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27.05.2008

Recrutement maîtres de conf etc.: encore une anecdote de l'intérieur

Les candidats aux postes de maître de conf qui sont passés devant les commissions d'audition doivent attendre avec impatience le moment de se connecter sur l'application ANTARES du ministère pour découvrir leur classement sur les postes auxquels ils ont candidaté. Ce classement, donné par les universités à l'occasion d'une procédure complexe, fait notamment intervenir les Commissions de spécialistes. Pour la première fois de mon existence, j'ai assisté à l'intégralité du processus, puisque l'ultime réunion de la CS 60, dont j'ai été nommé membre (suppléant, certes) à l'issue d'un processus extrêmement peu démocratique, se tenait la semaine dernière. Petit résumé des événements:

Il y avait cette année au concours un poste de maître de conf: le mien (i.e. celui que j'ai libéré en passant prof). Je présidais la commission d'audition sur ce poste.
  • Cette commission était mixte, c'est-à-dire que la direction de mon école d'ingés avait jugé bon de nous adjoindre (litote) deux membres extérieurs, d'une section CNU tout à fait différente, et dont la qualification principale était de n'être absolument pas compétent dans le domaine de recherche imposé pour le poste.
  • Comme par hasard, cependant, ils appartiennent tous deux à la même section CNU que le directeur de l'Ecole.
  • Nous avions un candidat, ayant fait sa thèse à l'extérieur du labo, sur une thématique à l'origine assez éloignée du profil recherche demandé. Cependant, nous avons eu l'occasion de tester ce candidat à la fois en enseignement (comme ATER) et en recherche, deux domaines où il a montré une capacité d'adaptation surprenante (il nous a permis de soumettre 2 articles dans des revues et d'obtenir 2 projets de recherche en l'espace de 6 mois).
  • Il y avait cependant un candidat étiqueté davantage "extérieur", qui présentait l'avantage d'avoir fait un post-doc à un endroit prestigieux, avec une publi de plus que le précédent. Cependant, son profil d'enseignement était moins adapté et son profil recherche ne me convenait pas du tout - c'était le genre à utiliser un marteau-pilon pour aplatir un moustique, alors que nous cherchons dans le labo à écrabouiller des éléphants... Une métaphore pour indiquer que ce candidat nous proposait, pour son projet de recherche, de mettre en oeuvre des calculateurs parallèles pour simuler ce qui se passe dans un dé à coudre, alors que nous travaillons sur des rivières et des bassins versants qui font des milliers de kilomètres carrés! En plus, il ne s'intéressait même pas aux phénomènes que nous désirons simuler...
Rappelons également qu'il y avait un poste de prof ouvert au recrutement, ce poste étant libéré par un collègue de labo (que je nommerai "le lion blanc" par la suite) partant en retraite.
  • A ce poste se présentait un collègue local, mauvais. Nous utiliserons pour lui le nom de code "céphalopode", en raison de sa propension à lancer partout des tentacules à ventouses pour essayer de ramener à lui tout ce qui passe.
  • Se présentait également un candidat extérieur, avec sensiblement la même expérience de recherche que le céphalopode, mais avec 20 ans de moins. C'est pourquoi tout a été fait pour le décourager de candidater chez nous, car il était trop dangereux pour le mollusque à bras multiples.
La raison pour laquelle tout ceci est mentionné est que le céphalopode faisait partie de la commission mixte que je présidais pour le remplacement de mon poste... Le céphalopode ne m'aime pas - et je le lui rends bien - car, il y a maintenant 6 ans, il faisait partie de la commission d'audition qui m'avait entendu sur mon poste de maître de conf, et il avait été le seul à voter contre moi. Bien sûr, il a perdu. Je le sais, il sait que je le sais, et je sais qu'il sait que je sais. Le céphalopode est plat et mou, c'est un gros nase qui ne connaît pas grand chose au domaine de recherche ciblé pour le poste de maître de conf, mais comme les calamars ont 8 bras, il leur faut bien les occuper à brasser et faire de grands gestes pour passer le temps, surtout quand ils sont totalement largués. C'est exactement ce qui s'est produit. Ajoutons à cela une dose raisonnable de mauvaise foi, le désir de m'imposer un candidat dont je ne voulais pas, ainsi qu'un petit désir de revanche car je suis passé prof avant lui, et vous aurez une image assez fidèle de la situation.
  • Quand le candidat ATER a eu fait sa présentation, le céphalopode et un des membres de la 62ème ont fait assaut de mauvaise foi: "je le trouve bien sûr de lui", "c'est insupportable de voir quelqu'un aussi certain de savoir qu'il fera l'affaire", etc. Alors qu'en réalité le candidat en question, conscient de la non-adéquation de sa formation initiale au profil recherché, se faisait franchement du souci à l'idée que cela joue contre lui, malgré le bon boulot qu'il avait fait entre temps.
  • Quand le candidat "guerre des étoiles" a terminé son speech, mes trois collègues ont surenchéri d'éloges. "Il est impressionnant", "en plus il est jeune" (N.B. l'ATER est plus jeune que lui!), "et vous avez vu le nombre de publis" (N.B. il y en 4 sur 6 qui sont strictement identiques: les équations traitées sont les mêmes, les techniques numériques idem, la seule différence est la géométrie des situations traitées; simplement, il a fait partie d'une équipe de recherche très forte en comm', qui a eu l'intelligence de soumettre quasiment le même papier en un laps de temps très court à 4 journaux en même temps; et ça a marché), "au moins un type comme ça ouvrirait ta recherche" (N.B. c'est juste dommage qu'il ne sache pas faire ce dont j'ai besoin); "je peux te dire que si tu recrutes ce type, nous on travaillera avec lui!" (commentaire d'un des deux collègues de l'autre section, qui s'était fait embobiner par le projet de recherche, qu'il croyait dans son ignorance pouvoir récupérer à son compte et pour son propre labo).
Je vous passe la délibération de la commission mixte: j'ai cru qu'on ne sortirait jamais de la salle. Comme on ne se mettait pas d'accord, il a fallu voter; on a eu 2 voix pour "guerre des étoiles", 1 voix pour l'ATER (la mienne) et le 4ème membre s'est défilé en refusant de se prononcer. Techniquement, j'ai perdu, car étant minoritaire. C'était compter cependant sans l'interprétation pharisienne que l'on pouvait faire des textes. Comment la bataille s'est prolongée au-delà de l'audition pour déboucher en un frittage public en commission de spécialistes 3 jours plus tard, voilà ce que que j'aurai le plaisir de vous conter dans un billet ultérieur... 

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