02.04.2008

Postes maîtres de conf etc.: troisième anecdote de l'intérieur

Si vous pensiez que j'en avais fini avec le récit des magouilles et tractations sur la rédaction des profils et les recrutements, grave erreur! J'avais moi-même oublié que le feuilleton démarré aux épisodes précédents [Lien1, Lien2] se poursuivait par la suite des avatars du poste de prof qui a été défini dans mon département/labo. Pour les prérequis indispensables à la bonne compréhension de l'histoire, voir [Lien1].
En effet, ce n'était pas fini. Vous vous souvenez certes que ce collègue mauvais mais grenouilleur et têtu a obtenu de faire redéfinir le profil recherche du poste de prof de manière à pouvoir candidater dessus; vous vous souvenez également qu'une de mes connaissances (venant d'une université extérieure) a également candidaté sur le poste, et que ça plonge tout le monde dans l'embarras. Il manquait à l'histoire le récit d'un petit épisode survenu entre la rédaction du profil de poste et sa publication. Dont acte.
  • Suite aux tractations (qui ont tant fait plaisir à mon chef d'équipe, DR d'un organisme de recherche bien connu à vocation post-coloniale) à l'issue desquelles le profil recherche a été redéfini pour plaire à mon collègue maître de conf, le profil du poste a été discuté, en juin 2007, en conseil de département de recherche. Cette étape, indispensable au vu des statuts de l'université, était toutefois absolument inutile puisque ledit département n'a qu'un avis consultatif, sans aucun pouvoir d'autoriser ou non la publication du poste (en effet, mon école d'ingénieurs est ce que l'on appelle un "Article 33", c'est-à-dire une composante autonome de l'université).
  • Le profil avalisé m'est revenu car, en tant que seul prof "actif" en Section 60 de notre département d'enseignement , c'est à moi qu'il incombait de suivre le déroulement de la chose. En gros, mon boulot était de conserver le fichier sur le disque dur de mon ordinateur et de l'y laisser dormir jusqu'à nouvel ordre.
  • Un jour de novembre 2007, je reçois dans mon bureau la visite du collègue qui va postuler sur "son" poste. Je me doute illico d'un coup fourré, car ce collègue ne vient jamais me voir que pour me demander quelque chose... Le motif de sa visite est double:
  • me prévenir que le département va bientôt me redemander le profil pour publication en février, car le renouvellement du poste a visiblement été accepté par le ministère,
  • me demander de modifier le profil en insérant un passage supplémentaire, afin d'insister sur le caractère essentiel du renouvellement de ce poste de prof. Motivation de cette demande: je l'ignore; peut-être ce collègue, qui magouille dans tous les conseils de la fac (Conseil d'administration, Conseil scientifique, CEVU, Conseil du département de recherche), a-t-il eu vent de velléités éventuelles de ne remettre en question la publication de ce poste? S'est-il fait peur à cette occasion? En tout état de cause, je ne le saurai jamais, car il serait hors de question que ce collègue m'expose ses raisons (l'information, c'est le pouvoir; il importe donc de ne la partager avec personne!)
  • Bien entendu, je refuse d'apporter une quelconque modification à ce profil: d'abord parce que je n'en ai pas le droit, et surtout, par principe, car, comme je l'explique à mon collègue, on ne peut pas se permettre de laisser modifier les profils sur injonction de tous les gens qui défilent dans les bureaux. Bien que la discussion en reste là, je vois bien la contrariété se peindre sur le visage de mon collègue et je me doute que nous n'en resterons pas là.
  • De fait, une semaine plus tard, mon chef de département (d'enseignement) me passe un coup de fil pour me demander le profil du poste - "le profil définitif", prend-il soin de spécifier. J'ignorais qu'il dût y en avoir un plus définitif que le définitif, mais soit... En tendant l'oreille, j'entends en arrière-fond la voix de mon collègue (qui a profité d'une pause entre les cours pour squatter le bureau du chef de département), répéter - en parlant de moi - "non, mais lui n'a pas la bonne version du profil... en fait, il n'a pas la bonne version... il n'a pas la bonne version... Je t'amènerai la bonne version cet après-midi." Vous devinez, bien entendu, de quelle "bonne version" il s'agit.
  • Je réplique aussitôt au chef de département que je le rejoins avec la version "officielle" du profil de poste sur une clé USB. Je prends bien entendu la précaution d'attendre la fin de la pause entre les cours, de façon à ne pas avoir à débattre avec mon collègue, qui est forcé de retourner finir son TD. Le directeur du département envoie devant moi le texte final du profil au directeur de l'Ecole d'ingés. Ouf, on est sauvés. Tout ça pour ça.
Eh bien non, ce n'est pas fini. Lorsque le profil est paru sur le site de la fac en février, j'ai retrouvé la fameuse phrase insérée dans le texte. Ne me demandez pas qui ce collègue est allé trouver pour obtenir son insertion dans le profil; de toute manière, je ne le saurai jamais. Si après ça on peut penser que la promotion de ce collègue n'est pas inévitable, c'est vraiment que le déni de réalité n'est pas puni par la loi!

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