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02.06.2008

Recrutement maîtres de conf: les questions fondamentales (et quelques réponses)

Suite au billet du 29 mai sur le recrutement des maîtres de conf dans mon université, un certain nombre de lecteurs(trices) ont fait part de leurs réactions - et tant mieux, c'était fait pour!

Au sujet des enjeux de pouvoir qui se révèlent au travers des nominations, c'est probablement Mirza qui a le mieux résumé la situation: "le plus dur, c'est d'arriver à faire avec... et de ne pas en tenir compte, même quand ça nous concerne". C'était précisément le but de cette série de billets: arriver à montrer aux prétendants à la fonction (dont j'ai fait partie il n'y a pas si longtemps) que les règles de fonctionnement finalement très autistes des commissions de recrutement (quelles qu'elles soient - je ne suis pas sûr que les processus soient moins objectifs ou plus purs quand on fait partie d'une commission de recrutement au CNRS, à l'IRD, à l'INRA, l'INSERM, etc.) et les décisions qu'elles prennent à leur endroit ne doivent surtout pas être prises pour des jugements de valeur sur leur personne et leurs qualités propres.

Que, comme Emmeline (collectif bicéphale) cela puisse conduire à s'interroger sur l'intérêt de faire une thèse (je suppose tout de même que c'était une boutade), ma foi, ce n'est pas forcément inutile. Ceci dit, c'est le moment ou jamais, car en ces périodes de départs massifs à la retraite (s'ils sont jamais remplacés, ce qui est une autre histoire) des chercheurs embauchés dans les années 80, les condition sont beaucoup plus favorables qu'il y a, par exemple, 10 ou 15 ans (époque à laquelle j'ai été amené à m'expatrier pour cause d'avenir bouché en France). Désormais, dans ma section CNU on a en moyenne 20 candidats pour un poste; il y a 10 ans, c'était plutôt 60 à 80... Nous sommes au creux de la sinusoïde, avec la coïncidence d'un nombre de postes au recrutement (relativement) important et une démographie de candidats (relativement) peu fournie.

Igor a posé les questions les plus nombreuses, et elles valent la peine qu'on s'y attarde.

  • "pensez-vous qu'il est normal de rester dans sa spécialisation?" Non. C'est précisément parce que je voulais quelqu'un de différent cela que je n'étais pas particulièrement enthousiaste à l'idée de recruter quelqu'un qui ait exactement la même formation que moi! l'ATER que nous avions en poste (et que j'ai fini par faire recruter) était, sur cet aspect aussi, beaucoup plus intéressant que monsieur "guerre des étoiles", car il a à la base une formation d'ingénierie mathématique; ce qui le rend particulièrement "mobile" mentalement et adaptable à beaucoup de choses. Il l'a d'ailleurs prouvé en se mettant, en 6 mois, à un domaine de recherche auquel il n'avait jamais "touché" auparavant, et en nous permettant de soumettre très rapidement 2 publis qui, sans lui, auraient sans doute traîné encore 6 mois...
  • "pensez vous qu'il est normal de recruter sur ses faiblesses ou de soi-meme changer un peu de focus ?" Oui; une raison supplémentaire en faveur du candidat que j'ai recruté car, dans sa thèse, il a travaillé sur un domaine totalement différent - appliqué certes à des problèmes physiques et très concrets (un peu comme vous d'après ce que je vois de votre page web). En gros, je voulais quelqu'un qui puisse m'apprendre des choses sur les sujets que j'ai besoin de développer.
  • "Plus precisement, pensez-vous que ce domaine de meca des flu soit si "mort" que cela et qu'il vous suffit simplement de prendre un ingenieur pour faire avancer les choses dans votre domaine?" Le domaine de méca flu dans lequel travaillait le post-doc qui m'intéressait moins n'est pas mort du tout. Au contraire, il draine des quantités de pognon assez considérables. Simplement, ce n'est pas du tout celui dans lequel je travaille, ce n'était pas le profil dont le labo avait besoin, et ses compétences n'auraient pas servi à grand chose. Au sujet de l'"ingénieur", cf. plus loin.
  • "Mon experience est que bien qu'elle ne soit pas de meme nature, ces complexites sont de meme ordre [...] Le operateurs de moyennage sont differents, mais une fois qu'ils sont compris on n'y pense plus." Je suis d'accord... et en même temps, pas totalement. Dans le domaine dont je m'occupe, il suffit de moyenner une équation sur la verticale ou dans le temps pour tomber sur un type d'équation totalement différent, que l'on ne peut pas résoudre en emplyant les mêmes techniques. Mais développer ce point en détail prendrait trop de temps et lasserait la plupart des gens, même si le sujet est intéressant.
  • "qu'il vous suffit simplement de prendre un ingenieur pour faire avancer les choses dans votre domaine?" Je suis un peu choqué par cette remarque; c'est faire peu de cas de ce qu'est - ou en tout cas devrait être, ou bien était, dans le temps - un ingénieur (un bon ingénieur, j'entends). C'est peut-être aussi se faire une idée exagérée de ce qu'est la recherche aujourd'hui. Soyons honnêtes: la majorité des chercheurs en sciences de l'ingénierie aujourd'hui font un boulot d'ingénieur. Quelques petits exemples.
    • Quand je remplis 10 pages de calcul pour mettre au point une nouvelle méthode de reconstruction des variables dans un schéma de type Godunov, ou quand je mets au point une procédure de détection de choc, je ne fais pas de la recherche en maths: j'utilise au mieux des notions de géométrie différentielle, d'algèbre linéaire et de calcul différentiel que l'on connaît depuis, je dirais, 150 ans. Les gens qui font de la vraie recherche en mathématiques, je suis incapable de les comprendre. Donc oui, je fais de l'ingénierie.
    • L'ingénierie est extrêmement utile. Elle permet de mettre en pratique ce qui autrement n'existerait qu'en théorie ou à l'état de "possibilité". Je sais que les théoriciens ont l'habitude de déféquer copieusement sur tout ce qui est "bassement pratique", mais il arrive un moment où il faut délaisser les cas théoriques et les géométries idéales avec leurs symétries élégantes et lisses pour arriver et effectivement à se colleter avec la réalité moche, asymétrique et rugueuse. Je suis d'accord que sans Einstein et la relativité, les GPS seraient nettement moins précis (voire pas du tout), mais sans Tsiolkovski, Korolev ou Von Braun (le V2, la fléchette téléguidée supersonique de l'Allemagne Nazie, c'est lui) ils n'auraient simplement pas existé.
    • si la moitié seulement des gens dans mon labo avaient une mentalité d'ingénieurs, avec la volonté de fabriquer des choses qui fonctionnent réellement, et la capacité d'écrire correctement leur nom sur un ordre de mission, la vie serait bien plus facile pour beaucoup de monde... Y compris parce que ce qui décide l'attribution des crédits de recherche, la visibilité des équipes et l'affichage extérieur des lignes de recherche dans un labo, ce sont les problématiques de recherche de la majorité... qui dépendent de la vision que cette majorité a de sa propre activité et de son utilité sociale.
       
  • "Il est tres important [...] de comprendre que le recrutement n'est en general [...] pas simplement une question de capacite [...]  dans le public francais on fait exactement la meme chose." On est d'accord.
  • "il serait naif de penser que seuls les criteres supposes objectifs sont la partie essentielle d'une acceptation dans le groupe. Parceque a la fin, c'est un pari sur l'avenir que fait ce groupe." C'est exactement ça. De ce point de vue, le processus ne diffère effectivement pas de ce que l'on rencontre dans le privé. La grosse différence avec le privé, c'est que chez nous, une fois embauché, le maître de conf n'est plus virable et il est là à vie; dans le privé, on peut virer les gens qui ne conviennent pas. Ceci dit, ne nous leurrons pas, le privé permet également la survie des médiocres et l'ascension des conformistes, surtout dans les grand groupes (c'est un ancien salarié du groupe Alcatel qui vous parle!)

Et pour la fin, Igor nous pose la question qui tue: "Etant donne l'etat de fait que vous decrivez, que faudrait-il au systeme pour qu'il soit juste et qu'il remplisse sa mission de facon la moins inefficace possible ?"

Comme disait l'autre: mort aux cons... vaste programme! Pour être honnête, je ne suis pas certain qu'il existe un système juste, ni que celui que nous avons en France soit fondamentalement injuste. Simplement, tout système peut être détourné et utilisé de façon perverse par les incompétents et/ou les malhonnêtes. En particulier, comme la France est un pays essentiellement d'habitudes féodales, ces mauvais habitudes se retrouvent jusques et y compris dans le recrutement des enseignants-chercheurs. Au nombre des mauvaises habitudes, qu'il serait à mon avis intéressant de faire disparaître (liste non exhaustive):

  • être clairs sur les objectifs et les critères. N'oublions pas que la série de billets portait sur le recrutement des maîtres de conf. Or, pour l'instant (et c'est assez symptomatique), nous n'avons parlé que de recherche. Rappelons tout de même qu'un MCF, c'est un enseignant-chercheur. Il est tout de même censé passer la moitié de son temps à préparer des cours, corriger les exams et, éventuellement, coordonner des enseignements. On constate néanmoins deux choses:
    • un bon enseignant qui est "simplement" un bon enseignant ne sera jamais promu pour cette seule qualité. Le critère le plus souvent officiellement donné (par les sections CNU par exemple pour la qualif aux postes de prof) est l'excellence et la cohérence de l'effort de recherche;
    • en réalité, au-delà des critères officiels, il existe des "critères cachés", que, comme trop souvent dans notre beau système français, on ne découvre qu'après coup, c'est-à-dire après s'être fait planter! ces critères cachés tournent souvent autour de l'administration des enseignements, de l'appartenance à des instances administratives telles que les commissions de spécialistes, les conseils scientifiques, les CA, etc.; beaucoup d'instances où l'on entre principalement par cooptation - donc souvent sur des critères de copinage et non de valeur;
    • reconnaissaons enfin que si la promotion pour récompense de l'investissement administratif est si répandue, c'est qu'elle arrange beaucoup de monde: contrairement à la recherche, l'administration ne demande pas de bonnes idées, elle ne requiert que du temps de présence; si votre recherche est nulle, vous vous ferez doubler par de meilleurs que vous; si vous faites de l'administration, il vous suffit de ne jamais laisser votre place pour faire barrage à tous les autres. C'est le système de verrouillage à l'ancienneté le plus efficace qui soit, car il requiert uniquement d'être le premier à s'asseoir dansle fauteuil.
  • Reconnaître la valeur du travail (je veux dire, le vrai travail).
    • Un tournant que je constate depuis quelques années avec l'irruption d'une nouvelle génération de maîtres de conf et de chercheurs dans quelques labos de ma connaissance (dont le mien), c'est que les nouveaux venus prennent très rapidement de mauvaises habitudes, à savoir essayer de faire faire au maximum leur travail par les autres. C'est en particulier le cas de deux nouvelles venues dans mon labo. Elles sont sincèrement persuadées que faire de la recherche, c'est prendre des stagiaires de Master 1 ou 2 pour leur faire faire compiler des données qu'elles entreront dans des modèles dont elles n'auront plus qu'à presser les boutons. Lorsqu'on leur parle de développer leurs propres codes, elles se barrent en courant.
    • On peut certes le regretter, mais comment s'en étonner lorsque, pendant toute la durée de leur thèse ou de leur post-doc, ces gens ont eu pour directeurs, ont vu passer leur habilitation ou être promus PR ou DR des gens dont le seul titre de gloire avait été de signer officiellement les formulaires d'encadrement de thèse, ce qui leur donnait le droit féodal de cosigner toutes les publis - le seul moyen qui leur était offert de publier, puisqu'ils avaient arrêté toute recherche propre depuis longtemps. La fainéantise intellectuelle devient non seulement une mauvaise habitude, mais un mode de vie établi, voire un modèle de carrière.
    • Il est d'ailleurs à peu près universellement admis qu'un DR ou un PR a principalement un rôle d'encadrement de la recherche, un rôle d'autant plus volontiers rempli par nombre de mes chers collègues qu'il fait partie des plus confortables intellectuellement parlant. Pour la plupart des cadres A de ma connaissance, l'encadrement de la recherche se limite à du "Y a qu'à, faut qu'on", sans jamais mettre la main à la pâte (sauf bien sûr au moment de rédiger une partie de la proposition ANR, qui consiste principalement à promettre des choses de façon suffisamment vague pour ne pas avoir d'ennuis si on n'arrive pas à obtenir les résultats escomptés), le gros du boulot étant fait par le thésard/post-doc et le maître de conf qui co-encadre (i.e. qui encadre réellement) le travail.
  • Abandonner l'habitude typiquement française basée sur l'élimination et la croyance dans le diplôme.
    • Il est symptomatique de voir que, pour pouvoir faire "passer" le candidat qui me convenait, j'aie été obligé (nous ayons été), auprès de la commission de spécialistes, de démolir l'autre candidat. C'est là aussi un travers assez typique de notre pays. De l'enseignement secondaire à la Grande Ecole, en passant par les classes prépa et le choix du bac, tout est basé sur la soi-disant sélection; malheureusement, celle-ci est au mieux un aveu d'impuissance, au plus probable une inconscience pédagogique, et au pire un mode de perpétuation cynique des élites. Quelle que soit la manière dont on voit les choses, le système reste majoritairement fait pour ceux qui ont la chance de parvenir à suivre, il n'est pas fait pour ceux qui ont des difficultés.
    • La découverte la plus agréable lorsque j'ai été embauché dans un institut universitaire aux Pays-Bas il y a 10 ans était qu'on se fichait totalement du nom de l'école d'ingénieurs que j'avais suivie, de son classement au concours des prépas ou du nombre de prix Nobel que l'université avait engendrés. La seule chose qui comptait, c'était que j'étais à l'époque chef de projet dans une boîte qui développait du logiciel scientifique, que j'avais l'expérience du métier et que je savais ce qu'il fallait enseigner à des élèves-ingénieurs en cours post-grade international. Je n'ai pas passé comme en France une audition de 15 minutes: mon entretien de recrutement véritable a été une présentation de deux heures sur nos logiciels que j'ai donnée en anglais à une promotion de ces élèves qui faisait de notre boîte une des étapes de leur voyage d'études. Et il a fallu répondre à toutes les questions vicieuses que posaient les étudiants... Les types voulaient recruter un enseignant, ils ont testé l'enseignant!

Aux Pays-Bas (le seul pays étranger dont je puisse vraiment prétendre le mode de fonctionnement, puisque j'y suis resté 5 ans), le va-et-vient entre industrie et recherche est continuel. On trouve de nombreuses personnes employées à temps partiel dans des bureaux d'études et à l'université. Même si cela ne débouche pas toujours sur une recherche de qualité transcendante, cela a au moins trois avantages: (1) les enseignants en ingénierie savent de quoi ils parlent, puisqu'ils sont issus (et souvent toujours en contact avec) milieu professionnel; (2) les thésards travaillent sur des sujets très appliqués, souvent financés par l'industrie et, (3) leur diplôme obtenu, ils n'ont pas de mal à trouver un boulot, car, contrairement à la France, les employeurs néerlandais ont compris l'utilité d'avoir des gens bien formés, autonomes et compétents dans leur travail.

En arrêtant là la liste pour ne pas lasser le lecteur, je conclurai en disant que, parmi mes 20 et quelque collègues enseignants en école d'ingénieurs, je suis le seul à avoir effectivement fait ce métier avant de rentrer dans le cursus universitaire (N.B. l'ATER que j'ai réussi à recruter a également une expérience, brève certes, du métier; ce n'est pas un hasard si j'y tenais...) A l'heure du Master pro, de la formation continue et par apprentissage, est-ce bien normal?

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Commentaires

Dit ist ein goed papier. Dank u wel.

Ecrit par : pablo | 02.06.2008

Merci aussi. La citation me fait trop d'honneur, et j'apprécie d'autant plus la suite du billet que (partie mécadékoidéjà exceptée) elle répond (sans les régler) pas mal à mes autres interrogations.
Disons que dans le collectif, mon cocéphale n'hésite nullement et commence sa thèse en septembre. Pour moi, c'était effectivement une boutade, mais à deux tiers seulement, notamment pour les raisons que vous évoquez - je me sens une vocation d'enseignante autant que de chercheuse, ce qui semble n'être pas forcément bien vu. J'apprends tout récemment que Tirole s'est félicité de la levée de fonds réussie par l'Ecole d'Economie de Toulouse en annonçant la possibilité de décharger de leurs obligations d'éducation les jeunes chercheurs.
Comme vos étudiants et vous naguère (si j'ai bien suivi) je sors de Grande Ecole passablement cotée et la France étant ce qu'elle est, une jolie avenue s'ouvre à moi avec déjà une proposition d'embauche. A côté de ça, la thèse c'est crise d'angoisse et compagnie (et si finalement je choisis le privé et que les entreprises françaises veulent pas de moi, je m'exile chez les Bataves ?).
Enfin (surtout ?), je considère qu'un an de stage en entreprise est largement insuffisant et j'aimerais bien être passée un peu par le cambouis avant de devenir chercheuse à part entière (ou semi, puisque enseignement etc.). Sauf que vu que les places c'est maintenant qu'elles s'ouvrent, que plus on se lance jeune plus facilement on a un poste puisque (sauf cas de céphalopodie) à publis égales c'est l'âge qui fait la différence, et que ça n'est pas la norme dans mon domaine (encore que, ça dépendra dudit domaine), je risque de devoir passer cette étape à la trappe. Dommage.

Pardonnez-moi cette séance de divan chez autrui :) Et merci (je sais, je l'ai déjà dit).

Ecrit par : Emmeline | 02.06.2008

Aan Pablo: Graag gedaan, l'ami.

Ecrit par : Enerve | 03.06.2008

"Pour être honnête, je ne suis pas certain qu'il existe un système juste, ni que celui que nous avons en France soit fondamentalement injuste. Simplement, tout système peut être détourné et utilisé de façon perverse par les incompétents et/ou les malhonnêtes."
--> Oh que je suis contente de lire ça ! Plus j'y pense, plus je retourne la question dans ma tête, plus je lis et j'écoute des choses à ce propos, plus je me dis que ce n'est pas le mode de recrutement qui est bon ou mauvais, c'est la façon dont les recruteurs, en tant que personnes, le mettent en oeuvre. Ce sont eux qui peuvent être justes ou injustes, et pas ce système de recrutement qui est ce qu'il est, et qui finalement permet suffisamment de libertés pour autoriser autant de bonnes que de mauvaises actions (décisions, choix, etc.).

Ecrit par : mirza | 09.06.2008

Bonjour Enerve de Service,

Merci d'abord d'avoir repondu a mes questions. Un des aspects les plus important de ce que je disais est quand meme le probleme de la modelisation/simulation et le manque terrible de donnees qui verifie toutes ces donnees. Et je pense intimement que le challenge est la, il est bien plus difficile que de faire tourner des codes avec des modeles plus ou moins detailles, mais c'est surement une discussion qui va sur un autre blog, amoins que tu sois enerve par ce genre de choses.

Je rebondis sur ce que Mirza et toi disiez: tout systeme peut etre abuse. D'une maniere generale, je pense que l'on ne prend pas assez exemple sur le modele americain de ce point de vue, car meme si lui peut-etre abuse, il y a beaucoup d'acteurs avec des pouvoirs reels qui peuvent changer le cours des choses. Prenons l'exemple du recrutement pour un prof. L'investissement pour une universite dans un prof est consequent, il est le suivant (c'est ce que j'ai vu en ingenierie):

- salaire garantit pendant cinq ans pendant douze mois sur douze.
- budget donner qui peut atteindre 100 K$ ou plus qui peut etre soit de l'argent discretionaire et sous la forme d'un apport "in-kind" , c'est a dire en payant directement certains etudiants qui viendront travailler pour le candidate choisi.

En retour, on demande au prof d'assurer:

- des cours, en majorite pour les gens de premiere a quatrieme annees, environ deux cours par semestre.

- d'assister a la vie du departement et a son expansion

- de publier des articles dans les meilleurs revues, mais on demande surtout que ces papiers soient ecrit tout seul de facon a etre sur que ce n'est pas un ancien prof qui aide le petit nouveau. On veut a la fin des gens qui tiennent tout seul.

- faire de la recherche qui rapporte des financement consequent. En particulier, ces financements sont toujours majoree d'un certain pourcentage pour qu'une partie aille a l'universite qui elle s'occupe de ce que j'appelle l'intendance. L'intendance est en particulier la structure qui s'occupe de signer les contrats (c'est une chose de le decrocher, s'en est un autre que de la signer), de faire en sorte que la technologie que tu developpes dans le contrat reste la propriete d'universite et de toi (que tu ne donnes pas ton produit intelectuel lors de la signature du contrat) et toutes autres choses legales. Une partie de cette argent qui va a l'universite revient, dans certaines universites, a ton departement de detachement. Ainsi, quand tu deviens riche de contrats, eux deviennent aussi riche. Ce qui donne une dynamique differente que celle que tu decris ou la les decideurs n'ont pas un interet clair et immediat de prendre le meilleur.

[ Tu remarqueras que j'ai aussi evoque le fait que le nouveau candidat est en general choisit si il n'y a pas de connection avec les recherches effectuees dans le meme departement (ce qui exclurait ton candidat d'une certaine maniere). Mon impression est que tu cherches un post-doc et non un collegue. Si j'etais dans ta situation, je serais en train de collaborer avec quelqu'un dans une autre universite qui est bon a faire ces calculs dont tu n'est pas le specialiste. Ce que j'entends de ton propos c'est qu'il semble difficile en france d'avoir de telles alliance pour des raisons que je ne comprends pas. ]

Enfin, au bout des cinq ou six ans d'epreuve, ou les gens t'on vu, ils prennent une decision, qui elle meme peut-etre contredite par l'administration de l'universite. Dans les universite d'etat cela veut dire que les politiques ont un mot a dire a la nomination finale des candidats.

Je ne dis pas que le systeme est ideal, mais au vu de ce que tu expliques, je ne vois pas le systeme francais comme etant capable d'avoir des decideurs qui prennent un pari dont ils peuvent en tirer partit si il le gagne. Je ne vois pas en quoi une interview d'une journee plutot que dix minutes puisse t'amener a reellement comprendre les capacites des candidats.

Pour terminer, je vois aussi beaucoup de francais qui ne comprennent pas le systeme americain car ils n'y ont ete qu'etudiants, post-docs ou chercheur de passage.

Il faudrait que je fasse un jour un post sur la couleur de l'argent une fois que tu fais partie du systeme des universites americaines.

Igor.

Ecrit par : igor carron | 13.06.2008

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