26.05.2008
Dictature et presse molles
Quelle est la différence entre la Birmanie et la Chine, le Chili de Pinochet et la France de Sarkozy, en somme, quelle est la différence entre une dictature politiquement condamnable et une dictature politiquement correcte? Simplement le degré de paranoïa.
Dans une dictature inacceptable - typiquement la Birmanie - le pouvoir est assumé par des militaires, c'est-à-dire des gens qui ne comprennent que la force et qui se placent au-dessus des lois en invoquant l'état d'urgence perpétuel. Tout séditieux, subversif ou simplement protestataire, est embastillé au motif qu'il menace directement la sécurité nationale. Dans une dictature inacceptable, le facteur humain est totalement ignoré, car il n'a pas de justification possible face à la sécurité - disons plutôt la pérennité et la perpétuation - du Système.
Dans une dictature molle (donc acceptable) - ou comme celle dans laquelle les States sont entrés après le 11 septembre et la votation du Patriot Act, qui passe allègrement sur un nombre considérable de libertés individuelles - le pouvoir est assumé par des politiques et garanti de façon exécutoire par la police. Quand vous êtes en faute, on ne vous envoie pas l'armée, mais les flics. La réduction des libertés ne se fait pas de manière brutale en invoquant l'état d'urgence, mais progressivement, à coups de lois, de décrets et d'amendements. Toute personne subversive se voit faire des ennuis, non pas au nom de la sécurité nationale, mais de l'ordre public.
On apprend ainsi sur le Contre-journal de Libération que depuis les incidents fort médiatisés du "Casse-toi pauvre con" (salon national des vachettes à viande et des poulets en batterie de cette année) ou du "Si t'es pas content, t'as qu'à venir ici" (visite du Nain au Guilvinec où un marin pêcheur l'avait traité d'enculé après son auto-augmentation de 140%), le Nabot présidentiel ne veut plus vraiment se permettre que les journaux télévisés de 20 heures nous passent des visites en province sous les sifflets. Par conséquent, les déplacements nationaux du Rase-bitume sont désormais aussi encadrés qu'un défilé de flamme olympique au Tibet le jour de l'anniversaire du Dalaï-Lama.
Ainsi les policiers ont-ils pris l'habitude de filtrer sérieusement la foule lors des passages très balisés du cortège présidentiel (Lien 1, Lien 2), aimablement secondés en cela par les élus et des forces de police locales (les futurs-ex-RG) qui fournissent des infos sur leurs concitoyens. Lorsque le Nain est montré au JT de TF1 en train de dialoguer avec une militante CGT, le télespec-tateur ignore que celle-ci s'est vu confisquer au préalable sa casquette à logo par les forces de police, et la phrase où elle s'en plaignait directement au Nain a été coupée au montage.
Bien entendu, vous allez me dire que se faire faucher un tract ou un fanion Tibétain par un CRS, ce n'est pas la mort d'un cheval... Se faire arrêter et retenir en garde-à-vue pour avoir brandi un format A4 est déjà un peu plus inquiétant. Dites-vous bien que ça commence comme ça. N'oublions pas que la mère Alliot-Marie a obtenu il n'y a pas si longtemps le doublement du nombre de caméras de vidéosurveillance dans les lieux publics; que les récents avis de la CNIL sur un certain nombre de mesures dites "sécuritaires" (terme officiel pour "fichage") ont été ouvertement ignorés.
En résumé, la différence entre une dictature inacceptable et une dicature politiquement correcte n'est pas une question de degré moral; c'est avant tout une question de degré d'acceptation de la part de ceux qui en font les frais. On peut ainsi s'interroger sur le fait que ce n'est pas sur le site de Libération qu'a été publié l'article qui est à l'origine de ce billet, mais sur celui de son contre-journal. Il semble que la presse de gauche (quoique, en parlant de Libé...) soit devenue tellement subversive qu'il est désormais nécessaire d'avoir une contre-presse pour la sub-subvertir. Bravo, les journaleux!
08:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, société

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