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31.03.2008

La télé des gros beaufs

 Regarder TF1, c'est toujours un régal. Aujourd'hui, jai cliqué par hasard sur Walker, Texas Ranger. Que Chuck Norris fût un acteur de série double Z, on le savait. Que les producteurs de la série fussent de gros réacs plus qu'à moitié fachos, on le savait aussi. Dans ces conditions, écouter les dialogues se révèle du pur jus d'élixir de délices de cliché.

Dans l'épisode que je regarde en ce moment, un ami du héros se fait attaquer et envoyer à l'hosto par un méchant armé d'un couteau.

  • Gros plan sur l'hôpital: bâtiment surmonté d'une croix lumineuse, au fronton estampillé "Methodist". Il est bien connu que les athées font de très mauvais médecins.
  • Les amis du massacré (dont Chuck le valeureux) s'informent auprès du médecin. Paroles de celui-ci: "Il a besoin de repos et... de vos prières." C'est vrai que si la médecine est trop nulle... On devrait les virer, tous ces docteurs qui ne servent à rien.
  • Ami de l'agressé: "Il faut trouver celui qui a fait ça." - Chuck le Valeureux (air neutre, qui cache mal une colère décidée et plein de sang froid): "On le trouvera."
  • Paroles de l'ami à la victime inconsciente: "Tu vas te battre. N'abandonnepas la partie. Tu m'entends?"
  • Puis, abattu par l'état de son ami, il sort de la chambre et défonce le plâtre du mur d'un coup de poing: "C'est pas vrai! s'écrie-t-il. Chuck Norris survient et, tout en le félicitant sur son coup droit, lui sort l'invitable couplet moralisateur: "ben maintenant, t'as plus qu'à réparer le trou." C'est vrai que ce n'est pas à ce bon vieux Walker que ça pourrait arriver, de perdre son sang-froid comme ça.

Ensuite, je n'ai pas insisté. Mais si c'est ce que j'ai vu en l'espace de 3 minutes, j'ai désormais une petite idée de ce que vos mouflets ingurgitent de façon quotidienne, ainsi que les pépés et les mémés qui s'emmerdent devant le petit écran à longueur de journée.

Comme il se trouve que ce sont les pépés et les mémés qui ont largement contribué à la victoire du Nain à la présidentielle en mai dernier, on peut être tenté d'y voir une relation de cause à effet. Finalement, si la France vote Sarkozy, c'est uniquement parce que Robert Poujade est mort et que voter Le Pen, ça n'a aucun résultat.

27.03.2008

Postes maîtres de conf etc: seconde anecdote de l'intérieur

Seconde anecdote au sujet des recrutements. Contrairement à la note précédente, la présente n'est pas de l'histoire ancienne mais au contraire d'une actualité brûlante.
Comme l'année dernière, un poste de prof a été ouvert en 60ème section dans mon département d'enseignement; ceci parce qu'un 2ème prof part en retraite. Chose qui n'est pas spécialement pour m'enchanter, je risque fort d'être convié à faire partie de la commission de spés sur ce coup, même si probablement je n'y figurerai qu'en tant que suppléant - ce que j'appelle de mes voeux les plus chers. Je tiens en effet à éviter comme la peste de participer aux tractations qui s'opèreront au sujet du choix de mon futur collègue. 
Un bref exposé des faits:
  • il y a un candidat local - un de mes collègues maîtres de conf;
  • il est mauvais;
  • au départ, le profil n'était pas défini pour lui, car il n'avait pas passé son habilitation (53 ans) au moment où on écrivait le profil en question;
  • il a insisté pour que le profil soit "élargi" de façon à ce qu'il puisse candidater dessus;
  • le responsable de l'équipe de recherche (un DR d'un organisme de recherche honorablement connu) qui avait au départ défini le profil a fait la gueule, car
    1. il ne peut pas blairer ce collègue, qu'il voulait à un moment donné virer de son équipe,
    2. le profil du collègue qui veut candidater ne correspond pas à celui que voulait le DR,
    3. le responsable d'équipe risque donc de se faire déposséder d'un poste sur sa thématique de recherche, au profit de mon collègue, qui travaille sur autre chose;
  • le collègue a cependant obtenu de faire rajouter 2 phrases correspondant à sa propre thématique de recherche dans le profil, en promettant de passer son habilitation de manière à se qualififer et à pouvoir candidater dessus;
  • ces 2 phrases ont été ajoutées par le DR lui-même, sous la pression amicale du directeur du labo. Inutile de vous dire qu'après avoir avalé cela, le le DR a dû avoir la gorge douloureuse pendant quelques jours. Et si ce n'est que la gorge, il a de la chance;
  • le collègue maître de conf a entretemps passé son habilitation in extremis, avec le nombre de publis correspondant au minimum syndical (à 53 ans, il était temps);
  • il est donc en position de candidater.

Si vous avez suivi jusque là, vous êtes autorisés à passer à l'étape suivante.

  • malgré son dosier pas terros, le collègue maître de conf a obtenu sa qulification aux postes de prof;
  • c'est normal: depuis des années, ce collègue siège en tant que membre nommé dans le Conseil d'Administration, le Conseil Scientifique et d'autres corps de décision annexes de la fac;
  • et surtout, il participe depuis des temps pré-jurassiques aux réunions du CNU, où l'on s'occupe de qualifier (ou pas!) les candidats. Ses collègues CNUistes n'allaient quand même pas le jeter...
  • il est donc, non seulement en position de candidater, mais de plus bien placé, puisque c'est le candidat local.

Si vous pensez que les jeux sont faits, vous n'avez peut-être pas tort. Sachez cependant que, depuis la semaine dernière, un candidat extérieur s'est déclaré. En particulier:

  • il est bon;
  • il a un dossier équivalent à celui de mon collègue local (le grenouillage politique en moins, car dans le domaine du copinage, l'excellence s'acquiert non pas au travail, mais à l'ancienneté), mais avec presque 20 ans de moins;
  • il pourrait apporter des choses intéressantes en matière d'enseignement et de recherche à ce labo.

Du coup, c'est la panique. Le vice-président de la commission de spécialistes en 60ème me le confiait l'autre jour: "Il y a un problème: on a un deuxième candidat!" Eh oui, ce n'était pas prévu. La mission principale des membres du jury - on me l'a pratiquement avoué - va donc être de trouver tous les arguments fallacieux possibles et imaginables pour jeter ce candidat.

Exemples d'arguments foireux, avancés pas plus tard qu'hier:

  • "Ca me pose un problème... Vu son profil, il risque de faire double emploi avec toi." (traduction: ne le prenons pas). En fait, ce candidat et moi n'avons pas du tout le même profil.
  • "C'est embêtant: c'est un modélisateur et un numéricien, comme toi." Faux: le type est plutôt un expérimentateur (il est d'ailleurs très bon dans ce domaine).
Comme il y a des chances que je sois invité à faire partie de la commission de spécialistes qui va (entre autres) statuer sur ce poste, je suis assez curieux de voir jusqu'où ils oseront ne pas lire le CV du candidat. Rendez-vous à la fin du mois d'avril et au début du mois de mai...

26.03.2008

Postes maîtres de conf etc: anecdote de l'intérieur

Ces deux anecdotes sont du domaine du vécu. La première me concerne directement, vu qu'elle concerne un poste qui m'est passé sous le nez pour de mauvaises raisons il y a 6 ans; la seconde me concerne également, mais de manière plus indirecte, comme vous l'allez voir.
 
Il y a six ans, j'étais en poste aux Pays-Bas. Contraint à l'exil pour avoir effectué ma thèse française en entreprise - et par conséquent sur un sujet très peu scientifique, ce qui me valait à la fois le mépris des universitaires en tant que chercheurs et leur rancoeur en tant que salariés du public beaucoup moins bien payés que moi - c'est en Hollande que j'ai appris les rudiments du métier d'universitaire; les Bataves ont en effet comme philosophie qu'un type qui exerce le métier d'ingénieur en  bureau d'études sera plus à même d'enseigner ce métier qu'un post-doc qui n'a jamais quitté l'univers du labo. Ce n'est pas un mauvais calcul au demeurant, mais seuls les Français semblent incapables de tenir ce raisonnement. Bref, en 2002, après cinq ans de présence sur le sol néerlandais, je sentais l'institut où je travaillais prendre des options pédagogiques qui ne me plaisaient guère et je me voyais bien, à l'échéance d'un ou deux ans, dans le bureau de mon chef de département avec celui-ci m'expliquant qu'il n'y avait plus de place dans l'institut pour un débile comme moi. C'est pourquoi j'envoyais frénétiquement mon dossier sur les postes de la section 60 ouverts au recrutement qui pouvaient correspondre à mon profil... 
 
Précisons  au passage que je ne partais pas handicapé dans cette course aux postes: après seulement 4 ans et demi de carrière universitaire, j'alignais déjà 10 publis dans des revues internationales, dues principalement à un travail acharné pendant ma période Batave (mon sujet de thèse était en effet tellement mauvais que je n'avais pas pu en tirer quoi que ce soit au niveau publis). Preuve que ce que les français vous refusent parfois, vous pouvez très bien le trouver ailleurs.
Je suis ainsi tombé sur un poste auquel mon profil convenait parfaitement; en plus, à Grenoble, dans mon école d'ingénieurs d'origine, où je savais n'avoir pas laissé un trop mauvais souvenir de mon passage en tant qu'étudiant.  Les profils d'enseignement et de recherche étaient suffisamment vagues pour pouvoir affirmer avec une quasi certitude qu'il n'y avait pas de candidat(e) en local (sinon, le profil aurait été taillé pour lui/elle); dont acte: courriel au responsable de l'équipe de recherche - car le responsable de la filière d'enseignement ne m'a jamais répondu...
Réponse à mon email de la part du responsable de l'équipe de recherche: votre CV nous intéresse, ça correspond à ce que nous cherchons. On ne me promettait pas l'embauche, mais pour quelqu'un qui se cherchait à toute force un point de chute en France, c'était plutôt encourageant.
Coup de bol, un de mes meilleurs potes habitait à Grenoble et occupait un poste plutôt important au CEA. Non seulement il était en contact fréquent avec l'équipe où je postulais, mais ilo y avait effectué sa thèse 7 ans auparavant. Il connaissait donc bien les personnes et les thèmes de recherche. Après avoir consulté l'individu, je me suis décidé à candidater. Dans le droit fil des conseils que je prodigue sur ce blog, j'ai proposé aux membres de l'équipe de "descendre" des Pays-Bas donner un séminaire de recherche, joignant un CV abrégé à l'appui. 
Là, douche froide: le chef (qui est d'ailleurs à présent directeur de mon ex-école d'ingénieurs) de l'équipe de recherche me répond: "vu les circonstances présentes, votre proposition n'est pas opportune".
 
Que s'était-il passé entretemps? La réponse, je l'ai eue par ce copain resté à Grenoble, car les crétins ont été assez abrutis, non seulement pour se renseigner sur moi auprès de lui, mais aussi pour lui confier toutes leurs cogitations. Résumé d'une discussion que m'a rapportée l'ami en question:
Chef d'équipe: "Dis donc, untel qui va candidater chez nous, tu le connais?
Copain: oui, on est de la même promo et on a fait notre thèse ensemble.
Chef: ben dis donc, t'as vu le CV?
Copain: je connais, on continue à travailler ensemble à l'occasion.
Chef: avec un CV comme ça, on ne va pas pouvoir le prendre.
Copain: pourquoi, il n'est pas assez bon?
Chef: c'est le contraire: il est trop bon; on ne peut pas prendre un CV comme ça.
Copain: mais pourquoi?
Chef: parce que vu sa liste de publis, il sera forcément pris chez nous; puis un an après, il passe son habilitation, et le premier poste de prof qui passe n'importe où en France, il candidate dessus et il se barre. [NDLA: l'ambiance au sein de cette équipe est unanimement reconnue comme étant de merde, et tous les gens à peu près bons s'en sont tirés. On ne peut donc pas reprocher à ce personnage de manquer de lucidité.]
Copain: peut-être; mais d'ici à ce qu'il se barre - en admettant d'ailleurs que ce soit le cas - il aura quand même apporté d'ici là beaucoup de choses à votre équipe.
Chef: oui, mais bon... On ne va pas prendre quelqu'un qui risque de s'en aller ailleurs.
Copain: eh bien dans ce cas, c'est simple: vous n'avez qu'à recruter le plus mauvais, comme ça au moins vous serez sûrs qu'il ne pourra jamais s'en aller. "
 
C'est d'ailleurs ce qui s'est passé. Bien entendu, mon pote m'a tout raconté. J'étais tellement dégoûté que je ne me suis pas présenté à l'audition de Grenoble; les Grenoblois ont effectivement pris un gros nase, dont ils n'ont rien pu tirer. De mon côté, je me suis présenté à Montpellier, où j'ai été pris. Conformément aux prédictions du chef d'équipe qui ne voulait pas de moi, j'ai passé mon habilitation un an après avoir été recruté comme maître de conf. Contrairement à ce qu'il avait pensé, je n'en ai pas profité pour me tailler sur le premier poste de prof qui passait; j'ai attendu 4 ans qu'un poste se libère sur ma fac et dans ma section d'origine; j'ai en effet conservé une certaine reconnaissance aux gens qui (ils ont été les seuls à le faire, d'ailleurs) m'ont donné ma chance d'entrer dans le système.
 
Que cette minuscule expérience puisse servir de consolation aux candidats malheureux au recrutement: si vous n'êtes pas pris(es), cela n'a parfois rien à voir avec vos qualités intrinsèques - les raisons en relèvent même souvent de politiques obscures et tortueuses qui n'ont rien à voir avec vous. Je vous en donnerai une autre preuve demain - ce billet est décidément trop long pour que je le charge encore d'une autre anecdote - au sujet du recrutement d'un prof qui a lieu cette année dans ma section.

25.03.2008

Recrutements maîtres de conf etc.

La date limite approche, puisque c'est au 1er avril qu'il faudra avoir envoyé son dossier aux différentes universités sur lesquelles vous postulerez.
Au rang des précautions utiles, n'oubliez pas de contacter les responsables des filières d'enseignement et de recherche dont les noms figurent sur les descriptions de profils de poste... Certains se fichent d'être contactés, mais d'autres ont tendance à prendre mal le fait qu'on fasse mine de les ignorer... Simple manifestation d'humeur féodale, mais il faut en tenir compte. N'hésitez donc pas à prendre votre téléphone, ou mieux, votre email, ce qui vous permettra par la même occasion de joindre un CV abrégé, et ainsi de faire votre pub.
Ca peut vous apparaître comme une manoeuvre déloyale, mais n'ayez pas peur, tout le monde le fait!
Demain, histoire d'égayer un peu votre journée, je vous raconterai deux anecdotes (vécues!) montrant tout le mal que peut faire un bon candidat lorsqu'il postule à  un endroit où il n'y a que des mauvais!

21.03.2008

Economie:les prédicateurs et les autistes

La croissance française sera moins bonne que prévu. C'est ce qu'a reconnu Christine Lagarde, cf. cet article du Monde. On apprend dans le même article que

  • l'allemagne a révisé sa prévision de croissance à la baisse (-0,3% par rapport aux 2% de prévision initiale);
  • le Royaume-Uni fait de même (-0,25%);
  • la Commission Européenne donne une prévision 2008 pour la croissance française de 1,7%;
  • le FMI l'estime, lui, à 1,5%;

Par ailleurs:

  • l'INSEE estime que le taux d'inflation sera de 3% sur le 1er semestre [Ref1];
  • il estime également que sur le premier semestre, le taux de croissance ne sera que de 0,3% par trimestre (donc 0,6% sur les 6 premiers mois de l'année) - voir note de conjoncture;

Pour en avoir le coeur net, connectons-nous sur le siste du ministère. Bon, d'accord, www.economie.gouv.fr, ça n'existe pas... En revanche, www.finances.gouv.fr vous conduit tout droit sur un magnifique site co-détenu par Christine Lagarde et Eric Woerth, sous le doux nom de www.bercy.gouv.fr. Si vous voulez vraiment voir ce que fait Vhristine Lagarde, c'est www.minefe.gouv.fr (ça ne s'invente pas)...

Cependant, nulle part je n'ai trouvé trace de la déclaration de Dame Lagarde sur Europe 1. D'ailleurs, la grande majorité des liens relatifs à des données chiffrées renvoient vers le site de l'INSEE... En revanche, sur la page d'accueil et des News, ça crie victoire à chaque communiqué.

Alors, ces ministres: faux prédicateurs, ou vrais autistes?

 

 

20.03.2008

Légiférer dans l'émotion?

Les journaux viennent d'annoncer le décès de Chantal Sébire, cette institutrice atteinte d'un mal incurable qui demandait que l'on l'autorise à être euthanasiée. On se souvient que le gouvernement et la présidence de la république avaient répondu par la négative.
Cet événement semble battre en brèche l'accusation que de nombreuses personnalités ont faite au gouvernement lors de l'avalisation de la loi Dati sur la rétention de sûreté.  En effet, on avait reproché au gouvernement de "légiférer sous le coup de l'émotion", de promulguer des "lois compassionnelles", etc.
Le cas Chantal Sébire montre qu'il n'en est rien: s'il y avait eu une occasion de décider dans l'émotion, celle-ci aurait été en or. La preuve est donc faite, il n'y a pas une once de compassion dans les actes de ce gouvernement. Lorsque l'on vous pond une loi Dati sur la rétention de sûreté, on va certes mettre en avant la douleur des victimes; mais c'est aussi - et surtout - parce que l'on est intimement convaincu que le criminel est une personne à retrancher de la société, éventuellement sans retour; et peut-être aussi parce que nous sommes gouvernés par une bande de judéo-chrétiens rétrogrades, qui s'en vont visiter le Pape et accepter des distinctions de chanoine d'honneur en compagnie d'auteurs comiques de corps de garde, et pour qui la notion de péché, de faute et de souffrance - pour ne pas dire d'expiation - restent des musts, au mieux religieux, au pire idéologiques et sociaux. D'ici à ce qu'on nous ressorte que les chômeurs et les SDF seront les premiers au royaume des Cieux...
 

19.03.2008

Mon labo: le soufflé retombe

Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous devez savoir que mon labo était fort occupé à s'examiner le nombril ces derniers temps. Depuis quelques jours, la fièvre est retombée. Non pas que nous ayons fait quoi que ce soit pour régler les problèmes... Simplement, depuis la semaine dernière, un conseil de labo a eu lieu. Petit résumé des opérations.

Rappelons que l'une de nos tutelles (en l'occurrence l'IRD, Institut de Recherche pour le Développement) essayait de nous imposer d'intégrer parmi nous des membres de deux unités jusqu'ici indépendantes. Au départ, le plan était de ne demander l'avis de personne et de régler le processus entre membres consanguins de bonne famille incestueuse. C'est d'ailleurs ce qui a failli se passer.

C'était compter sans les représentants des différents collèges du labo (et dont fait partie votre serviteur), qui ont décidé de faire le boxon. Dans les faits, nous avons non seulement réclamé que le personnel vote au sujet de cette intégration, mais nous avons poussé la subversion jusqu'à organiser des réunions entre les personnels des différentes unités. En effet, étant l'un des représentants élu des collèges A et B (chercheurs et enseignants-chercheurs profs/DR et MCF/CR), il me semblait normal de réunir mes collègues pour leur demander comment il fallait que je vote lors du conseil de labo.

C'est lors de ces exercices de démocratie que l'on est amené à se poser des questions existentielles sur la marche du monde. Exemple de questions:

  1. les cons ont-ils vraiment le droit de vivre?
  2. si oui, doit-on alors les laisser travailler, sachant qu'en restant chez eux ils feraient moins de dégâts?
  3. si oui malgré tout, une dictature avec exécutions publiques et aléatoires menées à intervalles réguliers ne serait-elle pas préférable à l'autorisation faite aux crétins de s'exprimer librement?

Mettez-vous à ma place en effet et mesurez mon désarroi face au genre de questions auxquelles on a droit en de telles circonstances:

  • "Oui, mais alors... Est-ce qu'on doit vraiment donner notre avis?"
  • "Mais finalement, si on vote, est-ce que ça servira à quelque chose?"
  • "En fait, moi, je n'ai pas d'avis... Alors je vote pour."
  • "Alors moi, je voterai oui, mais en fait je ne suis pas d'accord avec le fait de voter."

A cette réunion avec le personnel étaient également présents deux de mes co-représentants élus au conseil de labo. Les choses ont failli mal tourner sur la fin lorsque j'ai découvert que ces deux représentants n'avaient pas du tout l'intention de voter pour représenter les collèges A et B, mais de voter en fonction de leur propre opinion.

Le lendemain a eu lieu le conseil de labo. Ca a été très compliqué. Nous sommes 5 représentants des collèges A et B. Lors de la réunion de la veille, 40% de nos collèges avaient voté en faveur de l'intégration des unités IRD, 60% étaient sans opinion. Logiquement, il fallait 2 représentants votant pour et 3 représentants s'abstenant. J'ai découvert que pour deux de mes collègues, la soustraction (5 - 2) se classait dans l'espèce des missions impossibles, celles pour lesquelles il faut faire venir Tom Cruise et tourner un film à 35 millions de dollars. Il y en a une qui a levé la main deux fois, pour exprimer des opinions contradictoires; l'autre avait procuration d'un membre du conseil de labo qui n'avait pas pu venir et a mis 10 minutes à comprendre qu'il fallait voter une fois pour elle et une fois pour l'autre.

Au final, une décision majeure a été prise: on abandonne les idées de réorganisation des thématiques de recherche du labo, car on s'est aperçus qu'il valait mieux attendre, pour les refondre, l'arrivée (en 2009) des membres des unités que nous allons coopter.

Quand on vous dit que la recherche avance...

18.03.2008

L'auberge espagnole de la pensée économique

Depuis qu'Alain Minc a été éjecté de la présidence du conseil de surveillance du Monde, celui-ci se sentirait-il des velléités de secouer ses chaînes? E puis d'abord, quelles chaîne? Chacun sait que Le Monde a toujours été un quotidien exemplairement indépendant.
Bref: pour ce billet certes en retard par rapport à la livraison quotidienne habituelle, je vous invite à jeter un oeil à cet article: "l'UMP est devenu, au fil des ans, l'auberge espagnole de la pensée économique". Ci-joint le lien, et, au cas où l'article passerait en archive payante: ci-dessous le texte intégral.
 

 L'UMP est devenue au fil des ans l'auberge espagnole de la pensée économique

L'UMP, union de la droite et du centre réalisée en 2002, pour former la "majorité présidentielle" n'a pas encore réussi à faire émerger une pensée économique clairement identifiable. "Nous avons un fonds commun : on croit évidemment à l'économie de marché", admet Hervé Mariton, député de la Drôme et membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale.

Aux ultralibéraux partisans de la déréglementation à tous crins, a produit une sorte de congrégation hybride. Sa principale caractéristique est que, quelle que soit la proposition formulée, il n'y a plus personne qui soit vraiment contre.

Les quelques libéraux intempérants - tels les députés Olivier Dassault (Oise) et Jean-Michel Fourgous (Yvelines) - qui pourraient, par exemple, plaider pour une suppression pure et simple de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), sont très marginalisés.

Restent, plutôt que des "familles", des critères de différenciation auxquels les uns et les autres peuvent être plus ou moins sensibles. Cinq éléments majeurs entrent en ligne de compte : interventionnisme structurel (politique industrielle), volontarisme conjoncturel, discipline budgétaire, déréglementation, politique des revenus.

Ainsi, un Mariton, s'il peut se définir comme "libéral", dira plutôt non en matière d'interventionnisme et de volontarisme, et approuvera la discipline budgétaire et la déréglementation. Ce en quoi il n'est pas très éloigné des références auxquelles adhère le président de la commission des affaires sociales, le démocrate-social Pierre Méhaignerie (Ille-et-Vilaine), qui insistera néanmoins sur le curseur social et une politique active en matière de revenus.

Les orthodoxes du budget, comme Gilles Carrez (Val-de-Marne), rapporteur général de la commission des finances, unis sur la baisse des déficits, ne sont pas forcément solidaires sur la baisse des impôts.

Les volontaristes du "pouvoir d'achat", comme Jérôme Chartier (Val-d'Oise) et Frédéric Lefebvre (Hauts-de-Seine), ne sont pas sur la même longueur d'onde concernant l'interventionnisme.

En revanche, un Michel Bouvard (Savoie), vice-président de la commission des finances, ou un Patrick Ollier (Hauts-de-Seine), président de la commission des affaires économiques, qui se situent plus dans la filiation du RPR, défendront, eux, une politique plus interventionniste.

Patrick Roger
 
 
 

17.03.2008

Capitalisme triomphant

Le libéralisme, c'est bien quand tout va bien. En revanche, quand ça se met à dérailler... Petit aperçu.

  • A l'heure où on nous bassine avec l'"économie des savoirs" , ce sont pourtant les matières premières qui ont le vent en poupe: pétrole, or, cuivre... ce sont ces bons vieux minerais qui remportent le tiercé du pognon. L'or noir a par exemple atteint les 110 dollars au baril pour la 1ère fois.
  • Les banques américaines continuent de s'effondrer. Elles se vendent même au rabais, ce qui provoque un dévissage des bourses un peu partout.
  • La banque centrale américaine vient de décider de baisser ses taux directeurs. Apparemment, la décision n'était pas attendue et était censée remédier à la baisse des bourses asiatiques. Il semble cependant que ça n'ait pas marché.
  • Le monde spéculateur continue de tourner: l'once d'or vient de passer au-dessus des 1000 dollars.
  • En France, le patronat continue de s'entrelarder; Laurence Parisot, profitant de la crise Gautier-Sauvagnac pour régler ses comptes avec l'UIMM qui avait voté contre son élection à la tête du Medef, retire audit UIMM la présidence de la caisse des cadres.

Et comble de malheur, on apprend que "la crise invalide le modèle des fonds d'investissement". Jean-Marc Sylvestre, reviens, ils sont devenus fous!

14.03.2008

Faut-il enfermer Jean-Marc Sylvestre?

Quand je vous disais que ça valait le coup d'écouter Jean-Marc Sylvestre sur France Inter à 7h23... Ce matin encore, il a récidivé. Je n'ai toujours pas de magnéto-cassette sur mon autoradio, je regrette donc une fois de plus de n'avoir pas l'occasion d'enregistrer le démon à l'oeuvre dans ses incantations. Ne possédant pas de mémoire auditive absolue, je ne suis pas en mesure de vous restituer l'allocution dans l'authenticité de sa splendeur (et vice versa!). Veuillez trouver ci-dessous quelques extraits, dont j'essaie de préserver le sens premier:

  • pour nous expliquer que l'on avait eu tort, il y a quelques années, de dénigrer les fonds d'investissement: "Ces fonds d'investissement qui, hier encore, faisaient si peur à la vieille Europe, révèlent aujourd'hui toute leur fragilité" C'est justement pour ça qu'on en avait peur, hé, abruti!
  • conseil d'un libéral averti: "Le second remède de cheval, ce sera de re-nationaliser les banques lorsque leurs déficits sont trop importants."
  • Pire encore, le ci-devant vilipendeur de l'interventionnisme étatique se renie avec une violence rare: "Il faut abandonner l'idée selon laquelle la Finance n'est pas l'affaire du Politique".

Les fonds d'investissement, des trucs absurdes et ridicules? Nationaliser la propriété privée? Autoriser les Etats et le Politique à intervenir dans l'entreprise et l'initiative privée? Serait-il devenu complètement frappadingue? Ce n'est plus lui, on nous l'a changé! Finalement, quand on entend ça, on comprend mieux la Loi Dati sur la rétention de sûreté!

Eh bien en fait non, derrière la diatribe humaniste se cachent les dessins obscurs du Malin, que seule une écoute attentive permet de percer à jour:

"Seuls les Etats pourront permettre de combler les déficits accumulés par le secteur privé"

Finalement, Jean-Marc Sylvestre n'est pas fou. Vous l'avez compris, le bougre (au sens Rabelaisien du terme?): son rêve, c'est de faire financer les erreurs des banquiers par nos impôts. Bref, dans son rêve, ces braves joueurs en bourse du Crédit Lyonais, de la Société Générale et des fonds de pension/investissement peuvent se permettre de tout perdre à la roulette, vu que l'idée c'est qu'au final, comme disait Coluche, "C'est nous qui paye"...

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