement nase et que les States lui sont tellement supérieurs qu'un titre de post-doc aux US est équivalent à un poste de maître de conf en France? Je reviendrai sur la prétendue excellence du système universitaire américain peu plus loin.
  • "Si j'etais dans ta situation, je serais en train de collaborer avec quelqu'un dans une autre universite qui est bon a faire ces calculs dont tu n'est pas le specialiste." Merci du conseil; je précise au passage que je ne suis pas totalement débile, et que je n'ai pas attendu ce message pour le faire; il y a déjà 7 ans que j'ai noué des collaborations... hors de France! En outre, le spécialiste des calculs, c'est précisément moi; et c'est plutôt moi que les autres viennent chercher quand ils ont des problèmes à ce sujet. C'est exactement la raison pour laquelle j'ai obtenu le droit d'embaucher quelqu'un: j'ai été en quelaque sorte dépassé par mon propre succès et j'ai beaucoup plus de travail que je ne peux en fournir... Je tiens cependant à préciser que je suis un farouche adversaire du principe qui consiste à aller faire faire par les autres les choses qu'on ne sait pas faire soi-même. C'est précisément le mal dont souffre la recherche française (et pas que la recherche...): l'avenir semble appartenir à ceux qui l'ouvrent bien grand en faisant travailler les autres et en co-signant la publi. Je suis au contraire partisan du principe qui fait que si une technique, un savoir-faire ou des équipements sont essentiels pour ma recherche, je dois les apprendre et les maîtriser moi-même. Pour l'instant, ça ne m'a pas trop mal réussi... Voir également à la fin du billet ce que je pense des soi-disant critères d'évaluation de la recherche.
  •  "Ce que j'entends de ton propos c'est qu'il semble difficile en france d'avoir de telles alliance pour des raisons que je ne comprends pas. ]" Il ne me semble pas avoir dit cela où que ce soit... En fait, ce qui ne m'était pas possible, c'était d'embaucher quelqu'un avec le profil dont j'avais vraiment besoin. Il me fallait quelqu'un avec un profil de mathématicien appliqué; or, vu la division de la fac en sections disciplinaires (j'appartiens à la 60ème), il aurait été impossible de recruter quelqu'un venant d'une discipline différente (en l'occurrence, les maths applis sont en 26ème section). Je ne suis pas certain que la nouvelle loi sur l'autonomie des universités amène un changement de ce côté. D'un autre côté, j'ai réussi à contourner un peu cette difficulté en recrutant le candidat que je voulais, et qui avait un profil connoté maths applis - une preuve de plus que tout système est contournable dans une certaine mesure, mais c'est très difficile.
  • "Enfin, au bout des cinq ou six ans d'epreuve, ou les gens t'on vu," N.B. c'est précisément pourquoi je tenais à embaucher cet ATER, que j'avais eu le temps de tester et que je savais fiable. N.N.B., c'est aussi ce qu'on a fait pour moi quand je suis allé aux Pays-Bas: j'ai d'abord eu droit à un CDD de 2 ans, histoire de faire mes preuves. Et je remercie franchement les Hollandais d'avoir fait ça pour moi, car au vu de mon CV sans aucune publi à l'époque, ce n'est pas en France que l'on aurait fait ça.
  • "ils prennent une decision, qui elle meme peut-etre contredite par l'administration de l'universite. Dans les universite d'etat cela veut dire que les politiques ont un mot a dire a la nomination finale des candidats." Eh bien dans ce cas, merci beaucoup; c'est sans moi. Je ne vois vraiment pas ce qu'un tel droit d'ingérence a de vraiment enviable. Dans la série d'anecdotes que j'ai rapportées sur le recrutement de ce candidat, une des choses sur lesquelles je me suis battu était de ne pas laisser aux crétins et aux incompétents le droit de juger à ma place de choses qu'ils ne comprenaient pas. Je te laisse donc le soin de deviner ce que je pense de l'ingérence politique dans la nomination des personnels universitaires. Tant qu'on y est (et vu comme les States ont l'air de tourner), on n'a plus qu'à aller demander son avis sur le candidat au prêtre méthodiste du coin... D'ailleurs, je me demande comment on fait à l'Université Brigham Young... On fait peut-être passer un examen de religion mormone aux thésards en physique quantique?
  • "Pour terminer, je vois aussi beaucoup de francais qui ne comprennent pas le systeme americain car ils n'y ont ete qu'etudiants, post-docs ou chercheur de passage." On est d'accord. Personnellement, je n'ai pas fait de séjour de plusieurs années aux States, je ne connais le système que pour avoir des relations de collaboration avec des profs d'universités américaines, et je ne les envie absolument pas. Au point que j'ai refusé depuis 5 ans les propositions d'embauche que m'ont faites des facs américaines pourtant assez réputées dans le domaine du génie civil.

Maintenant que j'ai répondu aux questions spécifiques de ton commentaire, quelques considérations générales. Tu me diras si je me trompe, mais les différences majeures entre la recherche aux States et en France me semblent être les suivantes:

  • le lien étroit entre recherche et industrie; en France, on n'est pas bons du tout de ce côté-là; mais je tiens à préciser que la faute n'en revient pas forcément aux chercheurs. Le Français est quelqu'un qui se croit toujours plus malin que les autres: il voudrait tout avoir et rien payer. Ainsi, les patrons français répugnent très fortement à investir dans la recherche et développement; la recherche française en paye d'ailleurs maintenant le prix;
  • le contraste considérable entre les moyens alloués aux facs sur les deux continents. Mais tu sais probablement que chez nous, les droits d'inscription à l'université ne coûtent quasiment rien. Quand j'entends parler de ce que demandent la plupart des universités américaines en droits d'inscription, je me dis que finalement, en proportion des moyens alloués, le système d'enseignement supérieur Français n'est pas si mauvais que ça (la France dépense plus pour un lycéen ou un collégien que pour un étudiant d'université!): il est juste insupportablement féodal;
  • enfin, si la recherche aux Etats-Unis est si florissante, c'est aussi parce que ces mêmes Etats-Unis n'ont pas à supporter tous les coûts d'investissement que cette recherche leur rapporte. Je m'explique: dans mon domaine de recherche, la quasi-totalité des papiers qui sortent dans les journaux les plus renommés sont publiés par des labos américains... mais les auteurs sont des étrangers! Autrement dit, les labos et les universités US peuvent se permettre d'embaucher à grands frais des chercheurs... qu'ils n'ont pas eu à former! Ces gens ont fait leur Master, leur PhD dans d'autres pays, et sont récupérés par les labos Etats-Uniens alors que le principal investissement (éducation primaire, secondaire et même supérieure jusqu'au Master et au PhD) a été réalisé par des pays étrangers. Donc l'excellence du système US n'est absolument pas démontrée, puisqu'il est impossible de faire un bilan fiable sur un système ouvert dont on ne connaît pas toutes les entrées.

Enfin, soyons clairs: la mesure de la qualité scientifique par la publication n'est qu'une vaste farce. Je ne parle même pas du critère du nombre de contrats ou du montant de ces contrats... Les balivernes style indice de citation, facteur d'impact - et, plus débile encore, le facteur H - sont le plus souvent pincipalement une indication des qualités de marketing et/ou de lobbying d'un labo ou d'une équipe, ainsi que de la fainéantise intellectuelle et de l'absence d'esprit critique de ceux qui les évaluent. Quelques arguments:

  • Mes deux papiers les plus fréquemment cités sont ceux que je considère comme les plus nuls scientifiquement. Il s'agissait simplement d'utiliser des recettes de cuisine mises au point par d'autres et de les appliquer à un cas concret. Au niveau du principe, rien d'innovant; au niveau des résultats, rien de fracassant; au niveau de la compréhension des phénomènes physiques, rien de neuf, il suffisait juste de réfléchir un peu, on pouvait deviner les résultats sans faire les calculs (d'ailleurs, nous avions écrit le papier avant d'avoir tous les résultats, car nous savions d'avance ce qui allait se passer). Eh bien, ce sont ces merdes qui sont citées les plus fréquemment;
  • prenons un autre exemple, un vrai celui-là: à l'autre bout de l'échelle de la qualité scientifique (par rapport à moi), il y a le double prix Nobel d'Albert Einstein; il tient, si ma mémoire est bonne, en 3 articles, pour un total de 27 pages, publiés en 1905, sur l'électrodynamique et la relativité. En gros, le mec a eu ses 2 Nobel avec un fateur H égal à 3... Alors les croque-morts de la publi peuvent remballer leur mètre à ruban et leurs boîtes en sapin capitonnées, ce ne sont pas les mensurations qui font le gros costaud. C'est la faculté de s'intéresser aux bons problèmes, de pouvoir les résoudre... et d'être là au bon moment (il y a aussi de la chance quelque part)! 

La morale de cette histoire, et de nos expériences très diverses sur le recrutement des enseignants-chercheurs, reste à mon avis ce que je disais dans le billet précédent: recrutement à la publi, à l'adaptabilité, sur la foi des réseaux de connaissances et des relations professionnelles, audition d'une demi-heure ou période d'essai de 3 fois 3 ans avant d'avoir la tenure... Quelle importance? Il ne faut pas oublier que derrière les dossiers, il y a des gens, avec des sentiments et une personnalité. La plus grosse des fautes que l'on puisse faire n'est pas de prendre tel ou tel candidat par rapport à un autre qui, peut-être, l'aurait -un peu mieux? - mérité. Le plus important est que les termes du contrat soient clairs, et que le candidat sache ce que l'on attend de lui. Ce que je constate malheureusement, c'est que très souvent, on ne dit pas la vérité aux candidats sur ce que l'on attend d'eux; on les laisse essayer de deviner des règles dont la plupart ne sont pas écrites et que seuls les "initiés" connaissent vraiment. Après, si le système ne plaît pas... Chacun est libre de le quitter et d'aller voir ailleurs.

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Commentaires

Bonjour Enerve de Service,

Pardon pour toutes les fautes tout d'abord. Je suis toujours horrifie de me relire dans un grand format plutot que dans le petit carre des commentaires.

Je ne suis pas sur que rende service a tes lecteurs en mettant un lien vers mon blog :-)


Je suis d'accord avec toi pour ce qui est des indices de citations, mais comme la democratie c'est le moins mauvais des systemes. On ne peut pas demander a des gens qui sont dans les resources humaines scientifiques d'etre aussi pointu que les specialistes eux-memes. Le seul gage d'une recherche tres innovante me semble etre les prix donnes par les societes savantes, encore faudrait-il que toutes ces limites d'ages et autres consideration soit effaces.

Pour ce qui est de la France, ma critique n'est pas au niveau de la recherche en elle-meme, mais plutot sur l'impossibilite qui semble assez notoire de ne pas avoir un systeme de transfert de technologie veritable. J'ai ecrit en ce sens dans mon blog en francais bien que je prefere reste en dehors de la politique en general:

http://tinyurl.com/4hhlvq

cela devient plus important maintenant que jamais car l'industrie francaise ne semble plus faire son boulot comme je le montre dans un sujet tres particulier:

http://tinyurl.com/6mau5b

Le systeme courant semblant extrement inadequate:

http://tinyurl.com/4hhlvq


Albert Einstein n'a eu qu'un prix Nobel pour l'effet photoelectrique en particulier parceque la relativite n'etait pas toujours bien accepte au moment de l'attribution.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Einstein

Il me semble me rappeler, que les 4/5 articles de 1905 seront les elements qui feront que les gens voulaient lui donner le prix nobel et qu'ils ont utilise l'effet photoelectrique comme seul critere parceque deja bien accepte. Il y a peu de double prix nobel, les francais en ont au moins une.

Je suis d'accord avec toi sur le fait que les US utilisent les impots d'autre nations dans leur systeme d'education. La majorite des chercheurs n'etait pas americains au debut de leur carriere. Mais cela ne me semble pas pertinent car tout le monde sait que le systeme de college et lycee americain est deplorable. Le sujet de ton blog est sur le recrutement dans le superieur.


Je suis d'accord avec une majorite des reponses que tu abordes et en particulier ton dernier point: Il faut une clarte dans les objectifs et le systeme americain semble donne ces garanties.

Si je prends le systeme americain en exemple c'est en particulier parceque l'on s'apercoit que les acteurs qui jouent dans le recrutement ont quelque chose a perdre si le candidate est mauvais. Or le point essentiel que je vois de tes critiques du systeme francais, c'est qu'il y a une majorite de gens qui selectionnent un candidat qui n'ont un interet que tres limite dans le succes eventuel de ce candidat. C'est un probleme, et il est evident que si ceci n'est pas regle, toutes ces histoires de copinage resteront quelque soit la forme du recrutement. Dans cette optique, tu exprimais une opinion negative sur l'influence du politique, mais je veux etre plus clair, au moins elle le merite d'etre clairement etablie et de dire a voix haute que le probleme avec cette personne n'est pas de nature scientifique. Il est aussi extemement rare que quelqu'un n'ait pas sa tenure pour des positions politiques ou de religion (au moins en ingenierie et en sciences durs). Il est tellement rare que :
- je ne connais pas d'exemples specifiques
- les universite sont notees par rapport a l'ingerence du politique, les moins bonnes sont souvent celle ou les ingerences sont les plus grandes. A terme ce n'est pas un bon calcul puisque cette universite sera moins bien vue et perdra une aura qui lui permettrait d'attirer plus d'eleves et donc de fonds dans le futur.

Le plus gros ecueil pour les profs est je pense la pression sociale de donner des bonnes notes a leurs etudiants. C'est un probleme qui n'a pas reelement de bonnes reponses.


Igor.

Ecrit par : Igor Carron | 16.06.2008

Salut Igor,
Merci pour ta contribution (ça, c'est du réactif!) et les infos utiles. Quant au lien ton blog, puisqu'on est dans le scientifiquement correct, autant citer les références de façon adéquate!

Ecrit par : Enervé | 16.06.2008

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