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11.04.2008
Postes maîtres de conf profs etc.: me anecdote de l'intérieur
A l'heure où la LRU sonne peut-être le glas des commissions de spécialistes, j'ai enfin été initié. Ne riez pas SVP, mais c'est vrai, j'ai enfin fait l'expérience d'une réunion de commission de spécialistes. La 60ème section, ce gigantesque fourre-tout des disciplines d'ingénierie, n'est peut-être pas représentative de ce qui se passe dans les autres sections; de même, la CS de mon université n'est sans doute pas un calque fidèle de ce que l'on trouve dans les CS des autres universités, mais bon...
Sachez avant toute chose que mon rôle était des plus confortables, puisque nouvellement promu prof, je prends simplement une place de suppléant (le suppléant précédent étant devenu titulaire). Je vous rassure immédiatement: je n'ai pas été élu - d'ailleurs, il n'y a pas eu d'élection. Le président de la CS m'a simplement contacté il y a quelques mois en faisant semblant de lancer un appel général à candidatures pour prendre la place laissée vacante par un prof. Il avait soigneusement précisé qu'il serait souhaitable que le candidat fût à même de porter dignement la sensibilité "mécanique des fluides", dont on ne trouve que peu de représentants dans la commission. Hasard fabuleux, il se trouve que c'est précisément mon profil... Il y en a qui ont vraiment de la chance. J'ai posé ma candidature (de façon tout à fait privée et non officielle) et, le croiriez-vous, j'ai été nommé. On n'a d'ailleurs même pas daigné rompre ce suspense insoutenable en m'avertissant de la nomination; simplement, j'ai reçu il y a 2 semaines une convocation à la réunion de ladite commission.
Vous voyez, il n'y a pas que chez McDonald's que ça se passe comme ça...
Aujourd'hui, première réunion plénière de ladite commission. Le président passait d'un profil de poste à l'autre sans prévenir, si bien qu'on pensait tous qu'il parlait du MCF 1023 alors qu'il en était déjà au PR 0732... Bref, une mer d'huile. Après un bref rappel des règles, les discussion commencent. Le débat est légèrement embarrassé par le fait que certains membres de la commission postulent sur certains postes de prof proposés au concours. Le président finit (à mon grand soulagement) par conclure qu'on parlera des postes de prof en leur absence. On a au moins eu ça...
Vous vous en souvenez peut-être, un de mes collègues maîtres de conf postule sur un poste de prof ouvert au recrutement. La définition du profil a été plus que consensuelle (voir Anecdote 2 et Anecdote 3 de l'intérieur), certes, mais détail amusant, ce collègue fait également partie de la commission de spés. Notre école d'ingénieurs étant ce que l'on appelle un "Article 33" (c'est-à-dire, en référence à l'article 33 de la loi de 1984, un établissement à part entière de l'université possédant un droit absolu sur les nominations de ses enseignants), elle désigne elle-même une partie des membres de la commission de spécialistes. Il en résulte ce que l'on appelle une commission mixte.
- Or, il se trouve que l'école m'a proposé pour faire partie de la commission mixte sur ce poste. Les deux autres membres proposés sont deux profs de 62ème section, donc rien à voir avec notre discipline.
- Pourtant, après râlerie (de pure forme), la commission de spés accepte la nomination de ces deux profs de 60ème comme membres nommés par l'Ecole et met mon nom de côté, alors que je suis le seul autre prof de 60ème section de notre département d'enseignement.
- Pour compenser, le président de la commission et le prof (futur retraité) que le poste ouvert a pour but de remplacer se mettent à déplorer le caractère "intrusif" et incompétent de la 62ème dans le processus de recrutement sur ce poste. Alors pour faire bon poids, ils s'attribuent d'office les 2 autres sièges dans la commission mixte. Il y aura donc 2 profs en 60ème et 2 profs en 62ème pour juger de l'attribution du poste en 60ème. Celui qui aura à travailler avec le futur prof (i.e. bibi, votre serviteur) n'est pas consulté. De toute manière, je n'ai pas droit au vote, n'étant que suppléant.
Que s'est-il passé? La réponse, on me la donne de façon indirecte en me montrant un email, daté d'il y a une semaine.
- Dans ce message, adressé uniquement aux membres titulaires de la commission de spécialistes (donc pas à moi, qui ne suis que suppléant), figurent les noms des membres proposés par l'école.
- Sur le poste de prof, j'apparais effectivement comme membre pressenti de la commission mixte - même si, à l'époque où ce mail est envoyé, je ne peux pas le savoir.
- Mon collègue MCF qui postule sur ce poste est en revanche membre titulaire de la CS, il a donc eu connaissance de la proposition.
Facile de comprendre ce qui s'est passé: ce collègue est allé exiger auprès du prof dont je suis suppléant que je ne sois pas nommé dans la commission mixte sur son poste. En effet, j'ai le grave défaut pour un apprenti politicien de ne jamais cacher mes opinions, ni sur le copinage ni sur la qualité des dossiers scientifiques. Si bien que tout le monde est au courant du danger que je pourrais faire courir à la candidature locale, alors que par ailleurs un bon candidat extérieur se présente.
Le demi-aveu, j'y ai droit alors que nous remballons nos affaires à l'issue de la réunion. Le prof titulaire se penche vers moi et me demande: "Comme ça, on donne le poste de prof à XXX et il arrêtera de nous casser les [fruits de mer], et toi on te nomme sur la commission d'audition pour le remplacement de ton propre poste. Ca te va?"
Je prends le parti de rigoler: "mais de toute façon, c'est vous qui décidez, moi je n'aurai même pas le droit de vote!
- Oui, bon, c'est vrai, mais comme ça [le directeur du labo] sera content, car il aura la paix."
Bon, bien sûr, il aura gagné un prof qui ne publie pas, mais si ça peut suffire à son bonheur pour le prochain quadriennal... Après tout, le futur prof a déjà 52 ou 53 ans, ce qui signifie qu'on peut espérer son départ à la retraite à la fin de la prochaine décennie. Le futur antérieur, lorsque l'on connaît les échelles de temps caractéristiques des processus universitaires...
Avec l'actualité sociale, je commence à avoir des craintes: les gens promus à la magouille ayant moins travaillé que les autres, ils sont promis à une longévité plus importante. Que se passera-t-il si, chez les profs nommés au copinage, l'âge de départ à la retraite rejoint l'espérance de vie ? Malheur sur toi, Xavier Bertrand!
15:05 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche, education

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