10.04.2008

Elections à la fac: on a sorti les machettes

La loi sur l'autonomie des universités impose notamment de restreindre les conseils d'administration des facs. Pour ce faire, il faut en élire de nouveaux (conseils). C'est ce qui est en train de se produire dans mon université. Le scrutin a lieu ce jeudi 10 avril.

Jusqu'à présent, les choses étaient plutôt calmes. On savait que des listes se montaient. Comme d'hab, les préparatifs avaient lieu plus ou moins dans l'ombre, puisque ce genre de chose se monte toujours entre copains. Et puis tout à coup, les indigènes ont sorti les coupe-coupe et se sont mis à s'écharper sur la place publique. Extraits de messages (les noms ont été modifiés par respect pour les personnes et, surtout, leurs co-listiers!), en général envoyés à tous les personnels de l'université, et même d'ailleurs, puisqu'avec la nouvelle loi, tout personnel d'un labo dont l'université est la tutelle a le droit de voter chez nous.

  • "Bonjour Hector. Je m'étonne de tes prises de positions, sachant que ta présence sur ces listes sert avant tout tes ambitions personnelles..."
  • "Cher Arthur. j'ait trop de respect pour toi [...] pour rentrer dans cette polémique de bas étage, mais quand même, pas toi!"
  • "le copier/coller [...] me font penser [...] que ce message n'a pas été écrit de ta main. [...] il prouve en tout cas l'état d'esprit général et d'agressivité dans lequel est ton équipe."
  • "Notre bilan n'est pas bon? Parlons-en ! " (non, non, ce n'est pas une blague. C'est le titre véritable d'un email envoyé à tous par l'équipe du Président en place, qui se représente).
  • "Il semble que l'équipe présidentielle, à l'heure d'assumer ses choix, [...] en profite pour attaquer directement des membres de notre liste..."
  • "Chers collègues. Les listes électorales comportent encore des erreurs. Toutefois..."
  • "Une fois de plus, une somme impressionnante de contre-vérités [...] dans un article récent paru sur le site web des listes..."
  • "... la désinformation et le colportage de rumeurs érigés en système de communication [...] Nous n'avons décidément pas les mêmes valeurs." (signé: le vice-président sortant)
  • "Ne vous réveillez pas le 11 au matin en vous disant "je ne savais pas". "

 Au nombre des initiatives malheureuses, celle du directeur de notre département de recherche, qui a proposé d'"organiser" au sein du département (environ 250 enseignants-chercheurs et ITA, soit 1/6 à 1/5de toute la fac) un système de procurations, avec personnes "désignées" pour voter au nom des autres... Le directeur en question figurant en bonne place sur une liste qui se présente aux 3 conseils de la fac! Inutile de vous dire que les missiles sol-air ont été lancés dans la minute suivante et que l'impétrant a été forcé de remettre sa bonne idée, "proposée dans un pur souci de pragmatisme" (sic), dans sa poche.

Dans ce qui semble être un baroud d'honneur - ou plutôt une tentative désespérée pour récolter des voix - la présidence vient de nous balancer en ce début d'après-midi (j'écris ce billet mercredi en fin de journée) un communiqué annonçant que les présidents des 3 universités de notre belle ville venaient d'entériner le plan qui consisterait à faire converger nos trois établieements vers un établissement unique. La course au gigantisme prônée par le Nain (visibilité internationale et classement de Shanghaï soit-disant obligent) se concrétisera au moins pour une ville de France... Comment ça va se passer, aucune idée. D'autant que l'accord a semble-t-il été signé à l'arrache tard dans la soirée d'hier (donc mardi 8). D'ici à ce qu'ils aient un peu bu pour arroser ça, on va découvrir dans une semaine qu'ils nous ont vendus à EuroDisney...

Après l'exposé de ces faits édifiants, plus d'autres que j'ai oubliés, vous aurez sans doute une envie folle de conseiller à vos gosses de faire des études, de rentrer à l'université pour un jour devenir chercheur ou enseignant du supérieur... Au programme probable du futur nouveau conseil d'administration: création d'une commission "Msieur, il/elle m'a traité...", "Mdame, il m'a fauché mes sucettes", et peut-être également "Oh l'autre, y fait rien qu'à tricher aux billes"...

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