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16.04.2008

Jean-Marc Sylvestre et l'Italie

Bénie sois-tu, France Inter de 7h23! Ce matin (mardi, NDLA) encore, j'avais branché la TSF alors que ma voiture m'emmenait vers mon boulot chéri. J'ai donc eu la primeur les réflexions sentencieuses de Jean-Marc Sylvestre, exporté à l'heure italienne pour fêter la victoire de Berlusconi. Ayant pris l'émission en marche, j'ai juste eu le temps de comprendre que la victoire du populiste transalpin le remplissait d'une joie incontinente (j'ai regretté de n'avoir pas de serpillière dans la voiture, des fois que mon autoradio aurait fait sous lui). Encore une fois, je cite de mémoire, espérant rester fidèle, sinon à la lettre, du moins à l'esprit.

Pour JMS, la victoire de Silvio est une bonne chose, car, dit-il "en dépit d'aspects de sa personnalité parfois bizarres, l'économie italienne est intéressante." Pour le lien de cause à effet, vous repasserez, mais ce n'était pas le plus intéressant. Allons plus loin dans l'analyse:

  • "certes, l'économie italienne est en moins bonne santé que la nôtre..." Ca doit être ça qui la rend intéressante. Les médecins ont toujours besoin de malades.
  • "... le chômage frappe encore plus durement les jeunes qu'en France..."
  • "... la croissance y est encore moins bonne que chez nous..."
  • "... l'Italie a beaucoup moins de grandes entreprises que la France..."
  • "... c'est vrai, Alitalia est condamnée..."

Alors? Malgré tant de plaies et de pustules, Jean-Marc est prêt à embrasser la transalpine, et pas seulement sur la bouche. La raison de cette affection à contre-emploi pour les infirmes et les contrefaits économiques, il fallait, pour la connaître, attendre la fin du speech. Les arguments chocs suivants s'y bousculaient:

  • "... mais les déficits publics y sont moins importants qu'en France..." Ah voilà, le spectre odieux que nos amis d'outre-Mont Blanc ont su chasser.
  • "Il faut dire que Romano Prodi a beaucoup travaillé à redresser l'économie Italienne et c'est ce qui lui a valu son impopularité..."
  • "... il est étonnant que les socialistes Italiens n'aient pas mis en avant la qualité de leur bilan lors de ces élections..." Il n'est pas moins étonnant que GianMarco Silvestri chante les louanges d'un affreux socialiste de gauche et, qui pis est, qu'il lui attribue les mérites d'une économie redressée. Le vent aurait donc encore tourné depuis hier matin.
  • "... les petites entreprises y sont plus nombreuses, dans des secteurs innovants tels que le textile, qui sont moins facilement délocalisables..." En voilà un qui n'a pas entendu parler de la crise du textile chinois. L'avantage, avec la loi de l'offre et de la demande, c'est qu'on peut offrir toutes les explications bancales du monde à ceux qui n'ont rien demandé, et ce pour pas un rond.
  • "... bien entendu, il y a une tendance au recours à l'économie dite 'souterraine', mais après tout, c'est l'Italie... Et puis, n'est-ce pas aussi une preuve de dynamisme?" Vu sous cet angle, en effet... On a trop tendance à oublier que, quand la mafia a fait sauter toute une portion d'autoroute sous la voiture du juge Giovanni Falcone, c'était uniquement dans le souci de faire repartir le secteur du bâtiment et des travaux publics. Quand on pense à ces mois de travaux et de salaires engendrés par une toute petite mine de rien du tout... Ca, c'est de la créativité économique. Et ces crétins de français qui continuent à plancher sur des TGV et des Airbus!

Voilà, vous avez compris: GianMarco cherche du travail sur Rome. La qualité que l'on exige de lui à France Inter étant trop élevée, il se cherche un point de chute à la RAI - là où les programmes se composent à part égale de blondasses au rire chevalin et de grognaces à la viande en libre service sous les lentilles des caméras. L'émission économique de ce matin n'était finalement rien d'autre qu'un entretien d'embauche public. Jusqu'où ira donc le télétravail?

Auditeur, prends garde à toi: Jean-Marc Sylvestre pourrait bien changer de claque et aller faire son strip-tease ailleurs. Hier il enlevait son cerveau; ce matin il ôtait sa chemise; demain sans doute, pour aller plus loin que la chanson, il délocalisera son caleçon.

Commentaires

Excellent ! Jean-Marc Sylvestre et Eric Le Boucher sont les journalistes à mon sens les plus doués dans le cynisme et mauvaise foi. Risible si leurs thèses n'étaient pas aussi révoltantes la plupart du temps...

Ecrit par : Nicks | 22.04.2008

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