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27.03.2008

Postes maîtres de conf etc: seconde anecdote de l'intérieur

Seconde anecdote au sujet des recrutements. Contrairement à la note précédente, la présente n'est pas de l'histoire ancienne mais au contraire d'une actualité brûlante.
Comme l'année dernière, un poste de prof a été ouvert en 60ème section dans mon département d'enseignement; ceci parce qu'un 2ème prof part en retraite. Chose qui n'est pas spécialement pour m'enchanter, je risque fort d'être convié à faire partie de la commission de spés sur ce coup, même si probablement je n'y figurerai qu'en tant que suppléant - ce que j'appelle de mes voeux les plus chers. Je tiens en effet à éviter comme la peste de participer aux tractations qui s'opèreront au sujet du choix de mon futur collègue. 
Un bref exposé des faits:
  • il y a un candidat local - un de mes collègues maîtres de conf;
  • il est mauvais;
  • au départ, le profil n'était pas défini pour lui, car il n'avait pas passé son habilitation (53 ans) au moment où on écrivait le profil en question;
  • il a insisté pour que le profil soit "élargi" de façon à ce qu'il puisse candidater dessus;
  • le responsable de l'équipe de recherche (un DR d'un organisme de recherche honorablement connu) qui avait au départ défini le profil a fait la gueule, car
    1. il ne peut pas blairer ce collègue, qu'il voulait à un moment donné virer de son équipe,
    2. le profil du collègue qui veut candidater ne correspond pas à celui que voulait le DR,
    3. le responsable d'équipe risque donc de se faire déposséder d'un poste sur sa thématique de recherche, au profit de mon collègue, qui travaille sur autre chose;
  • le collègue a cependant obtenu de faire rajouter 2 phrases correspondant à sa propre thématique de recherche dans le profil, en promettant de passer son habilitation de manière à se qualififer et à pouvoir candidater dessus;
  • ces 2 phrases ont été ajoutées par le DR lui-même, sous la pression amicale du directeur du labo. Inutile de vous dire qu'après avoir avalé cela, le le DR a dû avoir la gorge douloureuse pendant quelques jours. Et si ce n'est que la gorge, il a de la chance;
  • le collègue maître de conf a entretemps passé son habilitation in extremis, avec le nombre de publis correspondant au minimum syndical (à 53 ans, il était temps);
  • il est donc en position de candidater.

Si vous avez suivi jusque là, vous êtes autorisés à passer à l'étape suivante.

  • malgré son dosier pas terros, le collègue maître de conf a obtenu sa qulification aux postes de prof;
  • c'est normal: depuis des années, ce collègue siège en tant que membre nommé dans le Conseil d'Administration, le Conseil Scientifique et d'autres corps de décision annexes de la fac;
  • et surtout, il participe depuis des temps pré-jurassiques aux réunions du CNU, où l'on s'occupe de qualifier (ou pas!) les candidats. Ses collègues CNUistes n'allaient quand même pas le jeter...
  • il est donc, non seulement en position de candidater, mais de plus bien placé, puisque c'est le candidat local.

Si vous pensez que les jeux sont faits, vous n'avez peut-être pas tort. Sachez cependant que, depuis la semaine dernière, un candidat extérieur s'est déclaré. En particulier:

  • il est bon;
  • il a un dossier équivalent à celui de mon collègue local (le grenouillage politique en moins, car dans le domaine du copinage, l'excellence s'acquiert non pas au travail, mais à l'ancienneté), mais avec presque 20 ans de moins;
  • il pourrait apporter des choses intéressantes en matière d'enseignement et de recherche à ce labo.

Du coup, c'est la panique. Le vice-président de la commission de spécialistes en 60ème me le confiait l'autre jour: "Il y a un problème: on a un deuxième candidat!" Eh oui, ce n'était pas prévu. La mission principale des membres du jury - on me l'a pratiquement avoué - va donc être de trouver tous les arguments fallacieux possibles et imaginables pour jeter ce candidat.

Exemples d'arguments foireux, avancés pas plus tard qu'hier:

  • "Ca me pose un problème... Vu son profil, il risque de faire double emploi avec toi." (traduction: ne le prenons pas). En fait, ce candidat et moi n'avons pas du tout le même profil.
  • "C'est embêtant: c'est un modélisateur et un numéricien, comme toi." Faux: le type est plutôt un expérimentateur (il est d'ailleurs très bon dans ce domaine).
Comme il y a des chances que je sois invité à faire partie de la commission de spécialistes qui va (entre autres) statuer sur ce poste, je suis assez curieux de voir jusqu'où ils oseront ne pas lire le CV du candidat. Rendez-vous à la fin du mois d'avril et au début du mois de mai...

Commentaires

Les deux anecdotes sont consternantes et révélatrices.
Aussi je me suis permis de les signaler sur mon propre blog...

Ecrit par : blop | 31.03.2008

A l'heure où on va nous resserrer les conseils d'administration des universités, et où ceux-ci auront un pouvoir quasi-absolu, je pense important que le plus de gens possible sachent à quoi s'attendre en ce qui concerne les copinage, mandarinat, passe-droits et népotisme qui s'exercent dans la communauté (?) universitaire.
Donc merci beaucoup.

Ecrit par : Enerve | 31.03.2008

Consternant ...
Cela dit, se faire jeter sur des raisons fallacieuses, ce n'est pas qu'une spécialité française (j'ai des exemples personnels douloureux).

Ecrit par : Tom Roud | 22.04.2008

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