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31.01.2008
Sociétal: le mot qui ne veut rien dire, mais patience...
La nouveauté dans le vocabulaire des journaleux, depuis quelque temps, c'est ce mot qui se veut classieux: "sociétal". Parmi les âneries entendues dans le poste: "c'est un phénomène sociétal"; "on retrouve là des enjeux sociétaux"; "cette mesure gouvernementale revêt une connotation sociétale forte". Le mot "social" se retrouve transformé en un terme précieux et recherché par la simple adjonction de deux lettres, un peu comme un roturier devient noble par l'adjonction d'une particule. Cet anoblissement de "social" a d'ailleurs ceci de commun avec l'anoblissement des personnes qu'on se demande bien quelle peut être l'utilité réelle d'une classe noble dans la vie.
Les aveugles sont devenus des non-voyants; les sourds sont de nos jours des déficients auditifs. Le mot "social" était apparemment devenu trop sale pour les gratte-micro et des chroniqueurs délicats de nos antennes nationales. Que doit-on penser réellement de ce terme ? Pourquoi les lèches-bottes du pouvoir ont-ils décidé de bannir ce terme et de le remplacer, dans leur vocabulaire, par un nouveau qui contient une syllabe de plus, et dont on ne sait pas ce qu'il veut dire?
Un test simple: rendons-nous sur le site Médiadico (publicité gratuite) et tapons:
- "Sociétal": [néol.]: relatif à la société. Ex.: un phénomène sociétal.
- "Social": qui concerne la société; qui concerne les sociétés de commerce; qui concerne les rapports entre les différentes classes de la société; qui concerne l'amélioration de la condition des classes les moins favorisées.
Voilà; vous avez compris, maintenant? Bien que "sociétal" ne soit qu'une acception possible de "social" (et par conséquent, d'une utilité quasi-nulle dans le vocabulaire français), il lui est infiniment préférable dans la bouche des demi-mondains et des flagorneurs professionnels.
Sociétal, c'est beau car c'est neutre. Ca parle de ce qui est "relatif" à la société, sans qu'on dise en quoi ça lui est relatif;
Social, c'est caca parce que ça évoque (potentiellement) les classes sociales. Les classes, dont la bourgeoisie et les médias tentaient, après l'accession de la Gauche au pouvoir en 1981, de nous faire croire qu'elles n'existaient plus et que l'on était en train d'assister à "la fin de la lutte des classes". Social, c'est caca parce que cela fait potentiellement référence à l'idée d'améliorer la condition des basses castes; c'est cochon ou scatologique, ni plus ni moins, car cela parle de "rapports" entre les classes, ce qui accrédite implicitement l'idée qu'il y a bel et bien des dominants et des dominés dans notre société. Or, s'il est une chose que les tenants du pouvoir ne voudront jamais admettre (car ce serait admettre qu'ils en profitent), c'est bien l'existence de rapports de force et de domination entre les différentes couches de la communauté.
Pour compléter l'effort de tilettage de notre langue, et vu les évolutions politiques récentes, je propose l'intégration d'un nouvel adjectif dans la langue française, afin d'introduire les disctinctions suivantes, essentielles de nos jours:
- Salarial: qui a rapport au salaire; masse salariale: ensemble des rémunérations perçues par les employés; coûts salariaux indirects: charges annexes au salaire brut, obligatoires ou non, constituées essentiellement des cotisations sociales versées par les employeurs.
- Salariétal: relatif au salaire, envisagé dans un sens abstrait et purement formel, sans connotation ni obligation de réalité. Ex: vos revendications salariétales n'ont pas été jugées réalistes par la Direction; les charges salariétales de notre entreprise sont nulles, Dieu merci; cette polémique sur le pouvoir d'achat est excessivement salariétale et nous éloigne du débat.
13:29 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Société, langue française, Attali, politique
Risque de rupture de barrage dans l'Herault
Carte du risque de rupture de barrage sur le département de l'Hérault. Lien: www.herault.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/RisqueRuptureBarra....
Fichier: RisqueRuptureBarrage_cle748c87[1].pdf
11:10 Publié dans Photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : barrage, rupture, carte, risque
29.01.2008
Le règne du pognon
Ce jeune trader qui met en émoi la Société Générale, ses collègues le surnommaient paraît-il "Tom Cruise", eu égard à son physique et ses activités. Au fait, qu'a-t-il fait ?
Il a mis en danger des "positions financières" pour 50 milliards d'euros; la Société Générale a revendu le tout, accusant une perte nette de 5 milliards. Tout ça, paraît-il, parce que ce Golden boy un peu raté convoitait une prime au résultat de 300 mille euros. Mais que ces chiffres signifient-ils vraiment?
- 300 mille euros, c'est 250 mois de SMIC; brut, je précise.
- Louer le Stade de France pour un événement sportif, ça coûte 400 mille euros (entendu hier soir sur TF1, qu'on ne peut soupçonner de mensonge dès qu'il s'agit de pognon).
- 300 mille euros, c'est 1 minute et demie de pub sur TF1 en prime time.
- Espérer toucher 300 mille euros et en faire perdre 5 milliards, c'est toutes proportions gardées vouloir toucher une commission de 15 euros sur la vente d'un appart' qui en vaudrait 200 mille.
- 5 milliards, c'est le quart du PIB du Zimbabwe.
- Les 50 milliards de la Société Générale soi-disant mis en danger, c'est le montant du PIB du Maroc.
Alors, où est le vrai scandale? Que l'on distribue à de jeunes crétins, payés pour jouer à la console vidéo avec des chiffres qui les dépassent, une prime annuelle qui vaut plus de 20 années de SMIC ? Que la Société Générale, avec "seulement" 120 mille salariés, ait les moyens de revendre en trois jours des valeurs supérieures à une année de PIB d'un pays de 30 millions d'habitants ? Que la location d'une soirée de Stade de France coûte presque 30 années de SMIC ? Qu'un employé de 31 ans joue avec des sommes qui excèdent d'un facteur 15000 le montant du bonus qu'il peut espérer ?
Ou bien que le PDG de la Société Générale mentionne, dans sa lettre aux actionnaires, "Nous nous apprêtions en fin de semaine dernière à retenir un résultat net avant impôt supérieur à 5,5 milliards d'euros [...] Je comprends parfaitement votre déception, voire votre colère [...] Je n'ignore pas ce que représente pour vous la chute du cours de l'action." ? Puisque ses actionnaires, qui espéraient gagner des ronds en laissant tout simplement travailler le pognon sans rien faire, aient trouvé légitime de s'enrichir à bon compte, et soient maintenant "déçus" que cela ne soit pas le cas ?
Pour l'instant, le seul gagnant, c'est celui qui est partout, qui justifie nos existences, qui rythme nos vies, les matches de foot et les spots de pub: le véritable gagnant, c'est le pognon.
08:00 Publié dans Faits et chiffres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, société générale, société, argent
28.01.2008
Tom cruise est un gros nase...
... et c'est normal, il est scientologue. Comme ses semblables (ex. Catherine Bell, ex-vedette de série télévisée américaine), il fait étalage de sa foi avec une telle candeur dérangeante que l'église de scientologie elle-même a tenté de faire supprimer (sans succès) l'extrait vidéo qui faisait la preuve de sa crétinerie. A voir: l'article sur le site de Libération et la vidéo sur le site Gawker.
22:10 Publié dans Ils ont dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, video, societe, religion
27.01.2008
Qualifs: une anecdote narrée de l'intérieur
Candidats à la qualification aux postes de maîtres de conf (et, pourquoi pas, de profs), voici une histoire vraie, dont j'ai été témoin, qui illustre bien à quoi peuvent tenir votre avenir et/ou votre carrière...
Je précise pour situer les faits qu'en mai 2007, je suis passé prof, libérant ainsi un poste de maître de conf, qui devrait être annoncé au recrutement d'ici quelques semaines, fin février ou début mars. Autre précision qui éclaire la suite, ma promotion est assez inhabituelle au regard des pratiques du milieu. En effet, je n'étais en poste dans mon école d'ingénieurs que depuis 2002, après un passage par le secteur privé et un séjour de 5 ans à l'étranger, qui m'avaient tenu totalement à l'écart du milieu universitaire français, où je ne connaissais personne. J'ai eu non seulement la chance de trouver un poste qui correspondait à mon profil recherche, mais également celle d'avoir un dossier assez bon pour que les candidats locaux ne fassent pas le poids et qu'aucun argument sérieux ne puisse être avancé pour m'éliminer... Lors des auditions, un futur collègue avait bien essayé de me descendre, mais avait dû s'incliner vu l'unanimité de la commission de spécialistes. Disons pour faire bref que je ne faisais pas partie du sérail, ce qui en France est une faute grave, et que malgré ce handicap, je me retrouve 5 ans plus tard sur un poste de prof que certains trouvent indigne d'avoir dû m'attribuer. Il s'agit désormais de trouver un successeur sur mon poste de MCF.
Dans le marigot, les candidats ne manquent pas. Une fois ma nomination annoncée, j'ai notamment reçu la visite d'un jeune moniteur qui comptait, une fois sa thèse soutenue, passer la qualification dans ma section du CNU et se présenter sur le poste. Son profil me paraissait intéressant a priori, car franchement différent de celui que nous avons dans notre labo et dans notre école d'ingénieur (je suis un farouche adversaire de l'endogamie et je considère qu'il est toujours bon de recruter des gens différents de soi, qui approteront des compétences et des approches nouvelles). J'ai donc pris du temps pour décrire à ce candidat potentiel (il vaut mieux avoir trop de candidats que pas assez) le profil d'enseignement et de recherche du futur poste, évoquant avec lui la possibilité qu'il participe à des enseignements de travaux pratiques, afin de se familiariser avec nos disciplines. Il était partant, et nous nous sommes quittés sur cette possibilité.
Fin novembre et début décembre, il a fallu préparer les dossiers de qualification; le moniteur devenu ATER a préparé son dossier pour la qualification à notre section CNU (N.B. ce n'est pas sa section d'origine: il est mathématicien et mon poste est ouvert sur un profil de mécanique). Dans la liste de ses enseignements, il a mentionné les travaux pratiques que je lui avais présenté comme une possibilité; or, il se trouve que pour diverses raisons, nous avons été amenés à revoir nos emplois du temps et que ces enseignements ne se sont pas faits avec lui. Jusque là, rien de trop grave, car son service d'ATER est complet malgré tout.
Ces derniers jours, je reçois une demande de renseignements sur le candidat. Cette demande émane d'un collègue, qui siège au CNU au début de la semaine prochaine, et qui a été nommé rapporteur sur le dossier du candidat. Ce collègue, très au fait des enseignements que nous donnons, s'étonne de trouver dans le dossier du candidat une matière qu'en réalité celui-ci ne donne pas; d'ou son message. Je lui explique par e-mail qu'il était prévu au départ que le candidat donne ces enseignements, mais que pour des raisons d'emploi du temps, cela ne s'est pas fait. Je propose cependant qu'il en donne d'autres, très apparentés aux précédents, ce qui permettrait de soulager un troisième collègue déjà bien chargé en termes de service. Mon camarade qui siège au CNU explique que c'est hors de question car "ces enseignements sont trop peu importants pour que le candidat s'investisse" (ce collègue possède visiblement des dons de télépathie prévisonnelle pour pouvoir ainsi prédire la réaction du candidat). D'une brève conversation que nous avons de visu dans les minutes qui suivent, mon collègue exprime la position suivante:
- Le candidat a fourni dans son dossier des informations erronnées, même s'il était à ce moment-là de bonne foi; donc, lors de la réunion de ma section CNU, je vais le planter en expliquant qu'il a menti.
- Je refuse de lui donner une chance de réaliser les enseignements qu'il avait annoncés, même s'il en a encore la possibilité; il est de toute manière hors de question qu'il soit autorisé à se qualifier dans notre section CNU, car il n'est pas des nôtres.
- Je fais cela en sachant très bien qu'il risque d'avoir beaucoup de mal à se qualifier en section 26 (maths applis), car le thème de sa thèse n'était pas strictement mathématique (NDLA: le jeune thésard était suffisamment ouvert d'esprit pour s'intéresser à autre chose que sa discipline et il a donc fait une thèse entre mathématiques appliquées et hydrodynamique), la section CNU 26 le plantera certainement.
Précisons également que
- ce collègue qui veut planter le petit jeune est aussi le collègue qui s'était opposé à mon recrutement il y a 5 ans et demi;
- ce collègue compte candidater sur un poste de prof qui va être publié au recrutement cette année; il a un besoin urgent de se qualifier dans sa propre section CNU sur les postes de prof (il n'a pas encore la "qualif" car il n'a passé son habilitation qu'il y a un mois et demi) et il n'a pas le doit à l'erreur;
- ce collègue aurait normalement dû se dessaisir du dossier, car rapporter sur le dossier d'un candidat en poste dans la même université est en général considéré comme un manquement à l'éthique de la profession...
L'hypothèse avancé par un ami maître de conf est que ce collègue si implacable compte probablement faire valoir sa rigueur et son tranchant auprès des autres membres du CNU afin de démontrer plus efficacement sa capacité à traquer les erreurs et les omissions et ainsi de faire valoir ses aptitudes au professorat. Mon hypothèse à moi est tout simplement que ce collègue déteste les gens qui ne lui ressemblent pas et n'obéissent pas aux codes de notre milieu.
Quelles que soient les hypothèses, une chose est sûre: s'il n'a pas sa qualif, ce jeune docteur ne sera tout simplement autorisé à se présenter sur aucun poste dans aucune université française. Mon collègue est prêt à lui refuser la qualification en section 60 tout en sachant que cela signifie lui barrer l'accès de façon quasi définitive aux carrières universitaires.
Il faut sauver le soldat Ryan. J'avais plein de choses à faire vendredi 18 janvier; pourtant, je ne pouvais pas laisser quelqu'un se faire descendre sans bouger. J'ai donc pris le temps d'aller voir un ami prof dans une section de maths applis et je lui ai fait part du problème. Nous avons passé presque deux heures à passer des coups de fil à d'autres collègues, dont des membres des sections CNU. Un membre de la 60ème section nous a confirmé qu'il était toujours temps pour l'impétrant d'envoyer un message électronique à ses deux rapporteurs en les informant des dernières modifications dans son service d'enseignement et ainsi éviter les accusations de mauvaise foi ou d'informations mensongères.
Cette anecdote, hélas véridique, forme la motivation originelle de ma note du 24 janvier. Je rassure mes lecteurs: tout le monde au CNU n'est pas aussi inconscient et impitoyable que mon collègue. On y trouve aussi des gens honnêtes, qui font leur boulot consciencieusement. Restez conscients, simplement, de ce que la moindre imprécision ou information équivoque pourra être retenue contre vous par des idiots mal embouchés. Pour celles et ceux dont les dossiers ne seront pas reçus à la qualification, sachez également que cela ne diminue en rien votre valeur personnelle. C'est juste que le système donne parfois une large place à l'arbitraire et à la magouille politicienne et trop peu d'espace à la créativité et à la véritable originalité. Nous sommes heureusement quelques-uns à vouloir faire changer les choses et à essayer d'empêcher les gros crétins de faire trop de dégâts...
19:57 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universite, enseignement superieur, education, concours
24.01.2008
Qualification maîtres de conf postes etc.
Pour celles et ceux qui ont pour ambition de rentrer au château (je parle d'obtenir un poste dans l'enseignement supérieur), les réunions des sections du CNU vont bientôt débuter. Vous trouverez à partir de cette page, sur le site du minitère, des liens vers
- les listes des membres qui composent les sections du CNU
- les dates auxquelles les réunions sont prévues (fichier PDF).
C'est au cours de ces réunions que les 2 rapporteurs à qui vous avez envoyé vos dossiers décideront de votre aptitude (ou non) à vous présenter sur des postes d'enseignants-chercheurs.
ATTENTION: dans la plupart des sections, la politique tacitement appliquée est que les candidats à la qualification ont tout à fait le droit de contacter les 2 rapporteurs de leur dossier jusqu'au dernier moment pour leur communiquer des modifications éventuelles à leur service, nombre de publis, etc. Donc, si une publi très importante pour vous vient juste d'être acceptée par un journal super-coté par exemple, n'hésitez pas à prendre votre clavier pour en informer (de façon rigoureusement identique et simultanée) les rapporteurs de votre dossier. Ca peut tout changer!
N'oubliez pas que, pour un certain nombre de gens qui siègent dans ces commissions, le but n'est pas de vous aider à vous qualifier, mais au contraire de trouver la petite bête qui permettra de vous jeter. Inutile donc de leur faciliter la tâche...
ATTENTION (2): si un de vos rapporteurs vous contacte personnellement (genre coup de fil impromptu car il trouve votre travail "très intéressant"), ce n'est pas forcément bon signe. J'ai des amis qui se sont vus refuser leur dossier suite à un coup de fil de ce genre... En gros il y a des chances pour que le type cherche à en savoir davantage sur vous pour vous descendre.
Dans ce cas de figure, essayez de repérer dans la liste des membres de la section quelqu'un que vous connaissez (ou que votre directeur de thèse connaît), afin que cette personne soit avertie du fait que vous vous présentez à la qualification, et puisse éventuellement contrer, lors des réunions, une possible tentative de vous descendre de la part du type qui vous a téléphoné.
Je vous narrerai prochainement deux exemples, tirés de la vraie vie réelle et authentique, illustrant à merveille les deux remarques ci-dessus. Quand je vous disais que c'était Dallas...
07:10 Publié dans Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universite, enseignement superieur, education, concours
22.01.2008
Qu'est-ce qu'on vous disait ?
La désignation de menaces est un instrument de contrôle de la populace largment utilisé de nos jours, cela était mentionné dans le petit billet d'hier.
Coïncidence amusante, pour ceux/celles qui ne seraient pas encore convaincu(e)s, voici une illustration parfaite de la technique, sous la forme d'un petit extrait mis en ligne sur le site du Monde, sous le titre "La France reste une cible prioritaire pour le terrorisme islamiste." http://www.lemonde.fr/web/panorama/0,11-0@2-3214,32-10020...
Ne vous étonnez pas si son auteur travaille à la Fondation pour la recherche stratégique, un drôle de machin paraît-il indépendant qui s'intéresse aux questions de défense et de stratégie. On y trouve des liens vers des sites édifiants comme www.globalsecurity.org, allez donc y faire un tour si vous n'êtes pas convaincu(e)s que la guerre, ça rapporte plein de pognon!
La suite aux prochains numéros, ça vaut le coup de s'intéresser à ces rigolos...
07:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, sécurité, démocratie, société
21.01.2008
Diminution de l’esprit critique
Perdre l’esprit critique, c’est en gros admettre que tout ce que l’on nous raconte et tout ce que l’on voit va de soi et, éventuellement, que cela était, sinon souhaitable, du moins inévitable.
C’est, par exemple, accepter des atteintes aux droits de l’homme et aux libertés sous couvert de défendre la société contre les criminels ; c’est autoriser les tests génétiques sur les candidats à l’immigration, au prétexte que « d’autres pays le font », même si cette pratique réveille des souvenirs liés à l’eugénisme et à l’extermination ; c’est avaliser des lois qui permettent de détenir des personnes sans jugement sur des actes qu’elles n’ont pas encore commis, au motif que ce sont vos amis politiques qui ont proposé cette loi et que celle-ci permettra, hypothétiquement, d’éviter un crime par an ou tous les deux ans.
Pour faire perdre son esprit critique à une population, les outils sont nombreux. On en trouve plusieurs à l’œuvre autour de nous. Petit inventaire.
- La perte de la mémoire. Perdre la mémoire, c’est ne plus être capable de se rappeler qui a dit ou fait quoi ; c’est ne plus être en mesure de rapprocher les promesses électorales des mesures effectivement prises. C’est enfin ne plus pouvoir relier entre eux des faits, apparemment isolés et indépendants, pour trouver une relation ou une dépendance entre eux. La perte de la mémoire est présentée par George Orwell, dans 1984, comme un instrument essentiel de l’asservissement des masses. Un ouvrage d’anticipation n’est certes pas un argument recevable lorsque l’on traite des faits. Notons simplement qu’un procédé très efficace pour faire perdre la mémoire aux gens consiste à les noyer sous l’information, les mitraillant sans cesses de communiqués, de conférences de presse ou de discours sur des points – anodins ou non – qui les empêcheront de suivre les grandes lignes de l’évolution de la société.
A tous les niveaux de l’enseignement (du primaire ou du supérieur), l’entraînement de la mémoire a été éradiqué des programmes en une vingtaine d’années. Contrairement à ce qui se faisait jusque dans les années 1970, on n’entraîne plus les élèves de CE et de CM au calcul mental ni à la récitation. Les choses ne s’améliorent pas dans l’enseignement supérieur, où l’on trouve admis que les étudiants ne sachent plus les formules de base de leurs cours, « pourvu qu’ils sachent où les trouver » (que ce soit sur Internet ou ailleurs). L’effet de la suppression de l’entraînement de la mémoire sur les générations futures risque d’être intéressant à observer à l’échelle des dix à vingt prochaines années…
- La fragmentation du savoir. Ce procédé a un effet analogue à celui de la perte de la mémoire, en empêchant les individus de relier et de confronter les informations. On retrouve cet effet dans les flashes d’actualité sur les radios dites d’information, où les rubriques sont faites pour ne pas durer plus de quelques minutes, voire quelques dizaines de secondes. Dans ces conditions, il est impossible à l’individu moyen, submergé de concepts divers et d’infos fragmentaires, présentés à une cadence effrénée, sans possibilité d’approfondir ni de se concentrer, de se forger une opinion cohérente et fondée sur des questions fondamentales.
- L’appauvrissement du langage. Appauvrir le langage, c’est diminuer le nombre des nuances, et par conséquent des concepts immédiatement identifiables – donc manipulables – par l’esprit humain. Puisqu’il faut encore parler de lui, mentionnons le « traité du Novlangue » en appendice au roman 1984 de George Orwell. Bien plus que l’intrigue du roman, c’est ce traité fictif, censément rédigé par les concepteurs hypothétiques du Novlangue, qui constitue la partie la plus terrifiante de 1984. On y explique comment la rétraction progressive du champ du vocabulaire et de la syntaxe contribue à réduire celui de la pensée.
- Le stress et la violence sociale. Dans les années 1980, des chercheurs anglo-saxons ont réalisé l’expérience : dans la rue, un passant (en réalité un acteur) laissait tomber un objet. Le pourcentage de personnes qui se penchaient spontanément pour le ramasser et le lui rendre était déterminé. On réitérait l’expérience dans la même rue, mais en présence cette fois-ci d’un chantier qui créait un vacarme éprouvant pour les passants. Les chercheurs ont montré que la proportion des passants qui ramassaient l’objet en situation de stress due au bruit diminuait notablement par rapport à la situation de base.
L’individu en situation de stress se replie sur lui-même et ses problèmes immédiats ; il a tendance à leur chercher des solutions immédiates et rapides, afin de les éliminer au plus vite. Maintenir une population en état de stress, c’est l’empêcher de prendre le temps du recul, de la confrontation et des rapprochements. C’est également la préparer à accepter des jugements et des opinions tout faits, prêts à utiliser.
- Le conformisme et la présentation d’une norme. Autre expérience célèbre, également réalisée par des anglo-saxons : on place un groupe de personnes dans une pièce pour leur faire passer un test et on leur montre deux lignes sur un écran, en leur demandant d’indiquer laquelle est la plus courte. Une seule personne désigne la « bonne » ligne. Ce que cette personne ignore, c’est que toutes les autres sont des acteurs, qui ont pour instruction de donner la mauvaise réponse. Après un temps de résistance, la « victime » accepte de réviser son jugement et de désigner, à l’instar du groupe, la ligne la plus longue comme étant la plus courte. Mieux encore, lorsque les organisateurs de l’expérience prennent à part le « cobaye » et lui révèlent qu’il s’agissait d’une supercherie, celui-ci refuse de réviser son jugement et maintient que le groupe était bien dans le vrai.
On connaît également les expériences réalisées par Stanley Milgram et relatées dans son ouvrage, Soumission à l’autorité. A noter que l’objectif de S. Milgram en réalisant ses expériences était de tenter de comprendre comment certains individus, en apparence sains d’esprit et tout à fait équilibrés, en étaient arrivés en temps de guerre à exercer sur leurs semblables des sévices de gravité diverse. La réponse est qu’il n’y a pas besoin d’être en temps de guerre pour amener une personne à en torturer une autre, le tout étant de doser correctement l’escalade.
- La désignation de menaces, intérieures ou non. Cette pratique rejoint les deux précédentes. En désignant un ennemi, réel ou imaginaire, on renforce l’identité de groupe. Les normes de ce dernier deviennent alors moins sujettes à discussion, puisqu’il s’agit de les défendre contre une agression extérieure (réelle ou supposée). La désignation d’ennemis est commode lorsque l’on cherche à « faire passer » des mesures impopulaires. La « protection de la société » est un argument quasi imparable et très largement utilisé pour ce faire. Ainsi, avec les attentats du 11 septembre, la menace terroriste est devenue un instrument de choix des gouvernants du monde entier pour faire reculer les libertés individuelles ; fichage des individus, renforcement des dispositifs de vidéosurveillance sur la voie publique, renforcement des mesures policières : ces restrictions de la liberté individuelle sont, nous dit-on, non seulement inévitables mais souhaitables. Critiquer les politiques sécuritaires, c’est désormais faire preuve d’inconscience ou d’irresponsabilité ; c’est comme cela, ça ne se discute pas, puisqu’il s’agit, nous assure-t-on, de la survie de l’ordre social.
Toutes ces techniques sont à l’œuvre au quotidien autour de nous. Les trois premières reflètent des tendances de société, les trois dernières sont des instruments de gouvernance adoptés occasionnellement, selon le caractère plus ou moins scrupuleux de vos dirigeants. Toutes ont un point commun: elles profitent à des élites, qui ne sont visées ni par l'appauvrissement du langage, ni par la perte de la mémoire, non plus qu'elles ne risquent d'être identifiées comme des menaces ou des manquements à la norme... Puisque ces élites sont, par définition, celles qui ont su conserver la culture et la mémoire, préserver la précisosité du langage, et édicter les normes.
21:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, démocratie, liberté
12.01.2008
Bienvenue chez les fachos (3 bis)
Au sujet de la peine de sûreté, un complément à la note précédente: article sur Rue89, http://www.rue89.com/2008/01/12/centres-pour-detenus-dang....
22:22 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, justice, société
10.01.2008
Bienvenue chez les fachos (3)
La loi Dati, prévoyant une peine de rétention de sûreté pour cause d'e trouble mental, vient d'être acceptée en première lecture par l'Assemblée. On trouvera le compte rendu des débats et des dépôts d'amendements sur ces pages (Lien 1, Lien 2, Lien 3). Les discussions et les dépôts d'amendement montrent que ce texte ne fait pas l'unanimité chez les parlementaires et qu'il y a des sceptiques.
On notera cependant que les inquiétudes relatives aux droits et libertés des individus sont surtout le fait de députés de gauche (cf. les remarques de C. Caresche, D. Raimbourg, JJ. Urvoas, M. Vaxès), alors que le "souci de protéger la société" émane surtout des rapporteurs et députés de droite. Etonnant, de la part d'une fraction politique qui, en d'autres temps, accusait la gauche de sacrifier l'individu à l'idéologie...
Sur un plan plus objectif, il convient de noter un certain nombre de points qui rendent cette loi très inquiétante:
- Il s'agit censément d'une mesure d'exception, supposée concerner un nombre extrêmement réduit de détenus. Pas bon, quand à la lecture de l'ouvrage de B. Mattelart (La globalisation de la surveillance), on note que les mesures d'exception ont toujours été utilisées comme arguments pour mettre en place des mesures antidémocratiques;
- il s'agit d'une mesure de sûreté, donc inaccessible à la notion d'appel;
- la rétention peut être renouvelée indéfiniment;
- la peine pourra s'appliquer au vu de faits commis antérieurement à la publication de la loi. Ceci n'était pas prévu initialement, mais il s'agit d'un amendement proposé par le rapporteur, G. Fenech, qui a été adopté. Apparemment, la chose est possible car il ne s'agit pas d'une condamnation.
On pourra donc, sans jugement, garder indéfiniment des personnes en détention. Il est assez ironique de constater que ce que la Droite et le monde dit "libre" reprochaient dans les années 80 aux dirigeants du bloc de l'Est (à savoir l'internement et la détention arbitraire, ou les simulacres de procès) soient désormais devenu un instrument ordinaire de cette même Droite et de ce monde libre.
Bien entendu, de telles mesures restent, on vous le répète, des "mesures d'exception". Elles ne vous sont pas destinées à vous, communs des mortels à la vie saine et ordinaire. Il ne vous reste qu'à espérer que ce qui est "normal" aujourd'hui le restera demain. Sinon, un de ces quatre, la camisole pourrait bien être pour vous...
Allez, souriez, c'est pour votre bien.
22:42 Publié dans Gouvernement & Sénat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, justice, politique, actualité
