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26.03.2008
Postes maîtres de conf etc: anecdote de l'intérieur
Ces deux anecdotes sont du domaine du vécu. La première me concerne directement, vu qu'elle concerne un poste qui m'est passé sous le nez pour de mauvaises raisons il y a 6 ans; la seconde me concerne également, mais de manière plus indirecte, comme vous l'allez voir.
Il y a six ans, j'étais en poste aux Pays-Bas. Contraint à l'exil pour avoir effectué ma thèse française en entreprise - et par conséquent sur un sujet très peu scientifique, ce qui me valait à la fois le mépris des universitaires en tant que chercheurs et leur rancoeur en tant que salariés du public beaucoup moins bien payés que moi - c'est en Hollande que j'ai appris les rudiments du métier d'universitaire; les Bataves ont en effet comme philosophie qu'un type qui exerce le métier d'ingénieur en bureau d'études sera plus à même d'enseigner ce métier qu'un post-doc qui n'a jamais quitté l'univers du labo. Ce n'est pas un mauvais calcul au demeurant, mais seuls les Français semblent incapables de tenir ce raisonnement. Bref, en 2002, après cinq ans de présence sur le sol néerlandais, je sentais l'institut où je travaillais prendre des options pédagogiques qui ne me plaisaient guère et je me voyais bien, à l'échéance d'un ou deux ans, dans le bureau de mon chef de département avec celui-ci m'expliquant qu'il n'y avait plus de place dans l'institut pour un débile comme moi. C'est pourquoi j'envoyais frénétiquement mon dossier sur les postes de la section 60 ouverts au recrutement qui pouvaient correspondre à mon profil...
Précisons au passage que je ne partais pas handicapé dans cette course aux postes: après seulement 4 ans et demi de carrière universitaire, j'alignais déjà 10 publis dans des revues internationales, dues principalement à un travail acharné pendant ma période Batave (mon sujet de thèse était en effet tellement mauvais que je n'avais pas pu en tirer quoi que ce soit au niveau publis). Preuve que ce que les français vous refusent parfois, vous pouvez très bien le trouver ailleurs.
Je suis ainsi tombé sur un poste auquel mon profil convenait parfaitement; en plus, à Grenoble, dans mon école d'ingénieurs d'origine, où je savais n'avoir pas laissé un trop mauvais souvenir de mon passage en tant qu'étudiant. Les profils d'enseignement et de recherche étaient suffisamment vagues pour pouvoir affirmer avec une quasi certitude qu'il n'y avait pas de candidat(e) en local (sinon, le profil aurait été taillé pour lui/elle); dont acte: courriel au responsable de l'équipe de recherche - car le responsable de la filière d'enseignement ne m'a jamais répondu...
Réponse à mon email de la part du responsable de l'équipe de recherche: votre CV nous intéresse, ça correspond à ce que nous cherchons. On ne me promettait pas l'embauche, mais pour quelqu'un qui se cherchait à toute force un point de chute en France, c'était plutôt encourageant.
Coup de bol, un de mes meilleurs potes habitait à Grenoble et occupait un poste plutôt important au CEA. Non seulement il était en contact fréquent avec l'équipe où je postulais, mais ilo y avait effectué sa thèse 7 ans auparavant. Il connaissait donc bien les personnes et les thèmes de recherche. Après avoir consulté l'individu, je me suis décidé à candidater. Dans le droit fil des conseils que je prodigue sur ce blog, j'ai proposé aux membres de l'équipe de "descendre" des Pays-Bas donner un séminaire de recherche, joignant un CV abrégé à l'appui.
Là, douche froide: le chef (qui est d'ailleurs à présent directeur de mon ex-école d'ingénieurs) de l'équipe de recherche me répond: "vu les circonstances présentes, votre proposition n'est pas opportune".
Que s'était-il passé entretemps? La réponse, je l'ai eue par ce copain resté à Grenoble, car les crétins ont été assez abrutis, non seulement pour se renseigner sur moi auprès de lui, mais aussi pour lui confier toutes leurs cogitations. Résumé d'une discussion que m'a rapportée l'ami en question:
Chef d'équipe: "Dis donc, untel qui va candidater chez nous, tu le connais?
Copain: oui, on est de la même promo et on a fait notre thèse ensemble.
Chef: ben dis donc, t'as vu le CV?
Copain: je connais, on continue à travailler ensemble à l'occasion.
Chef: avec un CV comme ça, on ne va pas pouvoir le prendre.
Copain: pourquoi, il n'est pas assez bon?
Chef: c'est le contraire: il est trop bon; on ne peut pas prendre un CV comme ça.
Copain: mais pourquoi?
Chef: parce que vu sa liste de publis, il sera forcément pris chez nous; puis un an après, il passe son habilitation, et le premier poste de prof qui passe n'importe où en France, il candidate dessus et il se barre. [NDLA: l'ambiance au sein de cette équipe est unanimement reconnue comme étant de merde, et tous les gens à peu près bons s'en sont tirés. On ne peut donc pas reprocher à ce personnage de manquer de lucidité.]
Copain: peut-être; mais d'ici à ce qu'il se barre - en admettant d'ailleurs que ce soit le cas - il aura quand même apporté d'ici là beaucoup de choses à votre équipe.
Chef: oui, mais bon... On ne va pas prendre quelqu'un qui risque de s'en aller ailleurs.
Copain: eh bien dans ce cas, c'est simple: vous n'avez qu'à recruter le plus mauvais, comme ça au moins vous serez sûrs qu'il ne pourra jamais s'en aller. "
C'est d'ailleurs ce qui s'est passé. Bien entendu, mon pote m'a tout raconté. J'étais tellement dégoûté que je ne me suis pas présenté à l'audition de Grenoble; les Grenoblois ont effectivement pris un gros nase, dont ils n'ont rien pu tirer. De mon côté, je me suis présenté à Montpellier, où j'ai été pris. Conformément aux prédictions du chef d'équipe qui ne voulait pas de moi, j'ai passé mon habilitation un an après avoir été recruté comme maître de conf. Contrairement à ce qu'il avait pensé, je n'en ai pas profité pour me tailler sur le premier poste de prof qui passait; j'ai attendu 4 ans qu'un poste se libère sur ma fac et dans ma section d'origine; j'ai en effet conservé une certaine reconnaissance aux gens qui (ils ont été les seuls à le faire, d'ailleurs) m'ont donné ma chance d'entrer dans le système.
Que cette minuscule expérience puisse servir de consolation aux candidats malheureux au recrutement: si vous n'êtes pas pris(es), cela n'a parfois rien à voir avec vos qualités intrinsèques - les raisons en relèvent même souvent de politiques obscures et tortueuses qui n'ont rien à voir avec vous. Je vous en donnerai une autre preuve demain - ce billet est décidément trop long pour que je le charge encore d'une autre anecdote - au sujet du recrutement d'un prof qui a lieu cette année dans ma section.
09:03 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université, enseignement supérieur, recherche

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