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29.01.2008

Le règne du pognon

Ce jeune trader qui met en émoi la Société Générale, ses collègues le surnommaient paraît-il "Tom Cruise", eu égard à son physique et ses activités. Au fait, qu'a-t-il fait ?

Il a mis en danger des "positions financières" pour 50 milliards d'euros; la Société Générale a revendu le tout, accusant une perte nette de 5 milliards. Tout ça, paraît-il, parce que ce Golden boy un peu raté convoitait une prime au résultat de 300 mille euros. Mais que ces chiffres signifient-ils vraiment?

  • 300 mille euros, c'est 250 mois de SMIC; brut, je précise. 
  • Louer le Stade de France pour un événement sportif, ça coûte 400 mille euros (entendu hier soir sur TF1, qu'on ne peut soupçonner de mensonge dès qu'il s'agit de pognon).
  • 300 mille euros, c'est 1 minute et demie de pub sur TF1 en prime time.
  • Espérer toucher 300 mille euros et en faire perdre 5 milliards, c'est toutes proportions gardées vouloir toucher une commission de 15 euros sur la vente d'un appart' qui en vaudrait 200 mille.
  • 5 milliards, c'est le quart du PIB du Zimbabwe.
  • Les 50 milliards de la Société Générale soi-disant mis en danger, c'est le montant du PIB du Maroc.

Alors, où est le vrai scandale? Que l'on distribue à de jeunes crétins, payés pour jouer à la console vidéo avec des chiffres qui les dépassent, une prime annuelle qui vaut plus de 20 années de SMIC ? Que la Société Générale, avec "seulement" 120 mille salariés, ait les moyens de revendre en trois jours des valeurs supérieures à une année de PIB d'un pays de 30 millions d'habitants ? Que la location d'une soirée de Stade de France coûte presque 30 années de SMIC ? Qu'un employé de 31 ans joue avec des sommes qui excèdent d'un facteur 15000 le montant du bonus qu'il peut espérer ?

Ou bien que le PDG de la Société Générale mentionne, dans sa lettre aux actionnaires, "Nous nous apprêtions en fin de semaine dernière à retenir un résultat net avant impôt supérieur à 5,5 milliards d'euros [...] Je comprends parfaitement votre déception, voire votre colère [...] Je n'ignore pas ce que représente pour vous la chute du cours de l'action." ? Puisque ses actionnaires, qui espéraient gagner des ronds en laissant tout simplement travailler le pognon sans rien faire, aient trouvé légitime de s'enrichir à bon compte, et soient maintenant "déçus" que cela ne soit pas le cas ?

Pour l'instant, le seul gagnant, c'est celui qui est partout, qui justifie nos existences, qui rythme nos vies, les matches de foot et les spots de pub: le véritable gagnant, c'est le pognon.

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