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07.05.2008

Du savoir-vivre

Mes étudiants ont la bonne habitude de ne jamais se pointer à un cours à l'heure (pour mémoire, j'enseigne en école d'ingénieurs, de Bac+3 à Bac+5). Mes collègues me l'ont confirmé, la coutume de cette promo est d'attendre, pour entrer en classe, que l'heure de début des cours soit passée de 10 minutes à un quart d'heure. Je me rappelle une époque où l'instituteur, enveloppé dans sa blouse grise, nous signifiait la fin de la récréation en tapant dans ses mains comme pour effrayer une volée de moineaux... Comme je n'en suis pas à ce point de mépris pour mes bambins de 22 ans (eh oui, Bac + 4 déjà...), je n'use pas de cette gestuelle, leur laissant le soin de gagner la salle de cours lorsqu'ils pensent être spirituellement mûrs pour une nouvelle aventure intellectuelle dans les méandres de la mécanique des fluides.

C'est ainsi qu'hier, ils ont poussé le délai jusqu'à 13 minutes - performance inférieure au max des mesures, mais facilement dans le dernier décile de la fonction de distribution "minutes de retard". Comme le TD que je leur avais préparé était calibré pile pour 1 heure et demie (j'ai toujours été bon pour estimer les temps de travail), on a fini, non pas à 15 heures 30, mais à 15 heures 41. J'en voyais s'agiter et tortiller du derche sur leur chaise, à croire que ces 11 minutes de trop étaient vraiment intenables, à moins qu'un collègue facétieux n'ait enduit le siège de fluide glacial ou de clous de tapissier... Quand je les ai libérés, certains n'étaient pas loin de refaire Mai 68. Il y en a quand même eu une sur les 25 pour émettre la réflexion: "Ouais, mais c'est vrai qu'on n'a pas commencé à l'heure." Merci mademoiselle; quand on pense que dans un an et demi, la moitié d'entre vous seront à l'oeuvre dans un bureau d'étude, en décomptant leur temps au quart d'heure près pour savoir sur quel projet ils doivent le facturer (temps bénis de ma jeunesse...), on se dit que la sélection naturelle fait des miracles.

Loin de moi l'idée de vouloir passer pour un vieux con (ou alors, je commence bien jeune); après tout, quand j'étais à leur place, j'étais peut-être pareil, et probablement pire: j'avais déjà l'habitude de faire des BD, mais je les faisais en plein cours - et comme j'étais souvent assis dans les premiers rangs, on peut se demander rétrospectivement ec que mes profs en pensaient...

Ce matin, j'ai eu la chance de pouvoir partir au boulot plus tôt que d'habitude, j'ai donc pris le journal de France Inter de 7h; lequel, mis à part la victoire à 60% d'Obama aux primaires Démocrates, se consacrait primordialement au pont de ce week-end. Y figurait notamment l'interview d'une mère de famille qui a décidé de faire sécher le vendredi et le samedi à sa fille, alors que son collège ne fait pas le pont. Retranscription de mémoire: "Je reconnais que c'est un peu égoïste de ma part de lui faire rater un jour d'école, mais bon, j'ai eu envie de m'offrir un week-end. Par contre, à l'Education nationale, ils n'ont pas été très sympas avec elle, puisqu'ils ont refusé de lui donner les cours du vendredi."

C'est en effet pas très sympa de ne pas fournir les énoncés, polycopiés, etc. aux gens qui sèchent. Si la proviseure du collège en question a entendu ça dans le poste, ça a dû lui faire salement plaisir. Mis à part que la rombière a tendance à confondre le collège avec le CNED, elle a peut-être aussi tendance à confondre service public avec centre commercial? D'un autre côté, quand, dans environ 10 ans, je verrai débouler sa gamine dans mes classes, j'aurai moins de souci à me faire sur sa ponctualité: ce n'est pas qu'elle viendra en retard; tout simplement, elle ne viendra pas!

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Commentaires

"quand on pense que dans un an et demi, la moitié d'entre vous seront à l'oeuvre dans un bureau d'étude,"

l'autre moitié à la production ?

tu rêves, l'énervé, avec sarko, ils seront tous au chômage !

mais peut-être veux-tu dire stagiaires non rmunérés ?

Ecrit par : totolezheros | 13.05.2008

Eh bien non, je ne rêve pas; je n'ai pas lancé ces chiffres au hasard, 50% c'est en effet la proportion des diplômés de notre école d'ingés qui entrent dans le secteur "études et conseil" à l'issue de leur formation. Notre gros atout, c'est que nous avons jusqu'à présent fait très attention à conserver de petites promotions, de manière à ne pas saturer le marché du travail dans notre spécialité.
Mais attention, ce n'est pas parce que l'on a un boulot que ce boulot est bien payé; le salaire d'embauche au 1er emploi de nos ingénieurs est un peu inférieur à la moyenne nationale, ce qui les rend plutôt "intéressants" pour l'employeur. Par contre, ils ne restent en général dans leur 1er emploi qu'un an ou deux, le temps de se faire un CV et d'aller voir ailleurs, où on leur proposera un salaire plus élevé!

Ecrit par : Enervé | 13.05.2008

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