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28.02.2008

Jean-Marc Sylvestre, la catin respectueuse

L'Edgar Faure de l'économie nous en a fait une bien bonne une fois encore. Un conseil, mes amis: si vous êtes en manque d'inspiration pour votre blog, écoutez Jean-Marc Sylvestre à 7h23 sur France Inter; honnêtement, quand on a entendu ça ne serait-ce qu'une fois, on comprend la nécessité de payer sa redevance audiovisuelle.

Il y a encore deux semaines, JMS béait d'admiration devant les Etats-Unis: ah, ce dollar plus faible que l'Euro, quelle chance il représente pour ces bons Etats-Uniens. Les subprimes ne sont qu'une migraine passagère, d'ailleurs on s'attend cette année à une croissance record; la flexibilité du marché du travail permet aux USA, contrairement à la vieille Europe, d'engranger des profits et une croissance record; que ce modèle n'a-t-il pas cours chez nous, etc. etc. A chaque fois que Jean-Marc Sylvestre parlait des Etats-Unis, je m'attendais à trouver une flaque d'incontinence sous ma radio...

Or, ce matin, revirement. je cite de mémoire: "Alors que les Etats-Unis entrent en récession, l'Europe, elle, se porte plutôt bien." -  "Contrairement aux Etats-Unis, où l'endettement privé atteint des sommets, le déficit de l'Union européenne provient surtout des dettes nationales, et l'endettement des particuliers et des entreprises y reste à des nivaux ultra-raisonnables." - "L'appréciation de l'Euro est une bonne chose pour le consommateur car elle fait baisser les prix des produits fabriqués dans le pays émergents qui payent en dollar". Il y a des jours où l'on regrette de ne pas avoir d'enregistreur à cassettes sur son autoradio.

Nous l'aurait-on changé? Non, bien sûr. Pour trouver l'explication de ce changement de cap, il suffisait d'écouter la suite: "bien entendu, cet Euro fort finira par nous poser quelques problèmes". Jean-Marc Sylvestre est tout simplement Sarkoziste. Tel son maître, il change chaque jour d'avis avec une sincérité totale, suivant que, sur son baromètre, c'est la donzelle à l'ombrelle chinoise ou le petit bonhomme au pébroque qui pointent leur nez dehors. Jean-Marc Sylvestre est à l'économie ce que les cours de la bourse sont à la fonction continûment dérivable: un défi permanent, un déni de réalité, un intervalle ouvert de mesure nulle. Jean-Marc Sylvestre est un visionnaire: par-delà la flexibilité du contrat de travail, loin devant la financiarisation de l'opinion, il est parvenu au stade ultime du capitalisme intellectuel: convertir son intégrité et son amour-propre en actions EuroTunnel et, pour assurer ses vieux jours, placer sa propre pensée sous la forme de stock-options.

Merci, Monsieur Sylvestre, pour ces précieux instants radiophoniques où, malgré l'interdiction des maisons closes et du raccolage passif, vous démontrez publiquement et de façon quotidienne que le plus vieux métier du monde, s'il veut survivre, doit toujours s'exercer en vitrine!

27.02.2008

Télé,radio: l'inquiétant glissement de la réalité

Janvier 2008. Jo Wilfrid Tsonga, joueur de tennis quasi-inconnu quelques jours auparavant, parvient en demi-finale de l'Open d'Australie. Le soir même  du jour où sa victoire est conue, PPDA l'interviewe "en direct" dans le 20 heures de TF1. Questions, réponses (avec un petit décalage; normal, nous dit-on, c'est la distance et la retransmission par satellite). Il faut attendre la fin de l'interview pour que PPDA mentionne en passant: "merci de nous avoir accordé cette interview, enregistrée tôt ce matin".
Vendredi matin dernier, sur France Inter. Au cours de la tranche du 7/9 matinal, Nicolas Demorand repasse, comme presque chaque jour, un extrait du sketch de Didier Porte, prononcé la veille dans l'émission "Le fou du roi". Annonce de N.D. avant que le sketch démarre: "Bonjour, Didier Porte, comment allez-vous?" 

Aujourd'hui dans Le Parisien. Nicolas Sarkozy admet, dans une interview au journal, qu'il aurait mieux fait de ne pas répondre au quidam qu'il a traité de "pauvre con" au salon de l'Agriculture. Un peu plus tard dans la journée, on apprend que le commentaire a été rajouté après coup par les services de l'Elysée [Lien] et que, par conséquent, il ne faisait pas réellement partie de l'interview.
Ce soir, sur TF1 (N.B. j'écris ces lignes le 26 au soir). Harry Roselmack fait une interview de Léopold Heymans, le spationaute français qui tourne  en ce moment  à 400 kilomètres au-dessus de  nos têtes.  Commentaire du journaliste: "Ce n'est pas tous les jours que l'on a la chance d'interviewer un spationaute en direct de la station spatiale". Jeu de questions-réponses, certes convenues mais pleines de bonnes intentions, entre l'homme de télé et l'homme de l'espace. Fin de l'interview et mention en passant du journaliste: "interview réalisée cet après-midi".
Les anecdotes peuvent faire sourire. On se souvient qu'en 1991, PPDA avait tenté de nous faire avaler une pseudo-interview de Fidel Castro, qui n'était en réalité qu'un jeu de questions enregistrées a posteriori sur des réponses de Fidel à un autre journaliste. A l'époque, la tentative avait fait scandale. Désormais, apparemment, tout le monde peut travestir la réalité sans que cela ne fasse tiquer personne. Arguments communément invoqués: "tout le monde le fait"; "ce n'est pas si grave"; "ce n'est pas du vrai direct, mais ça pourrait en être, car le journaliste a réellement posé ces questions." etc.
Si l'on comprend bien, on a le droit de nous présenter les choses, non pas comme elles sont, mais comme elles ont failli être. Ou comme elles auraient pu; ou comme elles étaient presque. On a le droit de ne pas nous dire la vérité, puisque l'esprit, ou l'intention - à défaut de la lettre -y étaient.
On a le droit de nous édulcorer la réalité, parce que... parce que quoi, au fait? Edulcorer, agrémenter, enjoliver, embellir, modifier la réalité, cela s'appelle mentir. Tout bêtement. C'est faire la preuve, au mieux, d'un défaut de professionnalisme, au pire, d'une absence d'honnêteté. Après les glissements juridiques de nos hommes politiques (vouloir passer par-dessus le Conseil constitutionnel pour passer en force une loi qu'il a partiellement retoquée), voici venus ceux des professionnels de l'information.
Ca commence comme ça. La question que l'on peut se poser est: où cela finit-il ?

26.02.2008

Rétention de sûreté et empêchement présidentiel

Le président de la Cour de cassation a rejeté la demande du Président de la république d'amender la décision du Conseil constitutionnel. Cette décision, portant sur la loi Dati de rétention de sûreté, n'a pas autorisé son application immédiate à des détenus déjà jugés, car cela l'aurait, de fait, rendue rétroactive. Or, la rétroactivité dans une loi est anticonstitutionnelle. Rappelons que c'est pour le même motif que l'une des premières mesures du gouvernement prises juste après l'élection de mai 2007 avait été rejetée: il s'agissait, souvenons-nous, d'étendre une mesure sur les prêts immobiliers à une date antérieure à sa promulgation.
Au-delà de l'anecdote et du spectacle intéressant que nous offre la cour grouillante et justificatrice des fayots présidentiels [Lien 1, Lien 2, Lien 3], on peut avoir deux réactions:
  • le soulagement; soulagement, parce que la Justice est restée indépendante (pour combien de temps encore) face à l'exécutif;
  • l'inquiétude; parce qu'il faut bien en convenir, la presse, pour ne citer qu'elle, est restée étrangement amorphe face à une requête, au mieux inusuelle, au pire despotisante (néologix vous l'offre).
Comment, en effet, ne pas trouver inquiétante la demande d'un membre de l'Exécutif de passer par-dessus la Constitution, c'est-à-dire de s'affranchir des textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement des Institutions? La question principale qui se pose au vu des actes et déclarations présidentiels récents est: le Nain est jaune, certes, mais est-il également fou? 
Jean-François Kahn avait, en son temps, répondu à cette question. Dans une interview à "arrêts sur images", il réitère (extraits ici). J'avoue ne pas aimer du tout Jean-François Kahn et ses attitudes de donner de leçons, qui me fait penser à l'autre infatué de la politique à grand spectacle, j'ai nommé Daniel Cohn-Bendit. N'empêche qu'en repensant à ce qu'il avait dit il y a neuf mois, je me suis aussi rappelé qu'à l'époque je m'étais dit: "Kahn déjante; le Nain est trop calculateur pour être stupide". Aujourd'hui, je me pose des questions; on peut être calculateur, très intelligent, et complètement déjanté.
Au cas où l'hypothèse se révèlerait exacte, que faire? Faut-il, de façon plus ou moins immédiate, se mettre à envisager une possible procédure d'empêchement?
La question est loin d'être anodine et ne laisse pas indifférent: Libération a publié sur son site un article intitulé "Fonction présidentielle: est-il à la hauteur?" Cet article a été mis en ligne le 23 février 2008. Un jour et demi plus tard (j'écris ces lignes le 25 dans l'après-midi), il y a 2036 réactions sur le site. La question commence à être posée sur un certain nombre de blogs, voir par exemple celui-ci.
La réaction journalistique peut paraître saine, je la trouve inquiétante. En effet, le motif principalement invoqué par l'article de Libération pour mettre en cause la capacité de N. Sarkozy à exercer ses fonctions est son écart de comportement lors du salon de l'agriculture. Mais, pour être franc, on se tape de ce que le Nain a pu sortir à un quidam alors qu'à son exaspération croissante il se trouvait coincé entre les barbiches des chèvres et les culs des vaches. Ce qui pose véritablement problème, c'est la collusion manifeste d'un chef de l'exécutif avec des industriels qui passent des marchés avec l'Etat; c'est son intimité avouée avec de grands industriels propriétaires de groupes de presse et de médias; c'est, surtout, la volonté permanente de s'affranchir des principes de Droit élémentaires en voulant forcer le passage de lois inconstitutionnelles. Et cela, Libération l'oublie pour lancer un article à succès sur "casse-toi pauvre con"...
Bref, ce qui est surtout inquiétant dans l'actualité récente, c'est que la réflexion ait majoritairement déserté les salles de rédaction des grands quotidiens et se trouve désormais davantage représentée sur les sites des internautes qu'à la une des journaux. 

25.02.2008

Quand votre labo consulte sa base...

... méfiez-vous du résultat. La dernière nouveauté, c'est qu'une de nos tutelles nous oblige à absorber 2 unités de recherche, avec à la clé une vingtaine de personnes en plus. De son côté, notre directeur nous pousse à nous réorganiser et à redéfinir nos futurs thèmes de recherche... sans consulter les personnes en question. C'est ce que l'on appelle mettre toutes les chances de son côté.

Imaginez toutefois que l'on tienne vraiment compte de ce que nous avons proposé sur notre forum intranet (que personne ou presque n'a consulté). Ca aurait pu donner à peu près ceci:

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21.02.2008

Mon labo s'examine le nombril

Il faut dire qu'il ny a guère que ça à examiner en ce moment. On avait commencé à lire la liste des publications et on a eu terminé en 5 minutes... Le directeur a d'ailleurs poussé un coup de gueule au sujet du faible nombre de publis, ce qui m'a donné l'idée de 2 BD supplémentaires. Vous y aurez bientôt droit.

Continuons sur le forum de remise en question mentionné dans les billets précédents. Nous sommes seulement 4 à y avoir posté des messages. Autant dire que le truc est mort-né. Il n'est cependant pas interdit d'imaginer ce qui aurait pu se passer si la boîte à idées avait été pleine, au moment du dépouillement...

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Cliquez ici pour la BD grandeur nature.

20.02.2008

Dépénalisation des affaires...

... ou quand les criminels demandent à ce que l'on change la loi. Le plus fort, c'est qu'ils y sont parvenus. En effet, le groupe de travail Coulon a rendu son rapport. Il s'agit du "Groupe de travail sur la dépénalisation de la vie des affaires". On se souvient du discours présidentiel à l'université d'été du Medef, où N. Sarkozy avait plaidé ouvertement pour une dépénalisation des chefs d'entreprises. Le voici exaucé; en effet, Rachida Dati a annoncé son intention d'adopter la majorité des mesures préconisées par le groupe de travail. Pour un aperçu, ci-joint le fichier PDF: RapportCoulon.pdf.

Parmi les membres du groupe de travail, on trouve des dirigeants de Lazard-Frères, de Saint-Gobain, de Frantz-Electrolyse... et le directeur des affaires juridiques de la Société Générale. A la lueur des événement financiers récents, la présence de ce dernier personnage a dû constituer une source d'expérience extrêmement précieuse. Enfin, dans ces commissions, des gens qui savent de quoi ils parlent!

En revanche, alors qu'un bon tiers des mesures traite de la dépénalisation du droit de la concurrence (p.37 et suivantes), on ne trouve aucun représentant de la DGCCRF (ex-brigade de répression des fraudes), ou d'associations de consommateurs, souvent bien placées pour rapporter les fraudes de grande ampleur, qu'elles soient du domaine de l'abus de faiblesse ou de confiance...

Dès la page 7, le ton est donné: on trouve cette citation de Paul Ricoeur: "Les valeurs ne sont pas des essences éternelles". Si avec ça vous n'avez pas compris que les choses allaient changer, autant vous faire greffer une tranche de Roquefort à la place du cerveau.

En page 10, vous avez tout compris:

  • "La dépénalisation du droit des affaires est une attente forte des acteurs économiques". Sans blague. L'amnistie des PV est aussi une attente forte des mecs qui se garent sur les passages protégés; la suppression des radars est aussi une attente forte de la part de ceux qui roulent à 180 sur autoroute; et tant qu'on y est, tous les types qui ont fauché le sac à main d'une mémé auraient aussi préféré ne pas être condamnés.
  • "Le caractère déstabilisant pour l'entreprise et ses dirigeants de la procédure pénale [...] ses conséquences économiques voire boursières ont été stigmatisées." Ben oui, quand les flics viennent vous chercher pour vous mettre en garde à vue, ça déstabilise. Demandez voir à cet enseignant qui a été embastillé récemment pour avoir giflé un fils de gendarme. Vous vous rendez compte, ce qui va se passer si on "déstabilise" ces pauvres dirigeants? En revanche, on a parfaitement le droit de déstabiliser la vie des 800 salariés de Kléber Toul ou de Mittal Gandrange en fermant leur usine alors que leur entreprise fait des bénéfices. Et si en plus vous touchez à la bourse, alors là... !
  • "C'est l'attractivité de la France pour les investisseurs qui serait ainsi aussi un des enjeux de la dépénalisation." C'est sûr que si la France se met à ressembler aux Îles Caïman ou au Lichtenstein, on va attirer du pognon. Les mafieux russes sont déjà installés sur la Côte d'Azur, ils pourraont ainsi entrer dans le capital de la Société Générale (quoique... c'est peut-être déjà fait).

Le reste est à l'avenant. On mentionnera tout de même quelques points amusants, telle la liste en pied de pages 24 et 25 des infractions déjà dépénalisées par le passé. On apprend ainsi que le fait de voter à une AG en se faisant passer pour actionnaire alors qu'on ne l'est pas a été dépénalisé, de même que la négociation illicite d'actions, la participation illégale aux assemblées d'obligataires; ou encore de présenter des faux documents lorsque l'on établit un prospectus, etc.

Enfin, 30 propositions sont émises en pages 89-91 du rapport. Parmi les recommandations amusantes, mesure 10: "favoriser l'élaboration de codes de déontologie". Nul doute qu'un tel code, si la Société Générale en avait eu un, eût évité l'affaire Kerviel. Ce dernier aurait lu le document et se serait aperçu que ce qu'il faisait était mal. Que n'y avons-nous pensé plus tôt!

19.02.2008

Les idées du Nain: un édito qui a du poids

Pas la peine, dimanche 17 février, de regarder l'émission de Serge Moati, le sémaphore journalistique de la Cinq qui s'efforce d'imiter Michel Polack dans le registre du débat désorganisé et cacophonique. "Ripostes" ne sera jamais "Droit de réponse", même s'il tend à se rapprocher de son idéal de bordel pseudo-journalistique. Saluons au passage la prestation droite, honnête et documentée de Vincent Peillon, qui remonte un peu dans mon estime après son baroud avec le NPS. Mentionnons simplement au passage que l'émission était consacrée à la déclaration du Nain au dîner du CRIF.

Au lieu de la télé, un peu de lecture. Au sujet (et surtout au-dessus, loin au-dessus) des élucubrations religio-fantaisistes du Nain hyperactif, ci-dessous le texte intégral d'un édito écrit par Claude Lanzmann et paru dans Le Monde, Lien ici. Ci-dessous, le texte intégral au cas où le journal rendrait payant l'accès à l'article.

Le mort saisit le vif, par Claude Lanzmann 

Je ne suis pas de ceux qui se conduisent comme si la campagne présidentielle n'était pas terminée et tiennent le président de la République pour un usurpateur. Je me sens d'autant plus libre pour m'interroger sur l'étrange proposition qu'il a avancée dans son discours au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Nul doute que Nicolas Sarkozy, s'adressant aux juifs, ne soit animé par la sympathie et les bonnes intentions, comme il le fut à Rome, lorsqu'on le fit chanoine, ou à Riyad devant les membres du Majliss As-shoura. Mais l'enfer, on le sait, en est pavé, les contre-finalités et les effets pervers sont engendrés par des prémisses qui le sont également.

Le président de la République pensait sûrement que les juifs allaient lui être reconnaissants de son formidable "cadeau", théâtralement décrété : la prise de relais d'un enfant assassiné il y a soixante-cinq ans, dans les chambres à gaz d'Auschwitz ou de Treblinka, par un autre du même âge aujourd'hui, mais bien vivant, élève de CM2, à qui seront confiés le nom, l'histoire, les photographies du petit mort et qui aura le mandat, sinon de le ressusciter, du moins d'en perpétuer le souvenir.

 

Au Holocaust Memorial Museum de Washington, on épingle au revers de la veste de chaque visiteur un badge avec le nom d'un juif exterminé dans la Shoah. Le visiteur perd son nom et prend celui d'un mort pendant les deux ou trois heures que dure le parcours. Les communicateurs du musée prétendent que l'identification joue à plein, permettant à l'émotion de se donner libre carrière : le mort saisit le vif.

Le président, lui, a parlé dans son discours "d'éclats de mémoire", onze mille éclats donc, individualisés, subjectivés. L'enfant vivant de CM2 devient le correspondant de l'enfant juif, comme nous avions autrefois, en classe d'anglais, des correspondants britanniques, canadiens ou australiens. La différence est que nous étions tous vivants. Les prisonniers condamnés à de longues peines ont eux aussi des correspondantes, les soldats sans famille aussi. Rien de neuf dans tout cela, c'est une vieille idée de la charité chrétienne et, aux Etats-Unis, mormone.

J'entends bien, à la lecture des déclarations des inspirateurs ou inspiratrices du président, qu'on prétend lutter contre le racisme, dont la Shoah est le paradigme - ce qui fait pour une part son unicité. Mais la mémoire de la Shoah est autrement plus complexe que ces simplifications mêlées et brouillonnes, qui témoignent d'un activisme de néophytes, semblant faire table rase de cinquante ans d'historicisation acharnée.

La Shoah n'est pas une terra incognita et son histoire n'est pas une tabula rasa : des dizaines de milliers de livres ont été écrits dans le monde entier, des films, des oeuvres, des témoignages, etc. Des hommes et des femmes, des éducateurs, des enseignants travaillent et réfléchissent chaque jour à la transmission de l'événement central du XXe siècle. Plus que tous, les juifs ont contribué à cette transmission et, soyons-en sûrs, le feront dans les siècles des siècles. Cela ne s'arrêtera pas.

C'est une mode surprenante aujourd'hui que d'entendre un peu partout : "Les derniers survivants disparaissent, après eux, il n'y aura plus rien." Cette crainte est une prémisse doublement erronée : pour commencer, et c'est heureux, des survivants ont encore bon pied bon oeil ; croit-on par ailleurs que la mort du dernier centenaire de la guerre de 1914 va brutalement rejeter celle-ci au néant, la frapper du sceau de l'oubli ? Voilà longtemps que la pédagogie et l'enseignement de la Shoah sont à l'ordre du jour et que la Fondation pour la mémoire de la Shoah s'affronte sans trêve à ces questionnements. Je ne discute pas ici des effets traumatisants que le relais des enfants morts pourrait avoir sur les petits relayeurs. Si c'est trop lourd pour eux ou mal accompagné, ils oublieront. Les choses, nous avons appris cela, doivent venir à leur heure.

Je n'ai jamais ni demandé ni imposé à mon fils âgé de 14 ans et demi de voir mon film Shoah. Cela a été sa décision, de son seul ressort. Il l'a fait quand il l'a voulu, comme il l'a voulu, je ne lui ai posé aucune question. Il m'en a parlé de lui-même au bout de six mois. Le film avait fait son chemin en lui. Quel chemin ! C'était l'intelligence, l'émotion instruite par l'intelligence, le contraire de l'identification facile ou forcée, qui parlaient par sa bouche.

J'en profite pour dire au passage que la transmission s'effectue au premier chef par la culture et les oeuvres d'art. Deux ministres de l'éducation nationale, Jack Lang et François Fillon, l'avaient profondément compris. Le premier initia un DVD de trois heures d'extraits de Shoah pour les lycéens et collégiens de France, à partir de 13 ans, qui fut adressé à tous les établissements du pays. Quant à François Fillon, il m'accompagna dans plusieurs lycées, dont certains réputés difficiles, et peut témoigner de l'impact extraordinaire des séquences choisies de Shoah sur les élèves, majoritairement maghrébins ou noirs. Le premier ministre s'en souvient sûrement encore.

Quoi qu'il en soit, gardons-nous de l'activisme mémoriel qui semble, à chacune de ses éruptions, redécouvrir à neuf ce qui est su depuis si longtemps, et, incapable de regarder en face l'immensité de la perte, s'ingénie à ouvrir des chemins secondaires qui instituent l'oubli plus que la mémoire.

Claude Lanzmann est directeur des "Temps modernes", cinéaste.

18.02.2008

Quand votre labo patine...

... proposez des solutions innovantes. Si vous ne savez pas comment vous faire des amis de vos collègues, je vous suggère la solution employée par l'enseigne de vaisseau dans la BD ci-dessous.

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 Cliquer ici pour la BD au format original.

15.02.2008

Les gros nases renvoyés dans leurs cordes

La réaction de Simone Veil à la proposition débile du Nain: Le Monde, L'Express.

Sans commentaire. Elle, au moins, sait de quoi elle parle.

Mon labo se réorganise...

... enfin, il essaie. Nous ne sommes que trois à avoir déposé nos avis sur le forum internet; tout semble bien parti pour que l'affaire tombe à l'eau, d'autant que l'une de nos tutelles vient de nous faire savoir que, si la fantaisie nous prenait de nous réorganiser en cours de contrat quadriennal, elle exigerait un paquet de documents explicitant notre nouvelle structure... Rien de mieux pour dissuader les gens de le faire et enterrer le projet!

Imaginons cependant un instant que le forum ait recueilli un grand nombre d'avis. Ce nouvel épisode du Starship vous explique ce qui aurait pu se passer. 

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Voir la BD grandeur nature.

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