06.05.2008
Recrutement maîtres de conf: ça continue
Ce matin était dédié à l'examen, par notre commission mixte, des candidats au poste de Maître de conf qui remplace celui que j'ai libéré par promotion en 2007. Nous avions plus de 30 candidats, ce qui a néanmoins été considéré comme maigrelet par certains collègues, nostalgiques apparemment d'une époque où on recevait paraît-il 50 à 100 dossiers pour un poste. Je ne peux personnellement m'empêcher de trouver préférable la situation actuelle, où l'on a tout de même moins l'impression d'être un maquignon à la foire aux bestiaux. Certains collègues m'ont objecté récemment que c'était dommage d'avoir "si peu" de candidats, car, ont-ils prétendu, cela signifierait mécaniquement qu'ils seraient moins bons.
J'ai observé un silence pudique sur le fait que, même à l'époque où on était 100 candidats pour un poste, ça n'a jamais empêché d'embaucher des gros nases. J'ai ainsi l'exemple d'un ex-pote de promo qui, ayant redoublé à force de rien glander sa 1ère année d'école d'ingénieurs, s'est retrouvé en DEA puis en thèse sur un sujet que j'avais refusé, pour finir, pistonné par son directeur (qui connaissait du beau linge au CNRS), embauché sur un poste de CR2. Depuis son recrutement en 1996, le si brillant candidat a péniblement pondu 5 papiers, dont 1 ou 2 en premier auteur, avant de décider que ses priorités étaient ailleurs, c'est-à-dire plutôt dans les RTT et la contemplation des paysages de montagne. Suite à quoi il a planté son labo en demandant, en mettant son directeur d'UMR au courant au dernier moment, un détachement dans un obscur EPST de Haute-Savoie... J'ai depuis revu son ancien directeur de thèse et pistonneur bénévole ("ah, quel dommage, quel dommage vraiment... Quand je l'ai fait recruter, j'avais vraiment de grandes ambitions pour lui." C'est encore plus dommage, mon gars, que tu aies été le seul; cela, bien sûr, je ne le lui ai pas dit. Comme à l'époque je m'étais fait jeter sur le même concours CNRS, il aurait pu penser que je cherchais bassement à me venger.)
Le lot paraît-il habituel de candidats hors profil, le genre à envoyer un CV d'expert en propulsion nucléaire alors que vous recherchez un spécialiste du mouvement des amibes... Des CV plutôt bons, à la lecture desquels on devine que le candidat ne viendra pas chez nous, car son dossier ressemble à s'y méprendre à un dossier de candidature au CNRS (nombre de publis inclus), d'autant qu'il n'a même pas pris la peine de modifier son projet de recherche pour qu'il coïncide un tant soit peu avec notre description de poste. D'ailleurs, nous avons été confortés dans notre jugement quand, après que l'ai prévenu par e-mail qu'il était retenu à l'audition, il m'a répondu: "... comme vous vous en doutez, je préfère candidater sur le poste CNRS." Eh oui, c'est logique, il a fait l'ENS Cachan et a passé son Agreg uniquement pour pouvoir faire de la recherche, car l'enseignement ça le fait ch... L'après-midi, il a fallu faire tous les e-mails et les courriers papier pour signifier le résultat des courses...
Un des candidats m'a passé un coup de fil pour faire déplacer son heure d'audition, car dans la même matinée il en passait une autre à 300 kilomètres de là... L'autre fac n'a même pas voulu envisager une seconde de lui décaler son heure de passage pour qu'il puisse faire d'une pierre deux coups. C'est à se demander si les mecs ne voulaient pas, de cette manière, le forcer à choisir, histoire de faire un candidat de moins pour eux... ou pour nous (surtout qu'il a un bon CV). Bien entendu, on va faire le maximum pour lui permettre d'être aux deux.
Enfin, un autre prétendant m'a appelé pour savoir s'il était retenu. Malheureusement, la réponse était non. S'est ensuivi une conversation de plus d'une demi-heure, où j'ai essayé de lui donner quelques conseils pour les auditions où il était retenu. Et là, je suis tombé des nues: bien que travaillant dans un labo de recherche très connu, qui a fourni un nombre considérable de MCF, PR, CR et autres DR au monde de la mécanique des fluides, avec des gens extrêmement influents dans diverses sphères (Météo, Aérospatiale, CNES, etc.), ce pauvre candidat m'a assuré n'avoir jamais reçu un seul conseil de la part de ses encadrants sur la façon de postuler. Il n'était même pas au courant qu'il pouvait être indiqué de contacter le labo et le département d'enseignement pour se renseigner sur ces derniers... Deux possibilités: soit on a affaire à un autiste, soit il est bon et ses patrons veulent le garder comme manar pour une succession d'interminables post-docs; ça s'est déjà vu, en particulier dans ce centre-là... J'ai donc consacré une demi-heure à lui expliquer à quoi ça servait de proposer un séminaire de recherche au labo où on candidate, ainsi qu'un certain nombre de trucs que je ne connaissais pas quand j'ai candidaté sur mon poste de MCF en 2002, et qui m'auraient rendu la vie plus facile si je les avais connus.
Quand j'en ai eu fini avec tout ça, il était 16h30. Heureusement, le téléphone a cessé de sonner. J'ai pu revenir à mon occupation originelle de la journée, à savoir une ultime vérification de la 2ème édition de mon 2ème bouquin sur la mécanique des fluides, juste avant de la balancer à l'éditeur. Bon, finalement, l'éditeur devra attendre un jour de plus pour recevoir la notice biographique et le résumé de l'ouvrage... Il y a des jours où ça vaut le coup de se metre en retard.
07:46 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, enseignement, recherche

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